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Lettres: Bob Rae et le Québec

Mario Cardinal - Journaliste, auteur et ancien ombudsman de Radio-Canada, le 1er octobre 2006  3 octobre 2006  Canada
Le 22 novembre 1994, Jacques Parizeau, premier ministre du Québec, se rend à Toronto, conférencier invité du sélect Canadian Club. Par courtoisie, il demande à être reçu par son homologue de l'Ontario, Bob Rae. Celui-ci consulte Pierre Elliott Trudeau et Jean Chrétien sur les propos qu'il doit tenir à son visiteur. Au cours de la rencontre, qui dure 45 minutes, il lui dit: «Vous pouvez tenir votre référendum si vous voulez, mais l'Ontario ne se sentira pas lié par lui.» Bob Rae, le néo-démocrate, est clair: il ne respectera pas la démocratie. Jacques Parizeau répond simplement: «Je tiendrai le référendum quand je jugerai le moment opportun et avec une question que je jugerai appropriée.»

Après la rencontre, Bob Rae refuse de rencontrer les journalistes en compagnie de son visiteur. Il lui dit: «Je ne participerai d'aucune manière à votre spectacle.» Il refuse également d'assister à la conférence de son homologue québécois devant le Canadian Club. Un affront indigne du poste qu'il occupe.

Bob Rae s'est accroché au pouvoir pendant près de cinq ans après n'avoir été élu que par 37,6 % des électeurs ontariens, mais il refuse un minimum de respect à celui que 44,7 % de Québécois ont choisi pour les diriger.

Par son mépris et son arrogance, ce n'est pas Jacques Parizeau que Bob Rae a blessé il y a 12 ans, mais l'ensemble des Québécois, fédéralistes et indépendantistes confondus. Il n'a pas changé. Hier, il concevait le Canada sans Jacques Parizeau. Aujourd'hui, en soutenant qu'il ne faut pas rouvrir une constitution canadienne que le Québec n'a jamais signée, il conçoit le Canada sans le Québec. Et il veut maintenant gouverner le pays? Cet homme, vraiment, n'a rien compris.
 
 
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