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Aérospatiale: les conservateurs se défendent de copier le plan d'aide libéral

Ottawa offre 900 millions sur une période de cinq ans

Éric Desrosiers   3 avril 2007  Canada
Deux ministres du gouvernement conservateur, Maxime Bernier et Michael Fortier, se sont déplacés à Montréal pour dévoiler ce programme de soutien à la recherche et au développement.
Photo : Jacques Nadeau
Deux ministres du gouvernement conservateur, Maxime Bernier et Michael Fortier, se sont déplacés à Montréal pour dévoiler ce programme de soutien à la recherche et au développement.
Le gouvernement Harper s'est bien défendu hier, au moment de dévoiler son nouveau programme d'aide à l'industrie aérospatiale et de la défense de 900 millions, de ne présenter qu'une nouvelle mouture des anciens programmes mis en place par le gouvernement précédent et que les conservateurs avaient amplement critiqués.

«Notre programme est très différent», a martelé le ministre de l'Industrie, Maxime Bernier, lors de la conférence de presse organisée dans les locaux de l'Institut de recherche aérospatiale du CNRC sur le campus de l'Université de Montréal. Devant ceux qui l'accuseraient, comme les conservateurs l'ont fait avec le gouvernement libéral, d'utiliser les deniers publics pour subventionner des multinationales prospères, le ministre a tenu, d'entrée de jeu, à réitérer sa foi dans les vertus «du libre marché et de la liberté individuelle».

Appelé Initiative stratégique pour l'aérospatiale et la défense (ISAD), son nouveau programme disposera d'un budget d'environ 900 millions au cours des cinq prochaines années, avec un maximum annuel de 225 millions. Cet argent prendra la forme de contributions remboursables visant à encourager la recherche et le développement dans les secteurs de l'aérospatiale, de la défense et de la sécurité. On y inclut la sécurité dans les aérogares, les ports, le Grand Nord canadien et même les installations des Jeux olympiques de Vancouver.

Mieux que les libéraux

Le programme précédent de Partenariat technologique Canada qui s'est achevé à la fin de l'année disposait d'un budget trois fois plus gros de trois milliards, mais couvrait beaucoup plus de secteurs industriels. Il n'accorderait pas, surtout, autant d'importance «à la transparence, aux mécanismes de reddition de comptes et à la saine gestion», a précisé le ministre Bernier. La nature des projets financés, leur degré d'avancement ainsi que le rythme de remboursement des entreprises seront désormais affichés sur le site Internet de l'Office des technologies industrielles, l'organisme du ministère chargé de la supervision. Le délai moyen de remboursement des contributions a également été ramené de 20 à 15 ans. La capacité de remboursement ne sera plus évaluée en fonction du succès remporté par les projets financés, mais sur la base des revenus bruts de l'entreprise.

«Pour Montréal, c'est une nouvelle extraordinaire!», a affirmé le ministre des Travaux publics et ministre responsable de la métropole, Michael Fortier. Ces sommes ne comprennent pas la promesse d'aide que l'ancien gouvernement libéral a faite à Bombardier pour ses éventuels nouveaux appareils de la Série C et que les conservateurs ont promis d'honorer. Bien que le Québec abrite de 50 à 60 % de l'industrie aéronautique canadienne, aucune enveloppe budgétaire ne lui a été réservée, ni à aucun secteur industriel en particulier. Maxime Bernier s'est dit incapable de prédire quelles entreprises allaient faire la demande pour obtenir de l'aide. «Normalement, les entreprises québécoises sont bien positionnées et devraient très bien se positionner.»

En ce qui concerne les autres secteurs industriels qui bénéficiaient autrefois de l'aide du gouvernement fédéral, le ministre a dit qu'ils devraient désormais se satisfaire des baisses d'impôt qui leur ont été accordées. Les deux ministres ont assuré que l'annonce d'hier n'avait rien à voir avec la tenue d'une éventuelle élection.

L'industrie est contente

L'annonce du gouvernement fédéral a néanmoins été bien reçue. «La bonne nouvelle, c'est qu'au moins le Canada a un programme pour appuyer son secteur aéronautique comme les autres pays dans lesquels se trouvent nos concurrents, a commenté Hélène Gagnon, vice-présidente aux affaires publiques de Bombardier Aéronautique. Il y a moins d'argent, mais, cette fois-ci, c'est plus ciblé. Avant de dire si c'est assez ou pas assez, il va falloir regarder plus attentivement les modalités.»

Le président et chef de la direction de CAE, Robert Brown, s'est lui aussi montré satisfait. La moitié des revenus du fabricant de simulateurs proviennent du secteur la défense, aussi se réjouit-on que ce dernier soit couvert par le programme. Robert Brown ne s'en fait pas trop avec les conditions plus sévères que l'on dit vouloir appliquer. Une aide financière du gouvernement est toujours bienvenue et devrait faciliter les futures négociations avec les prêteurs privés.

L'Association internationale des machinistes et des travailleurs de l'aérospatiale (FTQ) s'est dite satisfaite pour autant que le Québec reçoive sa juste part et que les entreprises n'en profitent pas pour déplacer des activités à l'étranger.

Le porte-parole du Bloc québécois dans ce dossier, Paul Crête, s'est réjoui aussi que l'on «mette fin à une période d'incertitude». À ces yeux toutefois, cette annonce ne répare pas les injustices commises dans le partage des retombées économiques des milliards engagés récemment dans l'achat par le Canada de nouveaux avions militaires.

***

Avec la Presse canadienne
 
 
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