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Stéphane Dion, l'universitaire

Norman Spector   24 août 2006  Canada
À la télé, Stéphane Dion a tout à fait la tête d'un passionné d'informatique, et c'est davantage le cas lorsqu'il s'exprime en anglais. En personne, comme je l'ai constaté en prenant une bière avec lui lors de sa dernière visite à Victoria, on comprend qu'il fait plutôt figure d'universitaire francophone classique, tout comme son rival, Michael Ignatieff, est l'archétype de l'intellectuel anglo-saxon.

Il y a une pointe de France quand Stéphane Dion parle français, tout comme il y en a une de la Grande-Bretagne quand M. Ignatieff s'exprime en anglais, un legs de leurs études respectives à l'étranger. Et c'est peut-être leur expérience d'expatrié qui explique également pourquoi chacun a osé défier les vérités les plus chéries par la société dans laquelle ils ont grandi.

Il est vrai que M. Dion a délaissé depuis bien longtemps les affaires intergouvernementales pour s'occuper de l'environnement et de questions comme la guerre en l'Irak; ses positions sur ces sujets reflètent bel et bien le consensus au Québec et seraient utiles pour tout le Canada s'il gagnait la course à la chefferie du Parti libéral, car ainsi, il se distinguerait clairement du premier ministre Stephen Harper.

Heureusement aussi pour M. Dion, les Québécois qu'il a pu avoir offensés par ses attaques virulentes contre la souveraineté — qu'ils soient délégués au congrès à la direction du parti ou simples électeurs — représentent une minorité à l'échelle canadienne.

Par ailleurs, l'expérience politique distingue M. Dion de M. Ignatieff.

Cela étant, le député de Saint-Laurent-Cartierville n'est pas un orateur de la qualité de l'ancien premier ministre de l'Ontario, Bob Rae, troisième intellectuel de cette course au leadership et qui, comme politicien de carrière, est parvenu à surmonter sa timidité naturelle.

M. Rae est aussi le seul candidat qui ait accédé aux plus hauts niveaux de la vie politique, et cela est évident dans cette course. Tandis que MM. Dion et Ignatieff ont tendance à faire des déclarations-chocs qui peuvent être appréciées dans le monde universitaire mais qui sont souvent considérées comme des gaffes en politique, M. Rae, lui, n'a commis aucune erreur depuis l'annonce de sa candidature.

Ainsi, depuis deux mois, M. Dion tente de s'expliquer au sujet d'une entrevue qu'il a accordée à John Ivison, du National Post, dans laquelle il semblait dire que les objectifs du Canada pour respecter le protocole de Kyoto ne pourraient pas être atteints, tandis que la France pourra atteindre ses objectifs sans changer quoi que ce soit en pratique. À Victoria, M. Dion a d'ailleurs fait le même constat, ajoutant, pour faire bonne mesure, que Jean Chrétien avait proposé ces cibles rigoureuses seulement pour éclipser les Américains.

M. Dion reconnaît sans peine que son anglais n'est pas à la hauteur du français de M. Rae, mais il estime que lui, M. Rae et M. Ignatieff sont les seuls candidats en lice qui pourraient débattre dans les deux langues lors de la prochaine campagne électorale. J'en conviens, mais je me demande si lui et ses supporters comprennent à quel point il est pénible d'écouter M. Dion quand il s'exprime en anglais et comment, parfois, il est presque incompréhensible, comme un animateur radio d'expérience de la Colombie-Britannique me le disait récemment.

Un autre observateur politique m'a expliqué qu'il était facile pour les Britanno-Colombiens de comprendre Jean Chrétien parce qu'il n'a jamais essayé de communiquer des idées complexes. En revanche, M. Dion a souvent recours aux mots les plus recherchés, et lorsque c'est le même mot qui est utilisé dans les deux langues, il place l'accent tonique comme s'il s'exprimait en français, une difficulté qu'éprouvait également l'ancien premier ministre Joe Clark dans la langue de Molière.

En tant qu'ancien universitaire, M. Dion montre également un grand empressement à cataloguer des événements courants dans un cadre analytique, ce qui peut créer des difficultés en politique. Si vous examinez minutieusement les oeuvres des plus grands philosophes, vous trouverez des contradictions dans leurs pensées; dans le cas de M. Dion, les points faibles de sa politique en matière de défense nationale, par exemple, sautent aux yeux.

Ainsi, dans un texte assez long récemment publié dans Le Devoir, M. Dion critiquait les défenseurs de la guerre en Irak, visant particulièrement M. Ignatieff, car ils auraient «surestimé la force armée comme instrument pour propager la justice et la démocratie dans le monde». Cependant, le même argument s'applique à la guerre en Afghanistan, une décision prise en 2001 par le gouvernement Chrétien, au sein duquel il a servi. Or il n'aborde pas cet aspect des choses dans son article.

Quant au déploiement par le gouvernement de Paul Martin des troupes aujourd'hui stationnées en Afghanistan, il compare cette mission à l'intervention canadienne en Bosnie. Cependant, la première mission en Bosnie était sous l'égide des Nations unies, et elle s'est conclue par un échec total. Quant à la mission de l'OTAN qui a suivi, elle a été organisée après la signature des accords politiques de Dayton; cette mission était donc une opération classique de maintien de la paix.

nspector@globeandmail.ca






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  • FARID KODSI
    Inscrit
    jeudi 24 août 2006 20h38
    Stéphane Dion - un exemple d'intégrité
    « L'auteur a beau noté toutes sortes de faiblesses tant au niveau linguistique que politique chez le candidat libéral Stéphane Dion, il n'en demeure pas moins que cet homme est d'une intégrité absolue et ça compte pour beaucoup au sein du Parti libéral du Canada et aux yeux de la population canadienne. »

  • Marie-France Legault
    Inscrite
    vendredi 25 août 2006 08h35
    Monsieur S. Dion un homme d'honneur.
    « C'est un homme intègre et très rationnel. Je crois que c'est ce dernier point qui agace le plus ses détracteurs. Tous les journalistes ne sont pas ses "chums" comme Bernard Landry s'évertuait à les considérer et à leur montrer...

    Il avait réponse à tous ses détracteurs dans le plus grand respect et surtout la "patience".

    Je l'ai vu à l'oeuvre à l'Université Laval devant une salle remplie d'étudiants ouvertement hostiles. Il les a tous mis "en boîte"...

    Au Québec il y a des pensées uniques, des courants:

    -.Tout le monde hai Stéphane Dion, tu dois le hair...se poser des questions??? pas du tout...et pas besoin...

    -. Tout le monde hai Charest, tu dois le hair...je crois plutôt que ce sont les péquistes et syndicalistes qui le haissent...

    -. Les américains sont tous des terroristes et G.W. Bush est leur chef...tu dois le croire...

    Et la dernière NOUVEAUTÉ les membres du Hezbollah ne sont pas des terroristes mais des RÉSISTANTS...tant qu'à y être pourquoi pas la Ligue du Sacré-Coeur, les Enfants de Marie,la J.E.C. jeunesse étudiante catholique ???

    Comme le dit si bien un auteur ANGLAIS...

    " Il pense par contagion et attrape une opinion comme un rhume" John Ruskin »

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