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... et pour l'unité nationale, selon Dion

4 mai 2006  Canada
Ottawa — Le gouvernement Harper n'aura pas assez d'argent pour régler le déséquilibre fiscal, a affirmé hier le député libéral Stéphane Dion, qui voit dans la concrétisation de cette promesse conservatrice une menace potentielle à l'unité canadienne.

«Je suis très inquiet parce que les provinces réclament quelque chose comme huit milliards de dollars pour régler ce qu'elles appellent le déséquilibre fiscal», a déclaré M. Dion à sa sortie du caucus libéral.

En fait, si l'on se fie au récent rapport d'un groupe d'experts institué par le Conseil de la fédération, les provinces, sauf l'Ontario, demandent une hausse de 4,7 milliards des versements fédéraux au titre de la péréquation.

De plus, les provinces sont unanimes à revendiquer une hausse annuelle de 4,9 milliards des transferts fédéraux pour l'éducation postsecondaire. Total: pas moins de 9,6 milliards de dollars par année.

Or, selon les documents budgétaires dévoilés mardi, Ottawa prévoit un excédent de tout juste 600 millions en 2006-07 et de 1,4 milliard l'année suivante.

«Comment va-t-on réconcilier ces deux chiffres? a demandé Stéphane Dion. Soit ces chiffres ne sont pas les bons, ou alors il n'y a pas de déséquilibre fiscal.»

Pour l'ancien ministre des Affaires intergouvernementales, l'affaire est entendue: le déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces n'existe pas. Pourquoi? Parce que les transferts fédéraux aux provinces n'ont jamais été aussi élevés et que, par conséquent, les surplus fédéraux risquent d'être moins importants ces prochaines années. Les accords de 2004 et de 2005 sur la santé, la péréquation et les municipalités ont particulièrement contribué à améliorer la situation financière des provinces.

M. Dion voit déjà le sommet des premiers ministres prévu à l'automne pour régler le problème comme une «conférence existentielle» qui plongera le pays dans une «crise».

«On pellette la neige vers l'avant, les problèmes s'en viennent et cette conférence risque d'être une grande déception pour tout le monde», a-t-il prévenu, en prônant l'abandon de la rencontre.

«Le Bloc québécois cherche une sorte de nouvelle crise existentielle pour justifier la séparation, a ajouté Stéphane Dion. Nous devrions arrêter ce genre d'argumentation dès maintenant.»

Réactions

Le député bloquiste d'Abitibi-Témiscamingue, Marc Lemay, a d'ailleurs admis hier que le règlement du déséquilibre fiscal pourrait favoriser l'accession du Québec à la souveraineté.

«Je ne dirais pas que c'est la condition primordiale, mais c'est certainement une condition très importante que le Québec soit financièrement autonome», a-t-il affirmé.

Le chef du Bloc, Gilles Duceppe, n'est pas allé aussi loin, mais il a rejeté du revers de la main l'analyse de M. Dion.

«Ce n'est pas qu'une question de surplus, a-t-il estimé. Même quand il y avait déficit [à Ottawa], il y avait déséquilibre fiscal en ce sens que les champs fiscaux du fédéral sont trop grands pour les responsabilités du fédéral.»
 
 
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