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Turner est chassé du caucus conservateur

Alec Castonguay   19 octobre 2006  Canada
Garth Turner siégera comme indépendant.
Photo : Agence Reuters
Garth Turner siégera comme indépendant.
Le gouvernement minoritaire de Stephen Harper est de plus en plus fragile. Les troupes conservatrices doivent maintenant composer avec un député en moins, qui a été expulsé du caucus hier, mais également avec un nouveau sondage dévastateur qui place les conservateurs et les libéraux au coude à coude pour la première fois depuis janvier. Gonflés à bloc, certains députés libéraux ne se gênent plus pour réclamer la chute du gouvernement dès le prochain budget fédéral.

Ottawa — La journée a été passablement agitée pour les membres du caucus conservateur hier. Très tôt, les députés et sénateurs du PC ont dû se prononcer sur le renvoi d'un de leurs collègues ontariens, Garth Turner, l'un des électrons libres notoires du parti. Ce sont ses collègues du caucus ontarien qui ont sonné la charge. Après un mois de discussions, il a été décidé hier de le mettre à la porte. La motion a donc rebondi quelques heures plus tard sur le plancher du caucus national, qui réunit à huis clos tous les députés et sénateurs conservateurs du pays. Après un «bref débat», selon des témoins, le caucus a décidé à l'unanimité d'entériner la proposition des élus ontariens. Garth Turner siégera donc désormais comme indépendant.

Rahim Jaffer, le président du caucus national, a expliqué que Garth Turner avait «formulé des attaques personnelles» contre ses collègues et le premier ministre sur son blogue Internet (www.garth.ca). De plus, le député de la circonscription de Halton a «éventé à quelques reprises des secrets du caucus», ce qui empêchait les autres élus de parler librement lors des réunions. «Il y a eu beaucoup de plaintes, a affirmé Rahim Jaffer. [...] Ce n'est pas un incident en particulier qui a provoqué ces événements, mais une série de gestes et de paroles depuis qu'il a été élu.» Il s'est dit lui-même surpris de constater la volonté de ses collègues ontariens hier matin, mais a ajouté qu'il fallait «respecter la démocratie du caucus».

Le premier ministre Stephen Harper n'était pas présent au moment du vote, mais il était «au courant» de la réflexion du caucus ontarien, selon Gordon Brown, le président de ce caucus. M. Harper appuie «entièrement» la décision des députés et des sénateurs, a soutenu son attaché de presse, Dimitri Soudas.

En conférence de presse, Garth Turner a dit que son renvoi n'avait rien à voir avec un bris de la confidentialité du caucus, ni avec des attaques personnelles. «Allez voir mon blogue et jugez-en vous-mêmes, tout est là», a-t-il lancé. «On n'a d'ailleurs pas discuté de ça au caucus ontarien ce matin. La seule raison, ce sont mes opinions sur certaines politiques», a-t-il dit, avant d'ajouter: «Est-ce que je me suis approché de la ligne à ne pas franchir [dans mes opinions]? Oui. Mais je pense que les Canadiens doivent comprendre ce qui se passe et méritent un député qui dit ce qu'il pense.»

Garth Turner s'est dit «surpris» et «frustré» de la décision. Il se sent «abandonné» par les hautes instances du parti, qui ne lui ont pas expliqué ce qui s'est passé. «Je n'ai jamais rien dit qui n'était pas public. [...] Je suis inquiet de voir que toutes les voix conservatrices ne sont pas bien reçues.» Il ira parler à ses électeurs avant de décider de son avenir. Il n'exclut pas un éventuel retour au sein du caucus ou même de passer à un autre parti, comme le Parti vert, lui qui aime bien la nouvelle chef, Elizabeth May. «On verra», a-t-il dit.

Garth Turner est reconnu sur la colline parlementaire comme un député qui n'a pas peur de nager à contre-courant. Fortement opposé à la droite religieuse, il a récemment fustigé l'idée de protéger dans une loi le droit des communautés religieuses de parler contre l'homosexualité. Il a également plaidé avec force pour un plan vert efficace, «avec des dents». Garth Turner avait aussi critiqué la venue du transfuge libéral David Emerson. Il a été élu à Ottawa pour la première fois en 1988, avant d'être défait en 1993. Il a été réélu en janvier dernier. Hier, sur le blogue de M. Turner, les commentaires d'appuis étaient abondants, tout comme les mots de ceux qui qualifient ce départ de «bon débarras».

Les conservateurs perdent donc un élu aux Communes et tombent à 124 députés. Les libéraux, de leur côté, ont 102 élus, alors que le Bloc québécois peut compter sur 50 députés. Le NPD ferme la marche avec 29 élus. Deux députés indépendants siègent à la Chambre des communes et un comté est vacant (celui du bloquiste Benoit Sauvageau). Dans les faits, les trois partis d'opposition doivent encore se mettre d'accord pour pouvoir espérer renverser le gouvernement, mais la situation est plus corsée que jamais, notamment si le NPD veut appuyer une mesure gouvernementale. Le chiffre magique de 155 votes est alors plus difficile à atteindre.

Conservateurs et libéraux à égalité

Le caucus conservateur a aussi dû faire face à une première mauvaise nouvelle du côté des sondages hier, alors qu'un coup de sonde de Strategic Counsel réalisé pour le compte du Globe and Mail et de CTV place les deux partis à égalité. Les libéraux et les conservateurs recueillent en effet 32 % des intentions de vote, suivis du NPD avec 17 % et du Parti vert avec 9 %. Lors des dernières élections, le PC a récolté 36 % d'appuis, contre 30 % pour le PLC.

C'est au Québec que la chute des conservateurs est le plus marquée, avec une baisse de 15 % depuis mai. Le PC récolte actuellement 16 % d'appuis, alors que les libéraux repassent en deuxième place, avec 25 %. Le Bloc domine toujours avec 44 %.

Le coup de sonde révèle aussi que c'est le candidat libéral Bob Rae qui aurait le plus de chances de battre Stephen Harper lors du prochain scrutin. Le sondage a été mené auprès de 1000 personnes du 12 au 15 octobre. Sa marge d'erreur est de 3,1 %, 19 fois sur 20. Pour le Québec, l'échantillon est de 247 répondants, avec une marge d'erreur de 6,3 %.

Ce sondage a fouetté les troupes libérales, qui estiment que le vent tourne. «Faut pas partir en peur, mais, effectivement, il y a une tendance, la lune de miel est terminée, a soutenu Denis Coderre. [...] Moi, je souhaite [des élections au printemps]. Pour moi c'est clair, il faut voter contre le budget. On va avoir un chef, on doit aller en élection.»

Le lieutenant de Stephen Harper au Québec, Lawrence Cannon, a dit ne pas être inquiet. «Un sondage, c'est un instantané. Lorsque viendra le temps des élections, on ira discuter de nos réalisations avec les Québécois.» Son collègue, Michael Fortier, a quant à lui soutenu qu'il était temps de «mieux communiquer» avec les citoyens. Il a ensuite tourné les talons et est sorti du parlement sans expliquer comment ni pourquoi.

***

Avec la collaboration d'Hélène Buzzetti






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