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L'allié circonstanciel de Paul Martin éclipse le chef libéral - Harper est un séparatiste, dit Buzz Hargrove

Le syndicaliste invite les Québécois à voter pour le Bloc québécois afin de barrer la route aux conservateurs

19 janvier 2006  Canada
Paul Martin a eu la désagréable surprise d’entendre son allié circonstanciel, Buzz Hargrove, traiter le chef conservateur de séparatiste et inviter les Québécois à voter pour le Bloc québécois.
Photo : Agence Reuters
Paul Martin a eu la désagréable surprise d’entendre son allié circonstanciel, Buzz Hargrove, traiter le chef conservateur de séparatiste et inviter les Québécois à voter pour le Bloc québécois.
London, Ont. — Les appels au vote stratégique prennent des allures de plus en plus insolites dans cette campagne électorale. Paul Martin en est rendu à courtiser le vote vert tandis que Buzz Hargrove, le syndicaliste néo-démocrate converti au Parti libéral, considère désormais Stephen Harper comme un «séparatiste» que les Québécois doivent arrêter à tout prix, quitte à voter... pour le parti séparatiste de Gilles Duceppe.

Le puissant syndicaliste ontarien a totalement éclipsé le chef libéral Paul Martin, aux côtés de qui il faisait pourtant campagne hier dans la petite ville de Strathroy, dans le Sud-Ouest ontarien. M. Hargrove était venu livrer son message, assassin pour le NPD, dont il se réclame toujours: les électeurs doivent localement appuyer le parti en mesure de défaire le candidat conservateur. Dans sa région de Mississauga, ce sera un libéral. Et au Québec, ce sera le plus souvent un bloquiste.

«Je crois que la dévolution de pouvoirs aux provinces, pas seulement au Québec, relâchera les liens qui font de nous une nation, et quiconque fait la promotion de cela adopte le discours des séparatistes», a déclaré aux journalistes M. Hargrove, en multipliant les déclarations étonnantes sur Stephen Harper. «Ce sont les conditions gagnantes que les séparatistes du Québec attendent.» Selon lui, les Québécois «vont d'un séparatiste à l'autre aux élections. C'est ce qu'ils font en ce moment. Ils voient en lui [Stephen Harper] un séparatiste.»

Interrogé pour savoir s'il fallait voter pour le Bloc québécois au Québec, M. Hargrove s'est borné à dire que les Québécois devraient «suivre leur conscience». «Je les implore de voter de n'importe quelle façon possible [pour arrêter les conservateurs].»

La réaction de Paul Martin ne s'est pas fait attendre. Il a déclaré qu'il ne partageait «pas du tout» cette lecture de la situation. «J'ai de profondes divisions avec M. Harper, mais je n'ai jamais mis en doute son patriotisme. M. Hargrove a corrigé le tir.» En effet, quelques minutes plus tard, voyant le tumulte qu'il venait de déclencher, M. Hargrove a diffusé un communiqué dans lequel il assure que M. Harper «est un fédéraliste», mais qu'il «joue le jeu des séparatistes» avec son plan de décentralisation.

Le premier intéressé a demandé à son rival libéral de rappeler à l'ordre Buzz Hargrove. «Je ne pense pas qu'aucun fédéraliste ne devrait demander aux gens de voter pour des séparatistes. M. Martin devrait se distancier de M. Hargrove parce que ce genre de commentaires est mauvais pour le pays», a déclaré Stephen Harper. Ainsi, le message de M. Martin s'est retrouvé une fois de plus obscurci par une gaffe, cette fois commise par un supposé allié.

Le chef libéral a lui aussi étonné en appelant les électeurs tentés par le Parti vert à se rallier à lui. «Le vote progressiste que nous représentons est divisé entre nous, le NPD, les [anciens] progressistes-conservateurs, le Parti vert. Si nous voulons arrêter Stephen Harper, nous devons nous rallier. Nous ne pouvons pas être divisés», a-t-il lancé dans le comté de Kitchener-Conestoga. En 2004, Lynn Myers avait emporté ce comté par moins de 3000 voix. Le Parti vert y avait récolté 6,7 % des votes. Il a réutilisé cet appel devant les militants de Halton, où les verts avaient obtenu environ 5 %.

Harper et le Québec

M. Martin a reconnu pour la première fois l'intérêt que suscite Stephen Harper au Québec et a mis en garde les Québécois contre cet engouement. «Un certain nombre de Québécois veulent voter pour Stephen Harper. Quand ils prendront le crayon pour marquer leur bulletin de vote, ils doivent se rappeler exactement ce pour quoi ils votent», a dit M. Martin, en rappelant l'appui de Stephen Harper à la guerre en Irak, au bouclier antimissile américain ou encore sa promesse d'abolir le futur programme national de garderies. Il a même soutenu que M. Harper voulait remettre l'avortement à l'ordre du jour. «Il n'y a absolument rien que le Bloc peut faire pour l'empêcher. Rien.»

Ainsi, M. Martin a complètement mis de côté sa rhétorique référendaire du début de la campagne, par laquelle il invitait tous les fédéralistes du Québec à se rallier derrière lui, alors en deuxième place, pour battre le Bloc québécois. Le Parti conservateur a remplacé le PLC au second rang au Québec. Le dernier coup de sonde de la maison CROP réalisé pour le compte de La Presse place le Bloc québécois à 39 %, les conservateurs à 25 % et les libéraux à 20 % seulement.

Signe des difficultés de la campagne libérale, M. Martin a utilisé sa journée d'hier pour sillonner la périphérie torontoise, en particulier quatre circonscriptions où les libéraux l'avaient emporté aux dernières élections par de courtes majorités. M. Martin a choisi de consolider ses appuis alors que son rival conservateur s'est aventuré en territoire auparavant hostile, les centres-villes torontois et montréalais. Les seuls encouragements seront venus du Toronto Star, qui a donné son appui en éditorial à Paul Martin, et du premier ministre ontarien Dalton McGuinty, qui a fait de même.

M. Martin a répété que seul lui ou son rival Stephen Harper avaient de réelles chances de devenir premier ministre et qu'il fallait donc choisir entre ces deux options. Puis, curieusement, il s'en est pris au chef néo-démocrate, Jack Layton, qui a dit pouvoir s'accommoder d'un gouvernement conservateur. M. Martin a donné l'impression qu'il se battait pour la seconde place. Il a même parlé, lors d'une visite éclair du conseil municipal de London, du «gouvernement Harper».
 
 
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