samedi 28 novembre 2009 Dernière mise à jour 14h07


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Le Canada s'offre des hélicoptères de luxe

Alec Castonguay   6 avril 2007  Canada
Long Beach, Californie — Les soldats canadiens devront vraisemblablement patienter plusieurs mois de plus que prévu avant de recevoir leurs hélicoptères de transport Chinook. Ce délai est attribuable aux Forces armées canadiennes elles-mêmes, qui ont décidé de commander des appareils sur mesure, ce qui complique les négociations avec le constructeur Boeing et retardera la livraison des 16 hélicoptères. Cette volonté d'obtenir des appareils plus polyvalents se traduira également par une facture salée qui sera au moins deux fois plus élevée que si Ottawa avait choisi le modèle de base utilisé par l'armée américaine.

C'est ce que Le Devoir a appris en marge d'une longue séance d'information donnée par les responsables du programme Chinook dans les installations de Boeing à Long Beach, sur la côte Ouest américaine. Le géant américain — mieux connu pour ses avions civils même s'il se classe au deuxième rang des manufacturiers de matériel militaire de la planète, derrière Lockheed Martin — a invité une poignée de journalistes canadiens spécialisés dans le domaine de la Défense à assister cette semaine à une série de présentations techniques sur les nouveaux appareils que le Canada a décidé de se procurer, qu'il s'agisse des Chinook ou des avions C-17. Il s'agissait donc d'une rare occasion de voir ces appareils militaires de près et de pouvoir discuter avec les responsables des programmes.

Les experts de Boeing ne voulaient visiblement pas aller sur le terrain glissant des délais de livraison devant les journalistes. Toutefois, pressés de question, ils ont dû éclaircir la situation: le gouvernement canadien a décidé de ne pas faire les choses comme les autres, ce qui complique les négociations en cours.

Contrat à signer

En juin dernier, lorsque le gouvernement Harper a signifié son intention d'acheter sans appel d'offres 16 hélicoptères Chinook au coût de 4,7 milliards de dollars, le constructeur américain Boeing pensait pouvoir boucler la transaction assez rapidement. Ce modèle d'hélicoptère de transport à deux hélices est un des plus vendus au monde et n'est pas en phase de développement. Or, neuf mois plus tard, le contrat qui lie officiellement le Canada à Boeing n'est toujours pas signé. «Il serait étonnant de pouvoir signer quelque chose avant le début de l'été», a avancé Eddy Morin, vice-président au développement des affaires militaires à Boeing Canada, lui aussi présent à Long Beach.

L'armée canadienne veut en effet recevoir son premier hélicoptère Chinook au plus tard 36 mois après la signature officielle du contrat et la totalité des 16 appareils à l'intérieur d'un délai de 60 mois. Le problème? Boeing dit n'avoir jamais vu un client aussi exigeant et cherche une façon de pouvoir respecter ces délais de livraison serrés, d'où les négociations qui traînent en longueur.

Le modèle d'hélicoptère que l'armée canadienne souhaite acheter n'a jamais été produit par Boeing tellement les particularités sont nombreuses. Le constructeur américain estime que le calendrier de livraison est donc irréaliste compte tenu des exigences hors du commun d'Ottawa. Le tout risque de retarder de plusieurs mois l'entrée en service des Chinook au Canada. Les soldats canadiens n'auront probablement pas leur premier appareil avant 2011, voire plus tard. Tout dépendra de l'issue des négociations du contrat.

«L'armée canadienne demande des équipements très particuliers et plusieurs ajouts parfois considérables. Elle veut pouvoir utiliser ces appareils dans plusieurs types de missions, souvent très différents, tant au Canada qu'à l'étranger», a expliqué Richard Meanor, directeur du développement des affaires internationales pour le programme Chinook. M. Meanor a fait le voyage depuis Philadelphie, où les hélicoptères sont construits, pour rencontrer les journalistes canadiens.

Un hélico à toute épreuve?

Les Forces canadiennes veulent un hélicoptère plus polyvalent, plus complet et mieux équipé pour effectuer des missions de sauvetage. Alors que l'armée américaine achète des Chinook munis de l'équipement de base, l'armée canadienne a décidé d'ajouter une multitude de dispositifs permettront aux appareils de se rendre dans des zones de combat et de voler dans des conditions extrêmes.

Par exemple, le modèle canadien aura un réservoir à essence deux fois plus imposant, ce qui étendra d'autant son rayon d'action. Plusieurs équipements de défense seront ajoutés, notamment un détecteur de missiles et des systèmes de riposte. Un système de batterie plus performant sera installé sur l'hélicoptère, ainsi que des radars météo perfectionnés. Des stabilisateurs de vol seront ajoutés, tout comme un dispositif devant servir à faire monter facilement à bord les survivants d'une catastrophe.

«Tout ça prend plus de temps à mettre en place», a expliqué Joseph Song, vice-président au développement des affaires militaires en Amérique du Nord et en Israël. «Le Canada est un acheteur exigeant qui sait ce qu'il veut», a-t-il ajouté.

Ces exigences ont toutefois un prix. Alors que le modèle de base que l'armée américaine se procure coûte environ 40 millions $US pièce, le Canada ne pourra pas s'en tirer à moins de 80 millions par appareil, pensent les spécialistes de Boeing. «On en est encore à la phase de négociation avec Ottawa, donc le prix n'est pas arrêté. On va attendre avant de donner un chiffre précis, mais il n'y a pas de doute que les demandes canadiennes ont un coût élevé», a soutenu Richard Meanor.

À l'heure actuelle, 816 Chinook sont en service à travers le monde, dont 453 appartiennent à l'armée américaine. Le Canada a déjà eu des Chinook par le passé, mais les sept hélicoptères encore en bon état ont été vendus aux Pays-Bas en 1993. Ironie du sort, c'est avec ces mêmes Chinook que les Pays-Bas donnent un coup de main... au Canada, en Afghanistan!

Le Devoir

Notre journaliste s'est déplacé en Californie à l'invitation de Boeing Integrated Defense Systems.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Robert Henri
    Inscrit
    vendredi 6 avril 2007 07h42
    Pourquoi les ÉU?
    « Il s'en construit des hélicos au Canada, au Québec. Et Harper, le très déshonorable qui nous dit d'un bord vouloir développer le Québec, pour notre bien parait-il et qui, de l'autre bord commande ses hélicos aux ÉU. Nous sommes gouvernés par des bandits. Et je parie que le monde, vous autres, est assez stupide pour les réélire aux prochaines... »

  • réal rodrigue
    Inscrit
    vendredi 6 avril 2007 10h30
    C'est suffisant pour faire tomber Harper
    « Quelle nouvelle atterrante pour les gagne-petit, pour la classe moyenne qui s'appauvrit sans cesse, et tous les travailleurs qui perdent leurs emplois dans les régions. Ottawa ne regarde pas à la dépense ! Harper se fout du monde ordinaire, et gageons qu'il va gagner la faveur populaire tout prochainement ! C'est à n'y rien comprendre. La réalité cependant, c'est que cette nouvelle devrait normalement suffire à renverser son gouvernement. Où est donc passer ce qu'on appelait « le bon sens » ?
    Réal Rodrigue, Mansonville »

  • réal rodrigue
    Inscrit
    vendredi 6 avril 2007 10h31
    C'est suffisant pour faire tomber Harper
    « Quelle nouvelle atterrante pour les gagne-petit, pour la classe moyenne qui s'appauvrit sans cesse, et tous les travailleurs qui perdent leurs emplois dans les régions. Ottawa ne regarde pas à la dépense ! Harper se fout du monde ordinaire, et gageons qu'il va gagner la faveur populaire tout prochainement ! C'est à n'y rien comprendre. La réalité cependant, c'est que cette nouvelle devrait normalement suffire à renverser son gouvernement. Où est donc passer ce qu'on appelait « le bon sens » ?
    Réal Rodrigue, Mansonville »

  • André Chamberland
    Inscrit
    vendredi 6 avril 2007 10h43
    NON aux dépenses militaires
    « Cet argent servirait les canadiens beaucoup mieux en santé, éducation, services sociaux. »

  • Jean-François Couture
    Inscrit
    vendredi 6 avril 2007 11h39
    La paix est l'ennemi du développement économique
    « Le chantage à l'emploi continue à légitimiser l'emprise grandissante du complexe-militaro-industriel sur le Canada. Merci Harpeur et les conserviteurs de la junte Bush !

    "Quand la paix est l'ennemi"
    http://www.jfwilliam.com/index.cfm/2,0,1473,9396,1917,0,html

    "Ceux qui vont mourrir vous saluent !"

    L'autre vecteur est la privatisation de la guerre...

    Naomi Klein soutient que la privatisation des gouvernement et de la guerre est bel et bien entammé. C'est en fait le prochain jalon de l'évolution du néo-con-libéralisme.

    "The Worse Things Get in Iraq, the More Privatized This War Becomes, The More Profitable This War Becomes" - Naomi Klein on the Privatization of the State
    http://www.democracynow.org/article.pl?sid=07/04/02/1345218

    La Privatisation de la Guerre et des Gouvernements
    http://www.centpapiers.com/spip.php?article1151

    "On croit mourir pour sa patrie et l'on meurt pour les industriels." - Anatole France »

  • Robert C. Paradis
    Inscrit
    vendredi 6 avril 2007 12h30
    Notre côté ONCLE SAM!
    « Pas mal forte et brillante cette manoeuvre de l'augmentation des usages pour les Chinook's. Ainsi, les Américains ont trouvés un moyen pour obtenir plus pour leur appui au développement des sables bitumineux. Ce sont nos ALBERTAN COWBOYS qui empochent les retombés des investissements dans le pétrole Canadien. Et une poignée de porte de plus va faire DOUBLER le prix des hélicoptères! Ils sont fort les Américains! Ils s'aiment beaucoup eux-mêmes, les ConservHARPER's! »

  • Normand Desjardins
    Abonné
    vendredi 6 avril 2007 13h42
    L'orgueil mal plaçé de la droite canadienne : dépenses inutiles
    « Il faudra un jour que nos gouvernements réalisent que le monde a changé. La guerre efficace est désormais une guerre tactique qui exige de moins en moins d'armes et d'équipement et du plus en plus de jugeotte. Les véritables armes sont aujourd'hui : la guérilla - le commando, les médias, l'espionnage, les représailles économiques...

    Voyez comment, en Irak et en Afghanistan, quelques milliers de combattants munis de fusils et de bombes artisanales mettent en déroute les 2 armées les plus puissantes et technologiques au monde, soit les britanniques et les américains.

    Les achats militaires ne servent qu'à faire rouler une industrie puissante et destructrice qui n'a plus sa raison d'être sauf celle de générer des profits stratosphériques pour ses actionnaires et de créer des emplois bien payés. Ces derniers - beaucoup de cerveaux j'en conviens -, s'ils étaient mis à contribution pour servir de nobles causes, seraient autrement plus utiles à la société.

    Baissez vos armes et rendez vous - à l'évidence-.. monsieur Harper. »

  • François Truchon
    Inscrit
    vendredi 6 avril 2007 16h30
    Est-ce que la bouffe était bonne et l'hotel confortable?
    « Il me semble que l'article manque de recul. Certes, il existe des constructeurs au Canada mais le client est exigeant... Même dans les calculs je ne comprends: 4,7 milliards de dollars (US ou CAD?) pour 16 hélicoptères. Ça fait donc 293,75 millions par hélicoptère et non 80 millions et encore moins 40. Enfin, ce ne sont que des chiffres... Ce qui m'indigne davantage, c'est que vous ne mentionnez même pas la corruption apparente derrière l'attribution de ce précieux contrat à Boeing soutenue par les 'accointances' passées du Ministre de la défense en place avec le constructeur Boeing. Pourtant, c'est bien connu. C'est pourquoi je doute du sérieux de tout journalisme effectué sur invitation avec des opérations médiatiques fabriquées de toutes pièces. C'est à se demander qui a rédigé l'article Boeing ou M. Castonguay? Ou si à tout le moins Boeing n'a pas eu accès au texte avant sa publication. Ce serait peut-être un juste retour d'ascenseur... Bref, est-ce que la bouffe était bonne? Mieux: comment était le tour d'hélicoptère? »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
8 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009