Le test Kyoto
En se rendant à Bonn pour présider la rencontre des signataires du protocole de Kyoto, la ministre fédérale de l'Environnement, Rona Ambrose, a provoqué l'ire des environnementalistes qui reprochent au gouvernement Harper de renier la signature du Canada. En affirmant que le Canada sera incapable d'atteindre la cible fixée par l'entente, le gouvernement Harper fait le pari, risqué, qu'une majorité de Canadiens lui pardonnera lors des prochaines élections.
Chaque fois qu'on leur pose la question, les Canadiens se disent d'accord avec l'engagement de leur gouvernement dans la lutte contre le réchauffement de la planète. Pourtant, dans les faits, bien malin qui peut percevoir quelque signe concret de leur adhésion personnelle ou collective aux mesures indispensables à la réduction des gaz à effet de serre (GES). À la fois grands producteurs et grands consommateurs d'énergie, les citoyens de ce pays se distinguent peu de leurs voisins américains. D'ailleurs, notre bilan le montre bien: au lieu de diminuer, nos émissions de GES ont augmenté de 27 % depuis 1990, et cette contre-performance se poursuit.
Le précédent gouvernement libéral avait présenté un plan de plusieurs milliards destiné à corriger la situation d'ici à 2012. Un plan fort critiqué, très coûteux et dont l'essentiel des efforts devait être assumé par les contribuables eux-mêmes, par leurs impôts.
En prenant le pouvoir, les conservateurs ont mis de côté la plupart des mesures proposées par les libéraux, notamment le volet le plus populaire, celui de l'isolation des maisons. Ils promettent maintenant un nouveau programme pour l'automne, non coercitif, il va de soi, et conçu pour ne déplaire à aucune industrie, surtout pas l'industrie pétrolière de l'Ouest. Tout au plus contiendra-t-il quelques mesures budgétaires d'aide aux entreprises qui recourront à des technologies moins polluantes. Dans les faits, ce gouvernement a donc d'ores et déjà rejeté Kyoto même s'il refuse de l'admettre avec franchise.
Hier, à Bonn, la ministre canadienne, Rona Ambrose, a présidé la rencontre des signataires du protocole, mais c'est aux côtés des pays qui refusent de s'engager, dont les États-Unis, qu'elle aurait dû siéger. Le gouvernement Harper ne peut pas jouer ainsi sur les deux tableaux sans mettre en cause la crédibilité du Canada. Il lui faut se brancher: ou il respecte la signature canadienne au bas du protocole, ou il se retire de la table des signataires pour faire front commun avec le président Bush. Mais, alors, il devra défendre sa position devant l'ensemble des Canadiens et devant la Chambre des communes, même si rien ne l'y oblige, comme l'ont fait les libéraux, en décembre 2002.
Les conservateurs savent qu'une majorité de Canadiens appuient Kyoto, en principe du moins. Pour le moment, l'équipe Harper tente de gagner du temps... mais, pendant ce temps, le Canada prend toujours plus de retard.
Au cours des prochains mois, les environnementalistes, les partis d'opposition et les pays qui ont ratifié le protocole tenteront de forcer la main du gouvernement en s'appuyant sur les sondages favorables au respect de la signature canadienne.
De leur côté, l'industrie, l'Alberta et le gouvernement conservateur lui-même tenteront de convaincre les électeurs qu'il ne sert à rien de dépenser des milliards de fonds publics pour poursuivre des objectifs inaccessibles. Bien malin qui peut prévoir de quelle côté penchera la balance de l'opinion publique, mais ce qui est probable, c'est que l'adhésion du Canada au protocole de Kyoto, comme la présence des militaires canadiens en Afghanistan, sera toujours un thème chaud lors de la prochaine campagne électorale fédérale.
j-rsansfacon@ledevoir.com
Chaque fois qu'on leur pose la question, les Canadiens se disent d'accord avec l'engagement de leur gouvernement dans la lutte contre le réchauffement de la planète. Pourtant, dans les faits, bien malin qui peut percevoir quelque signe concret de leur adhésion personnelle ou collective aux mesures indispensables à la réduction des gaz à effet de serre (GES). À la fois grands producteurs et grands consommateurs d'énergie, les citoyens de ce pays se distinguent peu de leurs voisins américains. D'ailleurs, notre bilan le montre bien: au lieu de diminuer, nos émissions de GES ont augmenté de 27 % depuis 1990, et cette contre-performance se poursuit.
Le précédent gouvernement libéral avait présenté un plan de plusieurs milliards destiné à corriger la situation d'ici à 2012. Un plan fort critiqué, très coûteux et dont l'essentiel des efforts devait être assumé par les contribuables eux-mêmes, par leurs impôts.
En prenant le pouvoir, les conservateurs ont mis de côté la plupart des mesures proposées par les libéraux, notamment le volet le plus populaire, celui de l'isolation des maisons. Ils promettent maintenant un nouveau programme pour l'automne, non coercitif, il va de soi, et conçu pour ne déplaire à aucune industrie, surtout pas l'industrie pétrolière de l'Ouest. Tout au plus contiendra-t-il quelques mesures budgétaires d'aide aux entreprises qui recourront à des technologies moins polluantes. Dans les faits, ce gouvernement a donc d'ores et déjà rejeté Kyoto même s'il refuse de l'admettre avec franchise.
Hier, à Bonn, la ministre canadienne, Rona Ambrose, a présidé la rencontre des signataires du protocole, mais c'est aux côtés des pays qui refusent de s'engager, dont les États-Unis, qu'elle aurait dû siéger. Le gouvernement Harper ne peut pas jouer ainsi sur les deux tableaux sans mettre en cause la crédibilité du Canada. Il lui faut se brancher: ou il respecte la signature canadienne au bas du protocole, ou il se retire de la table des signataires pour faire front commun avec le président Bush. Mais, alors, il devra défendre sa position devant l'ensemble des Canadiens et devant la Chambre des communes, même si rien ne l'y oblige, comme l'ont fait les libéraux, en décembre 2002.
Les conservateurs savent qu'une majorité de Canadiens appuient Kyoto, en principe du moins. Pour le moment, l'équipe Harper tente de gagner du temps... mais, pendant ce temps, le Canada prend toujours plus de retard.
Au cours des prochains mois, les environnementalistes, les partis d'opposition et les pays qui ont ratifié le protocole tenteront de forcer la main du gouvernement en s'appuyant sur les sondages favorables au respect de la signature canadienne.
De leur côté, l'industrie, l'Alberta et le gouvernement conservateur lui-même tenteront de convaincre les électeurs qu'il ne sert à rien de dépenser des milliards de fonds publics pour poursuivre des objectifs inaccessibles. Bien malin qui peut prévoir de quelle côté penchera la balance de l'opinion publique, mais ce qui est probable, c'est que l'adhésion du Canada au protocole de Kyoto, comme la présence des militaires canadiens en Afghanistan, sera toujours un thème chaud lors de la prochaine campagne électorale fédérale.
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