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Lettres: Lettre à Stéphane Dion

Serge Granger - Sherbrooke, le 17 février 2007  20 février 2007  Canada
Monsieur Dion, permettez-moi d'écrire votre discours sur le rôle du Canada en Afghanistan. Vous proposez de légaliser et de contrôler la production d'opium afin d'en faire des médicaments. Cela est cohérent, humaniste et logique. Vous pouvez souligner qu'en laissant aux Afghans le soin de gérer la transparence de l'opération cela accentuera le renforcement institutionnel et diminuera la dépendance de l'aide extérieure. Apaiser les aspirations nationalistes des Afghans, talibans compris, fera de vous un rassembleur incontesté.

Le renforcement démocratique des institutions afghanes facilitera la décriminalisation de l'économie et offrira à l'État afghan des revenus additionnels qui pourront être canalisés vers l'éducation, les infrastructures ou la santé. En accentuant la transparence de l'État, vous renforcez la fiscalité afghane et vous combattez la criminalité et le narco-terrorisme. En plus, vous élaborez une nouvelle politique internationale du Canada qui se propose de faire la guerre à l'évasion fiscale et le blanchiment d'argent. Les gens applaudiront, une vision mondiale de lutte contre le crime organisé s'élaborera avec le Canada comme timonier.

Tout cela est bien beau, mais vos projets se buteront à des réalités géostratégiques assurant l'inertie et peut-être l'échec. L'opium est un outil de domination impériale depuis le XVIIIe siècle. La France en Indochine, l'Angleterre en Inde et les États-Unis dans l'empire ottoman ont expérimenté l'utilisation de cette drogue comme stratégie de contrôle économique. Pendant la guerre froide, l'utilisation de cette stratégie s'est momentanément révélée bénéfique pour financer la résistance afghane contre l'URSS, mais elle a généré un narco-État instable, refuge des frankensteins. [...]

Autre obstacle, pour mener à terme le projet louable de M. Kennedy, votre allié indispensable lors de la course à la direction: il faudra prolonger la mission canadienne au-delà de 2009. Axer l'action humanitaire sur une voie innovatrice en un temps record rebutera votre bureaucratie et les immobiles. Il faudra donc vous présenter devant l'électorat canadien avec une politique audacieuse et convaincre Washington de la validité du projet-pilote. Vous avez un mandat (2007-2011) pour convaincre la population, je vous soutiendrai dans cette utopie du Canada lucide.
 
 
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