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Contrats militaires: le Québec pourrait perdre gros

Ottawa refuse de garantir une juste part de nouvelles retombées de 7,3 milliards

Alec Castonguay   28 février 2007  Canada
Ottawa — Malgré la controverse qui l'a frappé le mois dernier, le gouvernement Harper n'a pas l'intention d'intervenir pour assurer au Québec la majorité des retombées économiques des futurs contrats militaires. Les entreprises québécoises de l'industrie aérospatiale, qui représentent 55 % de ce secteur de pointe au Canada, ne recevront aucune garantie du gouvernement fédéral, a affirmé hier le ministre de l'Industrie, Maxime Bernier. Ce dernier a également indiqué que les nouveaux contrats militaires qui vont être signés sous peu avec Boeing — pour les hélicoptères Chinook — et Lockheed Martin — pour les avions de transport C-130J — procureront des retombées économiques supplémentaires de 7,3 milliards de dollars.

Le gouvernement Harper n'en a pas fini avec la bataille des retombées économiques régionales, puisque la grogne risque de s'amplifier dans les semaines à venir.

La ligne dure maintenue par le gouvernement fédéral dans ce dossier pourrait même être évoquée dans la campagne électorale québécoise. En janvier dernier, le ministre du Développement économique du Québec, Raymond Bachand, avait en effet dénoncé le laisser-faire d'Ottawa en matière de retombées économiques des contrats militaires. Il avait notamment affirmé au Devoir que le Québec devait «avoir sa juste part» du contrat signé avec Boeing concernant les avions C-17. «Ce n'est pas à Boeing de dicter les retombées économiques. Le gouvernement du Canada a une responsabilité», avait-il dit. Aux Communes, le Bloc québécois avait lui aussi fortement protesté, tout comme les représentants de l'industrie québécoise de l'aérospatiale et les syndicats de travailleurs.

Or le gouvernement Harper maintient sa ligne de conduite pour les nouveaux contrats: pas question d'obliger Boeing et Lockheed Martin à investir au Québec des retombées économiques équivalentes au poids de la province dans l'industrie canadienne. C'est ce que le ministre de l'Industrie, Maxime Bernier, a affirmé au Devoir hier après la période de questions. «La politique de ce gouvernement est de ne pas intervenir dans des contrats privés. [...] Les entreprises du Québec sont assez compétentes. Elles décrochent des contrats sur la scène internationale et vont certainement être capables de bien se positionner dans les contrats à venir.»

Y aura-t-il une intervention de la part du gouvernement pour garantir des retombées économiques par régions? «Absolument pas, a répondu Maxime Bernier. Nous intervenons auprès des entreprises pour leur faire part des opportunités d'affaires. Nous avons notamment fait des foires commerciales partout au pays avec Boeing et Lockheed Martin pour inciter les entreprises canadiennes à bien connaître les opportunités qui se présentent à elles. Nous allons faire la même chose avec les prochains contrats.»

Le ministre a soutenu hier matin en comité parlementaire que le premier contrat accordé à Boeing — et qui a soulevé la controverse — «n'est qu'un début» sur le plan des retombées économiques. En fait, les contrats les plus lucratifs pour les entreprises canadiennes de l'aérospatiale sont encore à venir.

Alors que le contrat pour les quatre avions C-17 de Boeing va avoir des retombées économiques de 1,9 milliard sur 20 ans, celui portant sur les 16 hélicoptères de transport Chinook, encore de Boeing, va avoir des retombées de 3,7 milliards. De son côté, le contrat qui sera signé avec Lockheed Martin pour l'achat de 17 avions de transport tactique entraînera des retombées économiques de 3,6 milliards. Total des retombées économiques: 9,2 milliards, dont 7,3 milliards n'ont toujours pas été annoncés. C'est la première fois que le ministre avance des chiffres de retombées pour les achats à venir.

Colère au Bloc

Le Québec devra donc se battre pour obtenir 55 % de cette manne, la plus importante depuis des décennies, puisque le gouvernement Harper n'a pas l'intention d'intervenir. Informé des déclarations du ministre, le Bloc québécois et le Parti libéral du Canada ne décoléraient pas hier soir.

«Ça ajoute l'insulte à l'injure, a dit au Devoir Paul Crête, critique du Bloc en matière d'industrie. On confie à des compagnies privées le futur de l'industrie aérospatiale, alors que c'est le rôle du gouvernement de s'assurer que l'industrie se développe bien. Ça n'a pas de sens! Le Québec n'a rien à quémander. On achète ces avions avec l'argent des citoyens, notre argent. C'est la moindre des choses de respecter la répartition régionale de l'industrie et de donner au Québec 60 % des retombées économiques.»

Le Bloc québécois va d'ailleurs amener le débat aux des Communes dès cette semaine, puisqu'il a déposé hier soir une motion sur les retombées économiques des achats militaires. La motion sera débattue demain, mais votée seulement le 20 mars, au retour de la relâche des députés. Elle se lit comme suit: «Que la Chambre dénonce l'attitude de laisser-aller du gouvernement qui a prévalu dans sa négociation avec Boeing, déplore que le Québec n'ait pas eu sa juste part des retombées économiques de ce contrat compte tenu de l'importance de son industrie aéronautique, soit près de 60 %, et demande au gouvernement de prévoir une juste répartition régionale des retombées économiques pour tous les contrats futurs.» Le parti de Gilles Duceppe force ainsi tous les députés à se prononcer sur le sujet.

La réaction a été tout aussi épidermique du côté du Parti libéral du Canada. «On abdique notre souveraineté, dit Denis Coderre, porte-parole du PLC en matière de défense. Faire confiance à des compagnies étrangères, ce n'est pas une politique industrielle, c'est une politique de franchisé. C'est assez pathétique. Le rôle du ministre est de s'assurer que chaque région peut grandir avec sa propre industrie. Ce n'est pas ce qu'il fait. C'est du laisser-faire. La loi de la jungle.»

En vertu de la politique industrielle canadienne, chaque entreprise étrangère qui remporte un contrat militaire du gouvernement doit s'engager à réinvestir au Canada l'équivalent du contrat d'achat. Lockheed Martin et Boeing étant des compagnies américaines, cette politique s'applique. Les deux entreprises ont 20 ans pour réinvestir les retombées au Canada, quels que soient les projets choisis. En vertu des contrats signés ou à être signés avec les deux géants américains, au moins 50 % des retombées économiques de 9,2 milliards devront être dirigés vers l'industrie aérospatiale. Sur ces 50 %, 30 % au moins devront l'être dans neuf secteurs clés déjà identifiés par le gouvernement.

Dans le cas de Boeing et des C-17, les informations qui circulent montrent que le géant américain réinvestira au Québec environ 30 % des retombées économiques de 1,9 milliards, même si la province représente 55 % de l'industrie aérospatiale canadienne.

Le ministre Bernier a d'ailleurs profité de son passage en comité parlementaire hier matin pour annoncer que le contrat d'achat des C-17 de Boeing procurera 1,9 milliard en retombées économiques au Canada et non pas un milliard. Il y a un peu plus de trois semaines, Ottawa a annoncé que l'entretien des C-17 serait fait entièrement aux États-Unis par la US Air Force. Ce choix privait le Canada de 1,6 milliard en retombées économiques sur 20 ans. Or, puisque la US Air Force donnera l'entretien des C-17 en sous-traitance à Boeing, le manufacturier américain retombe sous la loi canadienne. Une somme de 900 millions (sur 1,6 milliard) reviendra donc au Canada.
 
 
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  • Jean-François Couture
    Inscrit
    mercredi 28 février 2007 07h16
    L'industrie de la mort
    Il est d'un pathétique navrant de constater l'aplaventrisme des politiciens face au complexe militaro-industriel.

    On se bat, bec et ongles, pour pouvoir joyeusement participer à l'industrie de la mort.http://coat.ncf.ca/articles/links/myth.html

    C'est la politique du fait accompli et de la rationalisation du crime par les emplois créés.

    Le 4ième pouvoir continue sa descente dans l'insignifiance en ignorer la magouille. On dort au gaz...

    Saviez-vous que le Canada est aussi actif en Irak qu'en Afghanistan !

    " Canada was of greater assistance in the US-led war against Iraq "than most of those 46 countries that are fully supporting us." - U.S. Ambassador Paul Cellucci March 2003

    Présentation Power Point : http://coat.ncf.ca/Slides/3in1/001.htm

    Saviez-vous que via les fonds de pension du Canada nous avons investi, au minimum $2.55 milliards, dans 15 des plus grosses des 20 corporations du complexe militaro-industriel. http://coat.openconcept.ca/cpp/

    Saviez-vous que le Canada a les mains tachées du sang des Libanais et Palestiniens. http://coat.ncf.ca/lebanon2006.html

    Le retour d'ascenseur

    L'industrie de la mort finance les conserviteurs comme les libéraux... http://coat.ncf.ca/our_magazine/links/52/52-48-49.

    Le gouvernement, magnanime, subventionne et perdure la funeste industrie... http://coat.ncf.ca/our_magazine/links/52/52-44-45.

    We stand on guard for THE ..."

    Références et explications : http://coat.ncf.ca/our_magazine/links/58/Articles/

    "We have become a monster in the eyes of the whole world - a nation of bullies and bastards who would rather kill than live peacefully. We are not just whores for power and oil, but killer whores with hate and fear in our hearts. We are human scum, and that is how history will judge us... No redeeming social value. Just whores. Get out of our way, or we'll kill you." - Hunter S. Thompson

  • Etienne Merven
    Inscrit
    mercredi 28 février 2007 07h50
    Et le chialage continue...
    Je suis étonné que les dirigeants du Québec et le Bloc québécois « réclament » une part de 55 % (chiffre d'une précision surprenante, par ailleurs) des retombées économiques de contrats que le gouvernement fédéral passe avec des entreprises privées.
    Dans quel livre ou contrat est-il écrit que le Québec « a droit » à 55 % de toute retombée dans le secteur de l'aéronautique?
    Le Canada fonctionne selon le système capitaliste où la loi de l'offre et de la demande joue. Puisque le Québec possède les compétences voulues dans le secteur en question, il arrivera tout seul à décrocher des contrats, comme le feront les autres provinces. Le gouvernement fédéral n'a pas pour rôle d'exiger qu'une entreprise privée donne des contrats à une province au détriment d'une autre. Ce serait une ingérence flagrante!
    Il incombe donc aux entreprises québécoises de soumissionner lors des appels d'offres et de négocier dur pour obtenir les contrats, au lieu d'attendre que le fédéral leur donne leur « soit-disant » part du gâteau.
    On verra alors si le Québec peut réellement faire concurrence aux autres provinces...
    Allons, mesdames et messieurs, assez chialer, retroussez vos manches et mettez-vous au travail! Je suis convaincu que vos efforts seront largement récompensés.

  • jean claude pomerleau
    Inscrit
    mercredi 28 février 2007 07h50
    Les souliers de M le Ministre Bernier.
    Le Québec va contribuer pour quelques milliards de son argent pour renforcir les capacités de Boeing (un concurent majeur) au détriment de notre propre industries. Pendant ce temps M le Ministre Bernier regarde ses souliers. C est ce qui arrive quand les leviers de notre développement sont dans des mains étrangères. Mais cela serait tellement épeurant de se prendre en mains, on aime mieux pas y penser.

  • Alain Larouche
    Abonné
    mercredi 28 février 2007 08h24
    On dort sur la switch
    Le Québec se fait encore passer un sapin avec la complicité de nos deux fédéralistes inconditionnels que son Charest et Dumont qui ne manquent pas de supporter les conservateurs de Harper. L'industrie Québécoise de l'aéronautique passera graduellement aux mains de l'Ontario et des autres provinces et ceci avec les conséquences économiques énormes pour le Québec. Et pourtant jamais le gouvernement fédéral ne ferait cela avec l'automobile car il est clair que l'Ontario ne l'accepterait pas. Mais comme le Québec est en amour avec Charest et Dumont il est temps pour Harper de mettre cette province soumise à une dépendance enore plus grande du pouvoir fédéral. Quelle tristesse!Pauvre Québec! On en finira pas d'être des porteurs d'eau.

  • Sylvain Simard
    Inscrit
    mercredi 28 février 2007 09h27
    Le parternariat Harper-Charest ne livre pas la marchandise!
    Encore un autre exemple qui démontre que Jean Charest est incapable de défendre les intérêts du Québec envers Ottawa, même quand son ancien parti est au pouvoir! J'ai hâte à voir le prochain budget et le « règlement » du déséquilibre fiscal. Selon les rumeurs, le Québec ne recevra qu'une moindre portion des 3,9 milliards qui lui sont dus, en particulier le 1,2 milliard en transferts pour l'éducation postsecondaire que Charest et Fournier réclament depuis un an. Mais peu importe les montants qui sont présent, Charest va proclamer la victoire, question de faire réélire lui et son ami Harper. Une chose est certaine, le règlement qu'Harper proposera ne représentera qu'une fraction des sommes qu'il a consacré à la dette fédérale et au militaire depuis son élection.

    Bravo Jean! Tu mérites tellement un deuxième mandat!

  • Linda Hart
    Abonnée
    mercredi 28 février 2007 12h58
    M. Merven privilégie la règle du deux poids, deux mesures à l'avantage de Boeing
    M. Merven est un ardent défenseur de la loi de l'offre et de la demande. Il a juste oublié un petit détail, notre merveilleux gouvernement, totalement inféodé aux intérêts américains, a décidé de donner un contrat à une entreprise américaine, sans passer par le processus normal qui se nomme appel d'offres. Il a donc fait fi des règles du jeu et décidé de privilégier une entreprise étrangère et ce, avec les deniers des contribuables canadiens.

    On peut légitimement douter que cela corresponde à la loi de l'offre et de la demande et aux règles du marché. Mais cela ne semble absolument pas scandaliser M. Merven. Évidemment, comme il s'agit d'une entreprise américaine, il devient normal de ramper.

    Boeing a donc obtenu le contrat, sans avoir été obligée "de soumissionner lors des appels d'offres et de NÉGOCIER DUR", elle n'a eu qu'à ramasser, non seulement sa "soit-disant part du gâteau", mais tout le gâteau.

    Si cela était normal pour une entreprise américaine, pourquoi la même chose devient-elle un scandale quand il s'agit d'entreprises québécoises ? Donneriez-vous à ce point dans l'auto-flagellation M. Merven ? Pourquoi nos entreprises devraient-elles soumissionner ou négocier dur ? Pourquoi ce qui est bon pour Boeing n'est-il pas bon pour nous ?

    M. Harper a fait à Boeing un passe-droit intolérable avec les deniers publics et joignant l'injure à l'insulte, il a l'outrecuidance de nous dire qu'il n'interviendra pas dans l'attribution de contrats privés. Le contrat des avions est un contrat public et tout ce qui s'y greffe est public aussi. Il y a des limites à prendre le monde pour des caves.

    Boeing a obtenu un beau et gros cadeau. Ce cadeau devait impérativement comporter l'obligation, pour le gouvernement canadien, d'exiger des retombées ciblées, afin d'avantager les entreprises, conformément à leur poids proportionnel dans le domaine de l'aéronautique. Les entreprises québécoises font 55 %, elles ont droit à 55%. Si on décide d'ignorer l'appel d'offres, pour privilégier Boeing, la moindre des décences et la plus élémentaire justice exigent de faire de même pour les entreprises locales.

    Si tout le gâteau sans aucun effort revient de droit à Boeing, une part du gâteau sans aucun effort, correspondant à 55%, n'est pas une "soit-disant part du gâteau", c'est la part du gâteau qui revient de droit aux entreprises québécoises.

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    mercredi 28 février 2007 21h48
    Au plus fort la poche!
    Les multinationales états-uniennes sont nés grâce au protectionnisme de nos voisins. Par exemple, il faut savoir que tous les navires qui circulent sur leur territoire doivent y être fabriqués. Et il ne faudrait pas en faire autant? Il faudrait appliquer la même règle pour Rabaska si l'on ne veut pas être des porteurs de gaz. Souveraineté... quand tu nous manque...

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