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Kyoto: des économistes rejettent le plan Harper

Une erreur au plan environnemental et économique

Louis-Gilles Francoeur   7 juin 2006  Canada
Photo : Agence Reuters
L'argument économique, souvent invoqué pour discréditer les objectifs de Kyoto, ne tient pas. Au contraire, estiment une trentaine d'économistes des grandes universités canadiennes, le Canada doit s'engager immédiatement dans un marché international d'émissions de gaz à effet de serre (GES) pour que le jeu de la concurrence fasse le travail à la place du gouvernement et évite aux contribuables de payer des milliards.

Dans une lettre ouverte au premier ministre Stephen Harper, une trentaine d'économistes de toutes les grandes universités canadiennes affirment que le Canada fait fausse route et qu'il nuira singulièrement à son économie en jonglant avec l'idée d'un plan canadien qui ne soit pas à la hauteur des engagements légaux en vertu du protocole de Kyoto.

Dans cette lettre ouverte, les trente économistes — dont plusieurs figurent parmi les grands spécialistes des questions d'énergie et d'environnement — condamnent sans appel la stratégie du gouvernement Harper, qui veut substituer au plan actuel, planifié en fonction d'un éventuel marché international des crédits d'émissions, un «plan canadien» axé sur le volontariat et incapable d'atteindre les objectifs de réduction du Canada, soit ramener d'ici 2012 nos émissions à 6 % sous la barre du niveau historique de 1990.

«Une politique climatique élaborée uniquement pour le Canada sans tenir compte de la coopération internationale est vouée à l'inefficacité tant sur le plan environnemental que sur le plan économique. Le protocole de Kyoto et le Partenariat Asie-Pacifique sont complémentaires et non substituables l'un à l'autre», écrivent les économistes, qui tentent de crever l'image de solution de remplacement faite au Partenariat, une image souvent évoquée par le gouvernement Harper et reprise sans vérification par la presse.

Ils s'en prennent aussi à une autre proposition à la mode, qui consisterait à miser sur une politique d'adaptation au réchauffement du climat plutôt que de donner la priorité à la lutte contre le mégaphénomène. «Le besoin de s'attaquer tant à l'adoucissement qu'à l'adaptation aux changements climatiques [est d'autant plus nécessaire] que ceux-ci sont complémentaires plutôt que susbtituables l'un à l'autre», estiment les économistes.

D'autre part, la trentaine de signataires précisent que l'économie canadienne a un «besoin urgent d'un signal clair voulant que la trajectoire actuelle des émissions de gaz à effet de serre n'est plus acceptable et que ce signal ne peut être simplement basé sur un appel à des initiatives volontaires, qui ont amplement fait la preuve de leur inefficacité».

Le changement d'infrastructures de production d'énergie exige, à leur avis, du temps et les milieux économiques n'investiront pas à la hauteur du défi à moins que l'État ne donne une impulsion sans ambiguïté en faveur d'une réduction majeure des émissions.

«Cela inclut un signal de prix tel qu'un marché d'émissions ou une taxe sur les émissions, une dépréciation fiscale accélérée pour les équipements classiques de production d'énergie et des incitations de toutes sortes pour l'innovation technologique», écrivent-ils au premier ministre Harper.

S'adressant aux sceptiques, les économistes et universitaires ajoutent que, même si le réchauffement du climat devait ne pas se réaliser comme prévu par la communauté scientifique, les économies d'énergie et la réduction de la pollution qui résulteraient de cet effort national justifieraient encore cette démarche et ces investissements.

Le groupe fait toutefois une erreur de calcul en affirmant qu'il faudra réduire de 35 % les émissions de GES actuelles alors que cette réduction se limite plutôt à 26 %. Néanmoins, écrivent-ils, plus le Canada attendra pour passer à l'action, plus le virage sera coûteux.

Les économistes conviennent qu'il y a des faiblesses dans le protocole, la plus grande étant la non-participation des États-Unis, que le Canada pourrait aggraver d'ailleurs par un retrait. Le mégaphénomène, écrivent-ils, ne pourra être conjuré qu'en rejoignant la communauté internationale, qui a structuré un marché de crédits, basé sur des plafonds d'émissions réglementaires, qui présente toutes les garanties de sérieux et d'efficacité, concluent-ils.






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  • Yvon Dionne
    Inscrit
    vendredi 9 juin 2006 11h50
    Économistes
    Je n'ai pas vu le texte complet de ces économistes. Ce sont probablement des activistes d'universités, sympathiques aux libéraux. Le marché des GES n'est pas un marché. C'est une créature gouvernementale (Kyoto) où des objectifs sont fixés arbitrairement et où les crédits ou débits n'ont qu'une valeur réglementaire. Dans le cas de Kyoto, il est évident à mon avis que l'analyse devrait être poussée plus à fond avant de charger des sommes considérables aux entreprises, qui vont faire passer ces coûts aux consommateurs ou aux payeurs de taxes.

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