Rapport climat et santé - La manière Harper indigne les chercheurs
Indignation chez les auteurs du rapport de Santé Canada sur l'impact sanitaire des changements climatiques au pays. Au lendemain d'un dévoilement plutôt discret, orchestré au coeur de l'été par l'administration Harper, de cette volumineuse analyse sur les conséquences du réchauffement de la planète sur la santé des Canadiens, plusieurs signataires de ce document ont dénoncé hier avec force la tactique politicienne qui vise, selon eux, à «éviter que l'attention ne se porte sur un enjeu important».
Pis, tout en confirmant que l'étude était bel et bien prête pour publication depuis le début du printemps, ils invitent Ottawa à revenir à la raison. Comment? En donnant dans les prochaines semaines à ce rapport l'envergure sociale qu'il mérite et en permettant, pour commencer, au plus grand nombre de citoyens possible d'en prendre connaissance, ce qui ne semble pas être l'objectif de Santé Canada actuellement, estiment-ils.
«J'ai travaillé récemment pour l'Organisation mondiale de la santé [OMS] sur un rapport d'épidémiologie environnementale en Azerbaïdjan pour lequel nous avons rencontré un problème similaire», a indiqué hier au Devoir Colin Soskolne de l'École de santé publique de la University of Alberta, l'un des auteurs du rapport de Santé Canada. «La sortie de ce document de l'OMS a été plusieurs fois retardée par le gouvernement de cette ancienne république soviétique parce qu'il porte sur un sujet délicat pour lui. J'y vois malheureusement des similarités avec le niveau d'intervention politique qui a accompagné le dévoilement du rapport de Santé Canada. Ça donne à réfléchir sur le style de gouvernance fédéral actuel qui s'apparente à celui que l'on retrouve aujourd'hui dans l'ex-URSS.»
Publicaiton discrète
Retour en arrière: jeudi dernier, sans le battage médiatique qui accompagne d'ordinaire le dévoilement de la majorité des grandes études gouvernementales, Santé Canada a rendu public son rapport intitulé La Santé humaine dans un climat changeant: une évaluation canadienne de la vulnérabilité et des capacités d'adaptation par l'entremise d'un communiqué de presse laconique. C'était un 31 juillet, à 16h30.
Pourtant, sur 500 pages, le document, signé par une vingtaine de spécialistes canadiens en environnement et en santé publique, fait état de l'amplification à venir des vagues de chaleur, des phénomènes climatiques extrêmes ou de l'altération de la qualité de l'air. Il évoque également en détail les effets possibles de tous ces changements climatiques sur la santé de la population: prévalence accrue des troubles respiratoires et cardiovasculaires, exacerbation des allergies, augmentation des épidémies, apparition de nouvelles maladies...
Accusé de toutes parts depuis quelques jours de vouloir minimiser l'importance des effets secondaires de la pollution et du réchauffement climatique sur la population, le gouvernement Harper a nié la semaine dernière avoir planifié une sortie estivale en douce de ce rapport. Par la voix de sa porte-parole, Laryssa Waler, le ministre de la Santé, Tony Clément, a même assuré qu'il n'aurait pas pu le dévoiler plus rapidement puisqu'il n'en a eu une copie qu'au début de l'été.
Or, selon les informations obtenues par Le Devoir, la version définitive de cette analyse climatique et sanitaire a été achevée en janvier 2008 pour une publication initiale prévue au printemps 2008. Le lancement de ce document d'envergure à l'heure de la lutte contre les gaz à effet de serre devait également être accompagné d'une campagne médiatique d'un océan à l'autre en juin cette année. Objectif: sensibiliser les acteurs de la santé aux défis qu'ils risquent d'avoir à affronter dans les prochaines années. «Mais tout ça été annulé à la dernière minute, sans raison», a indiqué Gordon McBean de l'Institut de prévention des sinistres catastrophiques de la University of Western Ontario qui devait animer mi-juin à Halifax une conférence autour de ce rapport qu'il signe d'ailleurs.
«C'est désolant, estime sa collègue Diane Bélanger, du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ). Ce dossier [de la santé publique au temps des changements climatiques] mérite toute notre attention. Le fait de le dévoiler comme ça, alors que tout le monde est en vacances, donne une bonne idée de la perception que certaines personnes au gouvernement ont des enjeux environnementaux. On fait subir à ce rapport un traitement politique alors que ce n'est pas de ça qu'il a besoin.»
En choeur, les auteurs de ce document ont dénoncé d'ailleurs le manque de transparence du ministère fédéral qui semble vouloir compliquer l'accès au rapport pour les simples citoyens: l'étude est disponible en effet uniquement sur demande par courrier ou par courriel. Il est impossible de la télécharger directement lors d'une visite sur le site Web de Santé Canada, comme cela est proposé pourtant pour un ensemble d'autres documents portant sur une multitude de sujets, sans doute moins polémiques.
«Le gouvernement a fait la même chose avec les évaluations globales des changements climatiques parce que ces évaluations vont à l'encontre de son discours public, a indiqué le coauteur du rapport, Pierre Gosselin de l'Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ). Bien sûr, il serait normal de rendre disponible en ligne cette analyse sur la santé et les changements climatiques.»
Au cabinet de Tony Clement, ce traitement particulier dans la diffusion en ligne du rapport a été justifié hier par la taille de la version numérique du document qui dépasse 8 Mo. «Nous concevons que devoir demander une copie du rapport n'est pas idéal, a dit Laryssa Waler, mais c'est la manière la plus efficace d'y donner accès.» Notons que plusieurs ministères fédéraux offrent depuis des années l'accès à des documents tout aussi volumineux par l'entremise de leurs vitrines Internet. Pour faciliter les téléchargements, les fichiers informatiques sont généralement scindés en deux, trois ou quatre parties.
Pour Gordon McBean, cette «mauvaise volonté» est tout simplement inacceptable. «Lorsque l'argent public est investi dans des analyses scientifiques, ces analyses doivent se faire dans la plus grande transparence. Ce rapport n'est pas la propriété privée du gouvernement en place, mais de tous les Canadiens qui ont payé pour ça et qui méritent d'être bien informés sur tous les enjeux que ce document met en relief.»
Selon lui, cette «autre tentative» de l'administration Harper de vouloir masquer une réalité ne peut finalement qu'apporter de l'eau au moulin des défenseurs d'une véritable Académie canadienne des sciences. Comme en France, aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, dit-il, cette académie aurait «les ressources, la crédibilité et surtout l'indépendance qu'il faut pour produire des rapports qui répondent aux besoins des Canadiens». Et surtout les diffuser, même lorsque ces rapports marient sur 500 pages santé et réchauffement climatique.
Pis, tout en confirmant que l'étude était bel et bien prête pour publication depuis le début du printemps, ils invitent Ottawa à revenir à la raison. Comment? En donnant dans les prochaines semaines à ce rapport l'envergure sociale qu'il mérite et en permettant, pour commencer, au plus grand nombre de citoyens possible d'en prendre connaissance, ce qui ne semble pas être l'objectif de Santé Canada actuellement, estiment-ils.
«J'ai travaillé récemment pour l'Organisation mondiale de la santé [OMS] sur un rapport d'épidémiologie environnementale en Azerbaïdjan pour lequel nous avons rencontré un problème similaire», a indiqué hier au Devoir Colin Soskolne de l'École de santé publique de la University of Alberta, l'un des auteurs du rapport de Santé Canada. «La sortie de ce document de l'OMS a été plusieurs fois retardée par le gouvernement de cette ancienne république soviétique parce qu'il porte sur un sujet délicat pour lui. J'y vois malheureusement des similarités avec le niveau d'intervention politique qui a accompagné le dévoilement du rapport de Santé Canada. Ça donne à réfléchir sur le style de gouvernance fédéral actuel qui s'apparente à celui que l'on retrouve aujourd'hui dans l'ex-URSS.»
Publicaiton discrète
Retour en arrière: jeudi dernier, sans le battage médiatique qui accompagne d'ordinaire le dévoilement de la majorité des grandes études gouvernementales, Santé Canada a rendu public son rapport intitulé La Santé humaine dans un climat changeant: une évaluation canadienne de la vulnérabilité et des capacités d'adaptation par l'entremise d'un communiqué de presse laconique. C'était un 31 juillet, à 16h30.
Pourtant, sur 500 pages, le document, signé par une vingtaine de spécialistes canadiens en environnement et en santé publique, fait état de l'amplification à venir des vagues de chaleur, des phénomènes climatiques extrêmes ou de l'altération de la qualité de l'air. Il évoque également en détail les effets possibles de tous ces changements climatiques sur la santé de la population: prévalence accrue des troubles respiratoires et cardiovasculaires, exacerbation des allergies, augmentation des épidémies, apparition de nouvelles maladies...
Accusé de toutes parts depuis quelques jours de vouloir minimiser l'importance des effets secondaires de la pollution et du réchauffement climatique sur la population, le gouvernement Harper a nié la semaine dernière avoir planifié une sortie estivale en douce de ce rapport. Par la voix de sa porte-parole, Laryssa Waler, le ministre de la Santé, Tony Clément, a même assuré qu'il n'aurait pas pu le dévoiler plus rapidement puisqu'il n'en a eu une copie qu'au début de l'été.
Or, selon les informations obtenues par Le Devoir, la version définitive de cette analyse climatique et sanitaire a été achevée en janvier 2008 pour une publication initiale prévue au printemps 2008. Le lancement de ce document d'envergure à l'heure de la lutte contre les gaz à effet de serre devait également être accompagné d'une campagne médiatique d'un océan à l'autre en juin cette année. Objectif: sensibiliser les acteurs de la santé aux défis qu'ils risquent d'avoir à affronter dans les prochaines années. «Mais tout ça été annulé à la dernière minute, sans raison», a indiqué Gordon McBean de l'Institut de prévention des sinistres catastrophiques de la University of Western Ontario qui devait animer mi-juin à Halifax une conférence autour de ce rapport qu'il signe d'ailleurs.
«C'est désolant, estime sa collègue Diane Bélanger, du Centre hospitalier universitaire de Québec (CHUQ). Ce dossier [de la santé publique au temps des changements climatiques] mérite toute notre attention. Le fait de le dévoiler comme ça, alors que tout le monde est en vacances, donne une bonne idée de la perception que certaines personnes au gouvernement ont des enjeux environnementaux. On fait subir à ce rapport un traitement politique alors que ce n'est pas de ça qu'il a besoin.»
En choeur, les auteurs de ce document ont dénoncé d'ailleurs le manque de transparence du ministère fédéral qui semble vouloir compliquer l'accès au rapport pour les simples citoyens: l'étude est disponible en effet uniquement sur demande par courrier ou par courriel. Il est impossible de la télécharger directement lors d'une visite sur le site Web de Santé Canada, comme cela est proposé pourtant pour un ensemble d'autres documents portant sur une multitude de sujets, sans doute moins polémiques.
«Le gouvernement a fait la même chose avec les évaluations globales des changements climatiques parce que ces évaluations vont à l'encontre de son discours public, a indiqué le coauteur du rapport, Pierre Gosselin de l'Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ). Bien sûr, il serait normal de rendre disponible en ligne cette analyse sur la santé et les changements climatiques.»
Au cabinet de Tony Clement, ce traitement particulier dans la diffusion en ligne du rapport a été justifié hier par la taille de la version numérique du document qui dépasse 8 Mo. «Nous concevons que devoir demander une copie du rapport n'est pas idéal, a dit Laryssa Waler, mais c'est la manière la plus efficace d'y donner accès.» Notons que plusieurs ministères fédéraux offrent depuis des années l'accès à des documents tout aussi volumineux par l'entremise de leurs vitrines Internet. Pour faciliter les téléchargements, les fichiers informatiques sont généralement scindés en deux, trois ou quatre parties.
Pour Gordon McBean, cette «mauvaise volonté» est tout simplement inacceptable. «Lorsque l'argent public est investi dans des analyses scientifiques, ces analyses doivent se faire dans la plus grande transparence. Ce rapport n'est pas la propriété privée du gouvernement en place, mais de tous les Canadiens qui ont payé pour ça et qui méritent d'être bien informés sur tous les enjeux que ce document met en relief.»
Selon lui, cette «autre tentative» de l'administration Harper de vouloir masquer une réalité ne peut finalement qu'apporter de l'eau au moulin des défenseurs d'une véritable Académie canadienne des sciences. Comme en France, aux États-Unis ou en Grande-Bretagne, dit-il, cette académie aurait «les ressources, la crédibilité et surtout l'indépendance qu'il faut pour produire des rapports qui répondent aux besoins des Canadiens». Et surtout les diffuser, même lorsque ces rapports marient sur 500 pages santé et réchauffement climatique.
Haut de la page

