Leçon d'humilité
Jean Chrétien, s'il a généralement le réflexe de se faire crâneur dans l'adversité, ne pourra ignorer les résultats des élections partielles de lundi. Il y a désormais un feu jaune qui clignote et qui devrait l'inviter, ainsi que ses collègues du gouvernement, à modifier leur conduite des affaires publiques. L'arrogance doit faire place à un peu d'humilité.
Les libéraux de Jean Chrétien dominent sans partage la scène politique fédérale depuis 1993. On imagine mal, compte tenu de l'actuelle dispersion des forces d'opposition, que cette domination puisse prendre fin avant encore longtemps. Tous conviennent, y compris l'Alliance canadienne qui est le principal prétendant à leur succession, que, si cela survient, ce ne sera pas à la prochaine élection mais à la suivante. D'où l'assurance, sinon l'arrogance, que manifeste depuis déjà quelques années le gouvernement qui vient de se faire rappeler toutefois que, suivant le dicton populaire, trop fort casse.
Sûr de lui, le premier ministre Jean Chrétien l'est comme celui qui, installé au faîte du pouvoir depuis trop longtemps, prend mal la mesure de l'opinion publique. On a trop souvent dit de lui qu'il était un premier ministre téflon qu'aucun scandale ne pouvait atteindre. Ce que nous disent les résultats de ces élections, c'est que cette période est terminée. Les critiques commencent à porter et la réputation de l'homme pourrait à l'avenir s'altérer.
Ces élections partielles avaient été conçues par M. Chrétien comme devant confirmer la prépondérance libérale. Exception faite de Calgary-Sud-Ouest acquise d'avance à l'Alliance canadienne et à son nouveau chef, Stephen Harper, les six autres circonscriptions étaient tous des châteaux-forts d'où devaient émerger de nouvelles figures libérales. Ce qui est embarrassant pour M. Chrétien lui-même, c'est que les candidats qu'il avait choisis pour remplacer deux solides députés qu'il avait forcés à la retraite dans Windsor-Ouest, en Ontario, et dans Gander-Grand-Falls, à Terre-Neuve, ont échoué.
Les raisons derrière ces deux échecs sont multiples. Retenons la désinvolture manifestée par M. Chrétien à l'endroit des sensibilités des électeurs de ces deux comtés, ce qui les a incités à porter un regard plus attentif sur le régime Chrétien. Ils ont alors certainement retenu les allégations de corruption mises en avant par l'opposition depuis déjà trois ans et qui ont été renouvelées ces derniers mois avec le dossier des commandites fédérales au Québec.
Il ne faut pas donner à cet échec une portée plus grande qu'il a. Non sans raison, M. Chrétien pourra arguer que le jugement des électeurs est nuancé. Il citera les victoires obtenues au Québec par Liza Frulla et Massimo Pacetti. Dans Verdun et Saint-Léonard, les électeurs ne semblent pas s'être trop attardés aux allégations de corruption. Mais ses explications ne pourront faire oublier, surtout à ceux qui, au sein de son parti, souhaitent son départ, que son leadership n'est plus sans faille.
Le gouvernement Chrétien a eu la vie plutôt facile depuis sa réélection. L'opposition étant en crise, il avait pu sans mal faire dévier la plupart de ses coups. Ce ne sera désormais plus le cas. L'Alliance canadienne sera ragaillardie par l'arrivée aux Communes de son nouveau chef, tout comme le seront le Parti conservateur et le NPD par leurs victoires inattendues lundi. La donne vient de changer.
Le premier ministre saura-t-il tirer les conclusions qui s'imposent et changer d'attitude? Le plus grand handicap à cet égard sont ses neuf années de pouvoir. En regardant derrière lui, il peut se convaincre facilement que la stratégie suivie jusqu'ici a été la bonne et s'y tenir. Son bilan lui importera alors plus que la vision d'avenir qu'il pourrait proposer. Les partis d'opposition auront alors beau jeu de l'attaquer à la fois sur ses réalisations passées et son absence de projets pour l'avenir. S'ils sont bien avisés, ses conseillers lui diront qu'il peut devenir, malgré la force qu'il conserve, un poids pour son propre parti. Mais il faut beaucoup d'humilité pour accueillir un tel message.
bdescoteaux@ledevoir.ca
Les libéraux de Jean Chrétien dominent sans partage la scène politique fédérale depuis 1993. On imagine mal, compte tenu de l'actuelle dispersion des forces d'opposition, que cette domination puisse prendre fin avant encore longtemps. Tous conviennent, y compris l'Alliance canadienne qui est le principal prétendant à leur succession, que, si cela survient, ce ne sera pas à la prochaine élection mais à la suivante. D'où l'assurance, sinon l'arrogance, que manifeste depuis déjà quelques années le gouvernement qui vient de se faire rappeler toutefois que, suivant le dicton populaire, trop fort casse.
Sûr de lui, le premier ministre Jean Chrétien l'est comme celui qui, installé au faîte du pouvoir depuis trop longtemps, prend mal la mesure de l'opinion publique. On a trop souvent dit de lui qu'il était un premier ministre téflon qu'aucun scandale ne pouvait atteindre. Ce que nous disent les résultats de ces élections, c'est que cette période est terminée. Les critiques commencent à porter et la réputation de l'homme pourrait à l'avenir s'altérer.
Ces élections partielles avaient été conçues par M. Chrétien comme devant confirmer la prépondérance libérale. Exception faite de Calgary-Sud-Ouest acquise d'avance à l'Alliance canadienne et à son nouveau chef, Stephen Harper, les six autres circonscriptions étaient tous des châteaux-forts d'où devaient émerger de nouvelles figures libérales. Ce qui est embarrassant pour M. Chrétien lui-même, c'est que les candidats qu'il avait choisis pour remplacer deux solides députés qu'il avait forcés à la retraite dans Windsor-Ouest, en Ontario, et dans Gander-Grand-Falls, à Terre-Neuve, ont échoué.
Les raisons derrière ces deux échecs sont multiples. Retenons la désinvolture manifestée par M. Chrétien à l'endroit des sensibilités des électeurs de ces deux comtés, ce qui les a incités à porter un regard plus attentif sur le régime Chrétien. Ils ont alors certainement retenu les allégations de corruption mises en avant par l'opposition depuis déjà trois ans et qui ont été renouvelées ces derniers mois avec le dossier des commandites fédérales au Québec.
Il ne faut pas donner à cet échec une portée plus grande qu'il a. Non sans raison, M. Chrétien pourra arguer que le jugement des électeurs est nuancé. Il citera les victoires obtenues au Québec par Liza Frulla et Massimo Pacetti. Dans Verdun et Saint-Léonard, les électeurs ne semblent pas s'être trop attardés aux allégations de corruption. Mais ses explications ne pourront faire oublier, surtout à ceux qui, au sein de son parti, souhaitent son départ, que son leadership n'est plus sans faille.
Le gouvernement Chrétien a eu la vie plutôt facile depuis sa réélection. L'opposition étant en crise, il avait pu sans mal faire dévier la plupart de ses coups. Ce ne sera désormais plus le cas. L'Alliance canadienne sera ragaillardie par l'arrivée aux Communes de son nouveau chef, tout comme le seront le Parti conservateur et le NPD par leurs victoires inattendues lundi. La donne vient de changer.
Le premier ministre saura-t-il tirer les conclusions qui s'imposent et changer d'attitude? Le plus grand handicap à cet égard sont ses neuf années de pouvoir. En regardant derrière lui, il peut se convaincre facilement que la stratégie suivie jusqu'ici a été la bonne et s'y tenir. Son bilan lui importera alors plus que la vision d'avenir qu'il pourrait proposer. Les partis d'opposition auront alors beau jeu de l'attaquer à la fois sur ses réalisations passées et son absence de projets pour l'avenir. S'ils sont bien avisés, ses conseillers lui diront qu'il peut devenir, malgré la force qu'il conserve, un poids pour son propre parti. Mais il faut beaucoup d'humilité pour accueillir un tel message.
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