Analyse - La réalité électorale
Il n'y a rien comme une menace d'élections précipitées. Après s'être entêté pendant des mois à défendre son plan environnemental et ses initiatives en matière de justice, voilà que le premier ministre Stephen Harper cherche à adoucir les angles en remaniant son cabinet. De là à parler d'un virage, on est loin du compte. On devine plutôt les premiers jalons d'une stratégie électorale pour amadouer les Canadiens inquiets à l'égard de l'environnement et mal à l'aise à l'endroit d'une approche répressive en matière de justice.
Stephen Harper n'est pas homme à reconnaître une erreur, mais il a répété plusieurs fois hier qu'il admettait que les Canadiens attendaient davantage d'Ottawa en matière de lutte contre les changements climatiques et que son propre gouvernement devait faire plus. Est-il convaincu de la nécessité de s'attaquer à ce problème? Difficile à dire puisqu'il persiste à attribuer l'intérêt des citoyens pour l'environnement à l'absence de problèmes plus urgents. Chose certaine cependant, il sait qu'il doit en faire une priorité s'il souhaite se faire réélire.
Il ne semble pas lui être venu à l'esprit cependant que l'inquiétude des citoyens est proportionnelle à l'inaction de son gouvernement. L'idée ne l'a pas effleuré, car il est persuadé d'avoir fait davantage que les libéraux en la matière. Après 13 ans de règne libéral, le Canada affiche à plusieurs égards le pire bilan environnemental des pays de l'OCDE, a-t-il martelé hier, laissant dépasser son jupon électoral.
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Il n'a toutefois pas dit ce que lui ferait de différent. La seule vraie nouveauté pour l'instant est l'arrivée de John Baird à la tête du ministère de l'Environnement, en lieu et place de Rona Ambrose. M. Baird a la réputation d'un bouledogue. À titre de président du Conseil du trésor, il a réussi à mener à bon port la Loi sur la responsabilité, mais il y est parvenu en bousculant le Parlement, refusant obstinément de reconnaître que le projet nécessitait des amendements. Il a fini par en accepter une cinquantaine, mais seulement après que le Sénat eut menacé de jouer au ping-pong avec le projet. Tout au long du débat, il a attaqué férocement les libéraux, rappelant sans arrêt le scandale des commandites et d'autres cadavres trouvés dans les placards de l'ancien gouvernement.
La charge de M. Harper contre le bilan environnemental des libéraux est-elle un avant-goût de ce que M. Baird réserve maintenant aux libéraux? Tout le monde se posait la question hier. S'il devait s'en tenir au rôle de grand écorcheur en chef, cela ne présagerait rien de bon pour les travaux du comité législatif spécial mis sur pied à l'instigation du NPD dans le but de bonifier le projet de loi sur la qualité de l'air. Ce comité doit démarrer ses travaux au début de février, et les conservateurs savent qu'ils ne peuvent se lancer dans une campagne électorale sans un projet remanié, ce qui exigera compromis et esprit de conciliation. Il faudra alors à M. Baird un doigté qu'on ne lui connaît pas. À moins que le gouvernement ne décide de présenter un tout nouveau projet de loi et lui demande de l'imposer comme un rouleau compresseur. Ce qu'il a la capacité de faire dans les deux langues officielles.
La vraie surprise de ce remaniement reste le remplacement de Vic Toews à la Justice par l'Ontarien Rob Nicholson. Ce changement répond là encore à une logique électorale. L'ambitieux programme législatif du ministre ne disparaît pas du feuilleton, car le PC en a besoin pour apaiser sa base traditionnelle. Ce qu'on a réglé hier est le problème d'image dont souffrait le gouvernement à cause des prises de position de M. Toews.
M. Toews, un tenant de la ligne dure en matière de justice, s'est non seulement mis la magistrature à dos mais s'est permis plusieurs sorties publiques qui, mal interprétées ou non, ont laissé l'impression que le gouvernement songeait à criminaliser les jeunes de dix ans. L'image a frappé et colle à la peau des conservateurs depuis. Sa décision d'associer les policiers au choix des juges n'a pas aidé davantage. Ou encore son opposition farouche au mariage gai, au point de nier la réalité constitutionnelle du pays.
Le choix de Rob Nicholson est habile. Ancien député de Brian Mulroney, il n'a jamais rejoint le Reform Party ou l'Alliance canadienne. Leader parlementaire du gouvernement jusqu'à hier, il a toujours donné l'impression d'être un homme modéré, calme et nettement moins idéologique que M. Toews. Il épargnera au gouvernement l'embarras de déclarations controversées tout en sachant comment piloter les nombreux projets de loi de son prédécesseur à travers les dédales de la procédure parlementaire. Les projets auxquels il accordera la priorité révéleront la vraie nature du changement opéré au ministère de la Justice. Impossible d'en juger avant.
Mme Ambrose, dans tout ça? Elle n'a pas seulement subi une démotion après avoir raté la mission impossible qu'on lui avait confiée, elle a été transformée en paravent. Le vrai ministre des Affaires intergouvernementales a toujours été Stephen Harper. Mike Chong a démissionné de son poste en partie pour cette raison, le premier ministre ne jugeant pas nécessaire de le consulter sur la motion sur la nation québécoise. M. Harper a eu beau citer le déséquilibre fiscal en parlant du rôle de Mme Ambrose, personne ne s'y est trompé. C'est lui le quart arrière dans ce dossier et il n'a qu'un porteur de ballon: le ministre des Finances, Jim Flaherty.
Le sort réservé à Rona Ambrose est révélateur de la place faite aux femmes dans ce gouvernement. Une seule figurait parmi les cinq nouveaux secrétaires d'État nommés hier. La proportion des femmes au cabinet est ainsi passée de 22,2 % à 21,8 %...
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mcornellier@ledevoir.com
Stephen Harper n'est pas homme à reconnaître une erreur, mais il a répété plusieurs fois hier qu'il admettait que les Canadiens attendaient davantage d'Ottawa en matière de lutte contre les changements climatiques et que son propre gouvernement devait faire plus. Est-il convaincu de la nécessité de s'attaquer à ce problème? Difficile à dire puisqu'il persiste à attribuer l'intérêt des citoyens pour l'environnement à l'absence de problèmes plus urgents. Chose certaine cependant, il sait qu'il doit en faire une priorité s'il souhaite se faire réélire.
Il ne semble pas lui être venu à l'esprit cependant que l'inquiétude des citoyens est proportionnelle à l'inaction de son gouvernement. L'idée ne l'a pas effleuré, car il est persuadé d'avoir fait davantage que les libéraux en la matière. Après 13 ans de règne libéral, le Canada affiche à plusieurs égards le pire bilan environnemental des pays de l'OCDE, a-t-il martelé hier, laissant dépasser son jupon électoral.
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Il n'a toutefois pas dit ce que lui ferait de différent. La seule vraie nouveauté pour l'instant est l'arrivée de John Baird à la tête du ministère de l'Environnement, en lieu et place de Rona Ambrose. M. Baird a la réputation d'un bouledogue. À titre de président du Conseil du trésor, il a réussi à mener à bon port la Loi sur la responsabilité, mais il y est parvenu en bousculant le Parlement, refusant obstinément de reconnaître que le projet nécessitait des amendements. Il a fini par en accepter une cinquantaine, mais seulement après que le Sénat eut menacé de jouer au ping-pong avec le projet. Tout au long du débat, il a attaqué férocement les libéraux, rappelant sans arrêt le scandale des commandites et d'autres cadavres trouvés dans les placards de l'ancien gouvernement.
La charge de M. Harper contre le bilan environnemental des libéraux est-elle un avant-goût de ce que M. Baird réserve maintenant aux libéraux? Tout le monde se posait la question hier. S'il devait s'en tenir au rôle de grand écorcheur en chef, cela ne présagerait rien de bon pour les travaux du comité législatif spécial mis sur pied à l'instigation du NPD dans le but de bonifier le projet de loi sur la qualité de l'air. Ce comité doit démarrer ses travaux au début de février, et les conservateurs savent qu'ils ne peuvent se lancer dans une campagne électorale sans un projet remanié, ce qui exigera compromis et esprit de conciliation. Il faudra alors à M. Baird un doigté qu'on ne lui connaît pas. À moins que le gouvernement ne décide de présenter un tout nouveau projet de loi et lui demande de l'imposer comme un rouleau compresseur. Ce qu'il a la capacité de faire dans les deux langues officielles.
La vraie surprise de ce remaniement reste le remplacement de Vic Toews à la Justice par l'Ontarien Rob Nicholson. Ce changement répond là encore à une logique électorale. L'ambitieux programme législatif du ministre ne disparaît pas du feuilleton, car le PC en a besoin pour apaiser sa base traditionnelle. Ce qu'on a réglé hier est le problème d'image dont souffrait le gouvernement à cause des prises de position de M. Toews.
M. Toews, un tenant de la ligne dure en matière de justice, s'est non seulement mis la magistrature à dos mais s'est permis plusieurs sorties publiques qui, mal interprétées ou non, ont laissé l'impression que le gouvernement songeait à criminaliser les jeunes de dix ans. L'image a frappé et colle à la peau des conservateurs depuis. Sa décision d'associer les policiers au choix des juges n'a pas aidé davantage. Ou encore son opposition farouche au mariage gai, au point de nier la réalité constitutionnelle du pays.
Le choix de Rob Nicholson est habile. Ancien député de Brian Mulroney, il n'a jamais rejoint le Reform Party ou l'Alliance canadienne. Leader parlementaire du gouvernement jusqu'à hier, il a toujours donné l'impression d'être un homme modéré, calme et nettement moins idéologique que M. Toews. Il épargnera au gouvernement l'embarras de déclarations controversées tout en sachant comment piloter les nombreux projets de loi de son prédécesseur à travers les dédales de la procédure parlementaire. Les projets auxquels il accordera la priorité révéleront la vraie nature du changement opéré au ministère de la Justice. Impossible d'en juger avant.
Mme Ambrose, dans tout ça? Elle n'a pas seulement subi une démotion après avoir raté la mission impossible qu'on lui avait confiée, elle a été transformée en paravent. Le vrai ministre des Affaires intergouvernementales a toujours été Stephen Harper. Mike Chong a démissionné de son poste en partie pour cette raison, le premier ministre ne jugeant pas nécessaire de le consulter sur la motion sur la nation québécoise. M. Harper a eu beau citer le déséquilibre fiscal en parlant du rôle de Mme Ambrose, personne ne s'y est trompé. C'est lui le quart arrière dans ce dossier et il n'a qu'un porteur de ballon: le ministre des Finances, Jim Flaherty.
Le sort réservé à Rona Ambrose est révélateur de la place faite aux femmes dans ce gouvernement. Une seule figurait parmi les cinq nouveaux secrétaires d'État nommés hier. La proportion des femmes au cabinet est ainsi passée de 22,2 % à 21,8 %...
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mcornellier@ledevoir.com
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