Le Québécois Christian Paradis hérite des sables bitumineux
L'opposition raille le jeu de chaises musicales de Stephen Harper
Photo : Agence Reuters Chris Wattie
Stephen Harper et trois membres de son cabinet: les ministres Jean-Pierre Blackburn, Stockwell Day et Vic Toews.
Ottawa — Le premier ministre Stephen Harper a procédé à un «léger» ajustement de son cabinet hier, qui a touché 12 ministres au total. Les changements dans son équipe québécoise sont particulièrement d'intérêt, Stephen Harper infligeant une rétrogradation à son ministre Jean-Pierre Blackburn et confiant à son lieutenant politique québécois, Christian Paradis, la délicate responsabilité des sables bitumineux. Quant à Maxime Bernier, toujours en punition pour l'affaire Julie Couillard, il n'est pas de retour dans le cercle du pouvoir.
Le remaniement est somme toute mineur. Les principaux postes que sont les Finances (Jim Flaherty), l'Industrie (Tony Clement), les Ressources humaines (Diane Finley) ou encore l'Environnement (Jim Prentice) n'ont pas changé de titulaire. Le trio qui gère l'actuelle crise haïtienne, Lawrence Cannon (Affaires étrangères), Peter MacKay (Défense) et Bev Oda (Coopération internationale), n'a pas été touché non plus. Un seul nouveau visage fait son entrée, celui de Rob Moore, du Nouveau-Brunswick, qui devient ministre d'État pour les Petites Entreprises et le Tourisme.
Le remaniement ministériel a été rendu nécessaire à cause de la démission au cours du week-end du Néo-Brunswickois Greg Thompson (Anciens combattants), qui ne se représentera pas à la prochaine élection. Jean-Pierre Blackburn prend sa place.
Faut-il voir là une rétrogradation? «Vraiment pas, mais vraiment pas», insiste le principal intéressé. «Quand on m'avait donné le Revenu, on avait aussi dit que c'était une démotion et j'ai tellement adoré mes fonctions!» Avec la mission en Afghanistan, les anciens combattants se multiplient... et rajeunissent, fait-il valoir. Certaines familles ont commencé à déplorer le manque d'aide offerte aux militaires à leur retour.
L'autre rétrogradation importante est celle de Lisa Raitt, auparavant aux Ressources naturelles et désormais responsable du très discret ministère du Travail. Mme Raitt a essuyé plus souvent qu'à son tour la critique, d'abord pour le cafouillage entourant la fermeture du réacteur nucléaire de Chalk River, ensuite pour l'oubli de documents dans des studios de télévision et enfin pour un enregistrement tombé entre les mains d'un journaliste sur lequel on l'entend qualifier de sexy le dossier des isotopes médicaux et parler en mal de sa collègue Leona Aglukkaq.
Le ministère du Travail est celui où avait aussi atterri Rona Ambrose après sa performance décevante à l'Environnement. Signe qu'il n'est pas nécessairement une voie vers la sortie, Mme Ambrose a rebondi hier aux Travaux publics, qu'occupait Christian Paradis, parti aux Ressources naturelles, bouclant la boucle entre eux trois.
«Québécois de service»
«Christian a démontré qu'il sait gérer des enjeux et des dossiers complexes et il mérite une expérience plus variée et plus stimulante au sein du cabinet», a déclaré hier Stephen Harper, qui souhaitait souligner le caractère méritoire de cette nomination. M. Paradis sera-t-il à l'aise de défendre les sables bitumineux de l'Ouest?
«Je suis confortable de travailler avec toutes les industries qui ont rapport avec les ressources naturelles. Les sables bitumineux sont une ressource comme toutes les autres. [...] On a toujours dit qu'on peut avoir une approche équilibrée entre économie et environnement, et je m'attends à ce que l'industrie pétrolière fasse sa part.» Jusqu'à présent, c'est plutôt le ministre de l'Environnement qui a parlé des sables bitumineux.
Les réactions à cette nomination étaient très négatives du côté de l'opposition. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a traité M. Paradis de «Québécois de service» qui sera obligé de «défendre l'indéfendable au Québec». Le discours était similaire au NPD. «C'est difficile de ne pas y voir une réplique aux [propos tenus par le] premier ministre Jean Charest la semaine dernière à Rivière-du-Loup en ce qui concerne l'environnement», lance Thomas Mulcair. M. Paradis a été piqué par ces commentaires, qu'il qualifie de «désobligeants et pathétiques».
Reprendre le contrôle des dépenses
Seul changement à l'équipe économique, Stockwell Day quitte le Commerce international et prend la barre du Conseil du Trésor. Le gouvernement estime que son expérience à titre de trésorier en Alberta lui permettra de tenir les cordons de la bourse gouvernementale bien serrés quand viendra le temps de réduire le déficit.
«Je pense qu'on va entendre deux mots: non et non», a lancé M. Day. L'ancien titulaire du Conseil du Trésor, Vic Toews, déloge Peter Van Loan à la Sécurité publique, qui lui passe au Commerce international, complétant dans ce cas-ci aussi un jeu de chaises musicales à trois.
Le chef libéral, Michael Ignatieff, a ridiculisé ce remaniement. «C'est toujours la même équipe. Ils ont changé un peu les marionnettes, mais le grand chef est toujours là. C'est et ça reste un gouvernement Harper et on a vu le caractère politique de M. Harper. C'est l'homme qui ferme le Parlement du Canada, qui évite la critique de l'opposition.» Selon lui, il s'agit d'un «cabinet faible qui est dominé par un seul homme». Autant Gilles Duceppe que Thomas Mulcair tenaient le même discours, parlant de la «faiblesse du banc québécois au sein du caucus conservateur».
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Avec la collaboration de Guillaume Bourgault-Côté
Le remaniement est somme toute mineur. Les principaux postes que sont les Finances (Jim Flaherty), l'Industrie (Tony Clement), les Ressources humaines (Diane Finley) ou encore l'Environnement (Jim Prentice) n'ont pas changé de titulaire. Le trio qui gère l'actuelle crise haïtienne, Lawrence Cannon (Affaires étrangères), Peter MacKay (Défense) et Bev Oda (Coopération internationale), n'a pas été touché non plus. Un seul nouveau visage fait son entrée, celui de Rob Moore, du Nouveau-Brunswick, qui devient ministre d'État pour les Petites Entreprises et le Tourisme.
Le remaniement ministériel a été rendu nécessaire à cause de la démission au cours du week-end du Néo-Brunswickois Greg Thompson (Anciens combattants), qui ne se représentera pas à la prochaine élection. Jean-Pierre Blackburn prend sa place.
Faut-il voir là une rétrogradation? «Vraiment pas, mais vraiment pas», insiste le principal intéressé. «Quand on m'avait donné le Revenu, on avait aussi dit que c'était une démotion et j'ai tellement adoré mes fonctions!» Avec la mission en Afghanistan, les anciens combattants se multiplient... et rajeunissent, fait-il valoir. Certaines familles ont commencé à déplorer le manque d'aide offerte aux militaires à leur retour.
L'autre rétrogradation importante est celle de Lisa Raitt, auparavant aux Ressources naturelles et désormais responsable du très discret ministère du Travail. Mme Raitt a essuyé plus souvent qu'à son tour la critique, d'abord pour le cafouillage entourant la fermeture du réacteur nucléaire de Chalk River, ensuite pour l'oubli de documents dans des studios de télévision et enfin pour un enregistrement tombé entre les mains d'un journaliste sur lequel on l'entend qualifier de sexy le dossier des isotopes médicaux et parler en mal de sa collègue Leona Aglukkaq.
Le ministère du Travail est celui où avait aussi atterri Rona Ambrose après sa performance décevante à l'Environnement. Signe qu'il n'est pas nécessairement une voie vers la sortie, Mme Ambrose a rebondi hier aux Travaux publics, qu'occupait Christian Paradis, parti aux Ressources naturelles, bouclant la boucle entre eux trois.
«Québécois de service»
«Christian a démontré qu'il sait gérer des enjeux et des dossiers complexes et il mérite une expérience plus variée et plus stimulante au sein du cabinet», a déclaré hier Stephen Harper, qui souhaitait souligner le caractère méritoire de cette nomination. M. Paradis sera-t-il à l'aise de défendre les sables bitumineux de l'Ouest?
«Je suis confortable de travailler avec toutes les industries qui ont rapport avec les ressources naturelles. Les sables bitumineux sont une ressource comme toutes les autres. [...] On a toujours dit qu'on peut avoir une approche équilibrée entre économie et environnement, et je m'attends à ce que l'industrie pétrolière fasse sa part.» Jusqu'à présent, c'est plutôt le ministre de l'Environnement qui a parlé des sables bitumineux.
Les réactions à cette nomination étaient très négatives du côté de l'opposition. Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a traité M. Paradis de «Québécois de service» qui sera obligé de «défendre l'indéfendable au Québec». Le discours était similaire au NPD. «C'est difficile de ne pas y voir une réplique aux [propos tenus par le] premier ministre Jean Charest la semaine dernière à Rivière-du-Loup en ce qui concerne l'environnement», lance Thomas Mulcair. M. Paradis a été piqué par ces commentaires, qu'il qualifie de «désobligeants et pathétiques».
Reprendre le contrôle des dépenses
Seul changement à l'équipe économique, Stockwell Day quitte le Commerce international et prend la barre du Conseil du Trésor. Le gouvernement estime que son expérience à titre de trésorier en Alberta lui permettra de tenir les cordons de la bourse gouvernementale bien serrés quand viendra le temps de réduire le déficit.
«Je pense qu'on va entendre deux mots: non et non», a lancé M. Day. L'ancien titulaire du Conseil du Trésor, Vic Toews, déloge Peter Van Loan à la Sécurité publique, qui lui passe au Commerce international, complétant dans ce cas-ci aussi un jeu de chaises musicales à trois.
Le chef libéral, Michael Ignatieff, a ridiculisé ce remaniement. «C'est toujours la même équipe. Ils ont changé un peu les marionnettes, mais le grand chef est toujours là. C'est et ça reste un gouvernement Harper et on a vu le caractère politique de M. Harper. C'est l'homme qui ferme le Parlement du Canada, qui évite la critique de l'opposition.» Selon lui, il s'agit d'un «cabinet faible qui est dominé par un seul homme». Autant Gilles Duceppe que Thomas Mulcair tenaient le même discours, parlant de la «faiblesse du banc québécois au sein du caucus conservateur».
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Avec la collaboration de Guillaume Bourgault-Côté
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