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Québec renonce aux sites d'injection supervisée

20 août 2008  Politique
Insite, à Vancouver, est le seul site d’injection supervisée au Canada.
Photo : Agence Reuters
Insite, à Vancouver, est le seul site d’injection supervisée au Canada.
Ottawa — Alors que Tony Clement, le ministre fédéral de la Santé, s'attire les foudres du milieu médical et politique pour ses positions tranchées au sujet des sites supervisés d'injection de drogue et des «drogués» en général, il se trouve un allié inattendu du côté de Québec. Son nouveau vis-à-vis, le Dr Yves Bolduc, a renoncé à ouvrir de tels sites dans la province.

«Nous n'irons pas de l'avant avec les sites d'injection supervisée», a confirmé au Devoir hier Marie-Ève Bédard, la porte-parole du ministre québécois de la Santé, Yves Bolduc. Elle a admis que cette possibilité était à l'étude de manière ponctuelle, mais «elle est écartée pour l'instant».

Le prédécesseur de M. Bolduc, Philippe Couillard, avait déclaré en juin dernier que l'ouverture de tels centres était à l'ordre du jour. «Nous étudions cette possibilité très sérieusement», avait alors dit le ministre. «Il a été démontré à travers le monde que, lorsque ces centres sont supervisés correctement et bien gérés, ils sont bénéfiques pour les toxicomanes.»

Marie-Ève Bédard explique aujourd'hui qu'il n'existe pas assez de preuves concluantes que de tels sites réduisent l'incidence des surdoses ou la propagation de maladies comme les hépatites B ou C ou encore le VIH. Mais l'opinion publique joue également dans cette décision, reconnaît-elle. «M. Clement a parlé d'éthique. Je ne veux pas aller jusque-là, mais c'est un choix de société. Il faudra que la société aussi soit prête à accepter l'implantation de sites d'injection.»

Dépliant de mauvais goût

Cette décision de Québec viendra certainement diffuser la colère du milieu médical que Tony Clement et son gouvernement conservateur étaient en voie de canaliser. Le ministre fédéral s'est attiré les foudres de toute la communauté médicale lundi pour avoir mis en doute le sens de l'éthique de ceux qui avalisent la consommation d'héroïne ou de cocaïne intraveineuse.

«Les sites d'injection supervisée minent le sens éthique de la profession médicale et donnent un exemple débilitant pour tous les médecins et infirmières», a déclaré le ministre, qui a ajouté du même souffle qu'il s'agit là «d'une question essentiellement morale».

Les conservateurs en ont remis une couche en distribuant, dans les foyers un peu partout au pays, des dépliants décapants révélant encore un peu plus leur tolérance zéro envers les stupéfiants.

On y voit au recto une seringue abandonnée dans un parc où un enfant joue au soccer. «Sécuritaire?», est-il demandé. Au verso, coincée entre l'image avenante d'une médecin et celle, glauque, d'une porte de prison, la rhétorique répressive est déclinée: «Les drogués et les revendeurs de drogue n'ont pas leur place près des enfants et des familles. Leur place est la désintox ou la prison», est-il écrit. Le gouvernement conservateur s'engage à prendre trois mesures pour remédier au problème, notamment de «garder les drogués dans les centres de désintoxication et les chasser de nos rues».

Sous cette vignette, on trouve un bulletin de vote demandant de choisir entre les quatre chefs des partis politiques. Ce dépliant, envoyé aux frais de la Chambre des communes comme cela est permis, s'est retrouvé notamment à Québec, «avec les hommages de Josée Verner», à Chicoutimi, à Cantley (en Outaouais) ainsi qu'à Toronto et Vancouver.

Ottawa ne digère pas l'existence d'Insite, à Vancouver, seul site d'injection supervisée du Canada. Là, les toxicomanes peuvent s'administrer leur dose sous le regard du personnel médical sans crainte d'être importunés par la police. Le site ne distribue pas de drogue: il échange des seringues et offre de l'information médicale.

Les intervenants médicaux interrogés hier étaient hors d'eux-mêmes. Suzanne Brissette, la médecin chef du service de médecine de toxicomanie du CHUM, est du nombre. «Tous ces projets-là ont fait l'objet de débats éthiques corsés», rappelle-t-elle pour souligner à quel point les centres d'injection supervisée ne sont jamais ouverts à la légère, comme peut l'avoir laissé entendre le ministre Tony Clement.

Pour la Dr Brissette, il est évident que la répression est aussi nécessaire pour combattre les trafiquants et la criminalité associée à la drogue. «Là où le ministre Clement se trompe, c'est quand il met en opposition les centres d'injection supervisée avec la répression.» Aucune société n'est venue à bout de la drogue par la seule répression, rappelle-t-elle en citant les États-Unis comme le meilleur exemple de l'échec d'une telle politique.

Pour Jean-Sébastien Fallu, président-fondateur du GRIP, spécialisé en prévention de la toxicomanie, c'est en refusant d'aider les toxicomanes que le milieu médical ferait preuve d'un manque d'éthique. «La dépendance est le symptôme d'un dysfonctionnement psychosocial et parfois de santé mentale. Ils se sont trouvé une béquille dans la consommation. Mais si, demain matin, on réussissait à faire disparaître la drogue, ils trouveraient autre chose: le sport, le sexe ou le travail.»

M. Fallu comme la Dr Brissette rappellent que les sites d'injection permettent d'atteindre une clientèle très marginalisée qui ne se rendrait pas d'elle-même en désintoxication. Ils servent alors de porte d'entrée. Ils réduisent aussi le nombre des seringues souillées abandonnées dans les parcs et les cours d'école. À Montréal, un enfant par mois en moyenne se rend à l'hôpital après s'être piqué sur une telle seringue. Des 274 cas recensés en 19 ans, aucun n'a donné lieu à une infection par le VIH ou l'hépatite B.

Même d'un point de vue économique, les sites d'injection sont rentables, soutient la Dr Brissette. Un héroïnomane non traité ou non suivi coûte à la société en frais médicaux (infections répétées, surdoses) et sociaux 47 000 $ par année, avance-t-elle. Un programme de remplacement à la méthadone coûte 6000 $ par année et la personne peut presque fonctionner normalement en société. Même la prescription d'héroïne médicale, un projet-pilote qu'elle a supervisé, coûte une fraction du prix: 12 000 $ par année. «La position conservatrice n'a aucun sens d'un point de vue économique ou médical.»

Quant à mettre les toxicomanes en traitement forcé, M. Fallu souligne que l'efficacité d'une thérapie imposée est très faible. La Dr Brissette, elle, craint cette logique. «Devrait-on forcer les gens à arrêter de fumer? Devrait-on les obliger à bien manger pour réduire leur cholestérol? Avec ce raisonnement, on va très loin.»






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  • Lorien Routhier
    Abonné
    mercredi 20 août 2008 01h14
    Autruche
    « C'est d'un doigt de bon papa moralisateur que notre gouvernement pointe ainsi vers les drogués en leur disant: "Méchant garçon. Tu dois apprendre à être gentil comme les autres." Mais se rend-il compte, ce bon papa, que son discours est futile? Qui peut soudainement devenir gentil sans aide, sans support, sans voie ni exemple, et tout en endurant des baffes sur la gueule?

    Et tout ça au nom des qu'en-dira-t-on de leaders aux fesses serrées. C'est très déprimant. »

  • Serge Manzhos
    Inscrit
    mercredi 20 août 2008 02h26
    Pour qui la société doit-elle être bénéfique
    « «Il a été démontré à travers le monde que, lorsque ces centres sont supervisés correctement et bien gérés, ils sont bénéfiques pour les toxicomanes.»
    Mais bien sur ils sont bénéfiques pour les toxicomanes! Surement introduire une politique d'achat centralisé des drogues pour les vendre ensuite a rabais aux pharmacies les rendrait même plus heureux. Et pourquoi est-ce que la RAM ne les rembourse pas? « prescription d'héroïne médicale « ???... bravo « docteur » Brissette!
    On peut aimer ou ne pas aimer les conservateur, mais pour ne pas être d'accord avec «garder les drogués dans les centres de désintoxication et les chasser de nos rues» il faut être vraiment malade.
    Oui il serait possible d'atténuer les effets néfastes a court terme - la transmission des maladies par exemple - avec des politiques accommodantes. Mais c'est un piège à long terme. Il y a une raison pour laquelle il n'y avait pas de tels sites du début et pourquoi les marginaux sont des marginaux - parce que être toxicomane est un mal, comme être voleur est un mal.
    «La dépendance est le symptôme d'un dysfonctionnement psychosocial et parfois de santé mentale" - alors pourquoi pas infraction ou meurtre et seulement la toxicomanie est-elle un problème de santé mentale?
    N'essayez pas de justifier injustifiable. »

  • Jean-Pierre Lusignan
    Abonné
    mercredi 20 août 2008 06h18
    De l'efficacité de la prévention et de l'usage de la sollicitude
    « À mon avis, il peut être assez difficile de démontrer ou prouver scientifiquement l'efficacité de l'argent public investi dans une mesure préventive comme celle d'avoir un site d'injection supervisée de drogues dures. Il pourrait même en être ainsi pour beaucoup d'autres mesures dites de prévention des maladies et affections. Exemple: comment a-t-il fallu d'années et d'investissements financiers publics pour que l'usage du tabac régresse significativement au Québec? De plus,il ne me semble pas évident que la partie de la classe politique favorable à une telle mesure en bénéficiera facilement électoralement et il semblera tentant aux autres de " se mettre sur le neutre", voir même d'effectuer un "retour en arrière" pour indisposer le moins possible d'électeurs.

    Ceci dit, la dépendance aux drogues est une maladie mentale et la relation médicale professionnelle privilégie moralement encore aujourd'hui le bien d'un patient, patient par patient, petit pas par petit pas, tel que ce dernier et le médecin l'entendent. La relation infirmière me semble moralement encore plus généreuse pour le patient parce qu'elle exige que l'infirmière fasse preuve de sollicitude envers son patient. Il en est de même pour l'Évangile: nous sommes tous frère et soeur. Je suis donc fortement en faveur d'une supervision médicale ou infirmière d'un site d'injection de drogues dures: toute personne humaine a besoin de sentir que d'autres personnes humaines la considèrent comme étant essentiellement digne de respect et toute véritable expression de sollicitude individuelle, professionnelle ou sociale le lui manifesteront. Cette assurance est porteuse de miracles. »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 20 août 2008 09h04
    Nettoyer le cerveau des conservateurs
    « L'opération à mener est de nettoyer le cerveau des conservateurs des préjugés qui les empêchent de voir au-delà de leur grille idéologique. Quand donc les maniaques de l'imposition d'une morale judéo-chrétienne à tous seront-ils vus comme des malades mentaux ?
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Roland Berger
    Abonné
    mercredi 20 août 2008 09h17
    Rien d'étonnant
    « Charest reprend du poil de la bête dans l'opinion publique. Il se sent maintenant assez fort pour montrer ses vraies valeurs, proches de celles de Harper. Le Québec a un gouvernement conservateur sous l'étiquette libéral.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • André Chamberland
    Inscrit
    mercredi 20 août 2008 10h37
    Bravo, Québec
    « Bravo, Québec ! On semble plus intelligents au Québec qu'à Vancouver.
    Voir mon commentaire sur l'autre texte de ce matin dans le Devoir aussi(re Vancouver). »

  • Christian Grenier
    Abonné
    mercredi 20 août 2008 11h43
    Politique dégénérée
    « Le parti conservateur, par la voix de Tony Clement nous dit: «Les sites d'injection supervisée minent le sens éthique de la profession médicale et donnent un exemple débilitant pour tous les médecins et infirmières», a déclaré le ministre, qui a ajouté du même souffle qu'il s'agit là «d'une question essentiellement morale».

    Tony Clements doit être tout aussi idiot que l'image qu'il insiste pour projetter de lui-même. Il devrait réfléchir avant de parler. Son parti, à l'instar de son idole les États-Unis, n'est pas venu à bout de la drogue par la seule répression ou par ses politiques aveugles. Le PC a une responsabilité envers les victimes de ces produits de notre société.

    En fait, les agissements du PC, (affaire Cadman, affaire des dépenses électorales, etc,etc.) minent le sens éthique de la nation, livrant un exemple débilitant pour tous et chacun, discréditant tout sens de justice, puisque lorsqu'il est question d'un geste posé par les Conservervateur eux-même, c'est la Loi qui est incorrecte.

    J'ajouterai du même souffle que puisqu'il s'agit là «d'une question essentiellement morale», pour le salut des canadiens, le PC devrait se saborder définitivement.

    cg »

  • Claude Archambault
    Inscrit
    mercredi 20 août 2008 12h16
    C'est un choix de société
    « La population n'en veu pas alors pourquoi dépenser ces argents pour rien. Il faut les désintoxiquer de force si il le faut. On dit que cela ne fonctionne pas, c'est que l'on n'y va pas comme il faut. Il faut les incarcerer et ne les libérer que quand il sont désintoxiqué. C'est simple, efficace et moins couteux. Est-ce humain? Posons nous une autre question, ect-ce que ces drogués s'occupe de leur santé? Il est évident que NON alors pourquoi ne pas s'en occuper pour eux. Et au Dr. Bissete la réponse est oui c'est déjè fait il est interdit maintenant de fumer dans tous les endroit publique et m,eme dans certsain lieu privé alors allez mettez au pas ces drogué au lieu de les garder dans cette univers. »

  • Michel Thibault
    Abonné
    samedi 23 août 2008 21h40
    Là où la dr. Brissette fait fausse route !
    « Va-t-on ignorer quelqu'un en train de se noyer ? Ne va-t-on pas lui tendre une perche ? C'est la même chose avec la drogue.

    Le Centre ou la piquerie devrait faire de la désintoxication autant que possible. Le drogué qui y entre devrait s'engager en ce sens. Intervenants de toute nature ne devraient pas ménager les efforts pour arriver à de tels résultats. »

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