Tête de ministre
Obnubilé par la campagne électorale en cours et le budget fédéral, le Québec n'a pas porté attention au brouhaha qui sévit aux Communes, où la tête du ministre de la Défense, Gordon O'Connor, est en jeu. Hier, c'était au tour des libéraux de réclamer sa démission, ce qui leur a valu une cinglante réplique du premier ministre Stephen Harper. La partisanerie ne peut toutefois pas occulter l'importance de l'enjeu.
À la mi-décembre 2005 (donc en plein coeur de la campagne électorale fédérale), sous les libéraux, le Canada avait conclu une entente de transfert de prisonniers aux autorités afghanes. Il y est convenu que la Croix-Rouge veille au bon traitement des prisonniers, mais contrairement à ce qu'ont prévu des pays comme la Grande-Bretagne, le Danemark et les Pays-Bas, il n'y est pas précisé qu'elle en fasse rapport au Canada. Dans les faits, les autorités canadiennes ignorent donc ce que deviennent ses prisonniers une fois ceux-ci rendus dans les prisons afghanes, de très sinistre réputation.
Depuis, on a appris que des Afghans arrêtés par des Canadiens avaient soit disparu, soit été maltraités, mais le ministre conservateur de la Défense jurait que le Canada avait la situation bien en main, vu ses liens avec la Croix-Rouge.
Lundi, alors que le budget monopolisait l'attention, M. O'Connor a finalement présenté ses excuses aux Communes, plaidant l'erreur de bonne foi. Or on a su que dès l'automne dernier, la Croix-Rouge avait dûment expliqué son rôle au ministre.
M. Harper se réfugie derrière le fait qu'il s'agit d'une entente conclue par les libéraux, mais cela n'excuse en rien ni les propos ni la troublante désinvolture de son ministre. Car M. O'Connor brandit maintenant une entente avec la Commission afghane des droits de la personne pour s'assurer du sort des prisonniers. Cette commission n'a pas de budget, ne compte que huit inspecteurs pour visiter 1000 prisonniers gardés dans des régions dangereuses et dit elle-même qu'il sera difficile de respecter le mandat qu'on lui a confié! Qu'importe, le ministre O'Connor s'est rendu en Afghanistan à la mi-mars pour «regarder droit dans les yeux» du président de la Commission afghane des droits de la personne afin de juger s'il était digne de confiance. Sa conclusion: il a rencontré un «très honnête homme». Dont acte.
La philosophie conservatrice de la loi et de l'ordre explique une bonne part de cette molle réaction. Mais l'expérience canadienne fait le reste. L'indifférence gouvernementale envers le sort des prisonniers afghans s'apparente aux égarements dont ont été victimes Maher Arar et trois autres Canadiens, pour lesquels une commission d'enquête s'ouvrait hier à Ottawa. Emprisonnés en Syrie, ils y ont été victimes de tortures, ce qui n'étonnera personne... sauf la diplomatie canadienne, qui refusait d'envisager cette hypothèse!
On peut bien changer le ministre, le Canada a un problème bien plus fondamental: son refus, en temps de crise, de prendre pleinement et partout ses responsabilités d'État démocratique, défenseur des droits de la personne.
À la mi-décembre 2005 (donc en plein coeur de la campagne électorale fédérale), sous les libéraux, le Canada avait conclu une entente de transfert de prisonniers aux autorités afghanes. Il y est convenu que la Croix-Rouge veille au bon traitement des prisonniers, mais contrairement à ce qu'ont prévu des pays comme la Grande-Bretagne, le Danemark et les Pays-Bas, il n'y est pas précisé qu'elle en fasse rapport au Canada. Dans les faits, les autorités canadiennes ignorent donc ce que deviennent ses prisonniers une fois ceux-ci rendus dans les prisons afghanes, de très sinistre réputation.
Depuis, on a appris que des Afghans arrêtés par des Canadiens avaient soit disparu, soit été maltraités, mais le ministre conservateur de la Défense jurait que le Canada avait la situation bien en main, vu ses liens avec la Croix-Rouge.
Lundi, alors que le budget monopolisait l'attention, M. O'Connor a finalement présenté ses excuses aux Communes, plaidant l'erreur de bonne foi. Or on a su que dès l'automne dernier, la Croix-Rouge avait dûment expliqué son rôle au ministre.
M. Harper se réfugie derrière le fait qu'il s'agit d'une entente conclue par les libéraux, mais cela n'excuse en rien ni les propos ni la troublante désinvolture de son ministre. Car M. O'Connor brandit maintenant une entente avec la Commission afghane des droits de la personne pour s'assurer du sort des prisonniers. Cette commission n'a pas de budget, ne compte que huit inspecteurs pour visiter 1000 prisonniers gardés dans des régions dangereuses et dit elle-même qu'il sera difficile de respecter le mandat qu'on lui a confié! Qu'importe, le ministre O'Connor s'est rendu en Afghanistan à la mi-mars pour «regarder droit dans les yeux» du président de la Commission afghane des droits de la personne afin de juger s'il était digne de confiance. Sa conclusion: il a rencontré un «très honnête homme». Dont acte.
La philosophie conservatrice de la loi et de l'ordre explique une bonne part de cette molle réaction. Mais l'expérience canadienne fait le reste. L'indifférence gouvernementale envers le sort des prisonniers afghans s'apparente aux égarements dont ont été victimes Maher Arar et trois autres Canadiens, pour lesquels une commission d'enquête s'ouvrait hier à Ottawa. Emprisonnés en Syrie, ils y ont été victimes de tortures, ce qui n'étonnera personne... sauf la diplomatie canadienne, qui refusait d'envisager cette hypothèse!
On peut bien changer le ministre, le Canada a un problème bien plus fondamental: son refus, en temps de crise, de prendre pleinement et partout ses responsabilités d'État démocratique, défenseur des droits de la personne.
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