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300 millions pour sécuriser Vancouver

Le CIO s'inquiète du budget alloué à la sécurité des Jeux d'hiver de 2010

Alec Castonguay   8 mars 2007  Canada
Ottawa — Le Comité international olympique (CIO) s'inquiète du budget alloué à la sécurité des Jeux olympiques de Vancouver, qui auront lieu en février 2010. Le CIO a déjà alerté les organisateurs de l'événement en leur signifiant clairement qu'ils sous-évaluent les coûts de la sécurité en fixant le budget à 175 millions de dollars. Selon des documents internes de la Gendarmerie royale du Canada obtenus par Le Devoir en vertu de la Loi sur l'accès à l'information, le CIO estime qu'il faudra plutôt 300 millions pour assurer la sécurité des Jeux de 2010.

Les 1400 pages de documents obtenus révèlent aussi que la GRC se prépare à un déploiement «historique» des forces de sécurité civiles. Pas moins de 12 350 personnes seront mobilisées, dont 5350 policiers, 3000 agents de sécurité privés, 2500 bénévoles spécialement formés et 1500 policiers auxiliaires bénévoles (une fonction qui n'existe pas au Québec et qui s'apparente aux réservistes de l'armée).

Chaque jour, malgré la rotation des effectifs, les deux tiers de cette imposante force de sécurité seront sur le terrain puisque 4500 policiers et 4000 agents de sécurité ou bénévoles seront en fonction sur les différents sites de compétition. Ces chiffres ne comprennent pas les soldats, qui seront probablement entre 6000 et 10 000, selon des estimations obtenues auprès d'une source des Forces armées canadiennes. La planification militaire n'est toutefois pas encore terminée.

Le comité organisateur des Jeux olympiques de Vancouver (COVAN) soutient que la sécurité de cet événement mondial coûtera 175 millions de dollars, un chiffre qui n'a pas changé depuis 2003 et que la GRC utilise dans ses communications avec les médias. Le CIO juge pourtant que le COVAN sous-estime la facture de 125 millions de dollars.

Dans une note interne destinée à l'ex-commissaire de la GRC, Giuliano Zaccardelli, des agents soulignent que le CIO a soulevé la question des coûts de la sécurité lors du passage de certains de ses membres à Vancouver. Les agents mentionnent que c'est Gerhard Heiberg, alors coordonnateur des Jeux olympiques d'hiver de Turin 2006 au sein du CIO, qui a abordé le sujet.

«Gerhard Heiberg, de la Norvège, a dit que la somme de 180 millions prévue par le comité [de Vancouver 2010] en ce qui a trait à la sécurité "est insuffisante" ["is not enough"]. M. Heiberg a comparé la sécurité canadienne et les budgets requis aux 300 millions qui ont été nécessaires pour la sécurité des Jeux de Salt Lake City», peut-on lire dans cette note remise au commissaire le 5 mars 2003, soit quatre mois avant que Vancouver ne remporte officiellement la présentation des Jeux olympiques de 2010. M. Heiberg était alors en visite pour comparer les villes en lice et leur faire part des commentaires du CIO.

Dans cette même note interne, les agents de la GRC informent le commissaire que le chiffre de 175 millions restera le montant officiel puisque les évaluations préliminaires ne font pas état de besoins supplémentaires. Mais le document ajoute ceci: «À ce stade préliminaire, les estimations du budget de la sécurité représentent uniquement un engagement de fonds dans le contexte de la candidature [de Vancouver]. Il est impossible à l'heure actuelle de prévoir l'ampleur de toute menace éventuelle ou le contexte international en 2010. Les détails sur l'équipement et le personnel nécessaire sont donc impossibles à évaluer.» Au bas de la page, on constate que Bob Harriman, responsable de la planification de la sécurité des jeux pour la GRC, a approuvé le document envoyé au commissaire.

On explique aussi qu'en vertu de l'entente conclue avec les gouvernements fédéral et provincial, les dépassements de coûts seront épongés sans problème. C'est le gouvernement fédéral, responsable de la GRC, qui devra assumer la majeure partie de la facture de sécurité.

La GRC sous-estime-t-elle les coûts de l'opération, malgré un avis contraire très clair du CIO en 2003? Le porte-parole de la GRC en Colombie-Britannique, John Ward, précise que le montant de 175 millions représente le budget «initial» et laisse maintenant entendre que les chiffres pourraient changer. «On continue de travailler avec la somme prévue de 175 millions, dit-il. Mais il est vrai que ce chiffre a été calculé en 2002. La vraie facture dépendra de l'état du monde en 2010. On peut difficilement prévoir les menaces qu'il y aura à ce moment-là.»

John Ward confirme que les Jeux de Vancouver verront le plus important déploiement de la Gendarmerie royale du Canada. «Ce sera le plus grand déploiement de l'histoire de la GRC», dit-il. Jusqu'à maintenant, la visite du pape en 2002 et le sommet du G8 de 2002 à Kananaskis, en Alberta, sont les événements les plus importants dont la GRC ait assuré la sécurité. La police fédérale refuse de dire combien d'agents ont été affectés à ces deux événements. Elle reste tout aussi muette sur le coût de ces opérations. Le chiffre de 140 millions a toutefois déjà été avancé dans le cas du G8.

Pourtant, le sommet du G8 avait duré à peine trois jours alors que les Jeux olympiques s'échelonneront sur deux semaines. «Le G8 était beaucoup plus petit, il n'y avait que huit personnes à protéger», confirme John Ward.

À titre de comparaison, les jeux d'hiver 2006 de Turin ont mobilisé 15 000 soldats et policiers. La sécurité a coûté 250 millions $US aux Italiens, un chiffre qui se rapproche des recommandations que le CIO a faites à COVAN 2010. Pour les jeux d'été d'Athènes, en 2004, la facture a grimpé à 1,4 milliard $US alors que pas moins de 70 000 soldats et policiers montaient la garde. Des navires de l'OTAN avaient aussi été mis à contribution.

La présence policière sera aussi très forte à Vancouver, selon la planification préliminaire contenue dans un des documents de la GRC obtenus par Le Devoir. Ainsi, la police de Vancouver fournira 500 agents, la police de la Colombie-Britannique ajoutera 1150 policiers et la GRC mobilisera 3700 agents, pour un total de 5350 policiers. La GRC prévoit aussi que 3000 agents de sécurité qui oeuvrent dans l'entreprise privée seront sollicités, tout comme 2500 bénévoles et 1500 policiers auxiliaires bénévoles.

À ces 12 350 personnes, il faudra ajouter plusieurs milliers de soldats des Forces armées canadiennes. La GRC précise ne pas avoir formulé de demande auprès du ministère de la Défense à ce jour. Les Forces armées canadiennes refusent aussi de dévoiler des chiffres. Mais une source militaire a souligné au Devoir que l'armée s'attend à devoir déployer entre 6000 et 10 000 soldats à Vancouver. Les Jeux olympiques d'été de Montréal, en 1976, avaient nécessité l'appui de 10 000 soldats. C'était quatre ans après la tuerie des Jeux de Munich.

En fait, l'armée canadienne ne souhaite pas utiliser le même modèle de sécurité que lors des Jeux de Montréal, ce qui pourrait réduire le nombre de soldats requis. C'est ce qu'a indiqué Roger Girouard, commandant des Forces maritimes du Pacifique et de la Force opérationnelle interarmées du Pacifique. Le contre-amiral Girouard, aussi officier de liaison avec la GRC en ce qui concerne la planification de la sécurité en vue des Jeux, a comparu devant un comité sénatorial le 29 janvier dernier à Vancouver. Il a expliqué que si la GRC prépare correctement la sécurité sur le terrain et que les organisateurs des Jeux de Vancouver ont assez de bénévoles pour assurer le bon déroulement de l'événement, l'armée n'aura qu'à fournir une aide spécialisée, ce qui réduira ses coûts et le nombre de ses soldats.

«J'ai entendu parler de plusieurs modèles pour ces Jeux, a dit le contre-amiral Roger Girouard. Il y a le modèle des Jeux olympiques de Montréal, que je rejette d'emblée parce que les Forces canadiennes y ont été envoyées pour tout faire, même faire la cuisine et conduire des camions, des tâches que nous ne pourrions pas assumer avec la main-d'oeuvre dont nous disposons [aujourd'hui]. Ce n'est pas ce que nous ferons cette fois-ci. Selon notre approche, les Forces canadiennes serviront à assurer la sécurité et à remplir des fonctions spécialisées grâce à de l'équipement spécialisé ou à des compétences de spécialistes.»
 
 
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  • André Chamberland - Inscrit
    8 mars 2007 10 h 29
    Cessons de paranoïer
    Cessons de nous prendre comme des cibles, comme des bandits, comme des indisciplinés, etc. Ce n'est pas la guerre, c'est des jeux! Ces $$$ peuvent mieux servir les citoyens qui paient tant d'impôts et ont tant de besoins, surtout les malades, les gens âgés, les démunis, les enfants et les femmes battus ou abusés, les sans abris, etc. etc. etc.
    André Chamberland
    Lévis QC
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