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Kyoto: le Bloc et les écologistes veulent forcer Ambrose à se commettre

11 février 2006  Canada
Rona Ambrose
Photo : Agence Reuters
Rona Ambrose
Devant le mutisme de la nouvelle ministre de l'Environnement, Rona Ambrose, le Bloc québécois et des groupes écologistes préparent une campagne pour la contraindre à prendre position sur le protocole de Kyoto.

Depuis son assermentation lundi, Mme Ambrose a soigneusement évité les journalistes. Elle n'a encore accepté aucune demande d'entrevue, bien consciente que la position ambiguë des conservateurs sur Kyoto risque d'attirer toute l'attention.

«Le protocole de Kyoto préoccupe les Québécois, alors la ministre doit sortir de son mutisme pour, à tout le moins, promettre de respecter les engagements contractés par le Canada auprès de la communauté internationale», explique dans un entretien téléphonique le député bloquiste Bernard Bigras.

Dans le cas contraire, Rona Ambrose pourrait «porter l'odieux d'un affaiblissement» de l'accord international, croit M. Bigras. D'après lui, si les conservateurs veulent renier Kyoto, ils devraient songer à céder la présidence des instances internationales responsables du protocole, que le Canada doit occuper jusqu'en décembre.

Pendant la campagne électorale, le premier ministre Stephen Harper a peu parlé d'environnement. Les conservateurs ont certes réitéré qu'ils n'appuyaient pas l'accord de Kyoto, qui vise à réduire les émissions de gaz à effet de serre, mais ils se sont gardés de dire qu'ils s'en retireraient. Ils proposent de mettre en oeuvre un plan «canadien» de réduction des émissions.

«Nous ne demandons pas à Mme Ambrose d'aller dans les détails, poursuit M. Bigras. Mais si elle ne dit rien, la société civile québécoise peut se mobiliser rapidement pour forcer Ottawa à s'engager face à Kyoto.»

Plus tôt cette semaine, Bernard Bigras et le chef du Bloc, Gilles Duceppe, ont rencontré les représentants des organismes Greenpeace et Équiterre afin de discuter de l'opportunité de mettre sur pied une coalition québécoise visant à faire pression sur les conservateurs dans le dossier de Kyoto.

Des gens d'affaires qui soutiennent le protocole international pourraient même être de la partie. M. Bigras rappelle que, lors de la Conférence de Montréal sur les changements climatiques, en décembre, quelque 40 000 personnes ont manifesté en appui à Kyoto.

Sur le plan parlementaire, le Bloc n'exclut pas de présenter aux Communes une motion réitérant le soutien des députés au protocole. En 2002, tout juste avant de ratifier l'accord, le gouvernement de Jean Chrétien avait fait adopter une motion semblable. Les groupes écologistes estiment qu'une majorité des députés élus le 23 janvier défendent Kyoto.

Si les conservateurs s'engagent à respecter le protocole, le Bloc promet de se montrer conciliant. «Il y a un espace pour réviser le programme et l'approche du gouvernement en matière de changements climatiques», note Bernard Bigras. Il faut dire que le parti souverainiste était fort critique du plan libéral sur le sujet, qui ne contenait pas d'entente avec le Québec.

Steven Guilbeault, de Greenpeace, entend participer activement à la campagne qui s'amorce. Mais ce qu'il craint le plus, c'est que les conservateurs maintiennent le flou sur leurs intentions réelles.

«Sans combattre le protocole de Kyoto, ils pourraient omettre d'adopter les règlements, les budgets et les lois qui s'imposent pour le mettre en oeuvre, affirme-t-il. Ce serait tout aussi nuisible.»

Depuis son élection en 2004, Rona Ambrose s'est faite très discrète sur Kyoto. Dans l'une des deux seules interventions qu'elle a faites aux Communes, l'année dernière, elle avait soutenu: «Un des problèmes de l'accord de Kyoto vient du fait qu'il ne règle pas les problèmes de pollution.»

On sait en outre que Mme Ambrose a contribué à élaborer la position de l'Alberta sur le protocole. Or le gouvernement conservateur de Ralph Klein s'oppose avec force à Kyoto.
 
 
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