«God bless Canada»
Photo : Jacques Nadeau
Stephen Harper
«God bless Canada»: c'est par cette expression pour le moins connotée que le chef conservateur Stephen Harper, en route vers la victoire lundi, termine plusieurs de ses discours en anglais. Malgré ces accents religieux américains, aucune organisation religieuse ou de philosophie conservatrice n'ose dire ouvertement qu'elle appuie le parti de M. Harper, bien que plusieurs candidats en soient issus. D'une part par stratégie: le parti a tout fait pendant la campagne pour museler cette portion de sa base. D'autre part parce que ces organisations ont l'ambition de construire au Canada un véritable «mouvement conservateur» qui maintiendra la pression sur le gouvernement pendant tout le mandat et au-delà. Selon elles, la victoire de Harper ne serait qu'un début et non un aboutissement.
En entendant «God bless Canada» dans la bouche de Stephen Harper, Clifford Krauss, correspondant du New York Times, a été intrigué. «Il est assez inhabituel — surtout au Québec, mais aussi ailleurs au Canada — d'entendre une telle chose chez vous», raconte Krauss, en poste depuis quatre ans dans notre dominion. «Vos politiciens parlent rarement de Dieu ou de leurs croyances religieuses. Les églises sont de plus en plus vides et le mariage homosexuel a été légalisé.» Selon Krauss, qui suit la campagne électorale fédérale, Stephen Harper ose cette finale déiste pour plusieurs raisons: d'abord pour se distinguer des libéraux, «qu'on n'imaginerait jamais dire une telle chose». Ensuite, il fait ainsi plaisir à «une partie de sa base».
Pourtant, il est difficile de trouver une organisation ou un leader religieux qui soit prêt à s'afficher «Harper» sans équivoque dans cette campagne (à part les Chevaliers de Colomb, dont le leader a publié une lettre le mois dernier). La consigne de prudence, racontent des sources, a été adressée à toute la nébuleuse religieuse canadienne et dépasse même les frontières du parti.
Si on ne les entend pas davantage, c'est que «les religieux sont moins importants qu'on le dit pour le Parti conservateur», soutient Paul Jackson, chroniqueur au Calgary Sun, qui dit bien connaître Harper. «De toute façon, il les a calmés en promettant de tenir un vote libre sur le mariage homosexuel», opine-t-il. Selon lui, on peut faire un parallèle entre la stratégie que le chef Brian Mulroney avait adoptée en 1984 face aux conservateurs de l'Ouest qui réclamaient le rétablissement de la peine de mort: un vote libre au Parlement, tenu tôt pendant le mandat, un non clair, et le tour est joué.
Mais plusieurs militants religieux opposés au mariage homosexuel — bien qu'ils se montrent prudents sur ces questions ces jours-ci — laissent savoir qu'ils ne lâcheront pas le morceau.
«En démocratie, aucune question n'est réglée pour toujours», dit Joseph Ben-Ami, directeur exécutif de l'Institute for Canadian Values, un nouveau think tank de droite fondé en mars 2005. M. Ben-Ami, qui a travaillé au cabinet de l'ancien chef de l'Alliance canadienne, Stockwell Day (ce qu'il passe sous silence en entrevue), estime «intéressant» de voir les conservateurs mener dans les intentions de vote: «Les scores sont particulièrement surprenants dans votre province!» Mais il insiste: «Nous sommes tout à fait non partisans, nous travaillons avec tous les partis.»
L'institut en question, qui revendique près de
10 000 membres, bénéficie d'un budget d'un peu moins d'un million de dollars et compte une quinzaine d'employés, fait partie de la stratégie des social conservatives, ou conservateurs sociaux ou moraux, ces militants du spectre idéologique (et non du parti) conservateur surtout intéressés par les questions dites morales. Ils souhaitent éviter de se faire faire un «coup à la Mulroney», comme une source nous l'a affirmé.
Basé à Ottawa, l'organisme s'est donné pour but de représenter les intérêts et les opinions des gens de «diverses convictions religieuses», peu importe dans quel parti ils se trouvent. «Il y a bien des juifs, des musulmans, etc., qui s'opposent au mariage homosexuel», par exemple.
C'est après le combat perdu contre le mariage homosexuel, auquel il a participé, que M. Ben-Ami et certains compagnons d'armes ont conclu qu'un tel lobby «manquait cruellement» dans la capitale fédérale. «Nous nous sommes dit qu'il fallait être ici sur une base permanente, certes pour influencer le pouvoir mais aussi pour faire de la recherche, éduquer les gens, faire connaître nos positions.» Selon lui, il se fait beaucoup de militantisme à gauche mais pas assez à droite. «À l'heure actuelle, il n'y a pas de vrai mouvement de droite religieuse au Canada», affirme-t-il.
Inspiration américaine
Ainsi, fin novembre, l'Institute for Canadian Values (ICV) a organisé la Canadian Values Conference, dont le point d'orgue a été le discours de Ralph Reed, célèbre militant de droite américain, ancien directeur exécutif de la Christian Coalition et organisateur pour la réélection de George W. Bush en 2004. L'an dernier, Time Magazine a présenté M. Reed en couverture comme «la main droite de Dieu». «C'est un organisateur de terrain hors pair», dit M. Ben-Ami, de qui la droite canadienne peut beaucoup apprendre. «Le travail de terrain [grass roots] fonctionne toujours et ça fonctionnera au Canada», a déclaré M. Reed à Toronto, selon une transcription de son discours. L'autre principe présenté par M. Reed: ne pas diluer le message conservateur dans l'espoir d'attirer plus de monde. «Vous pouvez gagner! [...] L'histoire n'est pas statique. Son cours peut être modifié», a-t-il déclaré.
Président de la Campagne Québec-Vie (contre l'avortement), Luc Gagnon milite au Parti conservateur et a participé au colloque de l'ICV. Il dit avoir beaucoup apprécié le discours de Ralph Reed à Toronto le 1er décembre dernier, où il a aperçu plusieurs candidats conservateurs bien connus comme Jim Flaherty, qui a fait partie du gouvernement de Mike Harris et «qui pourrait bien être le prochain ministre des Finances du Canada». En fait, se réjouit M. Gagnon, «trois ministres des Finances potentiels sont pro-vie et pro-mariage traditionnel: Stockwell Day, Monte Solberg [candidat dans Medicine Hat, en Alberta] et Jim Flaherty».
Catholique traditionaliste, directeur d'Égards, une petite revue autoproclamée de «résistance conservatrice», M. Gagnon ne portait plus à terre cette semaine. «Il se produit ce que j'ai toujours espéré», a-t-il confié devant la perspective d'une victoire conservatrice. Sur la question de l'avortement, il le dit d'emblée: «Avec une députation conservatrice, on a des chances de marquer des points.» Il prévoit une «stratégie étapiste» avec des dépôts de projets de loi d'initiative privée: «Il y a des moyens détournés pour remettre sur la table la question de l'avortement.» Selon lui, une première étape pourrait consister à proposer un projet de loi d'initiative privée sur l'avortement «tardif». Il estime aussi que le député «pro-vie» albertain Garry Breitkreuz déposera de nouveau un projet de loi présenté l'an dernier et qui réclamerait du gouvernement canadien des «études très précises sur les conséquences de l'avortement sur la santé psychologique et physique des femmes pour éclairer davantage les femmes par rapport à l'avortement», affirme-t-il.
M. Gagnon, qui était au congrès du Parti conservateur en mars 2005 à Montréal, en garde un bon souvenir: «Notre combat premier à nous, délégués du Québec du conservatisme moral, était sur le mariage gai, et nous l'avons emporté: 54 % des délégués du Québec se sont prononcés en faveur du rétablissement de la définition traditionnelle du mariage.»
Selon lui, après lundi, il y a de bonnes chances que lors d'un vote libre en Chambre, une majorité rejette le mariage homosexuel puisque les rangs de ceux qui s'y opposent sont appelés à croître. Prédiction confirmée par son adversaire idéologique, Gilles Marchildon, de l'organisme Égale Canada, voué à la promotion et à la défense du mariage homosexuel. «En effet, c'est ce qu'on craint, selon certaines compilations de candidats qu'on est à faire», dit-il. Fin mai 2005, Charles McVety, président du Canada Christian College — personnage clé dans les organisations évangéliques canadiennes —, déclarait au Globe and Mail: «Nous souhaitons qu'il y ait des candidats pro-mariage [traditionnel] dans tout le pays. Au Parlement actuel, nous avons 141 députés pro-mariage et notre espoir est d'obtenir un Parlement pro-mariage.» (Notons que malgré plusieurs messages laissés à son bureau et chez lui, M. McVety n'a jamais rappelé Le Devoir.)
Des observateurs soulignent que plusieurs candidats conservateurs sont issus des organisations à orientation religieuse ou de conservatisme social. Dans Ajax-Pickering, en Ontario, le pasteur Rondo Thomas, vice-président du Christian College of Canada, est candidat avec l'appui actif de Charles McVety. Darrel Reid, candidat dans Richmond, en Colombie-Britannique, est un ancien président de l'organisation Focus on the Family, un lobby entre autres opposé à l'homosexualité et qui a récemment ouvert un bureau à Ottawa. Reid a aussi été chef de cabinet de Preston Manning au moment où celui-ci était chef du Reform Party. David Sweet, candidat dans Ancaster-Dundas-Flamborough-Westdale, en Ontario, a été président de la filiale canadienne de l'organisation américaine des Promise Keepers. Quant à Cindy Silver, candidate dans North Vancouver, elle a été directrice exécutive du Christian Legal Fellowship.
Luc Gagnon estime que si ces personnes sont élues ou réélues, elles pourraient faire avancer des dossiers importants pour les conservateurs sociaux ou moraux. Au Québec, il salue l'appui du candidat de Beauce, Maxime Bernier, à «la définition traditionnelle du mariage». Mais il déplore que des Josée Verner (dans Saint-Laurent) ou encore un Daniel Fournier (dans Outremont) se soient déclarés ouvertement pro-choix et en faveur du mariage homosexuel.
«Ce sont des "red Tories"», dit Richard Bastien, économiste retraité du gouvernement fédéral, senior fellow de l'Institute for Canadian Values et directeur de la Catholic Civil Rights League de la région d'Ottawa. À écouter M. Bastien, on se demande si ces «red Tories» (à la Joe Clark) ont encore leur place au sein du parti de Stephen Harper. Selon M. Bastien (qui écrit aussi dans la revue Égards), c'est une raison pour les conservateurs sociaux comme lui de se méfier du PC, même s'il admire M. Harper. «Ce qui est important pour nous, c'est de créer un mouvement conservateur» dans la société canadienne, comme celui qui a permis aux néoconservateurs américains non seulement de remporter la présidence deux fois plutôt qu'une mais de contribuer à transformer de l'intérieur la société américaine. Et l'arrivée au gouvernement d'un Parti conservateur «non progressiste» «ne nuira sans doute pas», dit-il.
En entendant «God bless Canada» dans la bouche de Stephen Harper, Clifford Krauss, correspondant du New York Times, a été intrigué. «Il est assez inhabituel — surtout au Québec, mais aussi ailleurs au Canada — d'entendre une telle chose chez vous», raconte Krauss, en poste depuis quatre ans dans notre dominion. «Vos politiciens parlent rarement de Dieu ou de leurs croyances religieuses. Les églises sont de plus en plus vides et le mariage homosexuel a été légalisé.» Selon Krauss, qui suit la campagne électorale fédérale, Stephen Harper ose cette finale déiste pour plusieurs raisons: d'abord pour se distinguer des libéraux, «qu'on n'imaginerait jamais dire une telle chose». Ensuite, il fait ainsi plaisir à «une partie de sa base».
Pourtant, il est difficile de trouver une organisation ou un leader religieux qui soit prêt à s'afficher «Harper» sans équivoque dans cette campagne (à part les Chevaliers de Colomb, dont le leader a publié une lettre le mois dernier). La consigne de prudence, racontent des sources, a été adressée à toute la nébuleuse religieuse canadienne et dépasse même les frontières du parti.
Si on ne les entend pas davantage, c'est que «les religieux sont moins importants qu'on le dit pour le Parti conservateur», soutient Paul Jackson, chroniqueur au Calgary Sun, qui dit bien connaître Harper. «De toute façon, il les a calmés en promettant de tenir un vote libre sur le mariage homosexuel», opine-t-il. Selon lui, on peut faire un parallèle entre la stratégie que le chef Brian Mulroney avait adoptée en 1984 face aux conservateurs de l'Ouest qui réclamaient le rétablissement de la peine de mort: un vote libre au Parlement, tenu tôt pendant le mandat, un non clair, et le tour est joué.
Mais plusieurs militants religieux opposés au mariage homosexuel — bien qu'ils se montrent prudents sur ces questions ces jours-ci — laissent savoir qu'ils ne lâcheront pas le morceau.
«En démocratie, aucune question n'est réglée pour toujours», dit Joseph Ben-Ami, directeur exécutif de l'Institute for Canadian Values, un nouveau think tank de droite fondé en mars 2005. M. Ben-Ami, qui a travaillé au cabinet de l'ancien chef de l'Alliance canadienne, Stockwell Day (ce qu'il passe sous silence en entrevue), estime «intéressant» de voir les conservateurs mener dans les intentions de vote: «Les scores sont particulièrement surprenants dans votre province!» Mais il insiste: «Nous sommes tout à fait non partisans, nous travaillons avec tous les partis.»
L'institut en question, qui revendique près de
10 000 membres, bénéficie d'un budget d'un peu moins d'un million de dollars et compte une quinzaine d'employés, fait partie de la stratégie des social conservatives, ou conservateurs sociaux ou moraux, ces militants du spectre idéologique (et non du parti) conservateur surtout intéressés par les questions dites morales. Ils souhaitent éviter de se faire faire un «coup à la Mulroney», comme une source nous l'a affirmé.
Basé à Ottawa, l'organisme s'est donné pour but de représenter les intérêts et les opinions des gens de «diverses convictions religieuses», peu importe dans quel parti ils se trouvent. «Il y a bien des juifs, des musulmans, etc., qui s'opposent au mariage homosexuel», par exemple.
C'est après le combat perdu contre le mariage homosexuel, auquel il a participé, que M. Ben-Ami et certains compagnons d'armes ont conclu qu'un tel lobby «manquait cruellement» dans la capitale fédérale. «Nous nous sommes dit qu'il fallait être ici sur une base permanente, certes pour influencer le pouvoir mais aussi pour faire de la recherche, éduquer les gens, faire connaître nos positions.» Selon lui, il se fait beaucoup de militantisme à gauche mais pas assez à droite. «À l'heure actuelle, il n'y a pas de vrai mouvement de droite religieuse au Canada», affirme-t-il.
Inspiration américaine
Ainsi, fin novembre, l'Institute for Canadian Values (ICV) a organisé la Canadian Values Conference, dont le point d'orgue a été le discours de Ralph Reed, célèbre militant de droite américain, ancien directeur exécutif de la Christian Coalition et organisateur pour la réélection de George W. Bush en 2004. L'an dernier, Time Magazine a présenté M. Reed en couverture comme «la main droite de Dieu». «C'est un organisateur de terrain hors pair», dit M. Ben-Ami, de qui la droite canadienne peut beaucoup apprendre. «Le travail de terrain [grass roots] fonctionne toujours et ça fonctionnera au Canada», a déclaré M. Reed à Toronto, selon une transcription de son discours. L'autre principe présenté par M. Reed: ne pas diluer le message conservateur dans l'espoir d'attirer plus de monde. «Vous pouvez gagner! [...] L'histoire n'est pas statique. Son cours peut être modifié», a-t-il déclaré.
Président de la Campagne Québec-Vie (contre l'avortement), Luc Gagnon milite au Parti conservateur et a participé au colloque de l'ICV. Il dit avoir beaucoup apprécié le discours de Ralph Reed à Toronto le 1er décembre dernier, où il a aperçu plusieurs candidats conservateurs bien connus comme Jim Flaherty, qui a fait partie du gouvernement de Mike Harris et «qui pourrait bien être le prochain ministre des Finances du Canada». En fait, se réjouit M. Gagnon, «trois ministres des Finances potentiels sont pro-vie et pro-mariage traditionnel: Stockwell Day, Monte Solberg [candidat dans Medicine Hat, en Alberta] et Jim Flaherty».
Catholique traditionaliste, directeur d'Égards, une petite revue autoproclamée de «résistance conservatrice», M. Gagnon ne portait plus à terre cette semaine. «Il se produit ce que j'ai toujours espéré», a-t-il confié devant la perspective d'une victoire conservatrice. Sur la question de l'avortement, il le dit d'emblée: «Avec une députation conservatrice, on a des chances de marquer des points.» Il prévoit une «stratégie étapiste» avec des dépôts de projets de loi d'initiative privée: «Il y a des moyens détournés pour remettre sur la table la question de l'avortement.» Selon lui, une première étape pourrait consister à proposer un projet de loi d'initiative privée sur l'avortement «tardif». Il estime aussi que le député «pro-vie» albertain Garry Breitkreuz déposera de nouveau un projet de loi présenté l'an dernier et qui réclamerait du gouvernement canadien des «études très précises sur les conséquences de l'avortement sur la santé psychologique et physique des femmes pour éclairer davantage les femmes par rapport à l'avortement», affirme-t-il.
M. Gagnon, qui était au congrès du Parti conservateur en mars 2005 à Montréal, en garde un bon souvenir: «Notre combat premier à nous, délégués du Québec du conservatisme moral, était sur le mariage gai, et nous l'avons emporté: 54 % des délégués du Québec se sont prononcés en faveur du rétablissement de la définition traditionnelle du mariage.»
Selon lui, après lundi, il y a de bonnes chances que lors d'un vote libre en Chambre, une majorité rejette le mariage homosexuel puisque les rangs de ceux qui s'y opposent sont appelés à croître. Prédiction confirmée par son adversaire idéologique, Gilles Marchildon, de l'organisme Égale Canada, voué à la promotion et à la défense du mariage homosexuel. «En effet, c'est ce qu'on craint, selon certaines compilations de candidats qu'on est à faire», dit-il. Fin mai 2005, Charles McVety, président du Canada Christian College — personnage clé dans les organisations évangéliques canadiennes —, déclarait au Globe and Mail: «Nous souhaitons qu'il y ait des candidats pro-mariage [traditionnel] dans tout le pays. Au Parlement actuel, nous avons 141 députés pro-mariage et notre espoir est d'obtenir un Parlement pro-mariage.» (Notons que malgré plusieurs messages laissés à son bureau et chez lui, M. McVety n'a jamais rappelé Le Devoir.)
Des observateurs soulignent que plusieurs candidats conservateurs sont issus des organisations à orientation religieuse ou de conservatisme social. Dans Ajax-Pickering, en Ontario, le pasteur Rondo Thomas, vice-président du Christian College of Canada, est candidat avec l'appui actif de Charles McVety. Darrel Reid, candidat dans Richmond, en Colombie-Britannique, est un ancien président de l'organisation Focus on the Family, un lobby entre autres opposé à l'homosexualité et qui a récemment ouvert un bureau à Ottawa. Reid a aussi été chef de cabinet de Preston Manning au moment où celui-ci était chef du Reform Party. David Sweet, candidat dans Ancaster-Dundas-Flamborough-Westdale, en Ontario, a été président de la filiale canadienne de l'organisation américaine des Promise Keepers. Quant à Cindy Silver, candidate dans North Vancouver, elle a été directrice exécutive du Christian Legal Fellowship.
Luc Gagnon estime que si ces personnes sont élues ou réélues, elles pourraient faire avancer des dossiers importants pour les conservateurs sociaux ou moraux. Au Québec, il salue l'appui du candidat de Beauce, Maxime Bernier, à «la définition traditionnelle du mariage». Mais il déplore que des Josée Verner (dans Saint-Laurent) ou encore un Daniel Fournier (dans Outremont) se soient déclarés ouvertement pro-choix et en faveur du mariage homosexuel.
«Ce sont des "red Tories"», dit Richard Bastien, économiste retraité du gouvernement fédéral, senior fellow de l'Institute for Canadian Values et directeur de la Catholic Civil Rights League de la région d'Ottawa. À écouter M. Bastien, on se demande si ces «red Tories» (à la Joe Clark) ont encore leur place au sein du parti de Stephen Harper. Selon M. Bastien (qui écrit aussi dans la revue Égards), c'est une raison pour les conservateurs sociaux comme lui de se méfier du PC, même s'il admire M. Harper. «Ce qui est important pour nous, c'est de créer un mouvement conservateur» dans la société canadienne, comme celui qui a permis aux néoconservateurs américains non seulement de remporter la présidence deux fois plutôt qu'une mais de contribuer à transformer de l'intérieur la société américaine. Et l'arrivée au gouvernement d'un Parti conservateur «non progressiste» «ne nuira sans doute pas», dit-il.
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