Stéphane Dion, l'universitaire
À la télé, Stéphane Dion a tout à fait la tête d'un passionné d'informatique, et c'est davantage le cas lorsqu'il s'exprime en anglais. En personne, comme je l'ai constaté en prenant une bière avec lui lors de sa dernière visite à Victoria, on comprend qu'il fait plutôt figure d'universitaire francophone classique, tout comme son rival, Michael Ignatieff, est l'archétype de l'intellectuel anglo-saxon.
Il y a une pointe de France quand Stéphane Dion parle français, tout comme il y en a une de la Grande-Bretagne quand M. Ignatieff s'exprime en anglais, un legs de leurs études respectives à l'étranger. Et c'est peut-être leur expérience d'expatrié qui explique également pourquoi chacun a osé défier les vérités les plus chéries par la société dans laquelle ils ont grandi.
Il est vrai que M. Dion a délaissé depuis bien longtemps les affaires intergouvernementales pour s'occuper de l'environnement et de questions comme la guerre en l'Irak; ses positions sur ces sujets reflètent bel et bien le consensus au Québec et seraient utiles pour tout le Canada s'il gagnait la course à la chefferie du Parti libéral, car ainsi, il se distinguerait clairement du premier ministre Stephen Harper.
Heureusement aussi pour M. Dion, les Québécois qu'il a pu avoir offensés par ses attaques virulentes contre la souveraineté — qu'ils soient délégués au congrès à la direction du parti ou simples électeurs — représentent une minorité à l'échelle canadienne.
Par ailleurs, l'expérience politique distingue M. Dion de M. Ignatieff.
Cela étant, le député de Saint-Laurent-Cartierville n'est pas un orateur de la qualité de l'ancien premier ministre de l'Ontario, Bob Rae, troisième intellectuel de cette course au leadership et qui, comme politicien de carrière, est parvenu à surmonter sa timidité naturelle.
M. Rae est aussi le seul candidat qui ait accédé aux plus hauts niveaux de la vie politique, et cela est évident dans cette course. Tandis que MM. Dion et Ignatieff ont tendance à faire des déclarations-chocs qui peuvent être appréciées dans le monde universitaire mais qui sont souvent considérées comme des gaffes en politique, M. Rae, lui, n'a commis aucune erreur depuis l'annonce de sa candidature.
Ainsi, depuis deux mois, M. Dion tente de s'expliquer au sujet d'une entrevue qu'il a accordée à John Ivison, du National Post, dans laquelle il semblait dire que les objectifs du Canada pour respecter le protocole de Kyoto ne pourraient pas être atteints, tandis que la France pourra atteindre ses objectifs sans changer quoi que ce soit en pratique. À Victoria, M. Dion a d'ailleurs fait le même constat, ajoutant, pour faire bonne mesure, que Jean Chrétien avait proposé ces cibles rigoureuses seulement pour éclipser les Américains.
M. Dion reconnaît sans peine que son anglais n'est pas à la hauteur du français de M. Rae, mais il estime que lui, M. Rae et M. Ignatieff sont les seuls candidats en lice qui pourraient débattre dans les deux langues lors de la prochaine campagne électorale. J'en conviens, mais je me demande si lui et ses supporters comprennent à quel point il est pénible d'écouter M. Dion quand il s'exprime en anglais et comment, parfois, il est presque incompréhensible, comme un animateur radio d'expérience de la Colombie-Britannique me le disait récemment.
Un autre observateur politique m'a expliqué qu'il était facile pour les Britanno-Colombiens de comprendre Jean Chrétien parce qu'il n'a jamais essayé de communiquer des idées complexes. En revanche, M. Dion a souvent recours aux mots les plus recherchés, et lorsque c'est le même mot qui est utilisé dans les deux langues, il place l'accent tonique comme s'il s'exprimait en français, une difficulté qu'éprouvait également l'ancien premier ministre Joe Clark dans la langue de Molière.
En tant qu'ancien universitaire, M. Dion montre également un grand empressement à cataloguer des événements courants dans un cadre analytique, ce qui peut créer des difficultés en politique. Si vous examinez minutieusement les oeuvres des plus grands philosophes, vous trouverez des contradictions dans leurs pensées; dans le cas de M. Dion, les points faibles de sa politique en matière de défense nationale, par exemple, sautent aux yeux.
Ainsi, dans un texte assez long récemment publié dans Le Devoir, M. Dion critiquait les défenseurs de la guerre en Irak, visant particulièrement M. Ignatieff, car ils auraient «surestimé la force armée comme instrument pour propager la justice et la démocratie dans le monde». Cependant, le même argument s'applique à la guerre en Afghanistan, une décision prise en 2001 par le gouvernement Chrétien, au sein duquel il a servi. Or il n'aborde pas cet aspect des choses dans son article.
Quant au déploiement par le gouvernement de Paul Martin des troupes aujourd'hui stationnées en Afghanistan, il compare cette mission à l'intervention canadienne en Bosnie. Cependant, la première mission en Bosnie était sous l'égide des Nations unies, et elle s'est conclue par un échec total. Quant à la mission de l'OTAN qui a suivi, elle a été organisée après la signature des accords politiques de Dayton; cette mission était donc une opération classique de maintien de la paix.
nspector@globeandmail.ca
Il y a une pointe de France quand Stéphane Dion parle français, tout comme il y en a une de la Grande-Bretagne quand M. Ignatieff s'exprime en anglais, un legs de leurs études respectives à l'étranger. Et c'est peut-être leur expérience d'expatrié qui explique également pourquoi chacun a osé défier les vérités les plus chéries par la société dans laquelle ils ont grandi.
Il est vrai que M. Dion a délaissé depuis bien longtemps les affaires intergouvernementales pour s'occuper de l'environnement et de questions comme la guerre en l'Irak; ses positions sur ces sujets reflètent bel et bien le consensus au Québec et seraient utiles pour tout le Canada s'il gagnait la course à la chefferie du Parti libéral, car ainsi, il se distinguerait clairement du premier ministre Stephen Harper.
Heureusement aussi pour M. Dion, les Québécois qu'il a pu avoir offensés par ses attaques virulentes contre la souveraineté — qu'ils soient délégués au congrès à la direction du parti ou simples électeurs — représentent une minorité à l'échelle canadienne.
Par ailleurs, l'expérience politique distingue M. Dion de M. Ignatieff.
Cela étant, le député de Saint-Laurent-Cartierville n'est pas un orateur de la qualité de l'ancien premier ministre de l'Ontario, Bob Rae, troisième intellectuel de cette course au leadership et qui, comme politicien de carrière, est parvenu à surmonter sa timidité naturelle.
M. Rae est aussi le seul candidat qui ait accédé aux plus hauts niveaux de la vie politique, et cela est évident dans cette course. Tandis que MM. Dion et Ignatieff ont tendance à faire des déclarations-chocs qui peuvent être appréciées dans le monde universitaire mais qui sont souvent considérées comme des gaffes en politique, M. Rae, lui, n'a commis aucune erreur depuis l'annonce de sa candidature.
Ainsi, depuis deux mois, M. Dion tente de s'expliquer au sujet d'une entrevue qu'il a accordée à John Ivison, du National Post, dans laquelle il semblait dire que les objectifs du Canada pour respecter le protocole de Kyoto ne pourraient pas être atteints, tandis que la France pourra atteindre ses objectifs sans changer quoi que ce soit en pratique. À Victoria, M. Dion a d'ailleurs fait le même constat, ajoutant, pour faire bonne mesure, que Jean Chrétien avait proposé ces cibles rigoureuses seulement pour éclipser les Américains.
M. Dion reconnaît sans peine que son anglais n'est pas à la hauteur du français de M. Rae, mais il estime que lui, M. Rae et M. Ignatieff sont les seuls candidats en lice qui pourraient débattre dans les deux langues lors de la prochaine campagne électorale. J'en conviens, mais je me demande si lui et ses supporters comprennent à quel point il est pénible d'écouter M. Dion quand il s'exprime en anglais et comment, parfois, il est presque incompréhensible, comme un animateur radio d'expérience de la Colombie-Britannique me le disait récemment.
Un autre observateur politique m'a expliqué qu'il était facile pour les Britanno-Colombiens de comprendre Jean Chrétien parce qu'il n'a jamais essayé de communiquer des idées complexes. En revanche, M. Dion a souvent recours aux mots les plus recherchés, et lorsque c'est le même mot qui est utilisé dans les deux langues, il place l'accent tonique comme s'il s'exprimait en français, une difficulté qu'éprouvait également l'ancien premier ministre Joe Clark dans la langue de Molière.
En tant qu'ancien universitaire, M. Dion montre également un grand empressement à cataloguer des événements courants dans un cadre analytique, ce qui peut créer des difficultés en politique. Si vous examinez minutieusement les oeuvres des plus grands philosophes, vous trouverez des contradictions dans leurs pensées; dans le cas de M. Dion, les points faibles de sa politique en matière de défense nationale, par exemple, sautent aux yeux.
Ainsi, dans un texte assez long récemment publié dans Le Devoir, M. Dion critiquait les défenseurs de la guerre en Irak, visant particulièrement M. Ignatieff, car ils auraient «surestimé la force armée comme instrument pour propager la justice et la démocratie dans le monde». Cependant, le même argument s'applique à la guerre en Afghanistan, une décision prise en 2001 par le gouvernement Chrétien, au sein duquel il a servi. Or il n'aborde pas cet aspect des choses dans son article.
Quant au déploiement par le gouvernement de Paul Martin des troupes aujourd'hui stationnées en Afghanistan, il compare cette mission à l'intervention canadienne en Bosnie. Cependant, la première mission en Bosnie était sous l'égide des Nations unies, et elle s'est conclue par un échec total. Quant à la mission de l'OTAN qui a suivi, elle a été organisée après la signature des accords politiques de Dayton; cette mission était donc une opération classique de maintien de la paix.
nspector@globeandmail.ca
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