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Le Bloc ne veut pas de crise

Alec Castonguay   22 mars 2006  Canada
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, au cours de la conférence de presse qu’il a tenue hier à Ottawa à la suite de sa rencontre avec le premier ministre Stephen Harper. Il semble y avoir de bonnes chances que le Bloc québécois permette au
Photo : Agence Reuters
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, au cours de la conférence de presse qu’il a tenue hier à Ottawa à la suite de sa rencontre avec le premier ministre Stephen Harper. Il semble y avoir de bonnes chances que le Bloc québécois permette au
Ottawa — Les tractations politiques à l'approche du discours du Trône qui sera prononcé le 4 avril prochain ont bel et bien commencé à Ottawa. Mais tout indique que ce discours stratégique qui engage la confiance de la Chambre envers le gouvernement a peu de chances de replonger la capitale fédérale dans une crise parlementaire. Au contraire, le chef du Bloc québécois est sorti «satisfait» de sa rencontre d'hier avec le premier ministre Harper et s'est dit conscient de ses «responsabilités» étant donné qu'il détient la balance du pouvoir. Une prudence qui fait passablement baisser la pression sur le gouvernement conservateur à quelques semaines de ce premier test.

Le premier ministre Stephen Harper a sonné le début des négociations politiques autour du discours du Trône hier en rencontrant coup sur coup les chefs du Bloc québécois et du Parti libéral, les deux seules formations qui peuvent mathématiquement maintenir son gouvernement en vie. Stephen Harper a aussi rencontré discrètement le leader du NPD, Jack Layton, il y a quelques semaines, question de tâter le terrain de son côté. Les deux hommes pourraient d'ailleurs s'entretenir ensemble de nouveau, dit-on. Le chef du NPD a également rencontré séparément les libéraux et les bloquistes hier soir à propos du discours du Trône. Bref, la nouvelle joute politique est lancée.

Toutefois, cette partie d'échecs entre les différentes formations a toutes les chances de se terminer dans le calme, loin de la crise parlementaire qui avait secoué Ottawa lors du discours du Trône d'octobre 2004. L'appétit pour une nouvelle campagne électorale est à son plus bas, tant dans la population que chez les partis d'opposition. C'était particulièrement visible du côté du Bloc québécois hier, Gilles Duceppe soulignant que sa formation «ne veut pas pratiquer la politique du pire» et que le mandat démocratique qu'il a entre les mains «doit être exercé avec responsabilité». «On a une responsabilité, les chiffres nous le montrent», a-t-il dit, lui qui détient la balance du pouvoir avec ses 51 députés.

Malgré cette prudence, Gilles Duceppe n'a pas voulu s'avancer plus loin, refusant de donner un chèque en blanc à Stephen Harper à l'approche de ce discours du Trône. «Je ne peux pas appuyer ou ne pas appuyer quelque chose que je ne connais pas encore, a soutenu le chef bloquiste hier lors d'un point de presse. Quelqu'un de rationnel n'achète pas une maison sans l'avoir vue.»

Le Bloc entend donc juger le discours sur l'ensemble des propositions qu'il contiendra, mais les promesses de Harper envers le Québec seront la pierre angulaire qui orientera le vote du Bloc. Gilles Duceppe n'a d'ailleurs pas manqué de rappeler à Stephen Harper ses engagements sur le déséquilibre fiscal, la place du Québec sur la scène internationale et le fédéralisme d'ouverture. Les deux hommes ont aussi discuté du protocole de Kyoto et de la fin de l'entente sur les garderies, qui privera Québec de 806 millions. Tous ces dossiers devront figurer dans le discours du Trône, a prévenu Gilles Duceppe.

Le chef bloquiste a toutefois salué le «respect» dont a fait preuve le premier ministre dans sa rencontre d'hier, qualifiant cet entretien de «satisfaisant». «C'était plus rigoureux que ma rencontre avec Paul Martin en 2004. M. Harper a pris des notes. Ce n'était pas une rencontre de relations publiques. On a parlé du fond des choses et c'est mieux ainsi», a-t-il dit.

C'est donc dire que, si Stephen Harper donne suite à ses promesses concernant le Québec dans le discours du Trône, les chances sont très bonnes que le Bloc permette au texte de passer la rampe, peu importe le verdict des autres partis. «On va regarder l'ensemble du discours avant de juger, mais je lui ai rappelé les priorités du Québec. Il n'est pas question de tout accepter à tout prix. On a des principes. Mais je lui ai fait part de mes ouvertures», a expliqué Gilles Duceppe. Ce dernier a toutefois ajouté que, même si son parti n'est pas en mode attaque, «rien n'est exclu» puisqu'il est possible «d'avoir des surprises», a-t-il dit.

Les libéraux soufflent le chaud et le froid

Le chef par intérim du Parti libéral, Bill Graham, s'est quant à lui montré beaucoup moins flexible envers le premier ministre Harper à la sortie de sa réunion. S'il refuse d'ouvrir son jeu et d'annoncer l'orientation de son vote, Bill Graham a par contre posé une condition qui sera difficile à respecter pour les conservateurs s'ils veulent obtenir l'appui des libéraux: le maintien d'un système national de garderies. Or les conservateurs ont déjà annoncé la fin de ce programme, qui sera remplacé par une allocation familiale de 1200 $ par année pour chaque enfant de moins de six ans.

«M. Harper a dit où il voulait aller avec le discours du Trône et j'ai dit qu'à notre avis, il fallait avoir un système national de garderies pour répondre aux besoins de la population. [...] Nous n'avons pas trouvé d'arrangement sur ce point», a affirmé Bill Graham quelques minutes après sa réunion avec le premier ministre. «Nous allons prendre notre décision sur le discours du Trône quand nous le verrons», a-t-il souligné.

Le chef par intérim du PLC a ensuite soufflé le chaud et le froid, promettant d'abord «d'agir de façon responsable» en faisant «fonctionner le Parlement», avant d'ajouter que les libéraux seront «une opposition forte qui va jouer pleinement son rôle», quitte à défaire le gouvernement dans les prochaines semaines s'il le faut. «Si nous ne votons pas en faveur du discours du Trône, MM. Layton et Duceppe seront dans la position où ils devront prendre la décision d'appuyer le gouvernement», a-t-il lancé, frondeur, sans toutefois démêler ces deux discours contradictoires.

Et lorsqu'il a été interrogé sur le nom du chef libéral qui prendrait la direction de ses troupes si des élections précipitées étaient déclenchées avant la fin de la course au leadership, Bill Graham a esquivé la question. «Il est trop tôt pour en parler, nous voulons d'abord faire fonctionner le Parlement», a-t-il répondu.

Gilles Duceppe ne s'est d'ailleurs pas fait prier pour rappeler à l'ordre son homologue libéral. «Les libéraux peuvent jouer aux matamores, mais je doute fort qu'ils veuillent aller en élections maintenant. Qui serait leur chef? Qui serait leur organisateur au Québec? Ce n'est pas sérieux. Je ne donne pas beaucoup de crédit à ça.»

Bloquistes et libéraux ont toutefois pris le temps de rappeler au premier ministre qu'il dirigeait un gouvernement minoritaire et que la situation peut se dégrader rapidement. «Il n'a eu que 36 % des voix. Je lui ai dit qu'il était dans une position minoritaire encore plus fragile que nous ne l'étions avant les élections», a souligné Bill Graham.






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