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Qu'il parte! (bis)

Josée Boileau   6 décembre 2006  Canada
En prétextant qu'un congédiement doit se faire dans les normes pour retarder le moment, désormais inéluctable, du départ du commissaire de la GRC, Giuliano Zaccardelli, le gouvernement Harper démontre que son parti pris envers les forces policières entrave ses décisions. Car ce n'est pas d'hier que l'attitude de M. Zaccardelli pose problème: c'était déjà flagrant en septembre.

Stephen Harper se voulait malicieux lorsqu'il a répliqué, à la première question du chef libéral Stéphane Dion sur le cas Zaccardelli, qu'il est notoire que les libéraux n'aiment pas la Gendarmerie royale du Canada. Hélas pour lui, c'est plutôt M. Harper qui l'aime trop, sinon il aurait réagi bien avant devant les louvoiements du controversé commissaire.

Il est clair qu'on ne peut congédier des gens du jour au lendemain, comme des exemples récents l'ont montré à Ottawa et ainsi que le rappelait hier le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day, aux Communes. Mais dans le cas de M. Zaccardelli, dès le dépôt du rapport du juge Dennis O'Connor dans l'affaire Maher Arar, les motifs de blâme sautaient aux yeux.

Le rapport ne condamne pas directement le commissaire. Il met toutefois en cause, de manière non équivoque, l'ensemble du fonctionnement de la GRC, et notamment de sa direction. Un homme d'honneur, pour reprendre l'expression du député bloquiste Serge Ménard, aurait compris et aurait quitté son poste de commissaire, grand responsable d'une institution où le cumul des failles a mené à la torture d'un innocent, puis au refus total de le réhabiliter. M. Zaccardelli a préféré féliciter ses troupes pour leur bon travail, avant de comparaître, le 28 septembre, devant un comité des Communes.

Son témoignage ce jour-là n'a été qu'une vaste relecture du rapport O'Connor, M. Zaccardelli s'agrippant au moindre bout de phrase pouvant sauver l'image de la GRC. C'était déjà pitoyable, mais il est allé plus loin, affirmant s'être personnellement intéressé au dossier Arar dès l'emprisonnement en Syrie de celui-ci et, découvrant les renseignements inexacts transmis aux Américains, en avoir informé les autorités canadiennes.

Faux, ont corrigé dans les jours suivants tous les anciens ministres concernés, dans des réactions autrement plus plausibles que les explications alambiquées du commissaire. On était début octobre, et des appels à la démission se faisaient déjà entendre. Le gouvernement conservateur, au contraire, réitérait sa confiance dans le commissaire.

Ensuite, on a su que la GRC n'en était pas à ses premiers dérapages sous M. Zaccardelli. Là encore, silence gouvernemental. Un silence douteux: «Pourquoi le gouvernement Harper protège-t-il tant le commissaire?», nous demandions-nous au début de novembre dans un éditorial intitulé «Qu'il parte!». Parce que la GRC a su annoncer une enquête sur les libéraux durant la dernière campagne électorale?

Il a donc fallu que M. Zaccardelli sombre dans de gênantes contradictions hier pour que MM. Harper et Day se disent enfin préoccupés par la situation. Il était temps! Un gouvernement a besoin d'un minimum de confiance dans le chef de ses services policiers: comment l'accorder à un homme dont on ne sait pas s'il est naïf, menteur ou incapable de faire face à la musique — lacunes toutes inacceptables à un tel poste?

Les conservateurs n'ont déjà que trop tardé à s'attaquer au dossier, et à pousser vers la porte un commissaire qui pathétiquement s'accroche. Ce gouvernement si ami des policiers ne voit donc pas que c'est la réputation de la GRC dans son ensemble qui pâtit de ses oeillères idéologiques?

***

jboileau@ledevoir.ca






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