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Élections à date fixe à Ottawa

27 mai 2006  Canada
Ottawa — Stephen Harper entend diriger son gouvernement minoritaire pendant aussi longtemps que trois ans et demi. Après quoi, s'il n'en tient qu'à lui, les élections fédérales auront lieu à date fixe tous les quatre ans. L'orchestration de sa propre défaite à la Chambre des communes afin de retourner aux urnes et d'obtenir une majorité ne semble donc pas figurer dans les plans du premier ministre conservateur.

M. Harper déposera ainsi un projet de loi la semaine prochaine pour instaurer des élections à date fixe, avec un premier rendez-vous à l'automne 2009 si, évidemment, l'opposition ne renverse pas son gouvernement minoritaire auparavant. Le projet de loi amorcera aussi une réforme du Sénat dont les détails ne sont pas encore connus mais dont on affirme qu'elle ne nécessitera pas «de négociations constitutionnelles sans fin». «Restez à l'écoute», s'est contenté de dire le premier ministre, qui se trouvait à Victoria, en Colombie-Britannique. «Une législature du XXIe siècle ne peut pas rester dominée par des personnes nommées qui sont susceptibles de siéger pendant des décennies sans mandat démocratique et de contrecarrer les projets du gouvernement élu.»

Le chef conservateur savait très bien que son intention de ne tenir un scrutin qu'en 2009 ne serait pas prise au sérieux compte tenu de sa situation minoritaire à la Chambre des communes. Il savait très bien aussi que les derniers sondages, dont celui d'Ipsos-Reid plaçant son parti en territoire majoritaire avec 48 % des intentions de vote, ont alimenté les conjectures sur l'orchestration éventuelle d'une défaite au Parlement dès le printemps 2007. Il a voulu y mettre un terme.

«Je lis les sondages et je sais que si je déclenchais des élections, je remporterais une majorité, a-t-il reconnu avec candeur. Mais ces mêmes sondages disent aussi que personne ne veut d'élections maintenant et que personne ne veut d'élections qui ne soient pas nécessaires. Alors, à moins que nous ne soyons défaits ou empêchés de gouverner, nous voulons continuer à aller de l'avant et faire fonctionner ce gouvernement pour les trois prochaines années et demie.» M. Harper a même fait allusion à sa fatigue électorale, rappelant qu'il a fait deux courses au leadership et deux scrutins fédéraux depuis quatre ans. Il préfère maintenant gouverner, a-t-il dit.

Pour l'instant, seuls l'Ontario, la Colombie-Britannique et Terre-Neuve se sont dotés de lois forçant la tenue d'élections à date fixe tous les quatre ans. Victoria a connu sa première expérience électorale sous le nouveau régime en mai 2005. En Ontario, la loi adoptée l'an dernier prévoit que le prochain scrutin aura lieu le 4 octobre 2007, puis toujours le premier jeudi d'octobre. Le Manitoba songe à emboîter le pas.

Selon M. Harper, les élections à date fixe assurent l'égalité entre les partis. Le Canada est un grand pays, a-t-il fait valoir, et l'organisation de campagnes électorales à la dernière minute constitue une des principales difficultés des partis d'opposition. «Les élections à date fixe empêchent les leaders de manipuler le calendrier pour de simples motifs de partisanerie.» Cette prérogative du premier ministre de déclencher des élections à la date qui lui convient «constitue, pour le gouvernement, un avantage significatif auquel nous sommes prêts à renoncer».

Le Parti conservateur, et l'Alliance canadienne avant lui, a toujours condamné cette prérogative. Jean Chrétien était passé maître dans l'annonce d'élections hâtives à des moments stratégiques qui lui convenaient plus. Ainsi, il avait plongé le pays en élections en 1997, moins de quatre ans après son arrivée au pouvoir, quelque temps après l'accession de Gilles Duceppe à la tête du Bloc québécois. L'épisode du bonnet aura symbolisé le manque de préparation du nouveau leader du Bloc. À l'automne 2000, à peine trois ans et demi plus tard, Jean Chrétien annonçait de nouvelles élections. Stockwell Day était chef de la nouvelle Alliance canadienne depuis trois mois. Par la suite, Paul Martin a imité son prédécesseur en déclenchant des élections au printemps 2004, après trois ans et demi de mandat. Cette fois-là, le mariage de l'Alliance canadienne et du Parti progressiste-conservateur était à peine consommé et Stephen Harper venait tout juste d'en prendre le contrôle.

L'adoption du projet de loi ne devrait pas poser problème au gouvernement conservateur. Le NPD se dit d'accord avec le principe, lui qui proposait la tenue d'élections à date fixe lors de la dernière campagne. Le Bloc québécois se dit lui aussi d'accord en principe. «Lorsque le leader du gouvernement nous a parlé de ce dossier [aux partis d'opposition], a relaté Michel Gauthier, nous semblions tous d'accord autour de la table. J'ai même proposé à la blague de choisir la date du 29 février puisque ce serait aux quatre ans!» Chaque parti se réserve le droit de lire le projet de loi avant de lui donner leur aval.

Il était plus difficile de savoir à quelle enseigne loge le Parti libéral sur cette question. La veille de sa défaite parlementaire, le gouvernement de Paul Martin avait lancé un processus de consultation des Canadiens au sujet de la pertinence d'organiser des élections à date fixe. Hier toutefois, on était hésitant. Le député Denis Coderre craint un trop grand rapprochement avec le système américain et vante les mérites de la tradition parlementaire britannique. «S'il veut démontrer du courage, alors qu'il aille au bout de sa logique et qu'il propose aussi une limite de deux mandats à chaque premier ministre», a lancé M. Coderre.

Par ailleurs, Stephen Harper a promis qu'il reverra en cours de mandat la répartition des sièges à la Chambre des communes afin d'en augmenter significativement le nombre pour la Colombie-Britannique, qui se plaint d'être sous-représentée. La loi stipule que le Québec ne peut pas avoir moins de 75 sièges à la Chambre des communes, mais cette même loi n'interdit pas d'accroître le nombre total de sièges. Dans les faits, la «dilution» du Québec à Ottawa s'opère malgré tout, mais cette obligation minimale oblige Élections Canada à augmenter constamment le nombre de circonscriptions plutôt que de les redistribuer selon l'évolution de la population de chaque province.






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  • Gabriel RACLE
    Inscrit
    samedi 27 mai 2006 09h06
    Une réforme inéluctable
    « L'instauration d'élections fédérales à date fixe, que propose le Premier ministre, est une réforme que les démocrates canadiens attendent depuis longtemps. Il en est ainsi dans les grands pays démocratiques et il était anormal que la tenue des élections dépende des calculs politiciens du Premier ministre en place. Les électeurs jugeront désormais un gouvernement sur ses réalisations. La Chambre des communes devrait adopter ce projet de loi, même si les Libéraux s'y objectaient pour des raisons qui n'ont rien à voir avec la démocratie.
    La réforme annoncée du Sénat pose d'autres questions et il sera intéressant devoir ce que S. Harper va proposer. Dans Le Devoir du 5 mai dernier, l'article de R. Dutrissac intitulé «Benoît Pelletier ne veut pas d'un Sénat élu» faisait état de l'opposition du ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, à la proposition du Premier ministre, qui se disait prêt à nommer des sénateurs préalablement élus, opposition basée sur des arguments constitutionnels tout autant que politiques.
    L'auteur de l'article citait des propos assez surprenants de M. Pelletier. Si les sénateurs étaient élus «nous serions en présence de deux chambres qui, chacune, revendiqueraient leur propre légitimité démocratique». Sans plus d'explications, ces propos semblent étranges. Les grandes démocraties qui ont un sénat, dont le nom varie selon les pays, ont un sénat élu démocratiquement, Allemagne, Australie, Belgique, Espagne, États-Unis, Italie, France, pour n'en citer que quelques-unes, et le problème de leur «légitimité démocratique» par rapport aux assemblées législatives ne se pose apparemment pas.
    L'article 33 de la Constitution belge pose ce «principe démocratique fondateur »: «Tous les pouvoirs émanent de la Nation.», ce que le Centre démocrate humaniste explicite ainsi: «Ce sont les ÉLUS du PEUPLE qui exercent les pouvoirs au nom de celui-ci après avoir été élus par lui. Pas de démocratie sans élection !» Ces principes sont valables partout, au point même que les chefs d'États qui n'ont de démocratie que le nom organisent des élections pour se donner un semblant de légitimité.
    Il est évident que le Canada souffre d'un handicap démocratique au moins sur deux points: les sénateurs ne sont pas élus mais sont nommés par le Premier ministre, le plus souvent en fonction de critères partisans destinés à assurer à celui-ci une majorité; le Canada n'a pas de chef d'État canadien élu, puisqu'il maintient encore une tradition héritée de l'époque coloniale britannique. L'Australie aurait pu devenir une république en 1999, lors du référendum constitutionnel organisé par le gouvernement conservateur. Le Non l'a emporté avec 54,4 %, par un certain soutien de la monarchie (qui selon les sondages avait 10 % de partisans) mais aussi par l'expression du refus du mode d'élection du Président, tel que le texte le définissait, un président élu par les deux-tiers du Parlement fédéral et non au suffrage universel comme le réclamaient les partisans d'une république, qui donc ont aussi voté Non. Au Canada, la question soulevée déjà par John Manley, lorsqu'il était ministre, devra bien se poser un jour, quand le pays prendra vraiment conscience de son autonomie et de sa fierté d'être un grand pays démocratique. L'État de Malte, anciennement sous souveraineté britannique, s'est débarrassé de son gouverneur général en 1974, 10 ans après son indépendance, pour devenir une république, sans rompre pour autant ses liens avec Londres.
    Pour ce qui est du Sénat, il faut d'abord noter qu'en Australie, pays d'obédience britannique, les sénateurs sont élus par un mode de scrutin préférentiel nominatif. Il y a 12 sénateurs par État plus 2 pour chaque Territoire, soit 76 sénateurs au total. Ils ont un mandat de 6 ans (sauf ceux des territoires élus pour 3 ans) avec un renouvellement par moitié tous les 3 ans.
    Au Canada, l'idée de réformer le Sénat n'est pas nouvelle. C'est en quelque sorte une tradition dont les débuts remontent en 1874. Sept ans à peine après l'adoption de l'Acte de l'Amérique du Nord britannique, la Chambre des communes était saisie d'une résolution visant à modifier la Constitution. pour permettre à chaque province de choisir des sénateurs. Depuis, nombre de propositions ont vu le jour, guidées par des orientations variables selon les époques, avec une tendance récente vers la notion de légitimité. «Au début des années 80, les propositions en vue de réformer le Sénat ont pris une nouvelle tournure. Peu à peu, on en est venu à adopter pour hypothèse l'équation entre élection et légitimité, d'où la nécessité, pour que le Sénat puisse jouer un rôle majeur et durable dans le processus législatif, qu'il soit comme la Chambre des communes l'expression d'un choix électoral démocratique. » (Jack Stilborn, Réforme du Sénat : étude comparative des principales propositions)
    En 1985, la Commission MacDonald écrivait ceci: «Le Sénat fait partie du Parlement et le Parlement est avant tout un organisme représentatif. C'est pour cette raison [...] que nous nous joignons à ceux qui prétendent que le Sénat devrait être un organe élu.» (Rapport, p. 97, cité par J. Stilborn) L'entente de Charlottetown de 1992 donnait aux gouvernements provinciaux le choix entre deux modes d'élection: l'élection par la population des provinces ou par les assemblées législatives provinciales.
    Il serait fastidieux d'énumérer ici toutes les propositions faites concernant les modes d'élection, la répartition des sièges, les pouvoirs accordés au Sénat et l'on comprend que Stephen Harper veuille tenter de contourner toutes ces difficultés et l'obstacle constitutionnel en continuant de nommer des sénateurs, selon la répartition actuelle des sièges, mais en les faisant préalablement élire par la population des provinces ou par les assemblées législatives et en procédant au cas par cas puisqu'il ne peut dissoudre le Sénat. Il s'agit bien évidemment d'une solution boiteuse, qui ne règle en rien le problème de fond, celui de sénateurs démocratiquement élus, selon un modèle à définir. La question clé reste toutefois de savoir qui procède à cette élection et qui peut être élu. En fait, elle peut se poser dès à présent, si S. Harper donne suite à ses intentions et les fait accepter. Tout dépend du rôle que l'on veut attribuer au Sénat. On peut le voir comme organisme représentatif des régions et des principales composantes de la société. Au Malawi, par exemple, la constitution prévoit que 32 des 80 sénateurs sont choisis par les sénateurs élus, à partir d'une liste de candidats proposés par des «groupements d'intérêt» social. Ceux-ci comprennent les organisations de femmes, les groupes de handicapés, les domaines de la santé et de l'enseignement, les secteurs commerciaux et agricoles, les syndicats, les membres éminents de la société et les leaders religieux.
    On pourrait donc concevoir un collège électoral composé des délégués de grands organismes représentatifs d'une province: associations syndicales, universitaires, industrielles, médicales, du barreau, de l'éducation, etc. qui éliraient des sénateurs parmi leurs représentants. Il y aurait certes des modalités à définir, mais il est intéressant d'imaginer pour le Sénat un visage neuf, avec un rôle modérateur (au besoin) sur les décisions de la Chambre des communes et constructif (propositions, recherches, commissions d'enquête...).
    La réforme des institutions politiques du Canada est inéluctable pour faire de ce pays un grand pays démocratique: députés élus pour un mandat fixe (comme le propose S. Harper) selon un mode de scrutin révisé pour mieux traduire la volonté exprimée dans les urnes par la population (voir le rapport de la Commission du droit du Canada, «Un vote qui compte : la réforme électorale au Canada», 2004, dont le gouvernement libéral semble avoir oublié l'existence puisque aucune suite n'y a été donnée), sénateurs élus, chef d'État canadien élu. Certes, cela ne se fera pas du jour au lendemain, mais cela peut se faire, quand existe une volonté réelle de modernisation et de démocratisation. Des problèmes beaucoup plus complexes et violents finissent par se régler, si l'on songe à ce qui s'est passé en Irlande du Nord ou ce qui se passe actuellement au Pays basque espagnol. Les problèmes canadiens sont pacifiques, leur solution est non seulement envisageable, mais elle est nécessaire et possible. S. Harper va-t-il donner suite à un aussi vaste et complexe programme politique et laisser ainsi son nom dans l'histoire du Canada, comme celui d'un Premier ministre conservateur avant-gardiste? »

  • FARID KODSI
    Inscrit
    lundi 29 mai 2006 22h31
    Une autre bonne initiative
    « Je suis tout à fait d'accord avec des élections à date fixe. Une autre bonne initiative signé Harper. Décidément, le gouvernement Harper semble se diriger calmement et sûrement vers de nouvelles avenues fort intéressantes pour le Canada, il y a comme un vent de renouveau avec l'accession du Parti conservateur qui contraste totalement avec les chicanes interminables entre bloquistes et libéraux des années précédentes. »

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"directeur général des élections"

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