Ottawa s'affiche en vert
18 janvier 2007
Canada
Photo : Agence Reuters
John Baird, ministre fédéral de l’Environnement, a lancé hier un programme de 230 millions au cours des quatre prochaines années pour financer la recherche et le développement dans le domaine des énergies propres.
Ottawa — Après le remaniement ministériel, l'argent. Le gouvernement fédéral a donné hier le coup d'envoi à son opération de charme environnemental en annonçant une première tranche de réinvestissements dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Les annonces sont censées se multiplier au cours des prochains jours, mais déjà, les critiques sont unanimes pour rappeler que les conservateurs ne remboursent même pas ce qu'ils avaient retranché il y a moins d'un an... et que cette annonce n'aura aucun effet sur les changements climatiques. Cinquante-sept millions de dollars par an: voilà ce à quoi se résume l'annonce faite en grande pompe hier matin par les ministres fédéraux de l'Environnement et des Ressources naturelles, John Baird et Gary Lunn.
Ottawa promet d'investir 230 millions au cours des quatre prochaines années pour financer la recherche et le développement dans le domaine des énergies propres. Au nombre de celles-ci, le communiqué de presse mentionne la séquestration du dioxyde de carbone (CO2), le charbon «propre» et l'exploitation moins polluante des sables bitumineux.
Comment cet argent sera-t-il utilisé, et par qui? Personne ne le sait pour l'instant. «Le ministre [Lunn] et moi-même avons travaillé très fort pour trouver cet argent», a déclaré M. Baird. «Les annonces à suivre se feront aussi vite que possible. C'est la première étape d'une véritable action.»
L'annonce d'hier avait toutes les allures d'un événement électoral. Les journalistes avaient été invités à prendre place à bord d'autobus hybrides pour se rendre au Centre de la technologie de l'énergie, une organisation fédérale située à l'extérieur de la capitale. Là, après un point de presse, les deux ministres ont participé à une visite guidée.
Le premier ministre Stephen Harper a reconnu que son équipe devait faire mieux sur le front environnemental et a donc remplacé, il y a deux semaines, Rona Ambrose par M. Baird, son ministre de confiance. L'heure des annonces avait donc sonné.
Demain, il devrait dévoiler un nouveau programme d'incitatifs pour la production d'énergie renouvelable à Victoria. Dimanche, Gary Lunn lancera à Toronto un nouveau programme d'efficacité énergétique pour les résidences, qui se voudra en quelque sorte une copie du populaire programme ÉnerGuide (aboli par les conservateurs au printemps dernier), rehaussé d'un nouvel emballage. Tout cela alors que le président américain George W. Bush, qui avait pourtant refusé d'adhérer au protocole de Kyoto, prononcera mardi prochain son discours sur l'état de la nation, au cours duquel il présentera une politique contre le réchauffement planétaire.
Critiques tous azimuts
Tout le monde a critiqué la stratégie des conservateurs hier, les partis d'opposition comme les groupes environnementaux n'y voyant qu'une campagne de relations publiques. En outre, investir dans la recherche sur les nouvelles technologies n'est pas mauvais en soi, clame-t-on, mais il s'écoulera beaucoup de temps avant que le fruit de ces recherches ne soit commercialisé. L'impact immédiat sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada sera à peu près nul.
«Honnêtement, il n'y a pas grand-chose à voir!», a lancé Matthew Bramley, de l'Institut Pembina. «Cette initiative n'entraînera pas de réduction des émissions avant plusieurs années. [...] Dans cette optique, l'annonce d'aujourd'hui ne peut être qu'une infime partie d'un plan fédéral crédible de lutte contre les changements climatiques.»
Hugo Séguin, d'Équiterre, déplore cette obsession des «technologies fantômes», ces technologies propres dont l'industrie prédit depuis des années l'avènement imminent pour justifier son immobilisme.
Le député bloquiste Bernard Bigras reproche quant à lui au gouvernement de n'avancer aucun chiffre sur la réduction des émissions de GES découlant du programme de 230 millions. «Ce qui est paradoxal, c'est que les conservateurs reprochaient aux libéraux d'annoncer plusieurs milliards de dollars dans la lutte contre les changements climatiques sans être capables de mesurer véritablement la réduction de GES qui s'ensuivrait. Il semble que ce soit la politique que veuillent appliquer les conservateurs, probablement parce qu'ils sont en état de panique et qu'ils doivent annoncer des initiatives afin de se refaire une image politique.»
Surplus ou déficit?
Si les ministres assuraient hier que les 230 millions sont constitués d'argent neuf, il n'est pas clair que cette somme compense ce que leur gouvernement a soustrait des programmes de la lutte contre les changements climatiques au cours de l'année. En avril dernier, le gouvernement conservateur avait annoncé en catimini l'abolition de 15 programmes d'une valeur totale de 105 millions pour l'année en cours. Il avait aussi mis la hache dans le programme ÉnerGuide, d'une valeur de 875 millions en cinq ans.
Le député libéral John Godfrey qualifie toute cette stratégie conservatrice de «cosmétique». Il déplore en outre que le programme ÉnerGuide ait été aboli pour être relancé un an plus tard. «C'est idiot. Ils avaient annulé ce programme malgré l'avis de leurs fonctionnaires, qui disaient que ça fonctionnait. On a perdu toute la machinerie. On ne relance pas un programme comme celui-là en deux jours. On aura perdu un an!»
Le programme ÉnerGuide avait été annulé malgré les avis défavorables des fonctionnaires responsables. Un document interne divulgué grâce à la Loi sur l'accès à l'information concluait que «les programmes de conservation d'énergie ont été jugés efficaces pour stimuler la réduction des émissions. Ils vont contribuer à une réduction de plus de 20 mégatonnes [20 millions de tonnes de GES] d'ici 2010, à un coût moyen inférieur à 10 $ la tonne, ce qui est extrêmement rentable.»
Pour atteindre ses objectifs inscrits au protocole de Kyoto, le Canada doit réduire ses émissions de 195 mégatonnes.
Le Devoir
Avec Reuters
Ottawa promet d'investir 230 millions au cours des quatre prochaines années pour financer la recherche et le développement dans le domaine des énergies propres. Au nombre de celles-ci, le communiqué de presse mentionne la séquestration du dioxyde de carbone (CO2), le charbon «propre» et l'exploitation moins polluante des sables bitumineux.
Comment cet argent sera-t-il utilisé, et par qui? Personne ne le sait pour l'instant. «Le ministre [Lunn] et moi-même avons travaillé très fort pour trouver cet argent», a déclaré M. Baird. «Les annonces à suivre se feront aussi vite que possible. C'est la première étape d'une véritable action.»
L'annonce d'hier avait toutes les allures d'un événement électoral. Les journalistes avaient été invités à prendre place à bord d'autobus hybrides pour se rendre au Centre de la technologie de l'énergie, une organisation fédérale située à l'extérieur de la capitale. Là, après un point de presse, les deux ministres ont participé à une visite guidée.
Le premier ministre Stephen Harper a reconnu que son équipe devait faire mieux sur le front environnemental et a donc remplacé, il y a deux semaines, Rona Ambrose par M. Baird, son ministre de confiance. L'heure des annonces avait donc sonné.
Demain, il devrait dévoiler un nouveau programme d'incitatifs pour la production d'énergie renouvelable à Victoria. Dimanche, Gary Lunn lancera à Toronto un nouveau programme d'efficacité énergétique pour les résidences, qui se voudra en quelque sorte une copie du populaire programme ÉnerGuide (aboli par les conservateurs au printemps dernier), rehaussé d'un nouvel emballage. Tout cela alors que le président américain George W. Bush, qui avait pourtant refusé d'adhérer au protocole de Kyoto, prononcera mardi prochain son discours sur l'état de la nation, au cours duquel il présentera une politique contre le réchauffement planétaire.
Critiques tous azimuts
Tout le monde a critiqué la stratégie des conservateurs hier, les partis d'opposition comme les groupes environnementaux n'y voyant qu'une campagne de relations publiques. En outre, investir dans la recherche sur les nouvelles technologies n'est pas mauvais en soi, clame-t-on, mais il s'écoulera beaucoup de temps avant que le fruit de ces recherches ne soit commercialisé. L'impact immédiat sur les émissions de gaz à effet de serre (GES) du Canada sera à peu près nul.
«Honnêtement, il n'y a pas grand-chose à voir!», a lancé Matthew Bramley, de l'Institut Pembina. «Cette initiative n'entraînera pas de réduction des émissions avant plusieurs années. [...] Dans cette optique, l'annonce d'aujourd'hui ne peut être qu'une infime partie d'un plan fédéral crédible de lutte contre les changements climatiques.»
Hugo Séguin, d'Équiterre, déplore cette obsession des «technologies fantômes», ces technologies propres dont l'industrie prédit depuis des années l'avènement imminent pour justifier son immobilisme.
Le député bloquiste Bernard Bigras reproche quant à lui au gouvernement de n'avancer aucun chiffre sur la réduction des émissions de GES découlant du programme de 230 millions. «Ce qui est paradoxal, c'est que les conservateurs reprochaient aux libéraux d'annoncer plusieurs milliards de dollars dans la lutte contre les changements climatiques sans être capables de mesurer véritablement la réduction de GES qui s'ensuivrait. Il semble que ce soit la politique que veuillent appliquer les conservateurs, probablement parce qu'ils sont en état de panique et qu'ils doivent annoncer des initiatives afin de se refaire une image politique.»
Surplus ou déficit?
Si les ministres assuraient hier que les 230 millions sont constitués d'argent neuf, il n'est pas clair que cette somme compense ce que leur gouvernement a soustrait des programmes de la lutte contre les changements climatiques au cours de l'année. En avril dernier, le gouvernement conservateur avait annoncé en catimini l'abolition de 15 programmes d'une valeur totale de 105 millions pour l'année en cours. Il avait aussi mis la hache dans le programme ÉnerGuide, d'une valeur de 875 millions en cinq ans.
Le député libéral John Godfrey qualifie toute cette stratégie conservatrice de «cosmétique». Il déplore en outre que le programme ÉnerGuide ait été aboli pour être relancé un an plus tard. «C'est idiot. Ils avaient annulé ce programme malgré l'avis de leurs fonctionnaires, qui disaient que ça fonctionnait. On a perdu toute la machinerie. On ne relance pas un programme comme celui-là en deux jours. On aura perdu un an!»
Le programme ÉnerGuide avait été annulé malgré les avis défavorables des fonctionnaires responsables. Un document interne divulgué grâce à la Loi sur l'accès à l'information concluait que «les programmes de conservation d'énergie ont été jugés efficaces pour stimuler la réduction des émissions. Ils vont contribuer à une réduction de plus de 20 mégatonnes [20 millions de tonnes de GES] d'ici 2010, à un coût moyen inférieur à 10 $ la tonne, ce qui est extrêmement rentable.»
Pour atteindre ses objectifs inscrits au protocole de Kyoto, le Canada doit réduire ses émissions de 195 mégatonnes.
Le Devoir
Avec Reuters
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