Bouchard a coûté plus du double de Taylor
Photo : Jacques Nadeau
Gérard Bouchard a réclamé près de 400 000 $ en honoraires, contre moins de 200 000 $
pour son coprésident à la commission sur les accommodements raisonnables.
Québec — Gérard Bouchard a réclamé des honoraires deux fois plus importants que Charles Taylor pour coprésider la commission sur les accommodements raisonnables.
Selon les documents obtenus par Le Devoir en vertu de la Loi d'accès à l'information, le montant total versé à l'historien et sociologue de l'Université du Québec à Chicoutimi s'élève à 398 162,25 $. Charles Taylor, lui, a touché une somme de 182 187,50 $.
La Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles (CCPARDC), selon son titre officiel, a été mise sur pied le 8 février 2007, et la rédaction du rapport a été terminée le 30 mars 2008, pour une durée de travail totale d'un peu plus de 13 mois. Le rapport intitulé Le Temps de la conciliation a été déposé le 22 mai 2008 et a depuis suscité d'intenses débats. Le gouvernement en a rejeté une recommandation symbolique (retirer le crucifix au Salon bleu) et a fait adopter une motion le jour du dépôt. Mais il tarde à faire connaître sa réaction définitive au rapport.
Les prévisions budgétaires initiales faisaient état d'une somme maximale de 672 410 $ d'honoraires professionnels destinée aux coprésidents Bouchard et Taylor. Ce maximum n'a pas été atteint. Lorsqu'ils ont déposé le rapport, MM. Bouchard et Taylor s'étaient montrés heureux d'annoncer que la CCPARDC avait dépensé un montant de 3,7 millions de dollars sur le budget accordé de 5,1 millions.
Joint hier par Le Devoir, M. Bouchard a expliqué que la disparité entre les montants réellement réclamés par M. Taylor et lui s'explique aisément. Ce dernier s'est mis au travail plus tard que le sociologue parce qu'il devait terminer un contrat d'enseignement à Chicago. Par la suite, le philosophe s'est fracturé le bras, ce qui a considérablement ralenti l'homme de 76 ans, le contraignant même à rater le début des audiences publiques. Notons que M. Taylor a remporté, au printemps 2007, le prix Templeton assorti d'une bourse de 1,5 million de dollars. Fin juin 2008, on lui remettait le prix Kyoto pour sa contribution au domaine de l'éthique et de la pensée: une autre bourse de 450 000 $.
Payés à l'heure
M. Bouchard a aussi précisé que les deux coprésidents avaient été payés à l'heure, et non à la journée de travail, «comme on l'a cru». Autrement dit, toutes les heures étaient payées, même lorsque la journée de travail excédait les huit heures. En effet, dans le décret créant la commission, on précise que les coprésidents «reçoivent des honoraires de 1100 $ par jour établis sur la base d'une journée de huit heures de travail». Le tarif horaire était donc de 137,50 $. «Pour ce qui est du taux horaire qu'on touchait, Charles et moi, on n'a rien réclamé. C'est le premier ministre qui nous a annoncé combien nous gagnerions. Et nous avons fonctionné sur cette base-là.» Par ailleurs, M. Bouchard a réclamé 45 000 $ de frais de voyage, indiquent les documents transmis au Devoir par le Conseil exécutif.
Les audiences de la CCPARDC, qui a siégé dans 15 régions à l'automne 2007, pour un total de 31 jours d'audiences, ont été très suivies. En tout, 22 forums ont été tenus qui ont attiré 3423 personnes, et 900 mémoires ont été déposés: «Tous ces textes ont été lus, et nous avons pu discuter avec leurs auteurs au cours de 328 audiences, durant lesquelles nous avons entendu 241 témoignages», peut-on lire dans le rapport de 307 pages.
Éviter les montants «extravagants»
M. Bouchard a souligné que la différence entre les heures facturées de M. Taylor et lui est en réalité «encore plus considérable», puisque le sociologue a, à un moment donné, décidé de cesser de toucher ses honoraires. «Au mois d'août 2007, j'ai fait des calculs sur des honoraires que j'avais reçus et j'ai calculé ceux que je recevrais si ça continuait au même rythme. Je me suis alors aperçu que j'arriverais à des montants vraiment extravagants», a-t-il raconté hier. À ce moment, il a par conséquent annoncé au gouvernement qu'à partir de la mi-novembre, il travaillerait sans toucher d'honoraires, et ce, jusqu'à la fin de son mandat le 31 mars : «Pendant quatre mois et demi, j'ai donc travaillé sans être payé. Il s'est trouvé que ça a été la période la plus intense. J'estime que j'ai laissé près d'un quart de million d'honoraires à l'État.»
En guise de comparaison, l'ancien ministre Claude Castonguay a reçu des émoluments d'un peu plus de 140 000 $ pour un peu moins d'un an de travail comme président du Groupe de travail sur le financement du système de santé (dont le coût global a été de 500 000 $). Président de la Commission d'enquête sur l'effondrement du viaduc de la Concorde créée en octobre 2006, l'ancien premier ministre et avocat chez Heenan Blaikie, Pierre Marc Johnson, lui, touchait un salaire horaire de 245 $. Huit mois après la création de la commission, le 30 juin, M. Johnson, de même que ses adjoints Roger Nicolet (150 $ l'heure) et Armand Couture (146 $ l'heure) avaient touché des honoraires totalisant 293 067 $. La commission Johnson, qui a remis son rapport le 15 octobre 2007, a finalement coûté 6,4 millions de dollars.
Selon les documents obtenus par Le Devoir en vertu de la Loi d'accès à l'information, le montant total versé à l'historien et sociologue de l'Université du Québec à Chicoutimi s'élève à 398 162,25 $. Charles Taylor, lui, a touché une somme de 182 187,50 $.
La Commission de consultation sur les pratiques d'accommodement reliées aux différences culturelles (CCPARDC), selon son titre officiel, a été mise sur pied le 8 février 2007, et la rédaction du rapport a été terminée le 30 mars 2008, pour une durée de travail totale d'un peu plus de 13 mois. Le rapport intitulé Le Temps de la conciliation a été déposé le 22 mai 2008 et a depuis suscité d'intenses débats. Le gouvernement en a rejeté une recommandation symbolique (retirer le crucifix au Salon bleu) et a fait adopter une motion le jour du dépôt. Mais il tarde à faire connaître sa réaction définitive au rapport.
Les prévisions budgétaires initiales faisaient état d'une somme maximale de 672 410 $ d'honoraires professionnels destinée aux coprésidents Bouchard et Taylor. Ce maximum n'a pas été atteint. Lorsqu'ils ont déposé le rapport, MM. Bouchard et Taylor s'étaient montrés heureux d'annoncer que la CCPARDC avait dépensé un montant de 3,7 millions de dollars sur le budget accordé de 5,1 millions.
Joint hier par Le Devoir, M. Bouchard a expliqué que la disparité entre les montants réellement réclamés par M. Taylor et lui s'explique aisément. Ce dernier s'est mis au travail plus tard que le sociologue parce qu'il devait terminer un contrat d'enseignement à Chicago. Par la suite, le philosophe s'est fracturé le bras, ce qui a considérablement ralenti l'homme de 76 ans, le contraignant même à rater le début des audiences publiques. Notons que M. Taylor a remporté, au printemps 2007, le prix Templeton assorti d'une bourse de 1,5 million de dollars. Fin juin 2008, on lui remettait le prix Kyoto pour sa contribution au domaine de l'éthique et de la pensée: une autre bourse de 450 000 $.
Payés à l'heure
M. Bouchard a aussi précisé que les deux coprésidents avaient été payés à l'heure, et non à la journée de travail, «comme on l'a cru». Autrement dit, toutes les heures étaient payées, même lorsque la journée de travail excédait les huit heures. En effet, dans le décret créant la commission, on précise que les coprésidents «reçoivent des honoraires de 1100 $ par jour établis sur la base d'une journée de huit heures de travail». Le tarif horaire était donc de 137,50 $. «Pour ce qui est du taux horaire qu'on touchait, Charles et moi, on n'a rien réclamé. C'est le premier ministre qui nous a annoncé combien nous gagnerions. Et nous avons fonctionné sur cette base-là.» Par ailleurs, M. Bouchard a réclamé 45 000 $ de frais de voyage, indiquent les documents transmis au Devoir par le Conseil exécutif.
Les audiences de la CCPARDC, qui a siégé dans 15 régions à l'automne 2007, pour un total de 31 jours d'audiences, ont été très suivies. En tout, 22 forums ont été tenus qui ont attiré 3423 personnes, et 900 mémoires ont été déposés: «Tous ces textes ont été lus, et nous avons pu discuter avec leurs auteurs au cours de 328 audiences, durant lesquelles nous avons entendu 241 témoignages», peut-on lire dans le rapport de 307 pages.
Éviter les montants «extravagants»
M. Bouchard a souligné que la différence entre les heures facturées de M. Taylor et lui est en réalité «encore plus considérable», puisque le sociologue a, à un moment donné, décidé de cesser de toucher ses honoraires. «Au mois d'août 2007, j'ai fait des calculs sur des honoraires que j'avais reçus et j'ai calculé ceux que je recevrais si ça continuait au même rythme. Je me suis alors aperçu que j'arriverais à des montants vraiment extravagants», a-t-il raconté hier. À ce moment, il a par conséquent annoncé au gouvernement qu'à partir de la mi-novembre, il travaillerait sans toucher d'honoraires, et ce, jusqu'à la fin de son mandat le 31 mars : «Pendant quatre mois et demi, j'ai donc travaillé sans être payé. Il s'est trouvé que ça a été la période la plus intense. J'estime que j'ai laissé près d'un quart de million d'honoraires à l'État.»
En guise de comparaison, l'ancien ministre Claude Castonguay a reçu des émoluments d'un peu plus de 140 000 $ pour un peu moins d'un an de travail comme président du Groupe de travail sur le financement du système de santé (dont le coût global a été de 500 000 $). Président de la Commission d'enquête sur l'effondrement du viaduc de la Concorde créée en octobre 2006, l'ancien premier ministre et avocat chez Heenan Blaikie, Pierre Marc Johnson, lui, touchait un salaire horaire de 245 $. Huit mois après la création de la commission, le 30 juin, M. Johnson, de même que ses adjoints Roger Nicolet (150 $ l'heure) et Armand Couture (146 $ l'heure) avaient touché des honoraires totalisant 293 067 $. La commission Johnson, qui a remis son rapport le 15 octobre 2007, a finalement coûté 6,4 millions de dollars.
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