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Apprentissage à la dure

Alec Castonguay   24 février 2007  Canada
Stéphane Dion estime que le temps le mettra en valeur.
Photo : Jacques Nadeau
Stéphane Dion estime que le temps le mettra en valeur.
Stéphane Dion vient de traverser sa semaine la plus éprouvante depuis qu'il est chef du Parti libéral du Canada. Deux sondages dévastateurs sur son leadership ont d'abord secoué les militants, alors qu'à Ottawa une douzaine de députés ont remis en question son choix de ne pas reconduire deux clauses controversées de la Loi antiterroriste. Laissez-moi du temps et tout va rentrer dans l'ordre, a répondu Stéphane Dion.

Ottawa — Le malaise s'étendait depuis quelques semaines déjà parmi les militants libéraux fédéraux. Les sondages internes du PLC montraient que la lune de miel post-congrès de Stéphane Dion était bel et bien terminée et que les appuis vacillaient, surtout en Ontario et en Colombie-Britannique, deux provinces où la bataille électorale sera cruciale.

La semaine qui vient de passer a révélé cet inconfort au grand jour. D'abord, deux sondages ont résonné très fort. Non pas que le PLC soit en chute libre dans les intentions de vote, lui qui reste au coude à coude avec le Parti conservateur à l'échelle nationale. Le sondage Décima accordait 32 % au PC et 30 % au PLC. Celui de Strategic Counsel affichait quant à lui 34 % pour le PC et 29 % pour le PLC, soit un plus grand écart, mais rien de dramatique. Aux élections de 2006, les conservateurs avaient recueilli 36 % des votes. Ils reçoivent donc moins d'appuis qu'il y a un an.

Ce qui a fait mal, ce sont les chiffres sur les qualités de leader de Stéphane Dion. Le sondage paru dans le Globe and Mail mardi matin a créé une onde de choc qui se fait encore sentir. Il montre que 36 % des citoyens pensent que Stephen Harper est le meilleur leader pour diriger le pays, contre à peine 18 % pour Stéphane Dion. Il faut toutefois mentionner que 23 % des gens n'ont pas voulu choisir entre les deux hommes ou se disent indécis. Et quel leader possède la vision la plus claire de la direction qu'il veut donner au pays? Les gens ont répondu Harper à 50 %, contre 22 % pour Dion et 20 % pour Layton. Le coup de sonde de Strategic Counsel renferme une marge d'erreur de 3,1 % 19 fois sur 20.

Le lendemain, un sondage Ipsos-Reid fait pour le compte de CanWest confirmait ces chiffres. Selon l'enquête d'opinion, 46 % des répondants affirment que Harper ferait le meilleur premier ministre, contre 29 % pour Jack Layton et 25 % pour Stéphane Dion.

Une militante libérale a confié au Devoir que ces sondages, aussi dévastateurs soient-ils, allaient peut-être sonner le réveil de Dion et de son entourage. «Ils refusaient de regarder la situation en face», dit-elle. Une source influente au sein du PLC ajoute que la campagne de publicité négative menée tambour battant au Canada anglais depuis un mois a fait des ravages. «Malheureusement, les publicités en anglais ont fonctionné dans certaines régions», confie cette source. Rappelons que les publicités s'attaquaient directement aux capacités de leader de Stéphane Dion.

Une épreuve à l'interne

Pour ajouter au choc, Stéphane Dion a subi en même temps son premier vrai test de chef à l'interne. Une douzaine de députés et sénateurs se sont opposés à lui ouvertement sur la reconduction de deux clauses controversées de la Loi antiterroriste. Le chef libéral a décidé de s'opposer aux clauses qui permettent les interrogatoires forcés devant un juge et les emprisonnements préventifs, les jugeant contraires aux droits individuels et inutiles pour combattre le terrorisme. Plusieurs de ses députés estiment au contraire que la menace terroriste est encore trop présente pour ne pas reconduire ces clauses qui expirent la semaine prochaine. Fait à noter, ces deux dispositions n'ont jamais été utilisées par les forces policières depuis que la loi existe, soit depuis 2001.

Stéphane Dion a dû mettre son poing sur la table et mercredi, lors du caucus, tout le monde est rentré dans le rang. Mais l'impression de division a été difficile à dissiper. Ironiquement, l'attaque du premier ministre contre un député libéral ontarien a permis au PLC de se réconcilier. Stephen Harper a accusé les libéraux de ne pas vouloir reconduire les clauses pour protéger le beau-père du député sikh Navdeep Bains, que la police pourrait interroger dans le cadre de son enquête sur l'attentat d'Air India. On dit bien «pourrait», car il s'agit d'une liste de témoins potentiels qui a été coulée auprès d'un média de Vancouver. Les libéraux n'ont pas digéré cette attaque, qu'ils jugent non fondée et outrancière. Ils accusent maintenant les conservateurs d'être à l'origine de la fuite. Le premier ministre a refusé de s'excuser.

Un député libéral affirme que la tempête à propos du leadership de Dion va passer rapidement. «Quand on va arriver dans les vraies affaires, ça va bien aller. Dans un débat d'idées, Dion peut battre Harper. Mais il faut une période de rodage. Il faut que Dion prenne confiance. Son entourage et lui y travaillent», explique ce député qui a voulu garder l'anonymat. Une source souligne que la stratégie de communication doit maintenant être revue et corrigée. «Il n'y a plus d'excuse maintenant, il doit être plus visible.» Surtout si une campagne électorale est déclenchée au printemps, dit-on.

Stéphane Dion a lui-même reconnu que des «ajustements» devaient être faits. Mais selon lui, le temps le mettra en valeur. «Les gens ne me connaissent pas tellement comme chef, a-t-il dit. Quand on va proposer notre vision de la justice sociale, ça va changer. Je ne suis pas inquiet.» Un animateur de la SRC lui a demandé cette semaine si la vie de chef était plus dure qu'il ne le pensait. «Non, c'est un bon combat et je le savais. Les sondages, ça va et ça vient.»






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  • Guimont Rodrigue
    Inscrit
    samedi 24 février 2007 10h12
    Vox populi, vox Dei
    « Première semaine de dissension au sein du Parti Libéral du Canada mais non la dernière... L'élection de Monsieur Stéphane Dion à la tête du Parti Libéral est un accident de parcours. Le Rest of Canada en a plus que soupé des premiers ministres venus du Québec.

    L'Ontario ne se trompe pas, Monsieur Dion n'a pas les qualités nécessaires pour faire un bon Premier Ministre: il n'en a n'a ni le charisme, ni l'enthousiasme, ni la carrure d'un homme qui impose le respect, dut-il y mettre force coups de poings sur la table (Chapleau du Journal La Presse ne le caricaturait-il pas en rat!)

    Il s'embrouille au Parlement dans un anglais assez confus pour semer l'ambiguïté quand à son avenir comme chef de la nation canadienne. Aux yeux de plusieurs, il fut et demeurera éternellement un bon second (un bon soldat dira-t-il de lui...) obéissant aux ordres de ses chefs Messieurs Chrétien et Martin.

    Il me vient à l'esprit quand je pense à Monsieur Dion un principe qui fut énoncé par deux universitaires canadiens, Lawrence J. Peter et Raymond Hull, et qui s'énonce ainsi : «Tout employé tend à s'élever à son niveau d'incompétence» suivi du «Corollaire de Peter»: «Avec le temps tout poste sera occupé par un incompétent incapable d'en assumer la responsabilité».

    Le problème qui se pose est qui peut juger de la compétence ou de l'incompétence d'un chef? Quand on atteint le plus haut sommet de la hiérarchie gouvernementale d'un pays le citoyen - à moins d'être dans un régime dictatorial - est le seul apte à décider lors des élections générales de la victoire ou de la chute d'un chef. »

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