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Déblocage à Cancún

31 mars 2006  Canada
En matinée hier, Vicente Fox, George W. Bush et Stephen Harper se sont rendus sur le site maya de Chichén Itzá, où ils ont procédé à une visite archéologique et même gravi quelques marches de la pyramide du Kukulkán.
Photo : Agence Reuters
En matinée hier, Vicente Fox, George W. Bush et Stephen Harper se sont rendus sur le site maya de Chichén Itzá, où ils ont procédé à une visite archéologique et même gravi quelques marches de la pyramide du Kukulkán.
Cancún — Le tête-à-tête entre Stephen Harper et George W. Bush aura servi à débloquer ou à tout le moins à amorcer un déblocage dans deux dossiers qui nuisent aux relations entre les deux pays: le bois d'oeuvre et la sécurité à la frontière canado-américaine. Au terme de leur rencontre bilatérale d'hier, les deux hommes ont donné instruction à leurs fonctionnaires de reprendre les discussions commerciales sur le bois d'oeuvre. Les ministres responsables de la sécurité, eux, se rencontreront pour trouver un terrain d'entente au sujet des documents d'identification à présenter lorsque les voyageurs arrivent en sol américain.

«Sur le bois d'oeuvre, j'ai donné des instructions aux officiels pour discuter des options», a déclaré M. Harper en français hier au terme de sa rencontre d'une heure avec le président Bush. «J'ai réitéré la position du gouvernement du Canada, qui est claire. S'il n'y a pas un président engagé à trouver une solution, si ça ne se passe pas, c'est l'intention de notre gouvernement de continuer toutes nos options légales et d'appuyer notre industrie du bois d'oeuvre.»

Les mots, en ces matières, ont leur importance. Il ne s'agit pas encore de discussions formelles, ont insisté hier les fonctionnaires canadiens. Il s'agit plutôt de l'expression politique d'une volonté de se rasseoir pour déterminer s'il est possible de reprendre des négociations et, si oui, sur quelles bases. La décision de passer à la vitesse supérieure devra toutefois être prise rapidement. Le Canada a remporté une autre manche il y a deux semaines devant l'ALENA, victoire par laquelle les droits compensatoires seraient ramenés de 10,8 à 2,1 %. Les États-Unis ont jusqu'au 27 avril pour porter cette décision en appel. Il faudra que les pourparlers reprennent avant cette date, a indiqué un fonctionnaire canadien.

Il s'agit du premier véritable déblocage dans ce litige commercial qui dure depuis près de cinq ans. Le Canada avait quitté la table de négociation l'été dernier après que les États-Unis eurent fait fi d'une décision d'un tribunal de règlement des différends de l'ALENA qui lui donnait raison. Le Canada exige notamment le remboursement des quelque 5,2 milliards de dollars perçus jusqu'à présent par les États-Unis sous forme de droits compensatoires.

Le président américain s'est montré compréhensif. «Le premier ministre m'a exprimé sa détermination de fer à régler ce dossier», a déclaré George W. Bush au terme de la rencontre. Le président a parlé de la nécessité de «négocier de bonne foi et en temps et lieu». MM. Harper et Bush ont convenu de se revoir ce printemps à Washington pour poursuivre leurs discussions.

Autre preuve de la productivité de la rencontre entre les deux hommes, qui se voyaient pour la première fois depuis que M. Harper a été élu premier ministre, ils ont convenu que leurs ministres respectifs responsables de la sécurité se rencontreront sous peu. Michael Chertoff rencontrera Stockwell Day à Ottawa pour discuter de la possibilité de soustraire le Canada à la nouvelle loi américaine stipulant que toute personne désireuse d'entrer en territoire américain doit présenter un passeport. Le Canada craint en outre que cela ne nuise à son économie en décourageant les Américains de venir passer quelques jours au pays. «Ils se rencontreront aussi tôt que possible», a précisé M. Harper.

Au total, le premier ministre canadien et le président américain auront passé près de deux heures ensemble au cours de la journée. En matinée, M. Harper avait pris place à bord de l'hélicoptère de son homologue américain pour se rendre sur le site maya de Chichén Itzá, dans la péninsule du Yucatán, où les attendait le président mexicain Vicente Fox. Vêtus de chemises sport, ils ont procédé à une visite archéologique et même gravi quelques marches de la pyramide du Kukulkán pour les caméras avant de revenir à Cancún pour amorcer les rencontres formelles.

«Les rapports ont été très cordiaux et mutuellement respectueux», a relaté un haut fonctionnaire canadien à propos de MM. Harper et Bush. «M. Harper n'a pas hésité à faire connaître ses positions sur le bois d'oeuvre ou sur Devils Lake», a poursuivi ce fonctionnaire.

Ce sommet des dirigeants de l'Amérique du Nord, qui en est à sa deuxième année, s'est déroulé dans un environnement sous haute surveillance. Les bulletins de nouvelles mexicains en faisaient grand cas mercredi soir. Sur l'océan, à la hauteur du chic hôtel où les trois hommes se rencontraient, quatre navires militaires américains, dont au moins un juché d'un hélicoptère, patrouillaient les eaux turquoises. Des équipes de patrouilleurs arpentaient la plage tandis que des policiers fédéraux antiémeute étaient postés dans la palmeraie devant l'hôtel.

M. Harper a aussi rencontré Vicente Fox, qui en a profité pour aborder la question des travailleurs saisonniers. M. Fox aimerait élargir l'entente bilatérale qui permet aux travailleurs mexicains d'aller travailler au Canada pour une période déterminée, souvent sur des fermes pour faire la cueillette des fruits et des légumes. «J'ai demandé au Canada d'étendre ce programme pour qu'il puisse nous profiter mutuellement davantage», a déclaré M. Fox après sa rencontre avec Stephen Harper.

Les fonctionnaires canadiens ont reçu instruction de M. Harper «d'explorer» cette avenue. Le Canada se dit ouvert à accueillir plus de travailleurs dans les secteurs souffrant de pénurie de main-d'oeuvre, notamment celui de l'énergie en Alberta. «M. Harper a dit que les travailleurs devraient faire l'expérience des quatre saisons, et M. Fox a bien ri», a relaté Sandra Buckler, directrice des communications de M. Harper.

Stephen Harper rencontrera Vicente Fox et George W. Bush au cours d'une rencontre à trois ce matin pour clore ce sommet. Une délégation de 15 chefs d'entreprises (cinq de chaque pays) se joindra éventuellement à eux. L'idée consiste à étudier des moyens de faciliter les liens commerciaux entre les trois pays. Les cinq dirigeants canadiens sont Richard Vaugh (Banque Scotia), Annette Verschuren (Home Depot), Richard George (Sun Core), David Ganong (Ganong Brothers) et Paul Desmarais fils (Power Corp.). Ils ont été choisis par le Conseil privé parce que leurs groupes respectifs ont des centres d'affaires dans chaque pays. On songe même à régulariser la tenue de ce genre de rencontre, une sorte de comité-conseil de grandes entreprises.
En matinée hier, Vicente Fox, George W. Bush et Stephen Harper se sont rendus sur le site maya de Chichén Itzá, où ils ont procédé à une visite archéologique et même gravi quelques marches de la pyramide du Kukulkán.
 






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  • Roland Berger
    Abonné
    vendredi 31 mars 2006 08h05
    Déblocage à Cancun?
    « Madame Buzetti, le titre de votre article, Déblocage à Cancun, trahit son contenu. Le point d'interrogation était de mise. »

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