Ottawa coupe les vivres au festival gai Black & Blue
Le ministre Blackburn en a pris lui-même la décision
Ottawa — Les organisateurs du festival gai montréalais Black & Blue ont reçu une bien mauvaise nouvelle à la veille de lancer leur événement qui débute aujourd'hui et dure jusqu'au 10 octobre. Le ministre fédéral du Travail, Jean-Pierre Blackburn, a en effet décidé personnellement de couper les vivres au festival, et ce, malgré un avis contraire de ses fonctionnaires qui recommandaient de continuer à financer cet événement qui attire 10 000 touristes et entraîne des retombées économiques de 25 millions de dollars.
Le festival Black & Blue propose une cinquantaine d'activités socioculturelles pendant une semaine, dont le grand «rave» de dimanche prochain au Stade olympique. L'an dernier, la Fondation BBCM, organisateur de l'événement, avait reçu 47 325 $ de Développement économique Canada (DEC). Cette somme a été utilisée pour promouvoir le festival à l'étranger, car l'événement se positionne comme un festival d'envergure internationale sur la scène gaie. «Grâce à ce festival, on attire le jet-set gai international. Les gens viennent de partout pour dépenser à Montréal. Pour le Québec et Montréal, c'est très rentable», explique au Devoir Robert Vézina, président de la Fondation BBCM.
Cette année encore, les organisateurs avaient reçu des signes très positifs du gouvernement fédéral, ce qui laissait entrevoir une somme équivalente à celle accordée en 2005. Les fonctionnaires ont d'ailleurs recommandé au ministre d'accorder une enveloppe d'environ 55 000 $. Or, à quelques jours du début de l'événement, le ministre Blackburn est revenu sur la décision et a refusé d'accorder le montant recommandé. Cette année, le festival est donc privé de toute contribution fédérale.
Les organisateurs du festival étaient sous le choc hier, à la veille du début de l'événement. «Nous sommes très fâchés. Je ne comprends pas. C'est une décision personnelle du ministre et c'est ridicule. Il se tire dans le pied parce que le festival est un bon investissement pour le pays. C'est l'un des événements où la dépense per capita des touristes est la plus élevée. Il y a juste le Grand Prix qui fait mieux. Or la subvention vise justement à attirer plus de touristes.»
Ce qui fâche encore davantage les organisateurs, c'est que ce montant de 50 000 $ a déjà été dépensé, puisque le festival devait faire sa promotion avant le début des activités et s'attendait à recevoir cette somme. «Ça fait mal, lâche Robert Vézina, 50 000 $ dans une organisation sans but lucratif comme la nôtre, c'est important.» Le festival Black & Blue a un budget de fonctionnement de 500 000 $, ce qui revient à dire que 10 % du budget vient de disparaître. L'événement est sur la corde raide chaque année, comme presque tous les festivals de la province. En 2005, il a dégagé un profit d'environ 100 000 $, alors qu'il était dans le rouge en 2002, en 2003 et en 2004. À titre de comparaison, le gouvernement du Québec accorde 165 000 $ au festival cette année. Est-ce que l'événement renouera avec un déficit en raison de la décision d'Ottawa? «Je ne sais pas encore, ça va dépendre de nos revenus pendant le festival. Mais c'est une grosse somme à trouver en si peu de temps», affirme Robert Vézina.
Interrogé à sa sortie des Communes hier, le ministre Jean-Pierre Blackburn, qui est responsable de DEC, a reconnu que la décision de mettre fin à cette subvention était la sienne. «C'est pour ça qu'il y a un ministre au ministère. C'est pour ça que je signe les dossiers. C'est ma responsabilité», a-t-il lancé. Selon le ministre, les organisateurs d'événements ne doivent pas tenir les subventions pour acquises. «Si une fois on dit oui à quelqu'un, il pense que c'est comme ça tout le temps. C'est impossible pour nous de poursuivre notre mission à l'échelle du Québec tout entier si on dit toujours oui à tout le monde. Au contraire, on doit s'attendre à ce qu'un organisme à but non lucratif puisse voler de ses propres ailes après un, deux ou trois ans», a poursuivi le ministre.
Selon Jean-Pierre Blackburn, la subvention de 55 000 $ n'était pas essentielle à la tenue de l'événement. «La preuve, c'est qu'il a lieu quand même. Si ça n'avait pas été le cas, vous pouvez être certain qu'on aurait été là», a-t-il dit.
Robert Vézina soutient que la raison invoquée par le ministre ne tient pas la route, puisque d'autres grands festivals ont profité des subventions de son ministère même si leur survie n'était pas menacée. Il cite entre autres le Festival Juste pour rire, qui a reçu cette année 595 000 $, et Nuits d'Afrique, qui a touché 52 394 $. En 2005, DEC a subventionné dix festivals à Montréal, pour un total de 2,75 millions de dollars, dont 1,7 million uniquement pour le Festival de jazz et le Festival Juste pour rire.
Le Bloc québécois, le Parti libéral du Canada et les organisateurs du festival estiment qu'il s'agit d'une décision idéologique, puisque le député Réal Ménard, du Bloc, s'est fait dire par l'attaché politique du ministre Blackburn que la vraie raison était que l'événement n'est pas assez «familial» aux yeux des conservateurs. «Je n'étais pas présent au moment où cette phrase a été prononcée. Moi, je regarde les dossiers selon leurs qualités», s'est défendu le ministre.
Selon le Bloc et le PLC, l'idéologie conservatrice est la seule explication possible à cette décision de dernière minute. «C'est idéologique parce qu'ils ne peuvent pas dire que ce n'est pas un événement majeur à Montréal. Les retombées économiques de 25 millions sont là pour le prouver», a soutenu Réal Ménard. Le député libéral Denis Coderre, lui, a été virulent. «Il faut arrêter d'avoir un gouvernement qui se base uniquement sur l'idéologie. C'est un gouvernement qui est mené par la droite religieuse. Ça n'a pas de bon sens. Surtout que les fonctionnaires, qui sont des professionnels, étaient d'accord avec le financement. C'est en train de devenir dangereux», a-t-il lancé.
Quant aux organisateurs du festival, ils jugent «aberrant de voir que le ministre conservateur, qui maintenant approuve ou désapprouve personnellement toutes les subventions de DEC, contrairement à son prédécesseur libéral, puisse avoir une attitude pour le moins subjective et être aussi mal informé», comme on peut le lire dans le communiqué de presse qu'ils ont diffusé hier.
Mais Jean-Pierre Blackburn refuse l'étiquette d'idéologue. «Absolument pas! Je pense qu'on essaie de m'embarquer dans un débat qui n'a pas rapport. On a subventionné les Outgames cet été à hauteur de 1,4 million. C'est le gouvernement précédent qui avait conclu l'accord, mais on a avancé l'argent plus vite que prévu pour les aider», dit-il.
Réal Ménard et Denis Coderre demandent au ministre de revoir sa décision. «Ce qui est financé, c'est l'achalandage touristique, pas le "rave" du dimanche soir, précise Réal Ménard. Le ministre a pris une mauvaise décision et c'est regrettable.» Robert Vézina explique d'ailleurs que le festival va bien au-delà de ce «rave» populaire. Le festival Black & Blue existe depuis 16 ans et permet d'amasser des fonds qui sont ensuite redistribués dans la communauté. Depuis le premier événement, près de 1,3 million de dollars ont été remis à quelque 50 organismes qui luttent contre le fléau du sida dans le milieu homosexuel.
Le festival Black & Blue propose une cinquantaine d'activités socioculturelles pendant une semaine, dont le grand «rave» de dimanche prochain au Stade olympique. L'an dernier, la Fondation BBCM, organisateur de l'événement, avait reçu 47 325 $ de Développement économique Canada (DEC). Cette somme a été utilisée pour promouvoir le festival à l'étranger, car l'événement se positionne comme un festival d'envergure internationale sur la scène gaie. «Grâce à ce festival, on attire le jet-set gai international. Les gens viennent de partout pour dépenser à Montréal. Pour le Québec et Montréal, c'est très rentable», explique au Devoir Robert Vézina, président de la Fondation BBCM.
Cette année encore, les organisateurs avaient reçu des signes très positifs du gouvernement fédéral, ce qui laissait entrevoir une somme équivalente à celle accordée en 2005. Les fonctionnaires ont d'ailleurs recommandé au ministre d'accorder une enveloppe d'environ 55 000 $. Or, à quelques jours du début de l'événement, le ministre Blackburn est revenu sur la décision et a refusé d'accorder le montant recommandé. Cette année, le festival est donc privé de toute contribution fédérale.
Les organisateurs du festival étaient sous le choc hier, à la veille du début de l'événement. «Nous sommes très fâchés. Je ne comprends pas. C'est une décision personnelle du ministre et c'est ridicule. Il se tire dans le pied parce que le festival est un bon investissement pour le pays. C'est l'un des événements où la dépense per capita des touristes est la plus élevée. Il y a juste le Grand Prix qui fait mieux. Or la subvention vise justement à attirer plus de touristes.»
Ce qui fâche encore davantage les organisateurs, c'est que ce montant de 50 000 $ a déjà été dépensé, puisque le festival devait faire sa promotion avant le début des activités et s'attendait à recevoir cette somme. «Ça fait mal, lâche Robert Vézina, 50 000 $ dans une organisation sans but lucratif comme la nôtre, c'est important.» Le festival Black & Blue a un budget de fonctionnement de 500 000 $, ce qui revient à dire que 10 % du budget vient de disparaître. L'événement est sur la corde raide chaque année, comme presque tous les festivals de la province. En 2005, il a dégagé un profit d'environ 100 000 $, alors qu'il était dans le rouge en 2002, en 2003 et en 2004. À titre de comparaison, le gouvernement du Québec accorde 165 000 $ au festival cette année. Est-ce que l'événement renouera avec un déficit en raison de la décision d'Ottawa? «Je ne sais pas encore, ça va dépendre de nos revenus pendant le festival. Mais c'est une grosse somme à trouver en si peu de temps», affirme Robert Vézina.
Interrogé à sa sortie des Communes hier, le ministre Jean-Pierre Blackburn, qui est responsable de DEC, a reconnu que la décision de mettre fin à cette subvention était la sienne. «C'est pour ça qu'il y a un ministre au ministère. C'est pour ça que je signe les dossiers. C'est ma responsabilité», a-t-il lancé. Selon le ministre, les organisateurs d'événements ne doivent pas tenir les subventions pour acquises. «Si une fois on dit oui à quelqu'un, il pense que c'est comme ça tout le temps. C'est impossible pour nous de poursuivre notre mission à l'échelle du Québec tout entier si on dit toujours oui à tout le monde. Au contraire, on doit s'attendre à ce qu'un organisme à but non lucratif puisse voler de ses propres ailes après un, deux ou trois ans», a poursuivi le ministre.
Selon Jean-Pierre Blackburn, la subvention de 55 000 $ n'était pas essentielle à la tenue de l'événement. «La preuve, c'est qu'il a lieu quand même. Si ça n'avait pas été le cas, vous pouvez être certain qu'on aurait été là», a-t-il dit.
Robert Vézina soutient que la raison invoquée par le ministre ne tient pas la route, puisque d'autres grands festivals ont profité des subventions de son ministère même si leur survie n'était pas menacée. Il cite entre autres le Festival Juste pour rire, qui a reçu cette année 595 000 $, et Nuits d'Afrique, qui a touché 52 394 $. En 2005, DEC a subventionné dix festivals à Montréal, pour un total de 2,75 millions de dollars, dont 1,7 million uniquement pour le Festival de jazz et le Festival Juste pour rire.
Le Bloc québécois, le Parti libéral du Canada et les organisateurs du festival estiment qu'il s'agit d'une décision idéologique, puisque le député Réal Ménard, du Bloc, s'est fait dire par l'attaché politique du ministre Blackburn que la vraie raison était que l'événement n'est pas assez «familial» aux yeux des conservateurs. «Je n'étais pas présent au moment où cette phrase a été prononcée. Moi, je regarde les dossiers selon leurs qualités», s'est défendu le ministre.
Selon le Bloc et le PLC, l'idéologie conservatrice est la seule explication possible à cette décision de dernière minute. «C'est idéologique parce qu'ils ne peuvent pas dire que ce n'est pas un événement majeur à Montréal. Les retombées économiques de 25 millions sont là pour le prouver», a soutenu Réal Ménard. Le député libéral Denis Coderre, lui, a été virulent. «Il faut arrêter d'avoir un gouvernement qui se base uniquement sur l'idéologie. C'est un gouvernement qui est mené par la droite religieuse. Ça n'a pas de bon sens. Surtout que les fonctionnaires, qui sont des professionnels, étaient d'accord avec le financement. C'est en train de devenir dangereux», a-t-il lancé.
Quant aux organisateurs du festival, ils jugent «aberrant de voir que le ministre conservateur, qui maintenant approuve ou désapprouve personnellement toutes les subventions de DEC, contrairement à son prédécesseur libéral, puisse avoir une attitude pour le moins subjective et être aussi mal informé», comme on peut le lire dans le communiqué de presse qu'ils ont diffusé hier.
Mais Jean-Pierre Blackburn refuse l'étiquette d'idéologue. «Absolument pas! Je pense qu'on essaie de m'embarquer dans un débat qui n'a pas rapport. On a subventionné les Outgames cet été à hauteur de 1,4 million. C'est le gouvernement précédent qui avait conclu l'accord, mais on a avancé l'argent plus vite que prévu pour les aider», dit-il.
Réal Ménard et Denis Coderre demandent au ministre de revoir sa décision. «Ce qui est financé, c'est l'achalandage touristique, pas le "rave" du dimanche soir, précise Réal Ménard. Le ministre a pris une mauvaise décision et c'est regrettable.» Robert Vézina explique d'ailleurs que le festival va bien au-delà de ce «rave» populaire. Le festival Black & Blue existe depuis 16 ans et permet d'amasser des fonds qui sont ensuite redistribués dans la communauté. Depuis le premier événement, près de 1,3 million de dollars ont été remis à quelque 50 organismes qui luttent contre le fléau du sida dans le milieu homosexuel.
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