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La commissaire à l'environnement congédiée pour excès de zèle

Johanne Gélinas avait publié un rapport accablant sur la stratégie fédérale de lutte contre les gaz à effet de serre

Louis-Gilles Francoeur   31 janvier 2007  Canada
Johanne Gélinas
Photo : Agence Reuters
Johanne Gélinas
Elle prononçait hier une conférence à Montréal dans le cadre d'une tournée destinée à présenter son rapport dévastateur de l'automne sur le bilan du gouvernement fédéral en matière de lutte contre les changements climatiques. Elle a appris par les médias hier que son mandat avait pris fin.

Ottawa — La vérificatrice générale du Canada, Sheila Fraser, a mis fin hier au mandat de la commissaire fédérale à l'environnement, Johanne Gélinas, qui défendait d'arrache-pied la possibilité de déposer auprès des parlementaires son propre rapport et de le défendre et de l'expliquer personnellement.

Selon des sources bien informées, Mme Fraser, qui n'avait pas la langue dans sa poche au moment de critiquer le défunt programme fédéral des commandites, n'acceptait pas que Johanne Gélinas aille au-delà de l'évaluation comptable des actions environnementales du gouvernement pour les qualifier explicitement. Tout comme elle prenait ombrage de l'indépendance que la commissaire, son équipe et son comité aviseur entendaient maintenir en raison du mandat législatif associé à ce poste.

Dans un communiqué rendu public hier soir, l'ex-commissaire Gélinas confirme avoir eu un important différend avec la vérificatrice générale, lequel portait sur l'orientation générale à donner à son poste. Johanne Gélinas précise aussi que son départ n'est pas le fait d'une décision personnelle.

La commissaire à l'environnement avait déposé en septembre un rapport accablant sur la stratégie fédérale de lutte contre les gaz à effet de serre. Elle avait alors déclaré que «les programmes en place permettraient à peine de réduire la croissance des émissions, et certainement pas de les diminuer sous le niveau de 1990 pour atteindre les objectifs de Kyoto».

Selon les sources du Devoir, la vérificatrice générale a été jusqu'à vouloir présenter elle-même le rapport que la commissaire à l'environnement, sa subordonnée, doit déposer chaque année en vertu de la loi fédérale. Mme Fraser voulait ainsi «contrôler le message» et être créditée du bilan environnemental élaboré par sa subordonnée. La vérificatrice projetait aussi d'intégrer le rapport de la commissaire à son prochain rapport, ce que la commissaire et son comité aviseur de spécialistes ont récemment refusé au nom de l'autonomie du mandat conféré par la loi.

La vérificatrice générale du Canada a annoncé hier matin aux députés stupéfaits, réunis à huis clos en commission parlementaire, qu'elle nommait Ron Thompson à titre intérimaire en remplacement de la commissaire Gélinas. Cette nomination traduit l'orientation que Sheila Fraser entend conférer au poste de Commissaire à l'environnement. En effet, Ron Thompson est un technicien et non un spécialiste des questions environnementales capable de statuer avec autorité sur l'efficacité des politiques gouvernementales, comme l'ancienne commissaire du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement du Québec. Ron Thompson travaille en effet aux côtés de Mme Fraser depuis 1985 à titre d'adjoint et de responsable de la vérification des états financiers et de l'efficacité des structures de gestion.

Un remplacement prévu

Dans son communiqué de presse, la vérificatrice générale écrit laconiquement que Mme Gélinas «quitte son poste afin de relever de nouveaux défis». Il ne s'agit pas d'un congédiement, insiste Isabelle Serrurier, la porte-parole de la vérificatrice: «C'est un remplacement qui était prévu.»

Sheila Fraser a officiellement félicité par communiqué Mme Gélinas et son équipe pour leur travail. Mais elle entend profiter de son remplacement pour «revoir les pratiques du Bureau en matière de vérification des questions environnementales et de développement durable». Aux parlementaires, elle ajoutait hier à huis clos qu'elle aimerait qu'ils se prononcent sur l'écart qui existe, selon elle, entre leurs attentes et celles du public à l'égard de la commissaire et de son mandat réel afin de déterminer jusqu'où elle peut aller pour statuer sur les problèmes et les politiques environnementales.

D'autres sources ont aussi indiqué que la rumeur d'un «congédiement», lancée par un journaliste hier après-midi, «était tout à fait fausse». Selon les sources du Devoir, Mme Fraser et Mme Gélinas tentaient depuis quelque temps de trouver une issue négociée à leur différend.

De son côté, la cheffe du Parti vert, Elizabeth May, croit à la thèse du conflit de personnalité. «Mme Fraser n'aime pas avoir quelqu'un dans son équipe qui est vraiment indépendant», a-t-elle déclaré hier en rappelant les sorties musclées de Mme Gélinas. «J'ai beaucoup de respect pour Mme Fraser, mais dans ce cas-ci, je crois qu'elle a commis une grande faute.»

Les autres chefs des partis politiques étaient plus sceptiques quant aux motifs de départ de Johanne Gélinas. «Je ne peux pas croire qu'elle ait été renvoyée. Elle était trop bonne», a déclaré le chef libéral, Stéphane Dion. Insinue-t-il qu'on aurait forcé la main à Mme Fraser pour qu'elle congédie Mme Gélinas? «Je ne dis pas cela», a-t-il insisté. Avant d'ajouter: «Ça va dans le sens d'une orientation. Je ne sais pas si le gouvernement a eu une influence là-dessus, mais tout ce que fait le gouvernement et tout ce qui arrive sous ce gouvernement-là affaiblit l'environnement.»

Quant au chef bloquiste, Gilles Duceppe, il a indiqué qu'il n'avait aucune raison de croire qu'il s'agissait d'un congédiement. MM. Duceppe et Dion voudraient que le poste de commissaire relève désormais directement du Parlement et non d'un autre officier de l'État.

Mme Gélinas est la troisième titulaire d'un poste fédéral à quitter récemment ses fonctions. En effet, le président de la Commission canadienne du blé a été limogé par le ministre conservateur, Chuck Strahl, quelques jours avant Noël. Adrian Measner avait critiqué le projet gouvernemental visant à casser le monopole de la Commission sur l'achat de blé au Canada. Le ministre Strahl avait déclaré, en accueillant son successeur, qu'il «se concentrera sur la vente de céréales et non sur l'action politique».

Huit jours plus tard, le directeur général des élections, Jean-Pierre Kingsley, a lui aussi tiré sa révérence. M. Kingsley n'a pas donné d'explication à son départ, qui survenait quelques jours à peine après une prise de bec avec le Parti conservateur de Stephen Harper quant à l'interprétation à faire de la loi électorale. En outre, deux sous-ministres ont récemment quitté la fonction publique, alimentant les spéculations quant à un conflit idéologique entre la fonction publique fédérale et le nouveau gouvernement du Canada.

Interrogé à propos de ces autres cas, le chef néo-démocrate Jack Layton a seulement indiqué que les citoyens avaient besoin de réponses. «lI y a eu quelques exemples comme vous avez cités qui nous préoccupent beaucoup.»

Mme Gélinas était en poste depuis août 2000. Son poste a été créé en 1995. Bien que commissaire indépendante, elle ne relève pas directement du Parlement mais de la Vérificatrice générale, et son mandat n'a pas de durée fixe.
Johanne Gélinas Sheila Fraser
 
 
 
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  • Jocelyne Deschênes
    Abonné
    mercredi 31 janvier 2007 06h32
    Baillon
    J'ai de plus en plus une impression de dictature, tant au fédéral qu'au provincial. À Québec, on utilise la loi du baillon... Au fédéral, on contrôle les journalistes et on se débarrasse de ceux qui n'ont pas le même avis. Et on courbe l'échine devant les É.U. pour l'environnement et pour quoi aussi?

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    mercredi 31 janvier 2007 07h31
    Un départ forcé?
    Pour comprendre les raisons du « départ » de son poste de la commissaire à l'environnement, madame Johanne Gélinas, il faut considérer deux éléments. D'une part le communiqué de J. Gélinas elle-même qui révèle deux points importants. Le différend qu'elle a eu avec la vérificatrice générale, sa patronne, qui portait sur l'orientation générale à donner à son poste. Il s'agit d'un élément clé, comme le démontre la suite des événements.

    La commissaire à l'environnement avait déjà contesté la stratégie fédérale de lutte contre les gaz à effet de serre, dans un rapport de septembre dernier. Et il y a fort à parier que dans son prochain rapport, les politiques environnementales gouvernementales seraient mises à mal.
    D'autre part, madame Johanne Gélinas précise également dans son communiqué que son départ n'est pas le fait d'une décision personnelle. Si son départ n'est pas sa décision, il est donc bien le fait d'une autre, de la vérificatrice générale, sa supérieure hiérarchique.

    Cela ne s'appelle peut-être pas officiellement un congédiement, mais par euphémisme un « remplacement ». Cette décision est-elle le seule fait de la vérificatrice? C'est possible. On sait fort bien que dans la fonction publique, et même dans le secteur privé, bien des patrons n'aiment pas avoir des subordonnés qui en font trop, dont la popularité dépasse celle de leur patron, qui, en un mot, sont trop compétents. Je sais de quoi je parle, pour en avoir fait moi-même l'expérience tant au gouvernement fédéral, que dans le secteur privé. Il est dangereux d'en faire trop et d'être compétent.
    L'autre élément indicateur est le remplacement éclair de la commissaire non par un autre spécialiste des questions environnementales « capable de statuer avec autorité sur l'efficacité des politiques gouvernementales », mais par un technicien, Ron Thompson. Celui-ci « travaille aux côtés de Mme Fraser depuis 1985 à titre d'adjoint et de responsable de la vérification des états financiers et de l'efficacité des structures de gestion.

    » Voilà une réorientation qui, couplée au « départ » de J. Gélinas en dit long. On voudrait étouffer un dossier que l'on ne s'y prendrait pas autrement. S'il ne s'agit pas de détourner l'attention des catastrophiques politiques du gouvernement fédéral, de quoi alors s'agit-il?
    Reste donc l'hypothèse d'une pression du gouvernement conservateur dont la vérificatrice générale serait l'instrument.

    Dans les circonstances actuelles, où le gouvernement Harper tente de reverdir son blason pâlissant, et alors que dans un récent sondage, 64 % des répondants croient que les récentes annonces des conservateurs sur l'environnement visent surtout à séduire l'opinion publique, tandis que seulement 17 % estiment qu'il s'agit vraiment d'engagements authentiques, il n'y aurait là rien d'impossible. Et les déclarations antérieures dont fait état Le Devoir, révélant que S. Harper « a déjà écrit que le traité de Kyoto n'était qu'un complot socialiste siphonneur de fonds qu'il entendait combattre » vont dans le même sens.

    On ne connaîtra sans doute jamais les dessous de cette nouvelle histoire. Mais, hélas, le jugement que porte avec prudence Stéphane Dion, est lui clairement évident : « Je ne sais pas si le gouvernement a eu une influence là-dessus, mais tout ce que fait le gouvernement et tout ce qui arrive sous ce gouvernement-là affaiblit l'environnement.»

  • Ivan Jobin
    Inscrit
    mercredi 31 janvier 2007 10h42
    Étouffé bleu
    À ces mots on cria «Harpons le commissaire qui nous cause tant de maux» et ainsi, ils furent soulager de l'épine douloureuse à effet de serre.

    C'est ainsi que l'on muse le mal s'il ne se conforme pas à la règle du Harponneur. Que le pétrole soit et l'environnement financier ne s'en portera que mieux, après tout l'air pur c'est gratuit et non taxable, n'en donnons pas trop.

  • lise jacques
    Abonnée
    mercredi 31 janvier 2007 10h52
    exces de zèle ou de compétence?
    Encore une fois, cet exemple de congédiement masqué en dit long sur les façons de faire de ce gouvernement conservateur qui gouverne à la "Bush".

    C'est plus facile de gouverner quand on s'adjoint des gens moins compétents.

    Les personnes intègres et authentiques ont du mal à y rester quand leur poste est géré par un autre officier d'état.

    J'espère que ce poste de commissaire relèvera à l'avenir du parlement.Ce que nous pourrions voir avec un autre gouvernement que celui de Stephen Harper...

    Lise Jacques

  • Fernand Trudel
    Abonné
    mercredi 31 janvier 2007 10h57
    Il n'y a pas seulement l'environnement
    Cette nouvelle démontre que quand on veut se servir d'un poste public pour mousser son rapport avec trop d'enthousiasme, on se fait remettre à sa place par ses supérieurs.

    Mme Gélinas, à l'exemple de la juge Ruffo, n'a pas mâché ses mots sur le bilan libéral de l'ex-ministre de l'environnement Stéphane Dion et blâme aussi le nouveau gouvernement Harper. Dans la fonction publique on ne peut se permettre de tels écarts sans s'exposer à un courroux de ses supérieurs. D'ailleurs, le torchon brûlait depuis un certain temps avec sa supérieure, la vérificatrice-générale, Mme Sheila Fraser. Mme Fraser ne prend pas d'ordre de personne et ne peut être accusée d'avoir exécuté une commande politique.

    Par contre, les écolos crieront au massacre car leur dossier environnemental prend la place qu'il doit avoir, au même niveau que les autres dossiers gouvernementaux. Il y a un principe qu'il ne faut pas mettre tous nos oeufs dans le même panier. Le dossier a assez chauffé médiatiquement et on doit se concentrer sur les actions qui seront concrétisées au rythme des moyens financiers de nos gouvernements.

    Quant à moi pour 3 degrés de différence, je trouve que le jeu n'est vaut pas la chandelle. Je ne contrôlerai jamais la force du soleil qui est la VRAI cause du réchauffement. Pour l'activité humaine, qui est une infime partie du phénomène, ceci n'empêche pas à chacun de nettoyer son perron et de veiller à se responsabiliser pour vivre dans un environnement agréable.

  • Robert Roby
    Abonné
    mercredi 31 janvier 2007 13h21
    Congédiée pour excès de zèle
    Si Sheila Fraser est finalement responsable de ce qu'écrit une autre commissaire et qu'elle n'est pas entièrement d'accord, je crois qu'elle a raison de la déplacer.

    erty@sympatico.ca

  • Michelle Bergeron
    Abonné
    mercredi 31 janvier 2007 20h33
    Bon débarras
    Son rôle est de vérifier les comptes et non de militer en faveur de quoi que ce soit. On a pas voter pour ça. elle n'tait pas payer pour ses opinions. Désolé mais c'est ainsi.

  • Lfa
    Abonné
    mercredi 31 janvier 2007 23h07
    Trop de soleil sur l'environnement ?
    Selon le rapport d'experts présenté aux centaines de climatologues internationaux réunis présentement à Paris, il semble que le soleil n'ait que peu d'impact dans les changements climatiques, contrairement aux arguments du lobby de l'industrie pétrolière et de monsieur Trudel.

    Suite à leur discussions, ces experts devront soit endosser ou rejeter les conclusions de ce rapport. C'est un dossier à suivre...

  • Dauphin_fou
    Inscrit
    jeudi 1 février 2007 09h52
    L'importance d'un pouvoir vert.
    Il y a aujourd'hui tant de pressions sur les milieux naturels qu'il faille nécessairement élever quelqu'un à un poste avec un pouvoir de surveillance sur les actions gouvernementales en matière d'environnement. Que ce soit les déforestations, la contamination des eaux, la disparition d'espèces animales et végétales ou encore le réchauffement climatique, il est difficile à hauteur d'homme de mesurer ces phénomènes tant ils sont éloignés de la vie citadine.

    Alors, un commissaire qui s'exprime sur l'évolution des objectifs gouvernementaux en matière de gestion environnementale est une nécessité pour informer le public.

    Quand des professeurs émérites expliquent que leurs recherches en matière d'adaptation aux changements climatiques sont suspendues par les pouvoirs en place, il est difficile de croire que l'on pense aux générations futures.
    Je tiens à rappeler en réponse à certains commentaires que l'environnement est la source de toute économie. Sans matière agricole, forestière, minière, pétrolière, hydraulique, comment seront alimentés les supermarchés, la construction, les usines, les camions, et ... nos maisons?

    Ce n'est pas mettre tous les oeufs dans un seul panier que de gérer son environnement, c'est miser tout sur l'économie qui est faire l'autruche.

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