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Un pas vers le centre

Bernard Descôteaux   5 janvier 2007  Canada
Le premier ministre Harper n'a pas attendu pour procéder au remaniement ministériel qu'il préparait depuis le début de la relâche parlementaire. Les changements apportés hier ne seraient, selon ses mots, qu'une simple «mise au point», mais le coup de barre est plus vigoureux qu'il n'y paraît puisque, par la même occasion, il revoit les priorités de son gouvernement. Le discours environnemental occupera désormais plus d'espace, tandis que celui de la loi et l'ordre se fera plus discret.

L'objectif poursuivi par Stephen Harper avec ce remaniement est de déplacer son gouvernement vers le centre de l'échiquier politique et, ce faisant, de se coller davantage aux préoccupations des Canadiens et des Québécois inquiets de l'avenir de la planète et soucieux des droits et libertés. Il a bien lu les résultats des sondages des derniers mois indiquant que la prochaine élection ne se gagnera pas à droite, mais là où se regroupe la majorité des électeurs.

Avec la perspective d'un prochain scrutin qui pourrait survenir aussi tôt qu'à la fin de l'hiver ou au début du printemps, il était urgent d'ajuster la machine gouvernementale. Les changements apportés aux ministères de l'Environnement et de la Justice donneront au premier ministre des arguments pour contrecarrer les attaques de l'opposition. Mais il pourrait aussi gagner du temps pour peu que le Nouveau Parti démocratique perçoive comme un signal positif le remplacement de Rona Ambrose par John Baird à l'Environnement.

Le parti de Jack Layton, qui ne veut surtout pas d'une élection hâtive, a tendu la main l'automne dernier à Stephen Harper en lui proposant de travailler de concert à l'amélioration du projet de loi Ambrose sur la qualité de l'air. Unanimement décrié par les écologistes, les libéraux et les bloquistes, ce projet a pu progresser en comité parlementaire grâce au NPD. Il suffirait maintenant que le nouveau ministre de l'Environnement accélère la mise en place de dispositions pour réduire les émissions de gaz à effet de serre et que le prochain budget contienne des mesures vertes pour que les néo-démocrates se rangent derrière le gouvernement lors du vote sur le budget. En ajoutant l'appui des deux députés indépendants, le gouvernement conservateur pourrait alors obtenir un sursis de quelques mois.

Le changement de titulaire à l'Environnement n'augure pour l'instant qu'un changement de discours. Dire que les préoccupations environnementales sont désormais inscrites dans la courte liste des priorités du gouvernement est une chose, en changer les politiques est une tout autre affaire. Non sans raison, les sceptiques sont nombreux à s'interroger sur la volonté des conservateurs de prendre un virage vert. Hier, Stephen Harper n'avait qu'un seul indice à donner, soit la création d'un comité ministériel sur l'environnement et la sécurité énergétique. Son intention a fait sourciller l'opposition et les écologistes, inquiets de savoir quels liens on fera entre ces deux dossiers. Sont-ce les impératifs de sécurité énergétique définis par le ministère des Ressources naturelles qui détermineront l'ampleur des mesures de protection de l'environnement plutôt que l'inverse? La réponse à cette question, et à bien d'autres aussi, reste à venir.

Suspecte est aussi apparue la mise à l'écart du champion de la loi et l'ordre qu'est Vic Toews. En l'envoyant présider le Conseil du trésor, le premier ministre bâillonne M. Toews, qui ne pourra plus mettre le gouvernement dans l'embarras en multipliant les déclarations inopinées sur la sécurité. Ce faucon, qui ne manquait pas d'idées pour punir toujours plus sévèrement les contrevenants, laisse toutefois en héritage à son successeur un lot de projets, dont il s'agira de savoir maintenant s'ils sont toujours aussi prioritaires aux yeux du gouvernement. Encore là, le message est équivoque.

***

Ce remaniement doit être accueilli avec une certaine dose de scepticisme quant à la volonté réelle de Stephen Harper de briser la gangue idéologique dans laquelle son parti est enfermé. Il faut toutefois reconnaître que, depuis deux ans, il a su surmonter ses réflexes idéologiques pour se faire pragmatique. Il y a deux ans, il obtenait du parti qu'il nettoie son programme de ses propositions réactionnaires sur l'avortement et le bilinguisme. Plus récemment, il surprenait tout le monde avec sa motion reconnaissant le Québec en tant que nation. Puis il se débarrassait du pénible débat sur le mariage entre conjoints de même sexe en appelant un vote qu'il savait perdu d'avance. Manifestement, il sait prendre des virages lorsqu'il s'agit pour lui de conserver la maîtrise du jeu politique. Nous surprendra-t-il à nouveau en devenant un premier ministre aussi vert que l'est le nouveau chef du Parti libéral? Attendons avant de conclure de voir jusqu'où il est prêt à aller.

bdescoteaux@ledevoir.ca






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  • Jean-Louis Tanguay
    Abonné
    vendredi 5 janvier 2007 00h00
    Le goût du pouvoir, come l'argent, n'a pas d'odeur
    « Harper adorant l'exercice du pouvoir, il n'hésite pas à maquillonner ses principes d'extrême-droite. L'environnement servira de poudre aux yeux des électeurs, surtout québécois : le saupoudrage sera à l'honneur, juste assez, pas trop pour ne pas mécontenter davantage sa base politique albertaine. Celle-ci fulmine déjà devant sa volte-face concernant les fiducies de revenue. Qu'importe, il lui faut gagner une majorité pour pouvoir vraiment lancer son ordre du jour réformiste. Quel cynisme! »

  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    vendredi 5 janvier 2007 06h15
    De la poudre aux yeux?
    « Le remaniement ministériel auquel vient de procéder le Premier ministre Harper n'a guère d'autre but que de préparer le gouvernement conservateur aux prochaines élections fédérales. Sentant le vent printanier souffler dans le sens d'un possible renversement de son gouvernement, S. Harper a voulu établir une sorte de brise-vent autour de son gouvernement. Autrement dit, rien ne change vraiment quant aux programmes et aux politiques, dont le Premier ministre est d'ailleurs le seul maître, seule change l'apparence que se donne le gouvernement.

    On pourrait prendre la comparaison d'une maison dont le propriétaire décide de repeindre les murs extérieurs. La maison bleue devient verte, mais l'intérieur est toujours le même. Les électeurs canadiens vont-ils se laisser prendre à ce coup de pinceau? Il est fort probable qu'il va s'accompagner d'un peu de remue-ménage pour donner un semblant de consistance à ce changement de décor. On en voit déjà un exemple dans le discours plus verdoyant de S. Harper qui, sans aucun doute, a tenu compte des sondages et des conseils que Brian Mulroney lui a certainement prodigués.

    Un autre aspect électoraliste de ce remaniement est l'importance donnée à des députés de l'Ontario. S. Harper sait fort bien que, s'il veut obtenir un gouvernement majoritaire lors du prochain scrutin, lui faut faire une sérieuse percée en Ontario. Faut-il croire qu'il n'espère plus s'imposer au Québec en ne nommant qu'un simple secrétaire d'État venant de cette province?

    La suite des événements va nous dire ce qu'il en est réellement de cette agitation, si ce n'est que de la poudre jetée aux yeux des électeurs, comme il semble, ou si c'est l'annonce d'un changement radical des politiques conservatrices et une remise sur pied de tout ce que le gouvernement a jeté à terre. »

  • Claude L'Heureux
    Abonné
    vendredi 5 janvier 2007 10h12
    En homme d'État
    « Monsieur Harper a une bonne accasion (une autre) de doubler les autres partis... verts en proposant des mesures musclés en disant: citoyens je vous aie compris! Les autres partis n'aurais pas le choix de le suivre même si l'on sait que les sondages ne représentent que beaucoup de voeux pieux. Mais monsieur Harper sera-t-il à la hauteur... d'un homme d'État? »

  • Julian Reid
    Inscrit
    vendredi 5 janvier 2007 11h03
    L'environnement s'échauffe!
    « Bien. M. Harper a lu les sondages. Il a compris que les canadiens sont éffrayés par la crise écologique qui semble inévitable. Cet hiver, beaucoup trop chaud partout au Canada, est la mise au point. (Ici à Toronto, on attend toujours la neige!)

    Oui, M. Harper est prêt a cédé son idéologie pour le pouvoir. Mais après un an où il a démontré son menfoutisme écologique total, il a besoin de beaucoup plus que la simple rhétorique et un nouveau ministre de l'Environnement pour nous convaincre qu'il est un homme du 21ième siècle qui comprend les enjeux de la nouvelle époque.

    Sans de véritable action de la part d'Harper, M. Dion serait premier ministre en 2007. »

  • Fernand Trudel
    Abonné
    vendredi 5 janvier 2007 11h23
    Les élections à l'automne
    « Dans la foulée du remaniment les rumeurs d'élections hâtives sont dans l'air et Monsieur Descoteaux n'y échappe pas. Pourtant trois indicateurs lui a échappé.

    Premièrement, la démission annoncée du président des élections effective en février seulement me laisse perplexe. Comment peut-il y avoir des élections sans président ??? Le successeur n'est pas encore connu et les communes devront sanctionner sa nomination. Enfin, il faudra quelques temps à ce successeur pour se familiariser avec la machine bureaucratique et la mettre en mode action.

    Deuxièmenent, il faudra un peu de temps pour changer l'image ternie dans le dossier de l'environnement avec une Ministre qui a été lapidée sur la place publique par des gourous de la climatologie. Ce ne sera pas la première victime de ces alarmistes planétaires. Avec la dernière gaffe d'Environnement Canada dans ses prévisions pour la fin de semaine (de 16 degrés a 10 dégrés et 6 degrés) on peut se demander si ce n'était pas elle qui avait raison car ce sont ces mêmes ordinateurs qui nous prédisent dans 50 ans des cataclysmes sans précédents. Peut-être que le courant populaire va changer surtout avec un ministre plus coloré...

    Troisièmement, les bloquistes ont une caisse à sec et les libéraux viennent de dépenser leurs deniers dans une course à la chefferie. Autant un que l'autre ne souhaitent des élections hâtives et ils ne feront rien pour défaire le gouvernement avant l'automne. Le temps de refaire le plein...

    Le premier ministre Harper a posé les gestes au bon moment laissons le temps faire les choses et l'automne verra tomber les fruits mûrs de ce remaniement... »

  • loiselet
    Abonné
    vendredi 5 janvier 2007 13h47
    Patinage de fantaisie.
    « Heureusement que nous sommes pourvus de premiers ministres opportunistes et démagogues pour faire avancer les dossiers importants. La démocratie, entre autres mérites plus ou moins dénoncés, possède celui de nous permettre d'élire des gens qui, craignant pour leur tête, feront l'impossible pour nous satisfaire. Sachons, en cette nouvelle année, bien profiter de nos opportunistes. Quand le jour viendra, allons donc voter selon leurs intérêts et selon les nôtres. »

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