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N'importe quoi!

Norman Spector   19 octobre 2006  Canada
Plusieurs observateurs anglophones ont conclu à une autre gaffe après qu'on leur eut rapporté les commentaires de Michael Ignatieff, qui s'est prononcé sur les crimes de guerre israéliens sur les ondes de Radio-Canada. Je pense qu'ils ont tort. Pour paraphraser la définition un peu cynique de Michael Kinsley, ancien rédacteur de la revue Slate, une gaffe survient lorsqu'un politicien dit ce qu'il croit vraiment à un journaliste.

La remarque de M. Ignatieff cachait-elle une forme d'antisionisme, comme le premier ministre Stephen Harper l'a allégué un peu plus tard en semaine? À mon avis, ce sont là des balivernes partisanes de la part de M. Harper. Ce que nous avons entendu de la part de M. Ignatieff est la chose la plus éloignée d'une gaffe, c'est-à-dire un politicien flattant bassement son auditoire en disant ce qu'il veut entendre, et rien d'autre.

La déclaration grossière de M. Ignatieff cet été, selon laquelle le bombardement israélien sur Cana ne l'a «pas empêché de dormir», a donné des munitions à ses adversaires dans la course à la direction du Parti libéral du Canada (PLC). Ce qui a transformé cette déclaration en gaffe, c'est l'explication spontanée, pourtant éloquente, d'un expert qui avait longuement réfléchi à une question difficile: «Cana était franchement inévitable. C'est la nature de la guerre en cours [...]. Quand on en est rendu là, ça démontre bien qu'on est aux prises avec une guerre plutôt sale, et ça ne m'empêche pas de dormir.»

Cependant, une deuxième gaffe est quasi impossible dans la vie politique parce qu'un politicien a normalement tout le temps nécessaire pour consulter les habiles conseillers à son service, grassement payés pour trouver la bonne façon d'échapper à n'importe quel désastre. Pour sa première gaffe, Michael Ignatieff a reconnu qu'il avait commis une «erreur». Il aurait pu répéter ce libellé pour se sortir sain et sauf de son entretien avec Guy A. Lepage. Au lieu de faire cela, il a déclaré qu'Israël était coupable d'un crime de guerre tout en gardant le silence à propos des actes du Hezbollah.

À titre de «professeur en droits de l'homme», M. Ignatieff aurait dû savoir qu'Amnesty International a conclu après la guerre qu'en raison de la nature des armes utilisées par le Hezbollah contre les villes et les villages israéliens ainsi que des rapports faisant état de son intention de viser des civils, il est clair que cette organisation a violé les lois de la guerre. En tant que «professeur en lois de la guerre», il aurait également dû savoir que l'ancienne juge de la Cour suprême du Canada, Louise Arbour — aujourd'hui à la tête du Haut-Commissariat des droits de l'homme de l'ONU —, a recommandé qu'une enquête soit menée sur les morts de civils, tant au Liban qu'en Israël.

Malheureusement, en rejetant les arguments du Canada et de plusieurs autres pays, le Conseil sur les droits de la personne de l'ONU a décidé, à l'instar de M. Ignatieff, de cibler uniquement les actions d'Israël. Sur quoi Amnesty International a critiqué le Conseil pour avoir «ignoré les violations d'une partie au conflit».

Avant son entretien à Radio-Canada, M. Ignatieff avait peut-être constaté que le premier ministre Harper avait reçu des éloges quasi unanimes dans les médias de langue anglaise pour avoir bloqué une résolution anti-israélienne au Sommet de la Francophonie mais qu'il avait été vivement critiqué au Québec. Peut-être M. Ignatieff avait-il également consulté son organisateur en chef au Québec, le député de Bourassa, Denis Coderre, qui, cet été, avait passé sous silence le rôle du Hezbollah, et qui, sur les ondes de Radio-Canada, avait expliqué que «ceci n'a[vait] rien à voir avec le Hezbollah».

Le commentaire de M. Ignatieff sur les «crimes de guerre» faisait partie d'une plus grande entrevue qui a été très bien accueillie par les observateurs au Québec. Un chroniqueur a écrit qu'il avait «gagné son pari» tandis qu'une autre concluait que «l'étonnant» M. Ignatieff avait sûrement marqué des points auprès des électeurs. Ni l'un ni l'autre n'ont été choqués par son commentaire à propos d'Israël et son silence au sujet des actions du Hezbollah.

Après avoir passé la majorité de sa carrière à l'extérieur du Canada, M. Ignatieff a peut-être pensé qu'un politicien peut dire une chose en français et une autre en anglais, comme c'était le cas autrefois, et qu'il aurait plus de chances la prochaine fois! Mais les Canadiens savent maintenant qu'il est prêt à dire n'importe quoi pour plaire à son auditoire, que ce soit sur le Proche-Orient ou la reconnaissance du Québec comme nation dans la Constitution canadienne, comme il est en train de le faire ces jours-ci à l'extérieur du Québec.

***

Norman Spector est chroniqueurau Globe and Mail.

nspector@globeandmail.ca
 
 
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