Pouvoir fédéral de dépenser - Harper menace de ne pas négocier avec un gouvernement souverainiste
22 mars 2007
Canada
Ottawa — L'équipe conservatrice promet depuis deux budgets de limiter le pouvoir d'Ottawa de dépenser dans les champs de compétence des provinces, mais Stephen Harper a rendu hier cet engagement conditionnel à l'élection d'un gouvernement fédéraliste le 26 mars au Québec. Le premier ministre a même poussé plus loin son analyse en se vantant d'avoir foulé au pied les velléités séparatistes des Québécois. Il n'en fallait pas plus pour provoquer la colère du mouvement souverainiste. Le chef du Bloc québécois, qui accuse depuis quelques jours les conservateurs de tenter d'influencer l'issue du scrutin québécois avec leur budget déposé en pleine campagne électorale, est monté aux barricades.
La phrase du premier ministre Harper est survenue en pleine période de questions à la Chambre des communes hier. M. Harper était interrogé par le député bloquiste Pierre Paquette à propos de l'absence, dans le budget de lundi, de transfert de capacité fiscale au Québec, par exemple des points d'impôt ou des revenus de TPS.
M. Harper a alors reconnu qu'il existe «plusieurs façons de régler le déséquilibre fiscal» mais que le transfert de points d'impôt serait désavantageux pour le Québec. «Nous sommes toujours prêts à étudier des possibilités, a-t-il ajouté, mais à la fin, pour avoir de telles relations fiscales avec les provinces, il est nécessaire d'avoir un gouvernement fédéraliste à Québec [et] un gouvernement qui respecte les champs de compétence des provinces, ici à Ottawa.»
Quelques questions plus loin, le premier ministre a semblé nuancer ses propos en avançant que «ce gouvernement est prêt à rencontrer le nouveau gouvernement — qui, je l'espère, sera fédéraliste — pour contrôler le pouvoir fédéral de dépenser». Mais tout de suite après, à la sortie des Communes, son lieutenant québécois Lawrence Cannon a été dépêché auprès des journalistes et a confirmé la première impression.
Quand on lui a demandé si la promesse électorale de limiter le pouvoir de dépenser était conditionnelle à la couleur du prochain gouvernement québécois, M. Cannon a eu cette réponse: «C'est ce que j'ai compris, et on verra le soir des élections ce qui en est, mais ça prend des fédéralistes pour réformer le fédéralisme.»
La réaction de Gilles Duceppe n'a pas tardé, le chef bloquiste reprochant au leader conservateur d'avoir «déraillé». «Ç'a pas de sens! Je ne comprends pas de telles remarques de M. Harper. Il est chef de gouvernement, là, premier ministre! Et il devrait regarder le passé. Le dernier à avoir négocié des points d'impôt, c'est René Lévesque avec Pierre Elliott Trudeau. S'il y en a deux qui avaient des idées quelque peu divergentes, c'est bien ces deux-là. Or, pourtant, ils ont fait passer l'intérêt des deux nations avant leur intérêt partisan.»
L'issue des élections québécoises est loin d'être prévisible. Le dernier sondage panquébécois plaçait les trois principaux partis à égalité statistique, laissant entrevoir l'élection d'un gouvernement minoritaire. Certains analystes pensent même que si l'ADQ de Mario Dumont réussit «trop» bien, il pourrait nuire à Jean Charest au point de laisser filer André Boisclair.
Stephen Harper a pourtant poussé la note encore un brin en affirmant qu'avec son budget de lundi, qui accorde des sommes supplémentaires aux provinces, il a réglé le dilemme constitutionnel au coeur de la politique québécoise depuis 30 ans. «Le problème du Bloc québécois, c'est que ce n'est pas une question de déséquilibre fiscal, c'est une question de séparation. Nous avons réglé le dossier de la séparation. Les Québécois ne veulent pas que le Québec soit séparé du reste du Canada.»
Par ailleurs, M. Harper n'en était pas à une déclaration controversée près à la Chambre hier. Interrogé à propos du traitement réservé aux prisonniers afghans arrêtés par le Canada, il a reproché aux libéraux de se montrer plus «passionnés» à propos du sort des talibans que de celui des soldats canadiens (voir autre texte en page A 6).
Le Devoir
La phrase du premier ministre Harper est survenue en pleine période de questions à la Chambre des communes hier. M. Harper était interrogé par le député bloquiste Pierre Paquette à propos de l'absence, dans le budget de lundi, de transfert de capacité fiscale au Québec, par exemple des points d'impôt ou des revenus de TPS.
M. Harper a alors reconnu qu'il existe «plusieurs façons de régler le déséquilibre fiscal» mais que le transfert de points d'impôt serait désavantageux pour le Québec. «Nous sommes toujours prêts à étudier des possibilités, a-t-il ajouté, mais à la fin, pour avoir de telles relations fiscales avec les provinces, il est nécessaire d'avoir un gouvernement fédéraliste à Québec [et] un gouvernement qui respecte les champs de compétence des provinces, ici à Ottawa.»
Quelques questions plus loin, le premier ministre a semblé nuancer ses propos en avançant que «ce gouvernement est prêt à rencontrer le nouveau gouvernement — qui, je l'espère, sera fédéraliste — pour contrôler le pouvoir fédéral de dépenser». Mais tout de suite après, à la sortie des Communes, son lieutenant québécois Lawrence Cannon a été dépêché auprès des journalistes et a confirmé la première impression.
Quand on lui a demandé si la promesse électorale de limiter le pouvoir de dépenser était conditionnelle à la couleur du prochain gouvernement québécois, M. Cannon a eu cette réponse: «C'est ce que j'ai compris, et on verra le soir des élections ce qui en est, mais ça prend des fédéralistes pour réformer le fédéralisme.»
La réaction de Gilles Duceppe n'a pas tardé, le chef bloquiste reprochant au leader conservateur d'avoir «déraillé». «Ç'a pas de sens! Je ne comprends pas de telles remarques de M. Harper. Il est chef de gouvernement, là, premier ministre! Et il devrait regarder le passé. Le dernier à avoir négocié des points d'impôt, c'est René Lévesque avec Pierre Elliott Trudeau. S'il y en a deux qui avaient des idées quelque peu divergentes, c'est bien ces deux-là. Or, pourtant, ils ont fait passer l'intérêt des deux nations avant leur intérêt partisan.»
L'issue des élections québécoises est loin d'être prévisible. Le dernier sondage panquébécois plaçait les trois principaux partis à égalité statistique, laissant entrevoir l'élection d'un gouvernement minoritaire. Certains analystes pensent même que si l'ADQ de Mario Dumont réussit «trop» bien, il pourrait nuire à Jean Charest au point de laisser filer André Boisclair.
Stephen Harper a pourtant poussé la note encore un brin en affirmant qu'avec son budget de lundi, qui accorde des sommes supplémentaires aux provinces, il a réglé le dilemme constitutionnel au coeur de la politique québécoise depuis 30 ans. «Le problème du Bloc québécois, c'est que ce n'est pas une question de déséquilibre fiscal, c'est une question de séparation. Nous avons réglé le dossier de la séparation. Les Québécois ne veulent pas que le Québec soit séparé du reste du Canada.»
Par ailleurs, M. Harper n'en était pas à une déclaration controversée près à la Chambre hier. Interrogé à propos du traitement réservé aux prisonniers afghans arrêtés par le Canada, il a reproché aux libéraux de se montrer plus «passionnés» à propos du sort des talibans que de celui des soldats canadiens (voir autre texte en page A 6).
Le Devoir
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