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Harper prépare déjà la transition

Alec Castonguay   25 janvier 2006  Canada
Stephen Harper a été chaudement accueilli lors de son arrivée à Ottawa hier. Le chef conservateur s’est dit «en pleine forme» au lendemain de sa victoire.
Photo : Agence Reuters
Stephen Harper a été chaudement accueilli lors de son arrivée à Ottawa hier. Le chef conservateur s’est dit «en pleine forme» au lendemain de sa victoire.
Ottawa — Le nouveau premier ministre désigné par les Canadiens, Stephen Harper, a commencé dès hier soir ses premières réunions avec son équipe de transition, dirigée par l'ancien chef de cabinet de Brian Mulroney et ex-ambassadeur à Washington, Derek Burney. Les cinq membres officiels de l'équipe et les quelques conseillers informels du chef conservateur se pencheront sur tous les dossiers imaginables qu'implique la passation des pouvoirs pendant les 10 à 15 prochains jours.

Une tâche colossale qui représente plus qu'une simple cérémonie, puisque la droite n'a pas dirigé le pays depuis 13 ans. Le processus officiel de passation des pouvoirs sera évidemment au menu, mais aussi les dizaines de nominations à faire, les changements de personnel, la formation du cabinet, l'arrimage de la plateforme électorale à la réalité de l'appareil étatique, etc.

Selon nos informations, Stephen Harper et son entourage n'ont pas l'intention de faire traîner en longueur le retour au travail des députés. «Ça ne niaisera pas, ce n'est pas son genre», explique une source près du premier ministre. Si la fin du mois de février circulait comme période possible de réouverture de la Chambre des communes, discours du trône en tête, il semble maintenant que le milieu du mois de mars soit davantage plausible. Le budget 2006-07, premier gros test du gouvernement Harper, pourrait être dévoilé peu après, soit vers la fin du mois de mars ou au début d'avril, lui qui est généralement rendu public en février.

C'est d'ailleurs pour souligner les longues journées qui s'annoncent et les inévitables périodes tumultueuses d'un gouvernement que les journalistes ont fait jouer une chanson de circonstance à Stephen Harper dans l'avion qui transportait hier toute l'équipe conservatrice et les médias de Calgary à Ottawa: Under Pressure, de David Bowie et Queen.

Cette pression des premiers jours sera toutefois allégée grâce à une équipe de transition qui en a vu d'autres. Stephen Harper a d'ailleurs souligné la «vaste expérience en gestion gouvernementale» de son équipe, à sa descente d'avion hier. Le nouveau premier ministre s'est aussi dit «en pleine forme» après une bonne nuit de sommeil, lui qui n'est pas allé faire la fête avec les autres conservateurs au centre-ville de Calgary lundi soir. «La famille est très excitée par l'avenir, comme j'espère tout le pays», a-t-il dit dans une très courte allocution. Sa première conférence de presse est prévue demain.

Un groupe solide

Stephen Harper s'est entouré d'une équipe de transition formée de plusieurs anciens progressistes-conservateurs qui ont connu le pouvoir durant les neuf années de règne de Brian Mulroney. Le chef de l'équipe est Derek Burney, chef de cabinet de Mulroney de 1987 à 1989. Dans l'entourage de Harper, on décrit M. Burney comme un homme solide qui n'a pas peur de brasser la cage s'il le faut. Doué d'une grande expérience de l'appareil administratif, il a aussi été ambassadeur du Canada en Corée du Sud, au Japon et aux États-Unis (1989-1993). M. Burney a également dirigé les destinés de Bell Canada (1993-1999) et de CAE Inc. (1999-2004), deux multinationales basées à Montréal.

Quatre autres personnes seront avec lui, dont Camille Guilbault, ancienne chef de cabinet adjoint de Mulroney et membre des équipes de transition des villes d'Ottawa et de Montréal après les fusions municipales. Elle a également contribué à la fusion de l'Alliance canadienne et du Parti progressiste-conservateur en 2003-2004. Maurice Archdeacon, un fonctionnaire de carrière qui a servi au Conseil privé sous Pierre Elliott Trudeau, John Turner et Brian Mulroney, est aussi du lot. Il est maintenant à la retraite. Ray Speaker, un ancien député provincial de l'Alberta, et Elizabeth Roscoe, professeur à l'université Carleton (qui a fait partie de l'équipe de transition de Mulroney en 1984), complètent l'équipe.

Ce groupe travaille étroitement depuis hier matin avec le nouveau premier ministre. D'autres proches de Harper seront aussi consultés en fonction de leur expérience dans certains dossiers, notamment la sénatrice Marjory LeBreton, qui était responsable des nominations sous Mulroney. Le vétéran progressiste-conservateur Hugh Segal, qui a contrôlé le bunker électoral du PC à Ottawa durant la campagne qui s'achève, ainsi que l'ex-premier ministre Brian Mulroney lui-même seront aussi consultés. Doug Finley, chef de cabinet adjoint de Harper, et Ian Brodie, chef de cabinet, donneront aussi certains conseils en lien avec les personnes disponibles dans le parti pour combler des postes, notamment dans les cabinets de ministres.

Discours de victoire

Lundi soir, après la victoire de Stephen Harper, des dizaines de conservateurs, autant des anciens bleus progressistes-conservateurs que des alliancistes ou des réformistes, ont fêté cette prise du pouvoir tant attendu dans un bar irlandais du centre-ville de Calgary. Auparavant, l'ancien chef du Reform Party, Preston Manning, avait chaleureusement félicité Stephen Harper pour sa victoire, eux qui ont créé le Reform Party ensemble en 1987.

C'était le début d'une longue aventure, qui s'est achevée dans la joie lundi pour le nouveau premier ministre, qui est passé en 15 ans d'un rôle d'universitaire qui remet sa maîtrise (1991) à celui de dirigeant du pays (il a 46 ans). Dans la salle du Telus Convention Centre, les électeurs de l'Ouest avaient l'impression lundi de terminer un long purgatoire de frustration, eux qui ne votent plus pour le Parti libéral depuis de nombreuses élections. Les dix comtés remportés par les conservateurs au Québec étaient la cerise sur le sundae. «On est maintenant un vrai parti national, un parti rassembleur», souligne d'ailleurs la députée albertaine Rona Ambrose.

Stephen Harper n'a d'ailleurs pas manqué de souligner cette facette de la victoire lors de son discours de lundi soir, qui a débuté à une heure du matin, heure de l'Est. Après avoir rappelé ses priorités comme premier ministre, il a ajouté: «Ce qui importe possiblement plus, c'est d'entreprendre la tâche de rebâtir le fédéralisme dans la province du Québec. Je suis particulièrement fier que les anglophones et les francophones aient travaillé ensemble pour provoquer un véritable changement au Québec. Notre gouvernement bâtira une voix nouvelle et dynamique pour le fédéralisme au Québec. Et à la population de l'Ouest, laissez-moi dire une chose de façon claire: l'Ouest est maintenant intégré. Le Canada travaillera pour chacun de nous.»

Stephen Harper a également promis aux Canadiens qu'il respecterait ses engagements, terminant son discours par un cri du coeur. «Chers amis, je n'ai jamais été aussi fier de notre grand pays et je suis honoré et renversé qu'on m'ait demandé de le diriger. Nous allons gouverner comme nous l'avons annoncé en campagne, dans un esprit d'espoir et non de peur. Nous allons faire et y mettre tout ce que nous pouvons. De temps à autre, nous allons même commettre des erreurs. Par contre, chaque jour je peux vous assurer d'une chose: je vais me dédier à faire du Canada un pays plus uni, plus fort, plus prospère et plus en sécurité.»






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