Ignatieff pourrait partir
31 août 2006
Canada
Photo : La Presse canadienne (photo)
Ottawa — L'aspirant chef libéral Michael Ignatieff s'est attiré les foudres de ses adversaires hier en laissant entendre en entrevue qu'il ne se présentera pas aux prochaines élections s'il n'est pas élu chef du Parti libéral du Canada. M. Ignatieff se dit «plutôt confiant» de remporter la course mais se réserve le droit de rester ou de quitter le parti si le nouveau leader ne lui plaît pas.
«Laisser entendre qu'on est là seulement dans les bons moments, ce n'est pas un bon message à envoyer au public», a déploré le candidat Joe Volpe en entrevue avec Le Devoir. «Il faut être là tout d'abord pour le pays, puis pour le parti et troisièmement pour l'ambition personnelle. Si on commence par l'ambition personnelle, on a déjà mal commencé. Il faut éliminer la confusion que cet article est en train de créer.»
M. Volpe, à l'instar de tous les candidats qui ont rappelé Le Devoir hier, s'est engagé à se présenter aux prochaines élections quel que soit le chef choisi par les militants.
Hier matin, le quotidien Toronto Star publiait l'intégrale de l'entrevue que le candidat Michael Ignatieff avait accordée à son équipe éditoriale. À la question de savoir s'il se porterait candidat aux élections générales s'il perdait la course au leadership, M. Ignatieff a répondu: «Ça dépend de qui sera le chef.» M. Ignatieff a refusé de dévoiler le nom de ces candidats pour lesquels il n'aurait pas envie de se porter candidat. «Vous me posez une question hypothétique à propos de ce qui se passera le 3 ou le 4 décembre prochain [le lendemain du vote final]. J'ai plutôt confiance que je vais gagner.» Il y a dix candidats dans cette course pour remplacer Paul Martin et M. Ignatieff est considéré comme le meneur.
Les journalistes sont revenus à la charge en lui demandant si son engagement envers le PLC était de longue haleine. «Je suis un adepte convaincu du Parti libéral depuis que j'ai 17 ans. Et mon engagement reste le même. Mais il y a plusieurs façons différentes de rester actif au sein du PLC sans nécessairement être un député.»
Devant le tollé, M. Ignatieff est revenu sur ses déclarations au cours de la journée hier, disant désormais qu'il prévoit se «présenter aux prochaines élections dans Etobicoke-Lakeshore. J'adore être député et j'espère l'être encore». Selon Scott Brison, un des candidats dans la course, cette erreur s'ajoute à plusieurs autres et devrait faire douter les militants à propos de sa capacité de diriger le parti.
«Cela fait plusieurs fois que M. Ignatieff commet des erreurs et doit faire des clarifications après coup. C'est une mauvaise chose pour une campagne à la chefferie, mais ce serait mortel pour un chef national pendant des élections générales.» M. Ignatieff avait déjà dû s'excuser après avoir dit que le massacre de Cana, au Liban, ne «l'empêchait pas de dormir». «C'est très difficile de remplacer l'expérience politique», a conclu M. Brison, rappelant ainsi que M. Ignatieff a fait ses premiers pas à la Chambre des communes ce printemps à peine. Il a été élu pour la première fois de sa vie le 23 janvier dernier.
Le candidat Ken Dryden a lui aussi critiqué les déclarations du meneur présumé. «C'est le temps de s'entraider, le temps de montrer les dents, le temps de faire tout ce que nous pouvons faire pour s'attaquer aux conservateurs. Certaines choses sont plus importantes que la personne qui sera le chef», a déclaré M. Dryden. L'ancien hockeyeur a parodié son rival en lançant que «ce n'est pas le temps de tourner les talons et de rentrer à la maison» à l'approche d'une campagne électorale. M. Ignatieff avait tenu des propos similaires lors du débat sur le prolongement de la mission canadienne en Afghanistan. Selon lui, le Canada ne devait pas être poltron et se retirer d'Afghanistan uniquement parce que la situation se corsait et que les morts s'accumulaient.
Le seul candidat québécois dans cette course, Stéphane Dion, a tenu à préciser qu'il se présentera aux prochaines élections quoi qu'il arrive. «Je montrerai la même loyauté envers le prochain chef que celle que j'ai montrée à Jean Chrétien et Paul Martin», a-t-il dit au Devoir. «J'espère bien être loyal envers moi-même», a-t-il ajouté en riant. M. Dion, considéré comme un partisan de M. Chrétien, avait d'abord été écarté par Paul Martin dans la composition de son premier cabinet. Dans une tentative d'apaisement des tiraillements internes, M. Martin lui avait par la suite confié le ministère de l'Environnement.
«C'est peut-être le moment de considérer que d'avoir été un bon soldat est un des critères pour choisir un bon chef», a aussi lancé M. Dion. Tout en voilant ses critiques à l'endroit de son rival, il a néanmoins fait comprendre que contrairement à M. Ignatieff, il acceptera le prochain chef, qui qu'il soit. «J'ai beaucoup de respect pour les neuf candidats et j'ai surtout beaucoup de respect pour le jugement des membres du parti.»
Les équipes de Bob Rae et Martha Hall Finlay ont seulement fait savoir que les deux candidats ont tous deux l'intention de se présenter aux prochaines élections.
M. Ignatieff est considéré comme un nouveau venu au parti. Il y a à peine un an, il enseignait encore à la prestigieuse université Harvard, aux États-Unis. Il a vécu la très grande partie de sa vie à l'extérieur du Canada, aux États-Unis mais surtout en Grande-Bretagne.
Un portrait-fleuve publié ce week-end dans le quotidien The Globe and Mail sous la plume d'un journaliste qui a fréquenté M. Ignatieff présente le candidat comme un homme ambitieux, prêt à rompre tout lien pour parvenir à ses fins. On le dépeint aussi comme un homme qui développe rapidement de nouvelles passions, auxquelles il met fin de façon tout aussi abrupte. Selon la thèse du journaliste du Globe, la politique serait la dernière passion en lice. Ce à quoi le principal intéressé répond: «C'est tout un caprice si c'en est un! Cette théorie ne tient pas la route. Cela a été brutal. Se présenter dans Etobicoke-Lakeshore a été très, très dur.»
«Laisser entendre qu'on est là seulement dans les bons moments, ce n'est pas un bon message à envoyer au public», a déploré le candidat Joe Volpe en entrevue avec Le Devoir. «Il faut être là tout d'abord pour le pays, puis pour le parti et troisièmement pour l'ambition personnelle. Si on commence par l'ambition personnelle, on a déjà mal commencé. Il faut éliminer la confusion que cet article est en train de créer.»
M. Volpe, à l'instar de tous les candidats qui ont rappelé Le Devoir hier, s'est engagé à se présenter aux prochaines élections quel que soit le chef choisi par les militants.
Hier matin, le quotidien Toronto Star publiait l'intégrale de l'entrevue que le candidat Michael Ignatieff avait accordée à son équipe éditoriale. À la question de savoir s'il se porterait candidat aux élections générales s'il perdait la course au leadership, M. Ignatieff a répondu: «Ça dépend de qui sera le chef.» M. Ignatieff a refusé de dévoiler le nom de ces candidats pour lesquels il n'aurait pas envie de se porter candidat. «Vous me posez une question hypothétique à propos de ce qui se passera le 3 ou le 4 décembre prochain [le lendemain du vote final]. J'ai plutôt confiance que je vais gagner.» Il y a dix candidats dans cette course pour remplacer Paul Martin et M. Ignatieff est considéré comme le meneur.
Les journalistes sont revenus à la charge en lui demandant si son engagement envers le PLC était de longue haleine. «Je suis un adepte convaincu du Parti libéral depuis que j'ai 17 ans. Et mon engagement reste le même. Mais il y a plusieurs façons différentes de rester actif au sein du PLC sans nécessairement être un député.»
Devant le tollé, M. Ignatieff est revenu sur ses déclarations au cours de la journée hier, disant désormais qu'il prévoit se «présenter aux prochaines élections dans Etobicoke-Lakeshore. J'adore être député et j'espère l'être encore». Selon Scott Brison, un des candidats dans la course, cette erreur s'ajoute à plusieurs autres et devrait faire douter les militants à propos de sa capacité de diriger le parti.
«Cela fait plusieurs fois que M. Ignatieff commet des erreurs et doit faire des clarifications après coup. C'est une mauvaise chose pour une campagne à la chefferie, mais ce serait mortel pour un chef national pendant des élections générales.» M. Ignatieff avait déjà dû s'excuser après avoir dit que le massacre de Cana, au Liban, ne «l'empêchait pas de dormir». «C'est très difficile de remplacer l'expérience politique», a conclu M. Brison, rappelant ainsi que M. Ignatieff a fait ses premiers pas à la Chambre des communes ce printemps à peine. Il a été élu pour la première fois de sa vie le 23 janvier dernier.
Le candidat Ken Dryden a lui aussi critiqué les déclarations du meneur présumé. «C'est le temps de s'entraider, le temps de montrer les dents, le temps de faire tout ce que nous pouvons faire pour s'attaquer aux conservateurs. Certaines choses sont plus importantes que la personne qui sera le chef», a déclaré M. Dryden. L'ancien hockeyeur a parodié son rival en lançant que «ce n'est pas le temps de tourner les talons et de rentrer à la maison» à l'approche d'une campagne électorale. M. Ignatieff avait tenu des propos similaires lors du débat sur le prolongement de la mission canadienne en Afghanistan. Selon lui, le Canada ne devait pas être poltron et se retirer d'Afghanistan uniquement parce que la situation se corsait et que les morts s'accumulaient.
Le seul candidat québécois dans cette course, Stéphane Dion, a tenu à préciser qu'il se présentera aux prochaines élections quoi qu'il arrive. «Je montrerai la même loyauté envers le prochain chef que celle que j'ai montrée à Jean Chrétien et Paul Martin», a-t-il dit au Devoir. «J'espère bien être loyal envers moi-même», a-t-il ajouté en riant. M. Dion, considéré comme un partisan de M. Chrétien, avait d'abord été écarté par Paul Martin dans la composition de son premier cabinet. Dans une tentative d'apaisement des tiraillements internes, M. Martin lui avait par la suite confié le ministère de l'Environnement.
«C'est peut-être le moment de considérer que d'avoir été un bon soldat est un des critères pour choisir un bon chef», a aussi lancé M. Dion. Tout en voilant ses critiques à l'endroit de son rival, il a néanmoins fait comprendre que contrairement à M. Ignatieff, il acceptera le prochain chef, qui qu'il soit. «J'ai beaucoup de respect pour les neuf candidats et j'ai surtout beaucoup de respect pour le jugement des membres du parti.»
Les équipes de Bob Rae et Martha Hall Finlay ont seulement fait savoir que les deux candidats ont tous deux l'intention de se présenter aux prochaines élections.
M. Ignatieff est considéré comme un nouveau venu au parti. Il y a à peine un an, il enseignait encore à la prestigieuse université Harvard, aux États-Unis. Il a vécu la très grande partie de sa vie à l'extérieur du Canada, aux États-Unis mais surtout en Grande-Bretagne.
Un portrait-fleuve publié ce week-end dans le quotidien The Globe and Mail sous la plume d'un journaliste qui a fréquenté M. Ignatieff présente le candidat comme un homme ambitieux, prêt à rompre tout lien pour parvenir à ses fins. On le dépeint aussi comme un homme qui développe rapidement de nouvelles passions, auxquelles il met fin de façon tout aussi abrupte. Selon la thèse du journaliste du Globe, la politique serait la dernière passion en lice. Ce à quoi le principal intéressé répond: «C'est tout un caprice si c'en est un! Cette théorie ne tient pas la route. Cela a été brutal. Se présenter dans Etobicoke-Lakeshore a été très, très dur.»
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