Ambiguïté parlementaire
21 septembre 2006
Canada
Ottawa — Les députés conservateurs portent deux chapeaux, et ils n'entendent surtout pas les confondre: celui de député et celui de membre du gouvernement. Tous ceux présents à la Chambre des communes hier ont appuyé une motion du Bloc québécois présentant des excuses au Canadien Maher Arar mais ont refusé de faire amende honorable au nom du gouvernement du Canada.
La scène était surréaliste. Pendant la période des questions, le gouvernement conservateur a obstinément refusé d'offrir des excuses officielles à Maher Arar, cet homme expulsé vers la Syrie à cause de l'incurie de la GRC. Puis, tout de suite après cette séance de 45 minutes, les députés conservateurs, y compris les ministres, ont unanimement donné leur appui à la motion bloquiste suggérant que «des excuses devraient être présentées à Maher Arar pour le traitement qu'il a subi».
À la sortie de la Chambre des communes, les ministres conservateurs tentaient d'expliquer cette contradiction apparente. «Être parlementaire, c'est une fonction tout à fait différente de la branche exécutive du gouvernement», a dit le ministre des Transports, Lawrence Cannon. «Comme parlementaire, on est tout à fait sympathique [à la cause de M. Arar].» À une journaliste qui lui demandait si cette motion engageait le gouvernement, M. Cannon a répondu: «Non, pas du tout. Il y a une différence entre les deux. Le ministre [de la Sécurité publique] a été très clair là-dessus.»
Le ministre de l'Industrie, Maxime Bernier, a expliqué que le Bloc québécois avait usé d'une «tactique parlementaire» mais a ajouté que «c'est tout à fait normal et humain que nous soyons en faveur de cette motion».
Toute la situation avait l'apparence d'un piège tendu par le Bloc québécois et dans lequel les conservateurs étaient tombés. Le Bloc a donné un très court préavis de son initiative aux trois autres partis. Les conservateurs ont été les derniers à y donner leur accord, après avoir constaté que le fait de s'y opposer les isolerait. Le premier ministre Stephen Harper n'était pas présent lors du passage de la motion. Il était à New York pour prononcer un discours devant l'Economic Club.
La GRC toujours coite
La Gendarmerie royale du Canada se refuse toujours à tout commentaire trois jours après le dépôt du rapport accablant de la commission d'enquête sur l'affaire Arar, qui blâme presque exclusivement la GRC. Le commissaire Giuliano Zaccardelli devra toutefois s'expliquer publiquement quoi qu'il advienne. Le Bloc québécois demandera en effet aujourd'hui devant le comité de la Sécurité publique qu'il soit convoqué pour répondre des agissements de ses troupes. Le gouvernement a déjà annoncé qu'il ne s'opposerait pas à cette requête. «C'est une bonne idée», a déclaré le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day.
Le rapport du juge Dennis O'Connor révèle que les policiers de la GRC ont fabriqué de toute pièce des preuves pour associer cet homme au réseau terroriste al-Qaïda. Les agents ont ainsi qualifié M. Arar et son épouse Monia Mazigh d'«islamistes extrémistes» dans un avis de surveillance destiné aux autorités américaines, et ce, sans aucune preuve pour appuyer cette allégation. Dans le contexte de l'après-11-Septembre, une telle affirmation condamnait le couple à coup sûr.
M. O'Connor en arrive à la conclusion que c'est «très probablement» en s'appuyant sur les renseignements fournis par la GRC que les États-Unis ont décidé d'expulser M. Arar en Syrie, où il a été emprisonné et torturé pendant près d'un an.
Le commissaire Zaccardelli était à l'extérieur du pays depuis samedi pour participer à l'assemblée générale d'Interpol. Il est revenu hier après-midi de Rio de Janeiro, plus tôt que prévu. On présume que c'est pour faire face à la tempête qui secoue la police fédérale, mais la GRC ne confirme rien. Mardi soir, le réseau CBC a diffusé un mémo interne que M. Zaccardelli avait envoyé à ses employés pour les féliciter de leur bon travail.
La scène était surréaliste. Pendant la période des questions, le gouvernement conservateur a obstinément refusé d'offrir des excuses officielles à Maher Arar, cet homme expulsé vers la Syrie à cause de l'incurie de la GRC. Puis, tout de suite après cette séance de 45 minutes, les députés conservateurs, y compris les ministres, ont unanimement donné leur appui à la motion bloquiste suggérant que «des excuses devraient être présentées à Maher Arar pour le traitement qu'il a subi».
À la sortie de la Chambre des communes, les ministres conservateurs tentaient d'expliquer cette contradiction apparente. «Être parlementaire, c'est une fonction tout à fait différente de la branche exécutive du gouvernement», a dit le ministre des Transports, Lawrence Cannon. «Comme parlementaire, on est tout à fait sympathique [à la cause de M. Arar].» À une journaliste qui lui demandait si cette motion engageait le gouvernement, M. Cannon a répondu: «Non, pas du tout. Il y a une différence entre les deux. Le ministre [de la Sécurité publique] a été très clair là-dessus.»
Le ministre de l'Industrie, Maxime Bernier, a expliqué que le Bloc québécois avait usé d'une «tactique parlementaire» mais a ajouté que «c'est tout à fait normal et humain que nous soyons en faveur de cette motion».
Toute la situation avait l'apparence d'un piège tendu par le Bloc québécois et dans lequel les conservateurs étaient tombés. Le Bloc a donné un très court préavis de son initiative aux trois autres partis. Les conservateurs ont été les derniers à y donner leur accord, après avoir constaté que le fait de s'y opposer les isolerait. Le premier ministre Stephen Harper n'était pas présent lors du passage de la motion. Il était à New York pour prononcer un discours devant l'Economic Club.
La GRC toujours coite
La Gendarmerie royale du Canada se refuse toujours à tout commentaire trois jours après le dépôt du rapport accablant de la commission d'enquête sur l'affaire Arar, qui blâme presque exclusivement la GRC. Le commissaire Giuliano Zaccardelli devra toutefois s'expliquer publiquement quoi qu'il advienne. Le Bloc québécois demandera en effet aujourd'hui devant le comité de la Sécurité publique qu'il soit convoqué pour répondre des agissements de ses troupes. Le gouvernement a déjà annoncé qu'il ne s'opposerait pas à cette requête. «C'est une bonne idée», a déclaré le ministre de la Sécurité publique, Stockwell Day.
Le rapport du juge Dennis O'Connor révèle que les policiers de la GRC ont fabriqué de toute pièce des preuves pour associer cet homme au réseau terroriste al-Qaïda. Les agents ont ainsi qualifié M. Arar et son épouse Monia Mazigh d'«islamistes extrémistes» dans un avis de surveillance destiné aux autorités américaines, et ce, sans aucune preuve pour appuyer cette allégation. Dans le contexte de l'après-11-Septembre, une telle affirmation condamnait le couple à coup sûr.
M. O'Connor en arrive à la conclusion que c'est «très probablement» en s'appuyant sur les renseignements fournis par la GRC que les États-Unis ont décidé d'expulser M. Arar en Syrie, où il a été emprisonné et torturé pendant près d'un an.
Le commissaire Zaccardelli était à l'extérieur du pays depuis samedi pour participer à l'assemblée générale d'Interpol. Il est revenu hier après-midi de Rio de Janeiro, plus tôt que prévu. On présume que c'est pour faire face à la tempête qui secoue la police fédérale, mais la GRC ne confirme rien. Mardi soir, le réseau CBC a diffusé un mémo interne que M. Zaccardelli avait envoyé à ses employés pour les féliciter de leur bon travail.
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