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Afghanistan - Le Canada prolonge sa mission

18 mai 2006  Canada
Ottawa — Le premier ministre aura remporté de justesse son audacieux pari hier soir en obtenant le feu vert de la Chambre des communes pour prolonger de deux ans la mission canadienne en Afghanistan. Tout est maintenant en place pour que le pays obtienne de l’OTAN le commandement complet de la mission internationale en février 2008.

Le débat de six heures au Parlement aura été déchirant, d’autant plus qu’il s’est déroulé le jour même où un autre militaire, une femme cette fois, a perdu la vie à l’ouest de Kandahar. Finalement, 149 députés se sont prononcés en faveur du prolongement et 145 contre. Les conservateurs ont pu atteindre ce résultat en se ralliant 24 députés libéraux, dont le chef intérimaire Bill Graham et les candidats au leadership Scott Brison et Michael Ignatieff, ainsi que l’indépendant André Arthur. En théorie, cela n’aurait pas dû être suffisant, mais plusieurs libéraux ont manqué à l’appel. Paul Martin et ses ex-ministres Ralph Goodale et Irwin Cotler, pour ne nommer que ceux-là, brillaient par leur absence.

Comme prévu, les bloquistes et les néo-démocrates se sont opposés à la motion du gouvernement. Les premiers parce qu’ils estimaient être bousculés dans le temps et réclamaient davantage d’information, les seconds parce qu’ils s’opposent à la mission même. Le premier ministre a-t-il eu chaud? «Oui, a-t-il répondu à sa sortie de la Chambre, vers 22h30. Quand j’ai remarqué que le Bloc québécois [...] et le Parti libéral ont commencé à jouer des jeux politiques avec nos troupes, oui, je me suis inquiété.»

D’ailleurs, M. Harper avait protégé ses arrières dès le début du débat en après-midi en annonçant qu’il ne se sentirait pas lié par le résultat du vote. Advenant un résultat négatif, avait-il averti, «Nous allons prolonger le mandat d’une autre année et, si des efforts supplémentaires ou un mandat prolongé sont nécessaires, nous agirons seuls et nous irons devant le peuple canadien pour obtenir un mandat.»

Le premier ministre a reproché aux bloquistes de s’être opposés à une mission qu’ils appuyaient il y a un mois à peine. «Ils ont changé d’avis aujourd’hui simplement parce qu’ils croient que les sondages changent. Ce n’est pas faire preuve de leadership. Ces gens veulent diriger un pays indépendant. On ne dirige pas un pays indépendant en lisant des sondages.» Le dernier sondage indique que les électeurs bloquistes s’opposent à 75 % à la mission en Afghanistan. «Ils vont le regretter», croit-il.

La réplique de M. Duceppe n’a pas tardé. «M. Harper est amer, c’est son problème, pas le mien. On verra bien. Il s’élève au rang de prophète. On verra quand les Québécois jugeront.» Quant à Bill Graham, il a dit avoir obtenu réponse à ses questions, ce qui explique son appui au gouvernement. «Évidemment, j’aurais préféré un caucus moins divisé», a-t-il admis.

Des détails

À l’opposition qui lui demandait pourquoi il fallait tenir un tel débat maintenant et précipiter le vote alors que la mission actuelle ne se termine qu’en février 2007, Stephen Harper a fait valoir que le président afghan lui-même, Amid Karzaï, avait demandé au Canada la semaine dernière de rester plus longtemps. M. Harper dit vouloir construire une ambassade permanente à Kaboul pour faire valoir les intérêts du Canada «pour au moins 15 ans». De plus, il s’est engagé à verser 310 millions de dollars supplémentaires d’ici trois ans pour le développement de l’Afghanistan.

M. Harper a surtout indiqué que le prolongement qu’il réclamait permettrait au Canada d’obtenir le commandement de toutes les troupes internationales présentes en Afghanistan sous l’égide de l’OTAN. Ottawa n’a pas reçu de demande formelle à cet égard, mais des discussions préliminaires ont eu lieu. Le Canada a déjà dirigé les troupes internationales pendant six mois, en 2004.

L’Afghanistan est l’hôte de deux missions internationales: la Force internationale d’assistance à la sécurité de l’OTAN (FIAS) d’environ 8300 militaires et la mission Enduring Freedom des États-Unis (comprenant 15 000 Américains). Le Canada contribue aux deux, à raison d’une vingtaine de militaires sous la première, et de 2200 sous la seconde. Des discussions sont en cours pour fusionner les deux missions (et permettre le retrait des Américains). C’est cette mission combinée que dirigerait le Canada à compter de février 2008.

Une première femme

La militaire décédée, Nichola Goddard, a été abattue en soirée hier (10h25, heure avancée de l’Est) à 24 kilomètres à l’ouest de Kandahar, au cours d’une mission conjointe avec les autorités afghanes pour déloger des talibans. Plusieurs extrémistes auraient aussi été abattus. C’est la première fois depuis la guerre de Corée qu’une militaire canadienne tombe au combat. Son décès s’ajoute aux 16 autres Canadiens ayant trouvé la mort en Afghanistan (et non 12 comme nous l’écrivions hier).

Le débat de six heures à la Chambre des communes a été l’occasion pour les partis d’opposition de faire connaître leur mécontentement à l’égard du processus ayant mené au vote d’hier soir. Le chef intérimaire libéral a reproché au gouvernement de n’avoir jamais soufflé mot de la possible prise de contrôle canadienne de la FIAS. Il s’est demandé surtout si le Canada pourra quand même répondre à d’autres crises dans le monde s’il conserve un si important contingent en Afghanistan. «J’espère que le ministre de la Défense nous dira ce soir que le gouvernement est conscient que l’Afghanistan ne peut pas être le seul objet d’intérêt de nos activités militaires.»

Les conservateurs ont traité les libéraux d’hypocrites puisque ce sont eux qui ont envoyé les troupes en Afghanistan, en 2001. «C’était leur décision, a lancé Stephen Harper. Le Parti libéral n’a pas besoin de temps pour décider de sa position. C’est le devoir du Parti libéral d’appuyer nos troupes dans cette campagne militaire.»

Du côté du Bloc québécois, on refusait de signer «un chèque en blanc» à M. Harper. «Ce gouvernement doit être en mesure de démontrer aux citoyens si nous progressons ou non, a déclaré M. Duceppe. Quelle est la stratégie pour atteindre les objectifs de pacification et de reconstruction du pays? Quelle est la place dévolue à l’aide au développement? Comment s’assurer que les activités liées à la reconstruction de l’Afghanistan ne seront pas marginalisées par les activités proprement militaires?»

Le chef néo-démocrate, Jack Layton, a dénoncé quant à lui la nouvelle orientation belliqueuse du gouvernement, en porte-à-faux avec la tradition de maintien de la paix du Canada. «Nous sommes une nation de médiateurs, pas d’occupants. Nous sommes un peuple qui tente de reconstruire les ponts, pas de les brûler. Nous ne devons pas laisser notre héritage chanceler dans l’ombre grandissante de l’opération Enduring Freedom de l’administration Bush.»






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  • lise jacques
    Inscrite
    jeudi 18 mai 2006 09h10
    Afghanistan
    « J,espère que les québecois qui ont voté pour le parti conservateur aux dernières élections sauront reconnaitre qu'ils ont fait erreur, nous ne sommes pas aux Etats-Unis,ici, mais au Canada,Monsieur Harper parle et agit de plus en plus comme le président Bush. Au nom de la lutte contre le terrorisme à toutes les sauces.Je crois que les canadiens devraient avoir un gouvernement qui respecte leurs volontés, avoir des politiques précises pour lutter contre les gaz à effets de serre et ne plus mettre des milliards de dollards en Afghanistan.5 milliards de trop dans les forces armées qui serviraient bien notre cause dans le protocole de Kyoto.C'est une victoire des plus déplorables..que nous subissons avec ce vote serré. »

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