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Les coûts de la mission en Afghanistan explosent

Après deux révisions en six mois, les militaires haussent leurs projections de 1,3 milliard

Alec Castonguay   23 mars 2007  Canada
Ottawa — Les coûts de la mission militaire du Canada en Afghanistan explosent et le ministère de la Défense prévient que la facture pourrait continuer à grimper. Le Devoir a appris que les Forces canadiennes ont révisé deux fois en six mois — et fortement — les coûts de la mission. Depuis septembre, les militaires ont haussé leurs projections de 1,3 milliard, rien de moins. Les hauts gradés du ministère de la Défense estiment maintenant que la facture totale du déploiement entre 2001 et 2009 atteindra 4,3 milliards de dollars au bas mot.

En septembre dernier, les stratèges militaires estimaient que la mission canadienne en Afghanistan coûterait 3,05 milliards au total (excluant l'aide humanitaire). C'est le dernier chiffre rendu public par le gouvernement fédéral et plusieurs observateurs l'avaient jugé trop prudent à l'époque.

Mais le déploiement des soldats dans la zone dangereuse de Kandahar, dans le sud du pays, est plus coûteux que prévu. Les 2500 soldats canadiens qui doivent régulièrement engager le combat contre les insurgés font littéralement exploser la facture, de sorte que les militaires à Ottawa ont dû revoir à la hausse leurs estimations.

Ainsi, tard cet automne, le ministère de la Défense a laissé savoir au ministre Gordon O'Connor que la mission allait probablement coûter 3,9 milliards en tout, une hausse de 900 millions. Puis, fin janvier, nouveau bond de 400 millions. Le Devoir a donc appris que les projections du ministère de la Défense font maintenant état d'une facture militaire de 4,3 milliards pour le déploiement complet entre 2001 et 2009. Le coût du volet humanitaire (1,2 milliard) n'est évidemment pas compris dans ce chiffre.

Le conseiller principal en communications du ministère de la Défense, Lance Anderchuk, a confirmé ces nouvelles estimations. «D'ici la fin de la mission en février 2009, le ministère prévoit avoir dépensé 4,3 milliards de dollars pour le volet militaire», dit-il, avant d'ajouter que ce chiffre n'est pas final et pourrait donc continuer de gonfler. «Nous révisons sur une base régulière nos projections de coût. Ce n'est qu'une estimation. On ne sait pas ce qui va se passer dans l'avenir», affirme Lance Anderchuk.

Et pourquoi cette hausse rapide des prévisions de dépenses, soit 1,3 milliard depuis septembre? Le porte-parole de la Défense nationale soutient que le déploiement dans le sud de l'Afghanistan est plus dispendieux que prévu. «C'est plus cher pour les munitions. C'est plus cher pour l'équipement. On est en zone hostile. On engage le combat et ça coûte très cher», explique Lance Anderchuk.

Le Devoir a d'ailleurs obtenu les coûts de la mission pour l'année financière 2006-07 qui se termine le 31 mars prochain. Depuis un an, le ministère de la Défense estime qu'il a dépensé 802 millions, soit l'année la plus coûteuse depuis que le Canada s'implique militairement en Afghanistan. L'opération Athena, qui vise à pacifier le sud du pays avec 2500 militaires canadiens, a coûté à elle seule 522 millions depuis mars 2006. L'opération Archer, qui regroupe moins de 100 soldats et qui vise à aider la reconstruction de l'armée afghane, a quant à elle coûté 280 millions (voir tableau).

«On a plus d'hommes sur le terrain, on engage plus souvent le combat. C'est donc aussi plus dur sur l'équipement», dit Lance Anderchuk pour justifier cette facture de 802 millions. Si un ajustement des chiffres de dernière minute n'a pas lieu d'ici une semaine, c'est donc dire que le 31 mars 2007, Ottawa aura déjà acquitté une facture supérieure à 2,5 milliards pour le volet militaire de son implication en Afghanistan (entre 2001 et 2007).

En plus de la présence de l'armée dans la région de Kandahar, l'achat d'équipement d'urgence a aussi fait gonfler la facture. Ainsi, en 2005, l'armée a dû acheter pour 234 millions de nouvel équipement — dont 50 véhicules blindés de reconnaissance Nyala au coût de 120 millions. De l'équipement de communication a aussi été ajouté, tout comme des appareils robotisés de surveillance (drones). La facture a été étalée sur plusieurs années et incluse dans les coûts de la mission, précise Lance Anderchuk. Il avoue toutefois que certaines dépenses, si elles concernent des équipements qui seront réutilisés dans le cadre d'autres missions, pourraient ne pas être actuellement comptabilisé dans le coût de la mission afghane. L'armée n'est pas en mesure de ventiler ses dépenses pour l'instant, dit-elle, ce qui empêche d'aller dans les détails.

Marc-André Boivin, coordonnateur du Réseau francophone de recherche sur les opérations de paix, affilié à l'Université de Montréal, affirme que l'explosion des coûts de la mission militaire est facile à comprendre. «C'est clair qu'un déploiement à l'étranger, c'est très cher. Surtout en zone dangereuse. En plus, en Afghanistan, il n'y a rien, aucune infrastructure. Il faut que les militaires emmènent tout avec eux et par voie aérienne, le moyen de transport le plus cher. Et plus on engage le combat, plus les véhicules s'usent vite, les munitions se vident et ainsi de suite», dit-il.

Le Canada n'est pas uniquement impliqué militairement en Afghanistan, il a aussi un volet humanitaire très important. Le 31 mars prochain, Ottawa aura dépensé 688 millions pour aider à reconstruire ce pays ravagé par les talibans. Entre 2001 et 2011, le Canada prévoit qu'il aura investi près de 1,2 milliard dans l'aide humanitaire dirigée vers Kaboul. L'engagement financier total du Canada dans ce pays serait donc, avec les projections actuelles, de 5,5 milliards (4,3 milliards pour le militaire et 1,2 milliard pour l'humanitaire).

Il faut toutefois nuancer ce rapport de quatre pour un en faveur des soldats, croit Marc-André Boivin. «C'est un raccourci habituel de faire la comparaison entre le militaire et l'humanitaire, mais c'est comme comparer des pommes et des oranges, dit-il. Les outils militaires coûtent extrêmement cher. Alors que les groupes humanitaires ont une structure très légère. Ils sont sur le terrain et font des miracles avec peu de moyens. Le coût pour arriver à des résultats n'est pas le même.»
 
 
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  • jacques noel - Inscrit
    23 mars 2007 08 h 03
    Bravo
    Bravo pour votre texte et toutes ces données. C'est la première fois qu'on en parle dans la presse québécoise.
    4,3 milliards c'est énorme. C'est 3 ans de garderies au Québec ou 6 fois le cout de l'autoroute entre Québec et Chicoutimi pour une guerre inutile.
    La Défense c'est le bar ouvert. Sous prétexte que c'est une question de vie et de mort il n'y aucune limite à la dépense.
    Maintenant est-ce qu'on pourrait savoir qui a les contrats? Qui transporte les troupes? Qui les nourrit? Qui les équipe?
    Combien de contrats au Québec?
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  •  
  • Raymond Saint-Arnaud - Abonné
    23 mars 2007 11 h 50
    Est-ce cela que veulent les Québécois?
    M. Harper dépense 4 milliards de dollars pour la guerre en Afghanistan, dont 1 milliard provient des impôts des Québécois. Est-ce cela que nous voulons? Qui a voté pour cela?

    Et les 20 milliards supplémentaires que le gouvernement Harper consacre à l'armée et aux appareils militaires? Là-dessus, 5 milliards proviendront des impôts des Québécois. Est-ce cela que nous voulons? Qui a voté pour cela?

    Les Québécois sont un peuple pacifique. Nous devons être conséquents avec nous-mêmes et agir pour devenir maîtres de notre destinée. Votons en ce sens le 26 mars.
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  •  
  • André Loiseau - Abonné
    23 mars 2007 11 h 52
    Aplatventrisme U.S.
    Dilapidation totale des fonds publics fédéraux!
    C'est honteux! Et dire qu'il reviendra, majoritairement élu...
    Vivement la souveraineté, avec ou sans M.Boisclair, avec ou sans référendum.
    À quand des politiques internationales québécoises pour le Québec?
    Mettons le feu aux hommes de paille!
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  •  
  • - Abonné
    23 mars 2007 12 h 28
    Sulfureux!
    Oui! Les équipements militaires coûtent très chers. On nage dans le pétrole. La guerre est le prétexte idéal pour favoriser les plus riches des plus riches, à faire dépenser l'argent des petits citoyens par le gouvernement. Les marges de profit des entreprises du complexe militaro-industriel ne se qualifient bien que par l'expression PARADIS TERRESTRE. À cela, on doit ajouter qu'il s'agit du sang d'individus, soldats Canadiens, Afghans et ennemis, et aussi de celui de simples citoyens, AUX BÉNIFICES DE CAPITALISTES DE CHEZ-NOUS au Canada et aux USA et d'ailleurs.

    Ça sent le pétrole à plein nez, ça sent le Pentagone, le pouvoir de la DROITE richissime, ayant des moyens démesurés pour se permettre d'acheter l'âme même de nos politiciens, AU NOM DE dIEU.

    Et nous, les petits Québécois et Canadiens, on est pris au piège: on n'est quand même pas pour laisser tomber les Afghans face au terrorisme pratiqué par les Talibans.

    En passant, qui finance les Talibans? La guerre, pour que ça dure autant, il faut de l'argent des 2 côtés. L'argent du pétrole? Les USA, le Canada, la Russie, l'Arabie Saoudite et ... la Chine peut-être? QUE dIEU EST GRAND! aLLAH AKBAR!
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  •  
  • francis dery - Inscrit
    23 mars 2007 12 h 47
    Shut up ! Jacques Noël
    Vous posez trop de questions.

    Respectez le secret militaire tout de même!

    S'il faut informer qui produit le matériel militaire ou les services requis pour soutenir la mission et quels lieux géographiques sont bien desservies par les contrats militaires, alors les terroristes auxiliaires d'Al Qaeda pourront planifier des attentats chirurgicaux à fin de dissuader le soutien à la mission canadienne en Afghanistan.

    Comme disait un mandarin d'Ottawa, il ne faut jamais montrer ses plans de guerre à l'ennemi.
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  •  
  • André Chamberland - Inscrit
    23 mars 2007 13 h 53
    NON à la guerre et à l'armée
    Retirons-nous de toute guerre et ne dépensons plus un sou pour l'armée. Redevenons pacifiques. Harper est en train de nous attirer les foudres des extrémistes guerriers et les étatsuniens sont bien fiers d'avoir des complices de guerre.
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  •  
  • francis dery - Inscrit
    23 mars 2007 22 h 33
    Et les investissements de Ben Laden
    Est-ce que les Talibans ont investi leur fortune dans le complexe industriomilitaire canadien comme il l'a fait dans celui des Américains (Groupe Carlysle)?
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  •  
  • Louis Simard - Inscrit
    23 mars 2007 22 h 52
    OUI, à l'intervention canadienne
    Il est bien évident qu'il est facile de parler de paix ici dans notre merveilleux Québec. Cependant la terre ne s'arrête pas aux frontières du Québec ou même du Canada. Et la vie n'est pas aussi belle partout dans le monde. Nous devons combattre pour conserver nos valeurs. Sommes-nous favorables aux talibans, aux producteurs et exportateurs d'opium, aux terroristes? Je dis NON. La liberté a un prix.
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