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Harper met de l'eau dans son vin

5 janvier 2007  Canada
Ottawa — La rumeur courait depuis plusieurs semaines, et le premier ministre Stephen Harper est passé à l'acte hier en réajustant, de manière modérée, son cabinet des ministres. Comme prévu, la décevante titulaire de l'Environnement a été rétrogradée. La surprise sera venue du côté de Vic Toews, dépossédé de la Justice qu'il aimait pour se faire offrir la direction du Conseil du trésor, poste plus discret mais important.

Stephen Harper a reconnu qu'il devait donner un coup de barre en environnement, un dossier pour lequel son gouvernement a été vertement critiqué. «La ministre Ambrose a fait bien plus en un an que ce que le précédent gouvernement a fait en 13 ans, s'est vanté le premier ministre conservateur. Mais nous reconnaissons que les Canadiens s'attendent à beaucoup plus en matière de qualité de l'air et de changements climatiques.»

Ainsi, l'Albertaine Rona Ambrose a perdu ses fonctions pour aller aux Affaires intergouvernementales. Il s'agit d'une importante démotion, l'enjeu principal des relations entre Ottawa et les provinces ces jours-ci étant le règlement du déséquilibre fiscal que se réserve le ministre des Finances, Jim Flaherty. Stephen Harper s'occupe à peu près de tout le reste, ayant décidé seul, par exemple, de reconnaître par une motion l'existence de la nation québécoise, sans même consulter son ministre de l'époque, Michael Chong. Mme Ambrose connaît bien les relations intergouvernementales pour avoir oeuvré à ce ministère lorsqu'elle était fonctionnaire provinciale en Alberta.

Comme cela est devenu sa marque de commerce, M. Harper est le seul à avoir pris la parole hier à la suite du remaniement ministériel. Aucun des huit ministres et cinq secrétaires parlementaires affectés par les changements ne se sont présentés aux médias hier après l'annonce, rompant ainsi avec la tradition.

Mme Ambrose est remplacée dans ses fonctions vertes par le très combatif John Baird, qui quitte le Conseil du trésor. M. Baird y avait piloté la fameuse Loi sur la responsabilité du gouvernement conservateur, pièce législative maîtresse se voulant une réponse au scandale des commandites. M. Baird, un politicien d'une agressivité sans égale, est un ancien ministre provincial ontarien dans l'équipe de Mike Harris.

«Il est très outrancier et très partisan, M. Baird», a d'ailleurs déclaré au détour le chef libéral, Stéphane Dion. Selon M. Dion, le remaniement ministériel reste une opération cosmétique puisque le vrai problème du gouvernement conservateur ne résidait pas dans l'identité des titulaires des portefeuilles ministériels mais dans les positions intenables que M. Harper leur demandait de défendre. «Ce n'est pas Mme Ambrose qui a la responsabilité du désastre de l'an passé, c'est M. Harper lui-même.»

De manière générale, estime le chef libéral, «le problème, c'est le premier ministre. C'est lui qui doit prendre la responsabilité des décisions prises». M. Dion se demande en outre pourquoi le ministre non élu, le sénateur Michael Fortier, est encore en poste. Il s'en est pris aussi au ministre de la Santé, Tony Clement, et à la ministre du Patrimoine, Bev Oda, qui auraient dû être démis de leurs fonctions, selon lui, n'ayant pas particulièrement fait bonne figure.

Un ton plus bas en justice

C'est l'identité du remplaçant de M. Baird au Conseil du trésor qui a pris tout le monde par surprise. M. Harper a choisi Vic Toews, qui perd ainsi le stratégique poste de la Justice. M. Toews était perçu par plusieurs observateurs comme l'incarnation de l'aile idéologique du gouvernement conservateur. À lui seul, il a déposé près du quart de tous les projets de loi du gouvernement (pour un total de 11 sur 45). Il a aussi fait parler de lui quand il a évoqué la prise en charge par les tribunaux de délinquants âgés d'à peine 10 et 11 ans. Il s'était aussi mis la communauté juridique à dos en ajoutant aux comités de sélection des juges fédéraux des représentants des corps policiers.

Faut-il y voir un désaveu? Pas du tout, a répondu M. Harper, qui n'a justifié sa décision que par le besoin de... combler les trous! «Quand on décide de changer un ou deux ministres, on doit [...] avoir d'autres changements par conséquence. Avec le départ de M. Baird au Conseil du trésor, le gouvernement avait besoin d'un politicien avec beaucoup d'expérience, un conservateur économique et quelqu'un avec une capacité pour le grand détail.»

Dans l'entourage de M. Toews, on prétend d'ailleurs que le ministre était «très content» de sa nouvelle affectation, qu'il juge rafraîchissante. Avocat de profession, M. Toews a en effet presque toujours été affecté à la justice tout au long de sa carrière politique: procureur général au Manitoba, critique en matière de justice dans l'opposition, ministre de la Justice sous Stephen Harper.

«Ce sera un ajustement, c'est certain. Cette fois, il n'aura pas l'expérience de sa carrière professionnelle sur laquelle se baser», explique cette personne. Est-ce une démotion? «Le rôle au Conseil du trésor est différent. Certains disent que c'est plus important à l'intérieur de l'appareil gouvernemental. D'autres estiment que c'est moins important parce qu'on y élabore peu de politiques. Ça dépend de votre point de vue.» Citant l'exemple de Monique Jérôme-Forget à Québec, cette personne souligne que le président du Conseil du trésor, qui détient les cordons de la bourse publique, est une personne très influente au cabinet, que les autres ministres aiment avoir dans leur camp...

Le déplacement de M. Toews pourrait être perçu comme une volonté de la part du gouvernement d'adoucir son image en matière de justice pénale. Mais d'autres y voient une seule décision administrative. En effet, M. Toews sera remplacé par le très discret Rob Nicholson, qui était jusque-là leader en Chambre. Le leader en Chambre, en situation minoritaire, joue un rôle clé en concoctant l'ordre du jour et en pilotant les négociations perpétuelles avec les partis d'opposition pour faire avancer les lois gouvernementales.

Or seuls deux des onze projets de loi en matière de justice ont été adoptés. Les troupes conservatrices doivent maintenant naviguer avec précaution pour faire progresser les autres, ce que M. Nicholson pourrait être en mesure de faire étant donné son expérience récente.

Peter Van Loan, qui occupait depuis le débat sur la nation québécoise un poste aux Affaires intergouvernementales, remplacera M. Nicholson au poste de leader en Chambre. Enfin, les ministres Monte Solberg et Diane Finley s'échangent leurs responsabilités: le premier atterri aux Ressources humaines, la seconde prend l'Immigration et la Citoyenneté. À ce titre, elle pilotera la révision en cours des droits et responsabilités des Canadiens ayant une double citoyenneté et vivant à l'étranger.

Tous les autres ministres, y compris les cinq ministres québécois, n'ont pas été affectés par le remaniement d'hier: Jean-Pierre Blackburn (Travail, Développement économique), Michael Fortier (Travaux publics), Josée Verner (ACDI), Lawrence Cannon (Transports), Maxime Bernier (Industrie), Jim Flaherty (Finances), Bev Oda (Patrimoine) Gordon O'Connor (Défense), Stockwell Day (Sécurité publique), Peter MacKay (Affaires étrangères) et David Emerson (Commerce international) restent tous en poste.

C'est aussi le cas de Jim Prentice, le ministre des Affaires indiennes, qu'à peu près toutes les rumeurs envoyaient à l'Environnement. Des groupes autochtones ont d'ailleurs salué ce statu quo, M. Prentice étant apprécié dans ses fonctions.

Fait intéressant, Stephen Harper a découvert les vertus des secrétaires d'État (postes qu'il avait abolis à son premier cabinet) en en nommant cinq, dont le Québécois Christian Paradis (Agriculture). Ces personnes ne siègent pas au cabinet comme tel, mais elles absorbent le surplus de travail du ministre leur étant associé. C'est aussi une occasion pour elles de prendre de l'expérience en vue d'un futur poste ministériel. Les quatre autres élus sont Gerry Ritz (tourisme), Jason Kenney (identité canadienne), Helena Guergis (Affaires étrangères) et Jay Hill (whip à la Chambre).

«Les coûts supplémentaires seront minimaux et je n'ai pas l'intention d'augmenter les dépenses. Ces dépenses seront puisées à même les budgets actuels», a dit M. Harper.






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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    vendredi 5 janvier 2007 06h13
    Un coup de pinceau
    « Le remaniement ministériel auquel vient de procéder le Premier ministre Harper n'a guère d'autre but que de préparer le gouvernement conservateur aux prochaines élections fédérales. Sentant le vent printanier souffler dans le sens d'un possible renversement de son gouvernement, S. Harper a voulu établir une sorte de brise-vent autour de son gouvernement. Autrement dit, rien ne change vraiment quant aux programmes et aux politiques, dont le Premier ministre est d'ailleurs le seul maître, seule change l'apparence que se donne le gouvernement.

    On pourrait prendre la comparaison d'une maison dont le propriétaire décide de repeindre les murs extérieurs. La maison bleue devient verte, mais l'intérieur est toujours le même. Les électeurs canadiens vont-ils se laisser prendre à ce coup de pinceau? Il est fort probable qu'il va s'accompagner d'un peu de remue-ménage pour donner un semblant de consistance à ce changement de décor. On en voit déjà un exemple dans le discours plus verdoyant de S. Harper qui, sans aucun doute, a tenu compte des sondages et des conseils que Brian Mulroney lui a certainement prodigués.

    Un autre aspect électoraliste de ce remaniement est l'importance donnée à des députés de l'Ontario. S. Harper sait fort bien que, s'il veut obtenir un gouvernement majoritaire lors du prochain scrutin, lui faut faire une sérieuse percée en Ontario. Faut-il croire qu'il n'espère plus s'imposer au Québec en ne nommant qu'un simple secrétaire d'État venant de cette province?

    La suite des événements va nous dire ce qu'il en est réellement de cette agitation, si ce n'est que de la poudre jetée aux yeux des électeurs, comme il semble, ou si c'est l'annonce d'un changement radical des politiques conservatrices et une remise sur pied de tout ce que le gouvernement a jeté à terre. »

  • claude piche
    Abonné
    vendredi 5 janvier 2007 08h59
    Nous prend-on pour des innocents?
    « Comment se fait-il qu aucun journaliste n ait souligne le fait que Rona Ambrose n afait que suivre les directives du bureau du premier ministre?

    C'est probablement plus rentable au niveau des journaux de de faire de longs textex qui ne disent a peu pres rien que de poser une question directe. »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    vendredi 5 janvier 2007 11h46
    Les alarmistes ont eu raison de la ministre Ambrose
    « Le réchauffement politique a pris le pas sur le réchauffement climatique, hier sur la colline parlementaire.

    Le Lobby des alarmistes réseauté par l'ONU (une autre structure politique) a suffisamment ameuté la population pour que le premier ministre remplace Mme Ambrose au porte-feuille de l'environnement. Monsieur Baird est un peu plus coloré et le discours risque de s'échauffer entre ce lobby puissant des écolos et le ministre au point où Environnement Canada nous a démontré dans sa prévision météorologique de la fin de semaine que ses ordinateurs qui servent de point de référence à ces alarmistes peuvent s'emballer parfois et que l'erreur est humaine (16 degrés, 10 degrés ou 6 degrés = la réponse lundi). Pour moi, je suis de plus en plus sceptique et je vous invite à consulter le site suivant http://www.climat-sceptique.com/ pour vous rendre compte que le débat sur la question est biaisé dans ce dossier... »

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