Conservation égale emplois viables
Photo : Jacques Grenier
«Le vrai problème de la forêt québécoise dans le moment, dit Richard Desjardins, le premier en importance, c’est que le bois est trop petit et que les compagnies doivent aller le chercher trop loin. C’est sûr que ça fait remonter le prix de la
«Moi, j'ai été élevé avec des forestiers. Je me suis battu avec L'Erreur boréale pas seulement pour sauver des arbres mais pour sauver les communautés forestières et l'industrie, pour tenter d'arrêter à temps une dévastation encore pire de la ressource forestière.»
C'est en ces termes que le poète-chansonnier Richard Desjardins, aussi vice-président de l'Action boréale, a répliqué hier lors d'un entretien accordé au Devoir à Jean-Pierre Blackburn, ministre fédéral du Travail et responsable en titre de l'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec. Il y a quelques jours, le ministre Blackburn avait dit déplorer que les travailleurs forestiers québécois n'aient pas pu bénéficier d'un chantre aussi engagé que Desjardins a pu l'être, à son avis, pour les forêts québécoises.
En sonnant l'alarme avec L'Erreur boréale et en s'engageant, avec l'Action boréale, dans la désignation d'aires protégées, a expliqué Richard Desjardins, le Québec «a pu appliquer les freins avant qu'on se ramasse avec une ressource totalement dévastée par la courte vue de certains et les intérêts des grands industriels, comme ç'a été le cas avec la morue». Se battre pour une foresterie viable de quelque point de vue que ce soit, a-t-il dit, c'est se battre pour protéger les emplois que l'état actuel de la forêt québécoise permet encore de sauver. Et ce n'est pas en continuant le «pillage» des dernières années, au prétexte de maintenir à tout prix le niveau de récolte et de profit contre toute logique de préservation du capital forestier, a ajouté M. Desjardins, qu'on parviendra à sauver la foresterie viable que le Québec doit soutenir.
«Ce que veulent les trois grandes compagnies du secteur forestier, a expliqué le poète-chansonnier, c'est que le public finance la fermeture des forêts qui restent parce que le piètre état de la ressource, dont elles sont responsables, incite les banques à ne plus vouloir les financer. C'est pourquoi elles réclament maintenant que l'État paye pour les chemins forestiers, par exemple. Ces compagnies-là sont capitalistes quand elles font de l'argent et socialistes quand elles sont dans le trou.»
Richard Desjardins a d'ailleurs affirmé que le bilan de l'exploitation forestière des dernières années est probablement «pire que ce que la commission Coulombe en a dit».
La commission Coulombe avait recommandé à Québec de réduire de 20 % le calcul de la possibilité forestière, c'est-à-dire le potentiel de la forêt québécoise évalué sur plusieurs générations. C'est l'ampleur de ce potentiel qui détermine le niveau des coupes aujourd'hui. Mais la réduction des allocations octroyées aux exploitants forestiers à la suite de la recommandation de la commission Coulombe est inférieure à la réduction de 20 %: la réduction des allocations s'est plutôt limitée entre 10 et 15 % selon les régions. Et, a ajouté le vice-président de l'Action boréale, c'est lors de cette année dite de vaches maigres que les compagnies ont atteint le record de coupes de tous les temps au Québec, soit 33 millions de mètres cubes, en allant récolter, en plus des allocations, le bois touché par les feux de forêt.
Richard Desjardins a ajouté, citant des sources généralement fiables, que «si le rapport du Forestier en chef n'est pas édulcoré en raison de la proximité des élections, on risque de devoir retrancher un autre 20 % à la recommandation de la commission Colombe».
Cela porterait à près de 40 % la réduction du potentiel à long terme des forêts québécoises, ce qui se traduirait par d'inévitables réductions des allocations trop généreuses des dernières années.
Cette information, avancée par Richard Desjardins, recoupe d'autres sources du Devoir, qui affirment qu'on se dirigerait vers une réduction globale «se situant entre 30 et 35 % de l'ancien calcul de la possibilité forestière» ou du potentiel à long terme de nos forêts.
Selon ces sources, les industriels de la forêt ont été mis au courant de ce chiffre peu après le dépôt du rapport Coulombe, ce qui expliquerait le fait qu'ils aient rapidement cessé de dénoncer sa recommandation de 20 %, qui leur était somme toute plus favorable que les vrais chiffres. Les données confidentielles qui ont circulé au sommet de l'industrie provenaient des études réalisées par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune pendant les travaux de la commission. Les délais de réalisation de cette étude, finalement remise au Forestier en chef après sa nomination, ont fait en sorte que ce rapport du ministère n'a pas été remis à la commission, qui aurait peut-être pu réviser à la baisse de façon encore plus sévère son évaluation du potentiel forestier à long terme.
Richard Desjardins estime que plusieurs facteurs peuvent expliquer que près de la moitié des scieries du Québec ferment à l'heure actuelle.
«Mais ce n'est certainement pas à cause des écologistes, a-t-il dit, qui n'ont pas fait perdre un seul emploi en forêt en comparaison des décisions prises par les compagnies elles-mêmes. Les compagnies essaient de viser la commission Coulombe et ses recommandations à travers les écologistes plutôt que les conclusions d'une commission d'enquête, dont ils peuvent difficilement contester la rigueur. À les écouter, les commissaires auraient été, du début à la fin de leurs travaux, sous l'influence de Richard Desjardins: j'aurais contaminé toute la commission, service de recherche et consultants compris. C'est fort comme analyse!»
«Le vrai problème de la forêt québécoise dans le moment, a renchéri M. Desjardins, le premier en importance, c'est que le bois est trop petit et que les compagnies doivent aller le chercher trop loin. C'est sûr que ça fait remonter le prix de la fibre. Mais c'est eux autres qui ont créé le problème en surexploitant les forêts plus au sud. Si elles avaient pu ramasser tout le bois du Québec en une seule année avec une seule machine, elles l'auraient fait. C'est leur logique. Au cours des dernières années, elles ont augmenté de 45 % la valeur de leur production au Québec tout en réduisant de moitié les emplois en raison de l'informatisation des tâches et d'une plus grande mécanisation des opérations. Ce n'est pas les écologistes qui ont fait ça.»
Pour le vice-président de l'Action boréale, il faut examiner à fond les raisons qui font en sorte que la moitié des scieries arrivent à s'en sortir malgré les rationalisations des trois grandes compagnies, malgré le taux de change peu favorable et l'état du marché du bois d'oeuvre aux États-Unis.
«Je pense que plusieurs des scieries indépendantes qui survivent le font grâce au fait qu'elles ont investi dans des activités qui génèrent une valeur ajoutée, par exemple dans la fabrication de poutres ou d'autres produits finis qui conservent leur valeur, a commenté Richard Desjardins. Faire des 2X4 ou de la pâte à papier avec le bois, c'est une affaire dépassée. Le Brésil et d'autres pays d'Asie entrent dans ce marché avec des produits beaucoup moins chers. Il faut travailler du côté des valeurs ajoutées.»
«Les propos d'un Jean-Pierre Blackburn, ça ne me dérange pas beaucoup et, à la limite, ça ne mérite pas de réplique», a conclu le poète-chansonnier engagé. «Même dans sa gang, y a des ministres qui l'ont rabroué. Blackburn, il fait partie des négationnistes du Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui continuent de penser que le rapport Coulombe, c'est peut-être nous autres qui l'avons écrit. Je ne pense pas que M. Colombe et son équipe apprécient qu'on dise qu'ils ont pu être manipulés... C'est pas le genre!»
C'est en ces termes que le poète-chansonnier Richard Desjardins, aussi vice-président de l'Action boréale, a répliqué hier lors d'un entretien accordé au Devoir à Jean-Pierre Blackburn, ministre fédéral du Travail et responsable en titre de l'Agence de développement économique du Canada pour les régions du Québec. Il y a quelques jours, le ministre Blackburn avait dit déplorer que les travailleurs forestiers québécois n'aient pas pu bénéficier d'un chantre aussi engagé que Desjardins a pu l'être, à son avis, pour les forêts québécoises.
En sonnant l'alarme avec L'Erreur boréale et en s'engageant, avec l'Action boréale, dans la désignation d'aires protégées, a expliqué Richard Desjardins, le Québec «a pu appliquer les freins avant qu'on se ramasse avec une ressource totalement dévastée par la courte vue de certains et les intérêts des grands industriels, comme ç'a été le cas avec la morue». Se battre pour une foresterie viable de quelque point de vue que ce soit, a-t-il dit, c'est se battre pour protéger les emplois que l'état actuel de la forêt québécoise permet encore de sauver. Et ce n'est pas en continuant le «pillage» des dernières années, au prétexte de maintenir à tout prix le niveau de récolte et de profit contre toute logique de préservation du capital forestier, a ajouté M. Desjardins, qu'on parviendra à sauver la foresterie viable que le Québec doit soutenir.
«Ce que veulent les trois grandes compagnies du secteur forestier, a expliqué le poète-chansonnier, c'est que le public finance la fermeture des forêts qui restent parce que le piètre état de la ressource, dont elles sont responsables, incite les banques à ne plus vouloir les financer. C'est pourquoi elles réclament maintenant que l'État paye pour les chemins forestiers, par exemple. Ces compagnies-là sont capitalistes quand elles font de l'argent et socialistes quand elles sont dans le trou.»
Richard Desjardins a d'ailleurs affirmé que le bilan de l'exploitation forestière des dernières années est probablement «pire que ce que la commission Coulombe en a dit».
La commission Coulombe avait recommandé à Québec de réduire de 20 % le calcul de la possibilité forestière, c'est-à-dire le potentiel de la forêt québécoise évalué sur plusieurs générations. C'est l'ampleur de ce potentiel qui détermine le niveau des coupes aujourd'hui. Mais la réduction des allocations octroyées aux exploitants forestiers à la suite de la recommandation de la commission Coulombe est inférieure à la réduction de 20 %: la réduction des allocations s'est plutôt limitée entre 10 et 15 % selon les régions. Et, a ajouté le vice-président de l'Action boréale, c'est lors de cette année dite de vaches maigres que les compagnies ont atteint le record de coupes de tous les temps au Québec, soit 33 millions de mètres cubes, en allant récolter, en plus des allocations, le bois touché par les feux de forêt.
Richard Desjardins a ajouté, citant des sources généralement fiables, que «si le rapport du Forestier en chef n'est pas édulcoré en raison de la proximité des élections, on risque de devoir retrancher un autre 20 % à la recommandation de la commission Colombe».
Cela porterait à près de 40 % la réduction du potentiel à long terme des forêts québécoises, ce qui se traduirait par d'inévitables réductions des allocations trop généreuses des dernières années.
Cette information, avancée par Richard Desjardins, recoupe d'autres sources du Devoir, qui affirment qu'on se dirigerait vers une réduction globale «se situant entre 30 et 35 % de l'ancien calcul de la possibilité forestière» ou du potentiel à long terme de nos forêts.
Selon ces sources, les industriels de la forêt ont été mis au courant de ce chiffre peu après le dépôt du rapport Coulombe, ce qui expliquerait le fait qu'ils aient rapidement cessé de dénoncer sa recommandation de 20 %, qui leur était somme toute plus favorable que les vrais chiffres. Les données confidentielles qui ont circulé au sommet de l'industrie provenaient des études réalisées par le ministère des Ressources naturelles et de la Faune pendant les travaux de la commission. Les délais de réalisation de cette étude, finalement remise au Forestier en chef après sa nomination, ont fait en sorte que ce rapport du ministère n'a pas été remis à la commission, qui aurait peut-être pu réviser à la baisse de façon encore plus sévère son évaluation du potentiel forestier à long terme.
Richard Desjardins estime que plusieurs facteurs peuvent expliquer que près de la moitié des scieries du Québec ferment à l'heure actuelle.
«Mais ce n'est certainement pas à cause des écologistes, a-t-il dit, qui n'ont pas fait perdre un seul emploi en forêt en comparaison des décisions prises par les compagnies elles-mêmes. Les compagnies essaient de viser la commission Coulombe et ses recommandations à travers les écologistes plutôt que les conclusions d'une commission d'enquête, dont ils peuvent difficilement contester la rigueur. À les écouter, les commissaires auraient été, du début à la fin de leurs travaux, sous l'influence de Richard Desjardins: j'aurais contaminé toute la commission, service de recherche et consultants compris. C'est fort comme analyse!»
«Le vrai problème de la forêt québécoise dans le moment, a renchéri M. Desjardins, le premier en importance, c'est que le bois est trop petit et que les compagnies doivent aller le chercher trop loin. C'est sûr que ça fait remonter le prix de la fibre. Mais c'est eux autres qui ont créé le problème en surexploitant les forêts plus au sud. Si elles avaient pu ramasser tout le bois du Québec en une seule année avec une seule machine, elles l'auraient fait. C'est leur logique. Au cours des dernières années, elles ont augmenté de 45 % la valeur de leur production au Québec tout en réduisant de moitié les emplois en raison de l'informatisation des tâches et d'une plus grande mécanisation des opérations. Ce n'est pas les écologistes qui ont fait ça.»
Pour le vice-président de l'Action boréale, il faut examiner à fond les raisons qui font en sorte que la moitié des scieries arrivent à s'en sortir malgré les rationalisations des trois grandes compagnies, malgré le taux de change peu favorable et l'état du marché du bois d'oeuvre aux États-Unis.
«Je pense que plusieurs des scieries indépendantes qui survivent le font grâce au fait qu'elles ont investi dans des activités qui génèrent une valeur ajoutée, par exemple dans la fabrication de poutres ou d'autres produits finis qui conservent leur valeur, a commenté Richard Desjardins. Faire des 2X4 ou de la pâte à papier avec le bois, c'est une affaire dépassée. Le Brésil et d'autres pays d'Asie entrent dans ce marché avec des produits beaucoup moins chers. Il faut travailler du côté des valeurs ajoutées.»
«Les propos d'un Jean-Pierre Blackburn, ça ne me dérange pas beaucoup et, à la limite, ça ne mérite pas de réplique», a conclu le poète-chansonnier engagé. «Même dans sa gang, y a des ministres qui l'ont rabroué. Blackburn, il fait partie des négationnistes du Saguenay-Lac-Saint-Jean, qui continuent de penser que le rapport Coulombe, c'est peut-être nous autres qui l'avons écrit. Je ne pense pas que M. Colombe et son équipe apprécient qu'on dise qu'ils ont pu être manipulés... C'est pas le genre!»
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