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Une ressource épuisable

Bernard Descôteaux   9 juin 2008  Politique
La ministre de l'Environnement, Line Beauchamp, déposait la semaine dernière le très attendu, parce que promis depuis si longtemps, projet de loi sur l'eau. Elle se donne par là les outils pour protéger et encadrer l'exploitation de cette richesse dont elle consacre le caractère collectif. Le projet est perfectible, et il faudra l'étudier avec soin. Mais reconnaissons que l'on s'apprête à franchir un pas important.

Dès la première ligne du préambule du projet de loi nº 92, il est rappelé que l'eau est une ressource «indispensable à la vie» et qu'elle est «épuisable». Ce mot est à souligner, car on l'oublie trop souvent. Le fait de détenir au Québec 3 % des réserves mondiales d'eau douce renouvelables ne nous autorise pas à exploiter cette ressource sans limites. Un Montréalais en utilise chaque jour 300 litres pour ses besoins domestiques, un Parisien seulement 150. Nos industries sont tout aussi gloutonnes. Il faut penser à demain.

Il y a longtemps que les environnementalistes réclamaient un tel projet de loi qui, dans l'ensemble, est bien structuré. Sa première vertu est d'affirmer le caractère collectif de l'eau. Le Code civil du Québec le soulignait, mais il y fallait dire avec davantage de clarté que cette richesse patrimoniale appartient à tous les Québécois. Cela fait, le gouvernement québécois peut dès lors se donner les pouvoirs pour en assurer la protection et la gestion. Il pourra notamment imposer des redevances aux utilisateurs, ce qu'il ne pouvait faire tant que subsistaient des ambiguïtés autour du statut juridique de cette ressource.

Il était temps que le Québec dépose ce projet de loi attendu depuis 2002 alors que le gouvernement de Bernard Landry adoptait une politique de l'eau dont Mme Beauchamp s'est largement inspirée. Ne chicanons pas inutilement le gouvernement Charest pour avoir tardé, car les choix qu'il fait sont bons. Il ne se trompe pas en mettant en place les éléments d'une gestion de la ressource eau par bassin versant, tel que le recommandait la commission Beauchamp en 2000. De même, lorsqu'il consacre les principes de prévention et de réparation. Il revient aux utilisateurs de prélever l'eau de façon responsable. L'État aura, une fois la loi en vigueur, les moyens d'obtenir réparation des dommages.

Autre principe consacré par le projet de loi, celui de l'utilisateur-payeur. Il faudra payer pour utiliser la ressource. Combien? Cela n'est pas dit. Comprenons que ce sera peu. Pour comparaison, notons que la Colombie-Britannique, qui exige de telles redevances depuis 1858 eh oui!, a retiré seulement six millions de dollars l'an dernier pour l'utilisation de l'eau de surface à des fins commerciales ou industrielles. L'Ontario commencera à imposer des redevances en janvier prochain. Tout en regardant ce que ce voisin fera, concurrence oblige, il faudra néanmoins que le prix exigé corresponde à la valeur que l'on attribue à cette ressource. Sans cela, les utilisateurs ne seront pas incités à faire l'usage responsable recherché par le projet de loi.

L'organisme Eau-secours, qui milite depuis des années pour l'adoption de cette loi, prétendait jeudi que le gouvernement Charest a rédigé un texte qui favorise l'exploitation de l'eau plutôt que sa protection. Est-ce à dire que, parce que cette ressource est menacée, il faut s'empêcher de l'exploiter? Bien évidemment non. L'objectif d'une telle loi est d'assurer la pérennité de la ressource pour les générations futures et non de mettre des barrières à une exploitation responsable. Au cours de l'étude de ce projet de loi, il faudra s'assurer que l'encadrement proposé soit sans failles... sans tomber pour autant dans le protectionnisme à outrance que suggère le propos d'Eau-secours.






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  • Dominic Pageau
    Abonné
    lundi 9 juin 2008 02h57
    L'objectif de cette loi et de taxer encore les gens?
    « Je sais, il faut en effet prôteger l'eau, mais est-ce une bonne raison pour justifier ce sacro saint principe de l'utilisateur payeur?

    Ce principe qui n'est en fait qu'une autre taxe qui va bien certainement affecté principalement les pauvres qui vont se rationner et non économiser. Et les plus riches vont s'en foutre comme dans la quarante et la classe moyenne va devoir économisé, mais ça va sans nul doute avoir un impact sur son porte monnaie.

    En passant, l'exemple de la ville de Montréal n'est pas valable puisque le réseau fuit de partout et qu'il y a de nombreux raccord illégaux aux réseau qui consomment beaucoup d'eau.....

    Ma loi, elle serait très stricte, l'eau est une chose publique, non pas un produit national, et ne peut être vendu.

    Mais bon, je peux comprendre qu'on veut nous vendre l'eau, comme on veut nous vendre l'air(le gaz carbonique), c'est dans l'air du temps.

    Mais bon, j'espère qu'on peut aussi comprendre que je m'oppose à de tel discours. »

  • Richard Weilbrenner
    Abonné
    lundi 9 juin 2008 07h19
    Des propos inquiétants
    « Favoriser l'exploitation de l'eau plutôt que sa protection, cela ne veut pas dire la même chose pour tout le monde. C'est ainsi que "plutôt que" ne veut pas dire "au lieu de". Il est donc permis de penser qu'Eau-secours ne s'oppose pas à l'exploitation de l'eau, mais qu'il favorise sa protection. Favoriser, en effet, cela veut dire aussi aider, appuyer, encourager, protéger, soutenir et... avantager
    À cet égard, l'initiative de la ministre est louable, mais elle paraît bien timide. Au vu de la légèreté avec laquelle nous, Terriens, traitons notre environnement, je considère que l'intervention d'Eau-secours est bien courageuse. Par ailleurs, la toute nouvelle préoccupation du gouvernement fédéral face à la consommation d'eau des Canadiens "moyens" m'inquiète encore plus, quand on sait que notre industrie pétrolière albertaine consomme à elle seule 1,8 milliard de litres d'eau par jour pour le traitement des sables bitumineux et que cette consommation est à l'origine d'une contamination des sols catastrophique.
    Richard Weilbrenner, Sutton »

  • marie-claude leclerc
    Inscrite
    lundi 9 juin 2008 07h35
    Vigilance
    « Il était temps ! quoique ça peut s'étirer longtemps avant de réellement passer à l'action.
    Il est à souhaiter aussi que la ressource ne s'épuise pas d'ici là et que certaines clauses de l'Alena ne mettent pas les bâtons dans les roues comme c'est souvent le cas.
    Nos voisins du sud sont prêts à manigancer bien des ententes pour détourner de l'eau vers chez eux. L'or bleu de Maude Barlow est très instructif. Le protectionnisme d'Eau Secours est sans aucune doute fondé sur le manque de vision des politiques à long terme. On laisse passer quelques petites erreurs et soudainement la ressource s'épuise de façon alarmante comme si de rien n'était. L'exploitation des ressources devrait être extrêmement rigoureuse et tenir compte avant tout de la possible disparition de ses dernières avant de prioriser le volet économique. Quand la plus importante et même essentielle ressource s'épuise, la vigilance se doit d'être extrême et même pointilleuse sur les lois et réglementations tout en s'assurant de sensibiliser et conscientiser la population à une consommation responsable. La quantité d'eau disponible et potable à l'échelle mondiale n'est sans doute pas quantifiable à l'heure actuelle mais elle est lourdement hypothéquée. »

  • Jean-Marc Lord
    Abonné
    lundi 9 juin 2008 07h47
    Projet de loi sur l'utilisation de l'eau
    « Oui c'est vrai l'eau n'est pas a nous elle appartient a la terre notre planete alors faisons en sorte de ne l'utiliser en parcimonie. Car un jour elle peut n'etre plus la pour nous sustenter. »

  • Roland Berger
    Abonné
    lundi 9 juin 2008 09h35
    S.v.p., monsieur Descôteaux
    « En dernier paragraphe, vous critiquez la position de l'organisme Eau=secours qui voit dans cette initiative libérale un projet d'exploitation plutôt qu'un projet de protection. Cet organisme ne s'est jamais opposée à une exploitation rationnelle de la ressource. L'avez-vous contacté ? Il me semble y avoir là une certaine mauvaise foi. Je sais, à votre école, les éditorialistes, notamment ceux du Devoir, doivent pondre des textes équilibrés. La crotte contre Eau-secours permet ce type d'équilibre. Mais elle pue...
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario »

  • Charles Laflamme
    Inscrit
    lundi 9 juin 2008 11h16
    Les barons de l'eau
    « Ce qui est inquiétant, c'est ce qui n'est pas abordé dans ce texte.

    Comme c'est la façon de faire du gouvernement actuel celui-ci se prépare à vendre à rabais à l'entreprise privée le contrôle sur da distribution de l'eau potable.

    Comme pour l'énergie éolienne, comme pour la ressource pétrolifère de l'ile Anticosti, comme pour le prolongement de 30 ans du bassin hydrographique à Alcan, ce sont des ventes à rabais qui ont la particularité de ne pas grever le budget actuel du Québec mais qui constituera un grave manque à gagner lorsque ce patrimoine aura pris de la valeur.

    Durant son mandat précédant le gouvernement a mis en place les lois nécessaires au Partenariat Public-Privé, les PPP afin que les villes puissent les utiliser.

    Rappellez vous l'entente de PPP pour le prolongement de l'autoroute 25 alors que l'assemblée Nationale n'a pas pu savoir le contenu de l'entente financière et des engagement des payeurs de taxes québécois. Dans le cas d'un éventuel partenariat avec le privé concernant les services d'aqueduc et d'égouts des villes, on ne saura pas ce qu'il adviendra si les perspectives de profits chutent dus à une consommation d'eau moindre que prévue . Dans ce genre de partenariat la partie confidentielle de l'entente suppose que le secteur public compensersa pour tout écart aux prévisions.

    Si vous n'avez qu'un livre à vous procurer dans la prochaine année, achetez "L'or bleu" de Maude Barlow avec la préface de Louise Vandelac. Après, vous en saurez bien plus que ceux qui veulent vous influencer par une vue partielle à court terme, incluant les politiciens. Quand vous serez saturés de ce qui se passe ailleurs dans le monde, allez aux chapitres concernant le contrôle par les grandes compagnies. On parle de spéculation, de complicité de certains dirigeants, du rôle de la Banque Mondiale, etc. À cela s'ajoute la non responsabilité contractuelle des compagnies quant à assurer de l'eau potable à tous. L'eau aux plus offrants.

    Table des matières:

    LA CRISE
    1. Alerte rouge
    2. Planète en danger
    3. Mourir de soif

    LA POLITIQUE
    4. Tout est à vendre
    5. Les barons de l'eau
    6. Le cartel de l'eau
    7. Connexions mondiales

    L'AVENIR
    8. La riposte
    9. Notre position
    10. L'avenir

    En prime, la lecture de ce livre nous permet d'avoir un regard plus à niveau face aux autres domaines impliquant le contrôle de nos ressources par le privé.

    LA NAÏVETÉ ET LA CANDEUR N'ONT JAMAIS FAIT PARTIE DE LA SAGESSE LORSQU'IL S'AGIT D'ASSURER LA SURVIE D'UN PEUPLE DANS LA DIGNITÉ. »

  • jacques noel
    Inscrit
    lundi 9 juin 2008 11h36
    Repenser notre eau et notre Hyrdo
    « Avec le baril à 140$, l'auto électrique c'est pour bientot
    Et avec Kyoto, Américains et Ontariens vont avoir besoin de l'électricité "propre".

    Ajoutez le réchauffement de la planète (je fais l'hypothèse que c'est vrai...) et le monde va avoir soif
    Jamais dans toute l'histoire de notre peuple, l'avenir n'aura été aussi rose. Jamais on aura été aussi bien placer pour s'enrichir, pour devenir le paradis sur terre.

    Or écoutez Charest et la Beauchamp: ils n'ont pas le début d'une stratégie là-dessus. Juste la p'tite semaine. La méthode Parisella: "fais le moins de bruit possible Jean, une petite annonce positive de temps en temps. Laisse Pauline et Mario jouer les méchants". »

  • Bernard Gervais
    Abonné
    lundi 9 juin 2008 11h51
    La bonne foi de Madame Beauchamp et la réalité !
    « Je veux bien croire Mme Beauchamp quand elle dit vouloir, avec son projet de loi, protéger l'eau et mieux contrôler son exploitation.

    N'empêche que, dans ce dossier, son gouvernement n'a pas fait preuve jusqu'ici de beaucoup de transparence et de vigilance.

    En avril 2003, la pétrolière Ultramar et la compagnie Coastal ont déversé plus d'un million de litres de paraxylène dans le fleuve Saint-Laurent, le long de l'île de Montréal. Le Gouvernement le savait, mais préférait ne rien révéler.

    Si des reporters de Radio-Canada n'avaient pas fait enquête à ce sujet en avril 2007, nous n'en aurions jamais entendu parler et, par conséquent, le ministère de l'Environnement ne se serait jamais senti obligé d'expliquer pourquoi il avait caché cette histoire à la population.

    Quand elle a été finalement interrogée à ce sujet par le PQ , l'ADQ et la presse, la ministre avait alors déclaré qu'elle s'était assurée que les entreprises fautives avaient pris des mesures pour « corriger la situation » ! De telles explications, bien entendu, n'avaient convaincu personne ! »

  • François Le Blanc
    Inscrit
    lundi 9 juin 2008 14h10
    300 litres d'eau par jour? Par habitant? Vous gobez ça, vous?
    « C'est assez fort, non? Faudrait que j'actionne la chasse d'eau longtemps tous les jours pour arriver à 300 litres d'eau PAR JOUR.

    À moins que M. Descôteaux impute à chaque foyer ou particulier la macroconsommation des institutions (parlez-en à votre collègue Louis-Gilles Francoeur, qui a écrit des articles à ce sujet, ou préférez-vous encore disséminer de telles énormités), en plus des fuites d'eau dans les conduits municipaux.

    C'est décevant que Le Devoir accepte de publier de telles données discutables. En tout cas, un autre disciple de Milton Friedman (ou en tout cas, pas très loin de l'être). »

  • loiselet
    Abonné
    lundi 9 juin 2008 18h51
    Crevaison
    « Le premier problème n'est pas celui causé par le petit utilisateur mais celui occasionné par les innombrables fuites de nos vieilles tyauteries jamais entretenues à l'intérieur de l'entier sous-sol montréalais. Nous perdons littérallement nos eaux, continuellement, par notre tripaille défoncée depuis des lustres. »

  • Jean-François Belley
    Abonné
    mardi 10 juin 2008 20h29
    Réponse à M. Le Blanc
    « Sachez M. Le Blanc que étonnant n'égale pas toujours absurde. En effet, une simple recherche vous aurait permis de constater que le chiffre de 300 litres par jour est prudent: la majorité des sources s'entendent sur 400 litres par jour (eh oui!). Si vous voulez calculer votre propre consommation, voici un petit atelier disponible sur le Web : http://www.unites.uqam.ca/ERE-UQAM/lemondeatable/pdf/6-activite.pdf »

  • François Le Blanc
    Inscrit
    jeudi 12 juin 2008 12h01
    Réponse à M. Belley
    « Vous dites « La majorité des sources s'entendent sur ». Quelles sources? De toute manière, même la grille que vous proposez est discutable : 10 litres pour se brosser les dents en laissant le robinet ouvert (ce que bien des gens ne font plus); 60 litres pour laver la vaisselle à la main.
    Je veux bien croire qu'on peut faire notre part, mais il n'y a rien de mieux que vérifier par soi-même certains faits, plutôt que de les croire sans examen, même si certains universitaires et chercheurs les martèlent.
    Je ne sais plus quel éditorialiste du Devoir (Sansfaçon, je crois, pourtant pas si social-démocrate) avait dit sur cette question que le particulier montréalais consommait tout de même raisonnablement. Eh bien, il s'agit d'en avoir le coeur net, maintenant. »

  • Michel Thibault
    Abonné
    vendredi 13 juin 2008 13h41
    Ne serait-ce que pour le coût du traitement
    « L'eau de qualité est précieuse pour la vie. La gaspiller est une folie. La reconnaître comme un bien collectif va de soi. Il devrait en être de même pour l'air. »

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