Fortier à l'assaut de Vaudreuil-Soulanges
Photo : Jacques Nadeau
Le sénateur et ministre des Travaux publics, Michael Fortier, explique au Devoir son plan de campagne dans son bureau de comté.
Pendant que la campagne électorale québécoise bat son plein, le sénateur et ministre conservateur Michael Fortier ne pense qu'à sa propre campagne de séduction, qu'il mène sans relâche auprès des électeurs de Vaudreuil-Soulanges. Michael Fortier vient d'ouvrir deux bureaux de comté et agit exactement comme s'il était déjà élu. «Moi, je suis en campagne», dit-il. Le ministre a discuté de sa stratégie avec Le Devoir.
Vaudreuil-Dorion — Le regard est direct. Les phrases s'enchaînent comme des coups de canon. Le sénateur et ministre des Travaux publics dans le gouvernement Harper a un franc-parler qui se fait rare dans les rangs conservateurs, où le moindre député (ou ministre) qui ouvre la bouche devant un micro sans la permission du bureau du premier ministre se fait taper sur les doigts. Pas Michael Fortier, qui a la confiance de Stephen Harper.
Issu du monde des affaires, cet avocat et banquier n'aime pas les détours. Il dit ce qu'il pense et il en va de même pour sa circonscription: s'il a choisi Vaudreuil-Soulanges, à l'ouest de l'île de Montréal, c'est parce qu'il peut la gagner, dit-il. Michael Fortier n'a jamais envisagé de se présenter dans la très chic circonscription de Mont-Royal, au coeur de Montréal, où il vit avec sa femme et ses cinq enfants.
Après avoir étudié la composition et l'historique de plusieurs circonscriptions, notamment sur la Rive-Sud — il est passé à deux doigts de se présenter dans Chambly —, il a jeté son dévolu sur cette grande circonscription semi-rurale qui longe le lac des Deux-Montagnes. Dès que des élections générales seront déclenchées sur la scène fédérale, Michael Fortier quittera le Sénat pour tenter sa chance aux Communes. «Je cherchais un comté qui a un profil pour gagner. On y a songé longtemps. Celui-ci, je l'aimais en particulier parce qu'il a déjà été conservateur [1984-1993], ce que Mont-Royal n'a pas été depuis 1932!»
En 2004, à la surprise générale, les électeurs de cette circonscription ont voté massivement pour une députée du Bloc québécois, Meili Faille. Un coup de barre spectaculaire dans cette région aux profondes racines fédéralistes. Sur la scène provinciale, les deux députés du coin sont libéraux. Entre 1984 et 2004, les résidants de Vaudreuil-Soulanges ont toujours envoyé des élus fédéralistes pour les représenter à Ottawa. Michael Fortier aime ce tempérament sanguin qui colle à sa personnalité. «C'est un comté qui a renversé de grosses majorités dans le passé. Il a donné des claques à bien du monde. Ici, les gens savent ce qu'ils veulent. Quand un parti leur apparaît le meilleur choix, les gens n'ont pas peur de changer de couleur. Ils ne sont pas inquiets. Je me sens à l'aise ici», dit-il.
Tellement à l'aise que l'ancien banquier chez Valeurs mobilières TD accepte de laisser tomber le costume trois pièces. C'est en chemise qu'il rencontre les cultivateurs qui forment une bonne partie des 102 000 résidants de Vaudreuil-Soulanges. Il délaisse aussi du mieux possible le style autoritaire qu'il a gardé de son passage chez la firme d'avocats Ogilvy Renault, où il a dirigé le bureau de Londres au début des années 90. Michael Fortier ne s'en cache pas: il cherche à s'adapter et à séduire les électeurs, même si la députée du Bloc est toujours bien en selle et très active.
«C'est comme un mini-Québec ici. Il y a du rural et des zones plus urbaines. Il y a des anglophones [19 %] et des francophones. [...] J'arrive ici et je dis aux gens: "adoptez-moi". Mais une fois que c'est fait, je fais quoi? Qui suis-je? Il faut connecter avec les électeurs et je dois le faire avant les prochaines élections fédérales. Avec un gouvernement minoritaire, on ne sait pas quand ça va avoir lieu, je dois prendre de l'avance», dit-il.
À tombeau ouvert
Michael Fortier mène sa grande séduction à tombeau ouvert et la visière levée. Dès qu'il peut, il vient dans ce qu'il appelle «son» comté. En janvier, il a inauguré son premier bureau dans la ville de Vaudreuil-Dorion, la portion plus urbaine de la circonscription. Il y a un mois, il en a ouvert un deuxième, à 20 minutes de route du premier, dans la zone plus rurale de Coteau-du-Lac. Il faut dire que la circonscription fait 800 km2. Comment fait-il pour se payer le luxe d'avoir deux bureaux, lui qui n'a pas le budget d'un député? Il multiplie les campagnes de financement, dit-il. «Avoir deux bureaux, c'est une ponction importante dans nos finances, mais ça vaut la peine. Vaudreuil, c'est plus urbain. Soulanges, c'est plus rural. Les deux clientèles sont bien différentes.»
Le sénateur et ministre a engagé du personnel pour s'occuper de la circonscription et répondre aux demandes des citoyens. Chaque semaine, il achète un espace dans le journal local Première édition où il signe une chronique sur le gouvernement Harper et les activités locales. Son équipe envoie des lettres de félicitations aux bénévoles de l'année et aux champions de hockey mineur de la région. Le site Internet michaelfortier.com tient les citoyens informés. Rien n'est laissé au hasard. Michael Fortier a un plan de guerre et il le suit.
Dans le bureau de Vaudreuil-Dorion, rue Saint-Charles, l'équipe s'active comme si Michael Fortier détenait déjà la circonscription. «Moi, je suis en campagne. Je fais des activités autant que je peux. En petits, moyens et gros groupes. J'essaie de me comporter comme un député», dit-il. Il y a quelques semaines, le sénateur a convié les citoyens à un événement de style portes ouvertes à son bureau: la condition pour participer? Ne pas avoir déjà voté conservateur. «Je veux rencontrer du nouveau monde et les convaincre de voter pour moi.»
Sa stratégie est évidente, s'imposer dans le paysage avant le début des hostilités électorales. «Ce n'est pas sorcier, on y va bloc par bloc», dit-il. D'abord, les élus. Le 21 novembre, quand il a décidé de se présenter dans Vaudreuil-Soulanges, il a immédiatement téléphoné à Meili Faille, du Bloc québécois. Par respect, mais aussi pour lui promettre une chaude lutte, probablement l'une des plus serrées de la prochaine campagne fédérale au Québec. Ensuite, il a appelé un à un les 26 maires des municipalités qui forment la circonscription. «Je leur ai dit que je voulais les rencontrer.» C'est ce qu'il fait depuis des mois. Il court les conseils municipaux, rencontre les élus, les hommes d'affaires, les présidents d'associations de tout acabit. «Je prends note de leurs problèmes, des problèmes locaux», dit-il. Des mots dans un calepin qui deviendront des armes de campagne électorale.
Michael Fortier veut également former une coalition fédéraliste autour de sa candidature. Il a déjà pris contact avec les associations de comté du Parti libéral du Québec et de l'ADQ. «La façon dont je vais gagner, si je gagne, c'est en bâtissant une coalition fédéraliste autour de moi. Il faut que tous les fédéralistes votent pour moi, y compris les libéraux fédéraux», dit-il.
Évidemment, Michael Fortier peut compter sur son titre de ministre pour ouvrir des portes. «Je peux faire quelque chose pour les gens parce que je suis ministre. Mais, en même temps, je pense que c'est un peu insultant de dire que je vais régler les problèmes parce que je suis ministre. Ce n'est pas comme ça que ça se passe.»
Michael Fortier soutient qu'il ne va pas trop vite en affaires en s'installant dans Vaudreuil-Soulanges sans même avoir fait une seule campagne électorale locale. «Personne ne me parle de ça. Les gens me disent qu'au pire, si je perds, ils auront eu une députée et un ministre en même temps pour les servir!»
Âgé de 45 ans, à l'aise financièrement, Michael Fortier affirme avoir plongé en politique avant tout «pour un ami», en l'occurrence Stephen Harper, mais aussi «pour que Montréal soit représenté à la table du cabinet». Et si les électeurs de Vaudreuil-Soulanges lui tournent le dos? Il quittera le Sénat et la politique, point final. «Je ne ferai pas de la politique le reste de ma vie. Il n'en est absolument pas question. Le plus important, ce sont mes enfants. Ma fille la plus âgée a 16 ans. Je veux être avec eux. Je ne ferai pas ça des décennies comme d'autres l'ont fait.»
Vaudreuil-Dorion — Le regard est direct. Les phrases s'enchaînent comme des coups de canon. Le sénateur et ministre des Travaux publics dans le gouvernement Harper a un franc-parler qui se fait rare dans les rangs conservateurs, où le moindre député (ou ministre) qui ouvre la bouche devant un micro sans la permission du bureau du premier ministre se fait taper sur les doigts. Pas Michael Fortier, qui a la confiance de Stephen Harper.
Issu du monde des affaires, cet avocat et banquier n'aime pas les détours. Il dit ce qu'il pense et il en va de même pour sa circonscription: s'il a choisi Vaudreuil-Soulanges, à l'ouest de l'île de Montréal, c'est parce qu'il peut la gagner, dit-il. Michael Fortier n'a jamais envisagé de se présenter dans la très chic circonscription de Mont-Royal, au coeur de Montréal, où il vit avec sa femme et ses cinq enfants.
Après avoir étudié la composition et l'historique de plusieurs circonscriptions, notamment sur la Rive-Sud — il est passé à deux doigts de se présenter dans Chambly —, il a jeté son dévolu sur cette grande circonscription semi-rurale qui longe le lac des Deux-Montagnes. Dès que des élections générales seront déclenchées sur la scène fédérale, Michael Fortier quittera le Sénat pour tenter sa chance aux Communes. «Je cherchais un comté qui a un profil pour gagner. On y a songé longtemps. Celui-ci, je l'aimais en particulier parce qu'il a déjà été conservateur [1984-1993], ce que Mont-Royal n'a pas été depuis 1932!»
En 2004, à la surprise générale, les électeurs de cette circonscription ont voté massivement pour une députée du Bloc québécois, Meili Faille. Un coup de barre spectaculaire dans cette région aux profondes racines fédéralistes. Sur la scène provinciale, les deux députés du coin sont libéraux. Entre 1984 et 2004, les résidants de Vaudreuil-Soulanges ont toujours envoyé des élus fédéralistes pour les représenter à Ottawa. Michael Fortier aime ce tempérament sanguin qui colle à sa personnalité. «C'est un comté qui a renversé de grosses majorités dans le passé. Il a donné des claques à bien du monde. Ici, les gens savent ce qu'ils veulent. Quand un parti leur apparaît le meilleur choix, les gens n'ont pas peur de changer de couleur. Ils ne sont pas inquiets. Je me sens à l'aise ici», dit-il.
Tellement à l'aise que l'ancien banquier chez Valeurs mobilières TD accepte de laisser tomber le costume trois pièces. C'est en chemise qu'il rencontre les cultivateurs qui forment une bonne partie des 102 000 résidants de Vaudreuil-Soulanges. Il délaisse aussi du mieux possible le style autoritaire qu'il a gardé de son passage chez la firme d'avocats Ogilvy Renault, où il a dirigé le bureau de Londres au début des années 90. Michael Fortier ne s'en cache pas: il cherche à s'adapter et à séduire les électeurs, même si la députée du Bloc est toujours bien en selle et très active.
«C'est comme un mini-Québec ici. Il y a du rural et des zones plus urbaines. Il y a des anglophones [19 %] et des francophones. [...] J'arrive ici et je dis aux gens: "adoptez-moi". Mais une fois que c'est fait, je fais quoi? Qui suis-je? Il faut connecter avec les électeurs et je dois le faire avant les prochaines élections fédérales. Avec un gouvernement minoritaire, on ne sait pas quand ça va avoir lieu, je dois prendre de l'avance», dit-il.
À tombeau ouvert
Michael Fortier mène sa grande séduction à tombeau ouvert et la visière levée. Dès qu'il peut, il vient dans ce qu'il appelle «son» comté. En janvier, il a inauguré son premier bureau dans la ville de Vaudreuil-Dorion, la portion plus urbaine de la circonscription. Il y a un mois, il en a ouvert un deuxième, à 20 minutes de route du premier, dans la zone plus rurale de Coteau-du-Lac. Il faut dire que la circonscription fait 800 km2. Comment fait-il pour se payer le luxe d'avoir deux bureaux, lui qui n'a pas le budget d'un député? Il multiplie les campagnes de financement, dit-il. «Avoir deux bureaux, c'est une ponction importante dans nos finances, mais ça vaut la peine. Vaudreuil, c'est plus urbain. Soulanges, c'est plus rural. Les deux clientèles sont bien différentes.»
Le sénateur et ministre a engagé du personnel pour s'occuper de la circonscription et répondre aux demandes des citoyens. Chaque semaine, il achète un espace dans le journal local Première édition où il signe une chronique sur le gouvernement Harper et les activités locales. Son équipe envoie des lettres de félicitations aux bénévoles de l'année et aux champions de hockey mineur de la région. Le site Internet michaelfortier.com tient les citoyens informés. Rien n'est laissé au hasard. Michael Fortier a un plan de guerre et il le suit.
Dans le bureau de Vaudreuil-Dorion, rue Saint-Charles, l'équipe s'active comme si Michael Fortier détenait déjà la circonscription. «Moi, je suis en campagne. Je fais des activités autant que je peux. En petits, moyens et gros groupes. J'essaie de me comporter comme un député», dit-il. Il y a quelques semaines, le sénateur a convié les citoyens à un événement de style portes ouvertes à son bureau: la condition pour participer? Ne pas avoir déjà voté conservateur. «Je veux rencontrer du nouveau monde et les convaincre de voter pour moi.»
Sa stratégie est évidente, s'imposer dans le paysage avant le début des hostilités électorales. «Ce n'est pas sorcier, on y va bloc par bloc», dit-il. D'abord, les élus. Le 21 novembre, quand il a décidé de se présenter dans Vaudreuil-Soulanges, il a immédiatement téléphoné à Meili Faille, du Bloc québécois. Par respect, mais aussi pour lui promettre une chaude lutte, probablement l'une des plus serrées de la prochaine campagne fédérale au Québec. Ensuite, il a appelé un à un les 26 maires des municipalités qui forment la circonscription. «Je leur ai dit que je voulais les rencontrer.» C'est ce qu'il fait depuis des mois. Il court les conseils municipaux, rencontre les élus, les hommes d'affaires, les présidents d'associations de tout acabit. «Je prends note de leurs problèmes, des problèmes locaux», dit-il. Des mots dans un calepin qui deviendront des armes de campagne électorale.
Michael Fortier veut également former une coalition fédéraliste autour de sa candidature. Il a déjà pris contact avec les associations de comté du Parti libéral du Québec et de l'ADQ. «La façon dont je vais gagner, si je gagne, c'est en bâtissant une coalition fédéraliste autour de moi. Il faut que tous les fédéralistes votent pour moi, y compris les libéraux fédéraux», dit-il.
Évidemment, Michael Fortier peut compter sur son titre de ministre pour ouvrir des portes. «Je peux faire quelque chose pour les gens parce que je suis ministre. Mais, en même temps, je pense que c'est un peu insultant de dire que je vais régler les problèmes parce que je suis ministre. Ce n'est pas comme ça que ça se passe.»
Michael Fortier soutient qu'il ne va pas trop vite en affaires en s'installant dans Vaudreuil-Soulanges sans même avoir fait une seule campagne électorale locale. «Personne ne me parle de ça. Les gens me disent qu'au pire, si je perds, ils auront eu une députée et un ministre en même temps pour les servir!»
Âgé de 45 ans, à l'aise financièrement, Michael Fortier affirme avoir plongé en politique avant tout «pour un ami», en l'occurrence Stephen Harper, mais aussi «pour que Montréal soit représenté à la table du cabinet». Et si les électeurs de Vaudreuil-Soulanges lui tournent le dos? Il quittera le Sénat et la politique, point final. «Je ne ferai pas de la politique le reste de ma vie. Il n'en est absolument pas question. Le plus important, ce sont mes enfants. Ma fille la plus âgée a 16 ans. Je veux être avec eux. Je ne ferai pas ça des décennies comme d'autres l'ont fait.»
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