Les politiciens, ces mal-aimés
Si les préjugés ont la vie dure, ils sont avant tout injustes. À la fin de cette campagne électorale et à la veille d'aller mettre sa croix à côté d'un nom qui, en général, est un visage inconnu placardé sur les poteaux, c'est peut-être l'occasion de se pencher sur les personnes qui choisissent de faire le saut en politique et qui ne sont pas, sauf exception, des bandits, des voleurs, des corrompus, des hypocrites, toutes ces qualités dont les affuble l'opinion publique, alimentée en cela par les médias et les malhonnêtes qui sévissent sur la scène politique.
D'abord, il semble bien que l'être humain tire autant de plaisir à détester qu'à aimer. Et les politiciens sont des gens qu'on aime détester et à propos desquels notre jugement ne s'embarrasse d'aucune nuance. L'opinion publique est également réticente à respecter ceux à qui elle confère l'exercice de l'autorité, comme si elle se refusait à ce transfert de responsabilité. Or la plupart des gens fuient ce genre de responsabilité. On se retrouve donc dans une situation de porte-à-faux au désavantage systématique de la personne qui choisit la politique.
Dans le contexte post-Gomery, il n'en faut pas plus pour que s'excitent les démagogues en tout genre, dont certains, plus scribouilleurs que d'autres, ont barbouillé de «pourri» et de «vendu» les affiches électorales. Ces petits gestes de délinquance font sourire beaucoup d'électeurs, eux-mêmes confortés dans leurs perceptions préjugées. Ce genre d'enfantillage est cependant moins innocent qu'on pourrait le croire.
Parce qu'enfin, qui souhaite le boycottage du processus de représentation, un des fondements de l'exercice démocratique? Qui peut se réjouir que les plus doués, les plus altruistes, les plus convaincus du bien-fondé des changements sociaux, restent à l'écart de l'engagement politique à titre de candidats potentiels? Qui peut désirer que le bien commun devienne incarné par des arrivistes, des têtes brûlées, des irresponsables ou des lunatiques? Qui peut vouloir confier nos institutions à des gens qui les utiliseront à leurs propres fins et à leur propre profit?
***
La très grande majorité des gens qui optent pour la politique sont animés par un idéal, possèdent des convictions, croient au bien-être collectif et ne se couronnent pas du titre de roi. La perfection n'est pas de ce monde, on en convient, mais à force de tirer sur les politiciens, on finira par vider les futurs parlements des gens de qualité. D'autant plus que l'époque est bien peu favorable à l'altruisme, au dévouement et à l'évaluation personnelle. Plus personne ne veut être jugé de nos jours, ni les étudiants, ni les profs, ni les parents, ni les syndiqués, ni les cadres. Les politiciens sont en première ligne du jugement populaire et leur sort peut en être jeté à chaque scrutin. N'est-ce pas déjà une qualité de se soumettre à pareil processus?
Dans la société individualiste, l'engagement personnel envers la communauté ne va pas de soi, et ceux qui tentent l'aventure suscitent en général des commentaires aigres-doux alimentés par des arrière-pensées. On se méfie de la pureté de leurs intentions, on remet en question leur compétence professionnelle dans le métier qu'ils ont quitté pour la politique et, surtout, on persiste à croire que la plupart d'entre eux sont attirés par l'appât du gain et la gloire. Or la conviction demeure un élément fondamental du choix d'une carrière politique. De plus, il faut savoir que les ministres, par exemple, gagnent moins que plusieurs des haut fonctionnaires qui exécutent leurs politiques (ou qui les freinent, pourrait-on aussi dire) et infiniment moins que n'importe quel amuseur public vedette.
Lundi soir, ils seront nombreux à mordre la poussière. Les ministres battus retourneront dans l'ombre, dans l'anonymat, et les offres d'emploi ne pleuvront pas, contrairement à ce que certains aiment croire. Le jeu est cruel. Tous n'ont pas démérité, et les malhonnêtes, les véreux et les cyniques seront souvent ceux qui s'en tireront à meilleurs frais car la solidarité des voyous est plus forte que celle qui unit les honnêtes gens.
Il faut craindre pour l'avenir d'une société qui ne réussit pas à attirer des citoyens de qualité pour la servir et, en ce sens, nous sommes tous interpellés. Les éclabousseurs de la politique ne sont pas seulement ceux qui la trahissent de l'intérieur par des scandales, ce sont aussi ceux qui la dédaignent de l'extérieur et alimentent ainsi les démolisseurs d'une institution imparfaite mais irremplaçable.
denbombardier@videotron.ca
D'abord, il semble bien que l'être humain tire autant de plaisir à détester qu'à aimer. Et les politiciens sont des gens qu'on aime détester et à propos desquels notre jugement ne s'embarrasse d'aucune nuance. L'opinion publique est également réticente à respecter ceux à qui elle confère l'exercice de l'autorité, comme si elle se refusait à ce transfert de responsabilité. Or la plupart des gens fuient ce genre de responsabilité. On se retrouve donc dans une situation de porte-à-faux au désavantage systématique de la personne qui choisit la politique.
Dans le contexte post-Gomery, il n'en faut pas plus pour que s'excitent les démagogues en tout genre, dont certains, plus scribouilleurs que d'autres, ont barbouillé de «pourri» et de «vendu» les affiches électorales. Ces petits gestes de délinquance font sourire beaucoup d'électeurs, eux-mêmes confortés dans leurs perceptions préjugées. Ce genre d'enfantillage est cependant moins innocent qu'on pourrait le croire.
Parce qu'enfin, qui souhaite le boycottage du processus de représentation, un des fondements de l'exercice démocratique? Qui peut se réjouir que les plus doués, les plus altruistes, les plus convaincus du bien-fondé des changements sociaux, restent à l'écart de l'engagement politique à titre de candidats potentiels? Qui peut désirer que le bien commun devienne incarné par des arrivistes, des têtes brûlées, des irresponsables ou des lunatiques? Qui peut vouloir confier nos institutions à des gens qui les utiliseront à leurs propres fins et à leur propre profit?
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La très grande majorité des gens qui optent pour la politique sont animés par un idéal, possèdent des convictions, croient au bien-être collectif et ne se couronnent pas du titre de roi. La perfection n'est pas de ce monde, on en convient, mais à force de tirer sur les politiciens, on finira par vider les futurs parlements des gens de qualité. D'autant plus que l'époque est bien peu favorable à l'altruisme, au dévouement et à l'évaluation personnelle. Plus personne ne veut être jugé de nos jours, ni les étudiants, ni les profs, ni les parents, ni les syndiqués, ni les cadres. Les politiciens sont en première ligne du jugement populaire et leur sort peut en être jeté à chaque scrutin. N'est-ce pas déjà une qualité de se soumettre à pareil processus?
Dans la société individualiste, l'engagement personnel envers la communauté ne va pas de soi, et ceux qui tentent l'aventure suscitent en général des commentaires aigres-doux alimentés par des arrière-pensées. On se méfie de la pureté de leurs intentions, on remet en question leur compétence professionnelle dans le métier qu'ils ont quitté pour la politique et, surtout, on persiste à croire que la plupart d'entre eux sont attirés par l'appât du gain et la gloire. Or la conviction demeure un élément fondamental du choix d'une carrière politique. De plus, il faut savoir que les ministres, par exemple, gagnent moins que plusieurs des haut fonctionnaires qui exécutent leurs politiques (ou qui les freinent, pourrait-on aussi dire) et infiniment moins que n'importe quel amuseur public vedette.
Lundi soir, ils seront nombreux à mordre la poussière. Les ministres battus retourneront dans l'ombre, dans l'anonymat, et les offres d'emploi ne pleuvront pas, contrairement à ce que certains aiment croire. Le jeu est cruel. Tous n'ont pas démérité, et les malhonnêtes, les véreux et les cyniques seront souvent ceux qui s'en tireront à meilleurs frais car la solidarité des voyous est plus forte que celle qui unit les honnêtes gens.
Il faut craindre pour l'avenir d'une société qui ne réussit pas à attirer des citoyens de qualité pour la servir et, en ce sens, nous sommes tous interpellés. Les éclabousseurs de la politique ne sont pas seulement ceux qui la trahissent de l'intérieur par des scandales, ce sont aussi ceux qui la dédaignent de l'extérieur et alimentent ainsi les démolisseurs d'une institution imparfaite mais irremplaçable.
denbombardier@videotron.ca
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