Afghanistan: l'armée ouvre une morgue permanente
Kaboul — Confronté à une hausse rapide des décès en Afghanistan et s'attendant visiblement à d'autres victimes dans les prochains mois, l'armée canadienne vient tout juste d'ouvrir une morgue permanente aux portes de l'Afghanistan. Les Forces canadiennes veulent ainsi pouvoir s'occuper dignement des soldats qui reviennent du champ de bataille dans une boîte de fer, mais aussi être en mesure de faire face à la recrudescence de violence anticipée cet été. Les huit soldats décédés la semaine dernière, et qui ont fait monter le compte des morts à 53 (plus un diplomate) depuis le début de la participation canadienne au conflit afghan, n'ont pas eu droit au même traitement que les dépouilles précédentes. L'armée canadienne a jugé bon d'ériger une morgue permanente au camp Mirage, la base secrète qui sert de tête de pont logistique à la mission en Afghanistan.
Cette base, qui abrite environ 230 soldats canadiens, est située dans un pays du sud-ouest de l'Asie. Pour des raisons contractuelles avec le pays hôte, le Canada n'a pas le droit de rendre public l'emplacement exact de cette base essentielle au ravitaillement des soldats qui bataillent à Kandahar.
Cette nouvelle structure mortuaire a été confirmée à quelques journalistes en tournée avec l'armée en Afghanistan, dont Le Devoir, lors d'une séance d'information avec des hauts gradés des Forces canadiennes bien au fait de la situation dans ce camp secret. L'année 2006 et le début de 2007 a été une dure période pour les Forces canadiennes, qui ont vu disparaître près de 45 des leurs en raison des combats et de la résistance des talibans dans le sud du pays.
«On s'attend à une année semblable, donc assez difficile», a confié un soldat paramédic qui se rend à Kandahar pour patrouiller les zones sensibles.
Cette morgue climatisée, de petite taille, dit-on, a été érigée entre janvier et mars dernier. La date précise de sa mise en opération n'a pas été divulguée. C'est toutefois la semaine dernière, alors que l'armée canadienne a subi ses pires pertes depuis 50 ans, que l'installation a été véritablement mise à l'épreuve.
La triste réalité du parcours des dépouilles n'est pas facile à entendre et encore moins à décrire pour les officiers de l'armée qui voient leurs collègues tomber au combat. Les officiers affichaient d'ailleurs un visage sombre hier. Au camp Mirage, «personne ne parle de ça. C'est dur pour le morale des troupes», explique un capitaine. La nouvelle morgue est d'ailleurs située à l'écart du reste du camp, a-t-on expliqué.
Auparavant, les soldats décédés qui arrivaient au camp Mirage en provenance du champ de bataille étaient examinés dans une tente qui pouvait devenir un véritable four dans ce pays aux chaleurs extrêmes en été. «Ça n'avait pas de sens, ce n'était pas digne de l'effort qu'ils ont fourni pour leur pays. Il fallait être mieux équipé», a expliqué un officier. Même si les corps partent de Kandahar enrobés de glace, celle-ci fond durant le trajet, ce qui oblige donc les officiers et médecins du camp Mirage à travailler dans des conditions difficiles. La nouvelle structure, bien équipée, est climatisée, dit-on.
Les officiers de l'armée affirment que les six décès, au début de la semaine dernière, ont montré les limites de la nouvelle installation. Des plans de débordement ont donc été élaborés au cas où les pertes canadiennes seraient plus importantes dans les mois à venir.
Un parcours particulier
Jeudi dernier, 24 heures après que le caporal-chef Allan Stewart et le cavalier Patrick James Pentland eurent perdu la vie dans une explosion à 38 km à l'ouest de Kandahar, les corps sont arrivés au camp Mirage à bord d'un Hercule C-130. «On ne les garde jamais plus de 24 heures à Kandahar, encore une fois pour le morale des troupes sur le terrain», explique un soldat.
À Kandahar, le médecin ne fait que constater le décès et envoie le corps avec tout son attirail militaire encore en place. Ce n'est qu'une fois rendu à Toronto pour l'examen du coroner, au bout de la longue route du retour, que l'on retire leur équipement aux soldats décédés.
Entre-temps, au camp Mirage, les corps sont conservés dans un conteneur réfrigéré attenant à la morgue. L'Armée canadienne fait affaire avec une entreprise privée de Toronto pour l'examen préliminaire des corps au camp Mirage. À chaque décès, la firme MacKinnon and Bowes Ltd envoie, par avion, deux hommes à la base secrète. Le médecin du camp Mirage donne un coup de main aux deux employés de la firme privée.
Une fois le rapport préliminaire complété, les corps sont mis dans un cercueil rempli de glace sèche. Un Airbus de l'armée ramène ensuite les soldats décédés jusqu'au Canada. Avec la glace (45kg) et le poids de l'équipement, les cercueils prèsent environ 360 kg.
Le cas des soldats blessés est complètement différent. Jamais ils ne passent par le camp Mirage, ou rarement. S'ils ne peuvent être soignés sur la base de Kandahar, les soldats sont transportés jusqu'à un hôpital militaire américain en Allemagne. Pour remplir cette tâche délicate, le Canada a une entente avec les États-Unis, qui évacuent les militaires canadiens dans un avion C-17 spécialement équipé.
Cette base, qui abrite environ 230 soldats canadiens, est située dans un pays du sud-ouest de l'Asie. Pour des raisons contractuelles avec le pays hôte, le Canada n'a pas le droit de rendre public l'emplacement exact de cette base essentielle au ravitaillement des soldats qui bataillent à Kandahar.
Cette nouvelle structure mortuaire a été confirmée à quelques journalistes en tournée avec l'armée en Afghanistan, dont Le Devoir, lors d'une séance d'information avec des hauts gradés des Forces canadiennes bien au fait de la situation dans ce camp secret. L'année 2006 et le début de 2007 a été une dure période pour les Forces canadiennes, qui ont vu disparaître près de 45 des leurs en raison des combats et de la résistance des talibans dans le sud du pays.
«On s'attend à une année semblable, donc assez difficile», a confié un soldat paramédic qui se rend à Kandahar pour patrouiller les zones sensibles.
Cette morgue climatisée, de petite taille, dit-on, a été érigée entre janvier et mars dernier. La date précise de sa mise en opération n'a pas été divulguée. C'est toutefois la semaine dernière, alors que l'armée canadienne a subi ses pires pertes depuis 50 ans, que l'installation a été véritablement mise à l'épreuve.
La triste réalité du parcours des dépouilles n'est pas facile à entendre et encore moins à décrire pour les officiers de l'armée qui voient leurs collègues tomber au combat. Les officiers affichaient d'ailleurs un visage sombre hier. Au camp Mirage, «personne ne parle de ça. C'est dur pour le morale des troupes», explique un capitaine. La nouvelle morgue est d'ailleurs située à l'écart du reste du camp, a-t-on expliqué.
Auparavant, les soldats décédés qui arrivaient au camp Mirage en provenance du champ de bataille étaient examinés dans une tente qui pouvait devenir un véritable four dans ce pays aux chaleurs extrêmes en été. «Ça n'avait pas de sens, ce n'était pas digne de l'effort qu'ils ont fourni pour leur pays. Il fallait être mieux équipé», a expliqué un officier. Même si les corps partent de Kandahar enrobés de glace, celle-ci fond durant le trajet, ce qui oblige donc les officiers et médecins du camp Mirage à travailler dans des conditions difficiles. La nouvelle structure, bien équipée, est climatisée, dit-on.
Les officiers de l'armée affirment que les six décès, au début de la semaine dernière, ont montré les limites de la nouvelle installation. Des plans de débordement ont donc été élaborés au cas où les pertes canadiennes seraient plus importantes dans les mois à venir.
Un parcours particulier
Jeudi dernier, 24 heures après que le caporal-chef Allan Stewart et le cavalier Patrick James Pentland eurent perdu la vie dans une explosion à 38 km à l'ouest de Kandahar, les corps sont arrivés au camp Mirage à bord d'un Hercule C-130. «On ne les garde jamais plus de 24 heures à Kandahar, encore une fois pour le morale des troupes sur le terrain», explique un soldat.
À Kandahar, le médecin ne fait que constater le décès et envoie le corps avec tout son attirail militaire encore en place. Ce n'est qu'une fois rendu à Toronto pour l'examen du coroner, au bout de la longue route du retour, que l'on retire leur équipement aux soldats décédés.
Entre-temps, au camp Mirage, les corps sont conservés dans un conteneur réfrigéré attenant à la morgue. L'Armée canadienne fait affaire avec une entreprise privée de Toronto pour l'examen préliminaire des corps au camp Mirage. À chaque décès, la firme MacKinnon and Bowes Ltd envoie, par avion, deux hommes à la base secrète. Le médecin du camp Mirage donne un coup de main aux deux employés de la firme privée.
Une fois le rapport préliminaire complété, les corps sont mis dans un cercueil rempli de glace sèche. Un Airbus de l'armée ramène ensuite les soldats décédés jusqu'au Canada. Avec la glace (45kg) et le poids de l'équipement, les cercueils prèsent environ 360 kg.
Le cas des soldats blessés est complètement différent. Jamais ils ne passent par le camp Mirage, ou rarement. S'ils ne peuvent être soignés sur la base de Kandahar, les soldats sont transportés jusqu'à un hôpital militaire américain en Allemagne. Pour remplir cette tâche délicate, le Canada a une entente avec les États-Unis, qui évacuent les militaires canadiens dans un avion C-17 spécialement équipé.
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