Un pas vers le centre
Le premier ministre Harper n'a pas attendu pour procéder au remaniement ministériel qu'il préparait depuis le début de la relâche parlementaire. Les changements apportés hier ne seraient, selon ses mots, qu'une simple «mise au point», mais le coup de barre est plus vigoureux qu'il n'y paraît puisque, par la même occasion, il revoit les priorités de son gouvernement. Le discours environnemental occupera désormais plus d'espace, tandis que celui de la loi et l'ordre se fera plus discret.
L'objectif poursuivi par Stephen Harper avec ce remaniement est de déplacer son gouvernement vers le centre de l'échiquier politique et, ce faisant, de se coller davantage aux préoccupations des Canadiens et des Québécois inquiets de l'avenir de la planète et soucieux des droits et libertés. Il a bien lu les résultats des sondages des derniers mois indiquant que la prochaine élection ne se gagnera pas à droite, mais là où se regroupe la majorité des électeurs.
Avec la perspective d'un prochain scrutin qui pourrait survenir aussi tôt qu'à la fin de l'hiver ou au début du printemps, il était urgent d'ajuster la machine gouvernementale. Les changements apportés aux ministères de l'Environnement et de la Justice donneront au premier ministre des arguments pour contrecarrer les attaques de l'opposition. Mais il pourrait aussi gagner du temps pour peu que le Nouveau Parti démocratique perçoive comme un signal positif le remplacement de Rona Ambrose par John Baird à l'Environnement.
Le parti de Jack Layton, qui ne veut surtout pas d'une élection hâtive, a tendu la main l'automne dernier à Stephen Harper en lui proposant de travailler de concert à l'amélioration du projet de loi Ambrose sur la qualité de l'air. Unanimement décrié par les écologistes, les libéraux et les bloquistes, ce projet a pu progresser en comité parlementaire grâce au NPD. Il suffirait maintenant que le nouveau ministre de l'Environnement accélère la mise en place de dispositions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et que le prochain budget contienne des mesures vertes pour que les néo-démocrates se rangent derrière le gouvernement lors du vote sur le budget. En ajoutant l'appui des deux députés indépendants, le gouvernement conservateur pourrait alors obtenir un sursis de quelques mois.
Le changement de titulaire à l'Environnement n'augure pour l'instant qu'un changement de discours. Dire que les préoccupations environnementales sont désormais inscrites dans la courte liste des priorités du gouvernement est une chose, en changer les politiques est une tout autre affaire. Non sans raison, les sceptiques sont nombreux à s'interroger sur la volonté des conservateurs de prendre un virage vert. Hier, Stephen Harper n'avait qu'un seul indice à donner, soit la création d'un comité ministériel sur l'environnement et la sécurité énergétique. Son intention a fait sourciller l'opposition et les écologistes, inquiets de savoir quels liens on fera entre ces deux dossiers. Sont-ce les impératifs de sécurité énergétique définis par le ministère des Ressources naturelles qui détermineront l'ampleur des mesures de protection de l'environnement plutôt que l'inverse? La réponse à cette question, et à bien d'autres aussi, reste à venir.
Suspecte est aussi apparue la mise à l'écart du champion de la loi et l'ordre qu'est Vic Toews. En l'envoyant présider le Conseil du trésor, le premier ministre bâillonne M. Toews, qui ne pourra plus mettre le gouvernement dans l'embarras en multipliant les déclarations inopinées sur la sécurité. Ce faucon, qui ne manquait pas d'idées pour punir toujours plus sévèrement les contrevenants, laisse toutefois en héritage à son successeur un lot de projets, dont il s'agira de savoir maintenant s'ils sont toujours aussi prioritaires aux yeux du gouvernement. Encore là, le message est équivoque.
***
Ce remaniement doit être accueilli avec une certaine dose de scepticisme quant à la volonté réelle de Stephen Harper de briser la gangue idéologique dans laquelle son parti est enfermé. Il faut toutefois reconnaître que, depuis deux ans, il a su surmonter ses réflexes idéologiques pour se faire pragmatique. Il y a deux ans, il obtenait du parti qu'il nettoie son programme de ses propositions réactionnaires sur l'avortement et le bilinguisme. Plus récemment, il surprenait tout le monde avec sa motion reconnaissant le Québec en tant que nation. Puis il se débarrassait du pénible débat sur le mariage entre conjoints de même sexe en appelant un vote qu'il savait perdu d'avance. Manifestement, il sait prendre des virages lorsqu'il s'agit pour lui de conserver la maîtrise du jeu politique. Nous surprendra-t-il à nouveau en devenant un premier ministre aussi vert que l'est le nouveau chef du Parti libéral? Attendons avant de conclure de voir jusqu'où il est prêt à aller.
bdescoteaux@ledevoir.ca
L'objectif poursuivi par Stephen Harper avec ce remaniement est de déplacer son gouvernement vers le centre de l'échiquier politique et, ce faisant, de se coller davantage aux préoccupations des Canadiens et des Québécois inquiets de l'avenir de la planète et soucieux des droits et libertés. Il a bien lu les résultats des sondages des derniers mois indiquant que la prochaine élection ne se gagnera pas à droite, mais là où se regroupe la majorité des électeurs.
Avec la perspective d'un prochain scrutin qui pourrait survenir aussi tôt qu'à la fin de l'hiver ou au début du printemps, il était urgent d'ajuster la machine gouvernementale. Les changements apportés aux ministères de l'Environnement et de la Justice donneront au premier ministre des arguments pour contrecarrer les attaques de l'opposition. Mais il pourrait aussi gagner du temps pour peu que le Nouveau Parti démocratique perçoive comme un signal positif le remplacement de Rona Ambrose par John Baird à l'Environnement.
Le parti de Jack Layton, qui ne veut surtout pas d'une élection hâtive, a tendu la main l'automne dernier à Stephen Harper en lui proposant de travailler de concert à l'amélioration du projet de loi Ambrose sur la qualité de l'air. Unanimement décrié par les écologistes, les libéraux et les bloquistes, ce projet a pu progresser en comité parlementaire grâce au NPD. Il suffirait maintenant que le nouveau ministre de l'Environnement accélère la mise en place de dispositions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et que le prochain budget contienne des mesures vertes pour que les néo-démocrates se rangent derrière le gouvernement lors du vote sur le budget. En ajoutant l'appui des deux députés indépendants, le gouvernement conservateur pourrait alors obtenir un sursis de quelques mois.
Le changement de titulaire à l'Environnement n'augure pour l'instant qu'un changement de discours. Dire que les préoccupations environnementales sont désormais inscrites dans la courte liste des priorités du gouvernement est une chose, en changer les politiques est une tout autre affaire. Non sans raison, les sceptiques sont nombreux à s'interroger sur la volonté des conservateurs de prendre un virage vert. Hier, Stephen Harper n'avait qu'un seul indice à donner, soit la création d'un comité ministériel sur l'environnement et la sécurité énergétique. Son intention a fait sourciller l'opposition et les écologistes, inquiets de savoir quels liens on fera entre ces deux dossiers. Sont-ce les impératifs de sécurité énergétique définis par le ministère des Ressources naturelles qui détermineront l'ampleur des mesures de protection de l'environnement plutôt que l'inverse? La réponse à cette question, et à bien d'autres aussi, reste à venir.
Suspecte est aussi apparue la mise à l'écart du champion de la loi et l'ordre qu'est Vic Toews. En l'envoyant présider le Conseil du trésor, le premier ministre bâillonne M. Toews, qui ne pourra plus mettre le gouvernement dans l'embarras en multipliant les déclarations inopinées sur la sécurité. Ce faucon, qui ne manquait pas d'idées pour punir toujours plus sévèrement les contrevenants, laisse toutefois en héritage à son successeur un lot de projets, dont il s'agira de savoir maintenant s'ils sont toujours aussi prioritaires aux yeux du gouvernement. Encore là, le message est équivoque.
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Ce remaniement doit être accueilli avec une certaine dose de scepticisme quant à la volonté réelle de Stephen Harper de briser la gangue idéologique dans laquelle son parti est enfermé. Il faut toutefois reconnaître que, depuis deux ans, il a su surmonter ses réflexes idéologiques pour se faire pragmatique. Il y a deux ans, il obtenait du parti qu'il nettoie son programme de ses propositions réactionnaires sur l'avortement et le bilinguisme. Plus récemment, il surprenait tout le monde avec sa motion reconnaissant le Québec en tant que nation. Puis il se débarrassait du pénible débat sur le mariage entre conjoints de même sexe en appelant un vote qu'il savait perdu d'avance. Manifestement, il sait prendre des virages lorsqu'il s'agit pour lui de conserver la maîtrise du jeu politique. Nous surprendra-t-il à nouveau en devenant un premier ministre aussi vert que l'est le nouveau chef du Parti libéral? Attendons avant de conclure de voir jusqu'où il est prêt à aller.
bdescoteaux@ledevoir.ca
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