École d'été de l'Institut du Nouveau Monde - Résolution de conflits et défis à relever
Photo : Agence Reuters Christian Charisius
En reproduisant le contexte du sommet de Copenhague, où la communauté internationale n’a pu s’entendre sur l’imposition d’objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre, l’École d’été de l’Institut du Nouveau Monde a constaté que le processus de négociation est lui-même déficient.
Échec à Copenhague. Écueils dans la reconstruction d'Haïti. Litiges autour du Plan Nord du gouvernement du Québec. Impasse dans le débat sur la laïcité. Pertes d'emplois dans des secteurs clés de notre économie. Nos dirigeants peinent à résoudre les conflits et à relever les défis de notre époque. À l'École d'été de l'Institut du Nouveau Monde, du 12 au 15 août derniers, nous étions 400 jeunes de 15 à 35 ans réunis pour discuter du «nouveau monde» dans lequel nous voulons vivre et proposer des approches susceptibles de donner de meilleurs résultats. Nous les soumettons à votre attention.
Dans le cadre de l'École d'été, la majorité des inscrits ont participé à des échanges construits sous la forme d'un jeu de rôle autour d'une problématique non résolue (changements climatiques, crise humanitaire, diversité culturelle, relations autochtones et négociations syndicales). Cet exercice a exigé une grande ouverture d'esprit.
En incarnant des dirigeants d'entreprise, des ministres, des leaders syndicaux, des chefs autochtones ou des représentants de la société civile, nous avons été mis devant la difficulté de faire triompher le bien commun sur les intérêts particuliers. Nous avons pris conscience de la réalité des rapports de force au sein d'une société. Cependant, en ouvrant les dialogues, il a été possible de surmonter nos divergences d'opinions pour arriver à des propositions.
Changements climatiques
Lors du sommet de Copenhague en décembre dernier, la communauté internationale n'a pu s'entendre sur l'imposition d'objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre, de sorte que la conférence a été considérée comme un échec. En reproduisant le contexte du sommet de Copenhague, nous avons constaté, à l'École d'été, que le processus de négociation est lui-même déficient. Nous proposons de le réformer radicalement.
D'abord, il importe de donner un poids plus important aux recommandations du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Ainsi, les préoccupations écologiques, appuyées sur un consensus scientifique, seraient au coeur des négociations. Il faudrait également informer, sensibiliser et mobiliser adéquatement les populations sur les enjeux climatiques, exiger que la préparation à de grands sommets donne lieu à des exercices de participation citoyenne dans tous les pays et créer des ponts entre la société civile et les acteurs économiques, scientifiques et politiques.
Plus largement, il est temps de réfléchir à un modèle économique qui ne soit pas centré uniquement sur la croissance et qui tienne compte de l'empreinte écologique de nos choix. Nous avons besoin d'une vision forte, mobilisatrice et rassembleuse de l'avenir de la planète qui intègre la notion de responsabilité commune du patrimoine mondial, au-delà des intérêts nationaux.
Crise humanitaire
Il faut faire confiance aux peuples et les responsabiliser. Ces principes valent aussi dans une situation de crise humanitaire comme celle vécue en Haïti et que nous avons reproduite dans le cadre d'une négociation fictive pour la reconstruction d'une île inventée frappée par un séisme important.
Nos échanges nous ont conduits à la conclusion suivante: devant une crise humanitaire majeure, les objectifs de l'aide humanitaire devraient être pensés par et pour le peuple concerné, et ce, dans une perspective de développement durable et de respect de l'autonomie, notamment alimentaire, du pays.
Diversité culturelle
Nous avons essayé de nous entendre sur les principes d'une charte du «vivre-ensemble». Nous avons dégagé quelques principes. Toutes les religions, croyances et incroyances doivent être traitées par les pouvoirs publics sur un pied d'égalité, croyons-nous. Il importe de favoriser le dialogue interculturel en créant des lieux d'échanges où les Québécois de naissance, les Québécois issus de l'immigration et des Premières Nations puissent apprendre à mieux se connaître.
À cet égard, l'école est un de ces lieux de dialogue qui privilégie l'ouverture. Le cours d'éthique et de culture religieuse, que nous ne remettons pas en question, devrait donc faire place à toutes les religions, les croyances et incroyances afin d'éduquer et de sensibiliser les élèves à la diversité de façon équitable. Nous acceptons que les signes religieux soient portés par des citoyens fréquentant les institutions publiques et par quiconque dans l'espace public, à condition que la sécurité des autres citoyens ne soit pas menacée. Lorsque l'identification de citoyens ayant le visage couvert est nécessaire, nous pensons que ceux-ci doivent se découvrir devant une personne autorisée.
«Vision Nord»
Le gouvernement du Québec va rendre public prochainement le contenu d'un Plan Nord, un plan sur le développement des régions nordiques du territoire québécois. À l'École d'été, nous avons simulé une négociation sur le projet fictif «Vision Nord».
Reconnaissant la légitimité des revendications territoriales et de l'autonomie gouvernementale des nations autochtones, nous croyons qu'une table de négociation globale sur les questions du territoire et de la gouvernance doit être mise sur pied. Nous croyons également nécessaire la tenue d'un sommet sur l'énergie dans lequel il serait question de l'avenir du Nord-du-Québec, avant l'ouverture d'autres chantiers hydroélectriques, de même que la mise sur pied d'une table de concertation publique chargée de favoriser le développement de sources d'énergie alternatives.
Nous proposons également la création d'un fonds commun, alimenté par une redevance annuelle de 3 % des revenus d'exploitation des ressources naturelles, dont le fruit serait divisé entre les communautés locales autochtones et non autochtones à des fins de développement; la primauté accordée à l'emploi local et régional au seuil minimal de 30 %, dont la moitié pour les autochtones, en investissant dans la formation si nécessaire; l'octroi d'un tarif préférentiel sur l'énergie produite aux communautés locales afin de stimuler l'économie régionale.
Négociations syndicales
Enfin, nous avons simulé une négociation syndicale afin d'éviter la fermeture d'une usine. Nous avons réussi à conclure une entente avec l'employeur dans laquelle, misant sur la solidarité entre les travailleurs, nous avons accepté une révision des conditions de travail de l'ensemble des travailleurs afin de conserver tous les emplois.
L'entrepreneuriat social
Plusieurs projets innovants d'entrepreneuriat social ont aussi été développés à l'École d'été dans le cadre du programme «À go, on change le monde!». La création d'une vitrine Web où les artistes pourraient créer un profil contenant une description de leur projet et demander du financement public pour faire rayonner les produits culturels au Québec a été proposée, comme la création de tribunes offertes aux minorités culturelles, notamment une organisation qui donnerait une voix aux jeunes de la rue pour qu'ils expriment leur créativité et leurs revendications. Ou encore la mise en place de réseaux favorisant le rapprochement du milieu universitaire et du monde des affaires et le développement de réseaux de femmes d'affaires et d'étudiantes.
Enfin, avec le parcours Médias engagés, nous avons pu laisser des traces des expériences de l'École d'été, qu'elles soient visuelles, radiophoniques ou écrites. Le parcours médiatique nous a permis de prendre conscience de toute l'importance du rôle des médias pour rendre accessible une information de qualité. Car le défi d'une démocratie est de faire triompher le bien commun, non pas de s'accaparer le pouvoir. Pour éviter cela, mieux vaut être informé. Bien informé.
Pour poursuivre les échanges.
***
Ont signé ce texte, les participants de l'École d'été de l'INM: Frédérick Brousseau-Gauthier, Kristina Caradant-Siberg, Noémie Cheval, Catherine Couture, Robin Dumont, Lila Dussault, Véronique Girard, Catherine Grégoire, Lisette Grégoire, Lidia Guennaoui, Gabrielle Jacobs, Mélodie Jourdain-Michel, Jean Lapointe, Eli Larin, Sebastian Longhi Heredia, Parker Mah, Vincent Mai, Antoine Malouin, Lauréline Manassero, Hugue Mbedi Ebongue, Peter Muya Tshikala, Nhat-tan Nguyen, Anne Paquette-Tremblay, Catherine Picard, Elizabeth Poirier-Defoy, Isabelle Poulin, Laura René-Iavarone, Stéphanie Turcot et Manishaniss Vollant-Pilot.
Dans le cadre de l'École d'été, la majorité des inscrits ont participé à des échanges construits sous la forme d'un jeu de rôle autour d'une problématique non résolue (changements climatiques, crise humanitaire, diversité culturelle, relations autochtones et négociations syndicales). Cet exercice a exigé une grande ouverture d'esprit.
En incarnant des dirigeants d'entreprise, des ministres, des leaders syndicaux, des chefs autochtones ou des représentants de la société civile, nous avons été mis devant la difficulté de faire triompher le bien commun sur les intérêts particuliers. Nous avons pris conscience de la réalité des rapports de force au sein d'une société. Cependant, en ouvrant les dialogues, il a été possible de surmonter nos divergences d'opinions pour arriver à des propositions.
Changements climatiques
Lors du sommet de Copenhague en décembre dernier, la communauté internationale n'a pu s'entendre sur l'imposition d'objectifs chiffrés de réduction des gaz à effet de serre, de sorte que la conférence a été considérée comme un échec. En reproduisant le contexte du sommet de Copenhague, nous avons constaté, à l'École d'été, que le processus de négociation est lui-même déficient. Nous proposons de le réformer radicalement.
D'abord, il importe de donner un poids plus important aux recommandations du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). Ainsi, les préoccupations écologiques, appuyées sur un consensus scientifique, seraient au coeur des négociations. Il faudrait également informer, sensibiliser et mobiliser adéquatement les populations sur les enjeux climatiques, exiger que la préparation à de grands sommets donne lieu à des exercices de participation citoyenne dans tous les pays et créer des ponts entre la société civile et les acteurs économiques, scientifiques et politiques.
Plus largement, il est temps de réfléchir à un modèle économique qui ne soit pas centré uniquement sur la croissance et qui tienne compte de l'empreinte écologique de nos choix. Nous avons besoin d'une vision forte, mobilisatrice et rassembleuse de l'avenir de la planète qui intègre la notion de responsabilité commune du patrimoine mondial, au-delà des intérêts nationaux.
Crise humanitaire
Il faut faire confiance aux peuples et les responsabiliser. Ces principes valent aussi dans une situation de crise humanitaire comme celle vécue en Haïti et que nous avons reproduite dans le cadre d'une négociation fictive pour la reconstruction d'une île inventée frappée par un séisme important.
Nos échanges nous ont conduits à la conclusion suivante: devant une crise humanitaire majeure, les objectifs de l'aide humanitaire devraient être pensés par et pour le peuple concerné, et ce, dans une perspective de développement durable et de respect de l'autonomie, notamment alimentaire, du pays.
Diversité culturelle
Nous avons essayé de nous entendre sur les principes d'une charte du «vivre-ensemble». Nous avons dégagé quelques principes. Toutes les religions, croyances et incroyances doivent être traitées par les pouvoirs publics sur un pied d'égalité, croyons-nous. Il importe de favoriser le dialogue interculturel en créant des lieux d'échanges où les Québécois de naissance, les Québécois issus de l'immigration et des Premières Nations puissent apprendre à mieux se connaître.
À cet égard, l'école est un de ces lieux de dialogue qui privilégie l'ouverture. Le cours d'éthique et de culture religieuse, que nous ne remettons pas en question, devrait donc faire place à toutes les religions, les croyances et incroyances afin d'éduquer et de sensibiliser les élèves à la diversité de façon équitable. Nous acceptons que les signes religieux soient portés par des citoyens fréquentant les institutions publiques et par quiconque dans l'espace public, à condition que la sécurité des autres citoyens ne soit pas menacée. Lorsque l'identification de citoyens ayant le visage couvert est nécessaire, nous pensons que ceux-ci doivent se découvrir devant une personne autorisée.
«Vision Nord»
Le gouvernement du Québec va rendre public prochainement le contenu d'un Plan Nord, un plan sur le développement des régions nordiques du territoire québécois. À l'École d'été, nous avons simulé une négociation sur le projet fictif «Vision Nord».
Reconnaissant la légitimité des revendications territoriales et de l'autonomie gouvernementale des nations autochtones, nous croyons qu'une table de négociation globale sur les questions du territoire et de la gouvernance doit être mise sur pied. Nous croyons également nécessaire la tenue d'un sommet sur l'énergie dans lequel il serait question de l'avenir du Nord-du-Québec, avant l'ouverture d'autres chantiers hydroélectriques, de même que la mise sur pied d'une table de concertation publique chargée de favoriser le développement de sources d'énergie alternatives.
Nous proposons également la création d'un fonds commun, alimenté par une redevance annuelle de 3 % des revenus d'exploitation des ressources naturelles, dont le fruit serait divisé entre les communautés locales autochtones et non autochtones à des fins de développement; la primauté accordée à l'emploi local et régional au seuil minimal de 30 %, dont la moitié pour les autochtones, en investissant dans la formation si nécessaire; l'octroi d'un tarif préférentiel sur l'énergie produite aux communautés locales afin de stimuler l'économie régionale.
Négociations syndicales
Enfin, nous avons simulé une négociation syndicale afin d'éviter la fermeture d'une usine. Nous avons réussi à conclure une entente avec l'employeur dans laquelle, misant sur la solidarité entre les travailleurs, nous avons accepté une révision des conditions de travail de l'ensemble des travailleurs afin de conserver tous les emplois.
L'entrepreneuriat social
Plusieurs projets innovants d'entrepreneuriat social ont aussi été développés à l'École d'été dans le cadre du programme «À go, on change le monde!». La création d'une vitrine Web où les artistes pourraient créer un profil contenant une description de leur projet et demander du financement public pour faire rayonner les produits culturels au Québec a été proposée, comme la création de tribunes offertes aux minorités culturelles, notamment une organisation qui donnerait une voix aux jeunes de la rue pour qu'ils expriment leur créativité et leurs revendications. Ou encore la mise en place de réseaux favorisant le rapprochement du milieu universitaire et du monde des affaires et le développement de réseaux de femmes d'affaires et d'étudiantes.
Enfin, avec le parcours Médias engagés, nous avons pu laisser des traces des expériences de l'École d'été, qu'elles soient visuelles, radiophoniques ou écrites. Le parcours médiatique nous a permis de prendre conscience de toute l'importance du rôle des médias pour rendre accessible une information de qualité. Car le défi d'une démocratie est de faire triompher le bien commun, non pas de s'accaparer le pouvoir. Pour éviter cela, mieux vaut être informé. Bien informé.
Pour poursuivre les échanges.
***
Ont signé ce texte, les participants de l'École d'été de l'INM: Frédérick Brousseau-Gauthier, Kristina Caradant-Siberg, Noémie Cheval, Catherine Couture, Robin Dumont, Lila Dussault, Véronique Girard, Catherine Grégoire, Lisette Grégoire, Lidia Guennaoui, Gabrielle Jacobs, Mélodie Jourdain-Michel, Jean Lapointe, Eli Larin, Sebastian Longhi Heredia, Parker Mah, Vincent Mai, Antoine Malouin, Lauréline Manassero, Hugue Mbedi Ebongue, Peter Muya Tshikala, Nhat-tan Nguyen, Anne Paquette-Tremblay, Catherine Picard, Elizabeth Poirier-Defoy, Isabelle Poulin, Laura René-Iavarone, Stéphanie Turcot et Manishaniss Vollant-Pilot.
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