MacKay défend l'appui à Israël
Le ministre des Affaires étrangères qualifie le Hezbollah de «cancer» au Liban
2 août 2006
Canada
Photo : Agence Reuters
À Vancouver, des manifestants ont dénoncé hier l’appui à Israël défendu par le gouvernement Harper. Un sondage publié hier a démontré que 45 % des Canadiens n’ont pas apprécié les commentaires du premier ministre Stephen Harper sur la cris
Ottawa — Ceux qui en appelaient à plus de nuance de la part du gouvernement conservateur dans la crise au Liban seront déçus. Le ministre canadien des Affaires étrangères a comparu hier pendant deux heures à Ottawa, au cours desquelles il a défendu la décision du Canada de prendre fait et cause pour Israël dans l'actuel conflit qui oppose l'État juif et le Hezbollah au Liban. Selon Peter MacKay, le choix entre un État démocratique et ce qu'il qualifie de «groupe de tueurs sans pitié» n'était «pas difficile à faire».
Le gouvernement conservateur a pourtant réussi à braquer une majorité de Canadiens contre lui en s'écartant de la position traditionnelle canadienne d'équilibre des torts au Moyen-Orient. Un sondage de la firme Strategic Counsel effectué pour le compte du Globe and Mail et CTV paru hier démontre que 45 % des Canadiens n'ont pas apprécié les commentaires du premier ministre Stephen Harper sur la crise. Le pourcentage grimpe à 61 % au Québec. Pire, ce sont pas moins de 77 % des Canadiens qui croient que leur pays devrait rester neutre dans ce conflit. Une autre tranche de 53 % estime que Stephen Harper a fait ces commentaires pour plaire à son homologue américain, George W. Bush.
M. Harper avait déclaré, dès le premier jour de l'éclatement de la crise, le 13 juillet dernier, que la réplique d'Israël à l'enlèvement de deux de ses soldats par le groupe Hezbollah, consistant à pilonner les infrastructures civiles au Liban, était selon lui «mesurée». M. Harper n'a jamais reculé depuis, malgré les critiques d'une bonne partie de la population. Hier, son ministre MacKay a été malmené par les députés des trois partis d'opposition. Loin de s'excuser, M. MacKay en a rajouté.
«Ce n'était pas un choix difficile à faire entre un État, un gouvernement démocratiquement élu, une démocratie qui est attaquée par des terroristes, un groupe de tueurs sans pitié», a déclaré M. MacKay en réponse à la député du NPD Alexa McDonough. «Le Liban est l'otage du Hezbollah. Le Hezbollah est un cancer qui ronge le Liban en détruisant sa stabilité et sa démocratie.»
Dans ce conflit à géométrie variable, le ministre Peter MacKay estime que la confrontation est d'abord et avant tout entre Israël et le Hezbollah, et que le Liban constitue en quelque sorte une victime collatérale. «Le Liban est pris dans les feux croisés», a expliqué le ministre. M. MacKay a même dit aux journalistes après son témoignage que la position de son gouvernement dans ce conflit était «classique».
Les députés autant libéraux que bloquistes et néo-démocrates n'ont pas apprécié les commentaires du ministre. Alexa McDonough a probablement été la plus virulente. Citant l'opinion publique canadienne et une large part de la communauté internationale, la députée du NPD s'est écriée: «Somme-nous tous dans l'erreur de croire que ce gouvernement a abandonné son rôle de joueur «multilatéraliste» et internationaliste indépendant, prêt à utiliser son pouvoir de force intermédiaire pour obtenir un cessez-le-feu et faire pression sur les deux partis, plutôt que de se ranger dans le rang d'un des protagonistes?»
La question du cessez-le-feu a fait l'objet de beaucoup de discussions en comité. Le Canada, comme les États-Unis, n'a pas réclamé l'arrêt immédiat des hostilités. M. MacKay s'est dit hier en faveur d'un tel cessez-le-feu, mais seulement une fois que le Hezbollah aura cessé ses tirs de roquettes sur Israël et libéré ses otages. «Le Hezbollah a initié cette crise et il a une obligation minimale de mettre un terme maintenant à ses assauts sur Israël.» Le chef de la diplomatie canadienne a même minimisé l'importance de la voie diplomatique à ce stade-ci en terminant son allocution ainsi: «Nous continuerons à prôner une solution diplomatique constructive, mais les mots et la pensée magique ne mettront pas un terme à cette violence.»
En apparence, le Canada peut sembler se rallier au concert des voix internationales, mais il n'en est rien. M. MacKay fait plutôt sienne la position américaine, qui dit préférer un arrêt des hostilités durable (entendre par là à venir plus tard) à un cessez-le-feu immédiat (mais sans résolution des causes profondes). D'ailleurs, tous les députés conservateurs siégeant au comité ont voté contre une motion de Francine Lalonde enjoignant Ottawa d'exiger un tel cessez-le-feu immédiat. Cette motion a tout de même été adoptée, l'opposition étant majoritaire.
La bloquiste Francine Lalonde s'est quand même dite déçue puisque sa motion originale, tenant sur plus de deux pages, condamnait entre autres choses les bombardements israéliens parce que «ne respectant pas le principe de proportionnalité». Toutes ces références ont été amendées.
Les députés de l'opposition ont reproché à Ottawa d'endosser une stratégie militaire israélienne contre-productive. Le député libéral Keith Martin, en comité, a rappelé que les bombardements israéliens avaient fait grimper l'appui populaire au Hezbollah de 13 à 89 %.
Quant à une éventuelle force d'interposition internationale, M. MacKay a indiqué que le pays était peu enclin à y participer. «Le Canada est déjà très impliqué en Afghanistan et il a d'autres engagements en Haïti. Il songe aussi à contribuer en Afrique, au Soudan, et le Canada n'a pas reçu de demande de participation.» Le Canada sera quand même vraisemblablement convié à une réunion de l'ONU, demain, sur les pays «contributeurs de troupes».
Le comité parlementaire des Affaires étrangères, qui se réunissait exceptionnellement hier, en plein congé estival, pour entendre le ministre, a siégé pendant de longues heures. Après le témoignage du ministre, pendant lequel il a dû défendre le bilan de son gouvernement pour l'opération de rapatriement des Canadiens coincés au Liban, les députés ont débattu pendant plus de trois heures et demie la motion de Mme Lalonde. La Croix-Rouge, l'ACDI ainsi que des représentants de la communauté libanaise n'ont donc pas pu être entendus.
D'ailleurs, des critiques se sont fait entendre à l'effet que les témoins retenus ne reflétaient pas la diversité de la diaspora libanaise au Canada, dont le Conseil national des relations canado-arabes, qui n'avait pas été invité.
Le gouvernement conservateur a pourtant réussi à braquer une majorité de Canadiens contre lui en s'écartant de la position traditionnelle canadienne d'équilibre des torts au Moyen-Orient. Un sondage de la firme Strategic Counsel effectué pour le compte du Globe and Mail et CTV paru hier démontre que 45 % des Canadiens n'ont pas apprécié les commentaires du premier ministre Stephen Harper sur la crise. Le pourcentage grimpe à 61 % au Québec. Pire, ce sont pas moins de 77 % des Canadiens qui croient que leur pays devrait rester neutre dans ce conflit. Une autre tranche de 53 % estime que Stephen Harper a fait ces commentaires pour plaire à son homologue américain, George W. Bush.
M. Harper avait déclaré, dès le premier jour de l'éclatement de la crise, le 13 juillet dernier, que la réplique d'Israël à l'enlèvement de deux de ses soldats par le groupe Hezbollah, consistant à pilonner les infrastructures civiles au Liban, était selon lui «mesurée». M. Harper n'a jamais reculé depuis, malgré les critiques d'une bonne partie de la population. Hier, son ministre MacKay a été malmené par les députés des trois partis d'opposition. Loin de s'excuser, M. MacKay en a rajouté.
«Ce n'était pas un choix difficile à faire entre un État, un gouvernement démocratiquement élu, une démocratie qui est attaquée par des terroristes, un groupe de tueurs sans pitié», a déclaré M. MacKay en réponse à la député du NPD Alexa McDonough. «Le Liban est l'otage du Hezbollah. Le Hezbollah est un cancer qui ronge le Liban en détruisant sa stabilité et sa démocratie.»
Dans ce conflit à géométrie variable, le ministre Peter MacKay estime que la confrontation est d'abord et avant tout entre Israël et le Hezbollah, et que le Liban constitue en quelque sorte une victime collatérale. «Le Liban est pris dans les feux croisés», a expliqué le ministre. M. MacKay a même dit aux journalistes après son témoignage que la position de son gouvernement dans ce conflit était «classique».
Les députés autant libéraux que bloquistes et néo-démocrates n'ont pas apprécié les commentaires du ministre. Alexa McDonough a probablement été la plus virulente. Citant l'opinion publique canadienne et une large part de la communauté internationale, la députée du NPD s'est écriée: «Somme-nous tous dans l'erreur de croire que ce gouvernement a abandonné son rôle de joueur «multilatéraliste» et internationaliste indépendant, prêt à utiliser son pouvoir de force intermédiaire pour obtenir un cessez-le-feu et faire pression sur les deux partis, plutôt que de se ranger dans le rang d'un des protagonistes?»
La question du cessez-le-feu a fait l'objet de beaucoup de discussions en comité. Le Canada, comme les États-Unis, n'a pas réclamé l'arrêt immédiat des hostilités. M. MacKay s'est dit hier en faveur d'un tel cessez-le-feu, mais seulement une fois que le Hezbollah aura cessé ses tirs de roquettes sur Israël et libéré ses otages. «Le Hezbollah a initié cette crise et il a une obligation minimale de mettre un terme maintenant à ses assauts sur Israël.» Le chef de la diplomatie canadienne a même minimisé l'importance de la voie diplomatique à ce stade-ci en terminant son allocution ainsi: «Nous continuerons à prôner une solution diplomatique constructive, mais les mots et la pensée magique ne mettront pas un terme à cette violence.»
En apparence, le Canada peut sembler se rallier au concert des voix internationales, mais il n'en est rien. M. MacKay fait plutôt sienne la position américaine, qui dit préférer un arrêt des hostilités durable (entendre par là à venir plus tard) à un cessez-le-feu immédiat (mais sans résolution des causes profondes). D'ailleurs, tous les députés conservateurs siégeant au comité ont voté contre une motion de Francine Lalonde enjoignant Ottawa d'exiger un tel cessez-le-feu immédiat. Cette motion a tout de même été adoptée, l'opposition étant majoritaire.
La bloquiste Francine Lalonde s'est quand même dite déçue puisque sa motion originale, tenant sur plus de deux pages, condamnait entre autres choses les bombardements israéliens parce que «ne respectant pas le principe de proportionnalité». Toutes ces références ont été amendées.
Les députés de l'opposition ont reproché à Ottawa d'endosser une stratégie militaire israélienne contre-productive. Le député libéral Keith Martin, en comité, a rappelé que les bombardements israéliens avaient fait grimper l'appui populaire au Hezbollah de 13 à 89 %.
Quant à une éventuelle force d'interposition internationale, M. MacKay a indiqué que le pays était peu enclin à y participer. «Le Canada est déjà très impliqué en Afghanistan et il a d'autres engagements en Haïti. Il songe aussi à contribuer en Afrique, au Soudan, et le Canada n'a pas reçu de demande de participation.» Le Canada sera quand même vraisemblablement convié à une réunion de l'ONU, demain, sur les pays «contributeurs de troupes».
Le comité parlementaire des Affaires étrangères, qui se réunissait exceptionnellement hier, en plein congé estival, pour entendre le ministre, a siégé pendant de longues heures. Après le témoignage du ministre, pendant lequel il a dû défendre le bilan de son gouvernement pour l'opération de rapatriement des Canadiens coincés au Liban, les députés ont débattu pendant plus de trois heures et demie la motion de Mme Lalonde. La Croix-Rouge, l'ACDI ainsi que des représentants de la communauté libanaise n'ont donc pas pu être entendus.
D'ailleurs, des critiques se sont fait entendre à l'effet que les témoins retenus ne reflétaient pas la diversité de la diaspora libanaise au Canada, dont le Conseil national des relations canado-arabes, qui n'avait pas été invité.
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