mercredi 25 novembre 2009 Dernière mise à jour 21h16


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Dossier Afghanistan - Chypre, escale obligatoire pour la santé mentale

Alec Castonguay   12 novembre 2007  Politique
Lorsque les soldats canadiens sont de retour d’Afghanistan, ils ne rentrent pas au pays directement: ils doivent faire un détour par Chypre, où des vacances bien spéciales leur sont offertes dans le cadre d’un programme de «décompression» metta
Photo : Agence Reuters
Lorsque les soldats canadiens sont de retour d’Afghanistan, ils ne rentrent pas au pays directement: ils doivent faire un détour par Chypre, où des vacances bien spéciales leur sont offertes dans le cadre d’un programme de «décompression» metta
L'armée canadienne n'en a jamais fait un mystère: la mission à Kandahar est éprouvante, autant sur le plan militaire que sur celui de la santé mentale des soldats. Pour faciliter leur retour et aider les 17,1 % des soldats qui souffrent de détresse psychologique à la suite de leur mission en Afghanistan, les Forces canadiennes ont créé un concept unique sur l'île de Chypre. Suite et fin de notre dossier amorcé samedi.

Ottawa — Les 2300 soldats québécois qui reviendront d'Afghanistan par vagues à partir de janvier ne passeront pas directement du front à leur maison. Avant d'atterrir dans la province, ils auront passé cinq jours sur l'île de Chypre, dans la Méditerranée. Un arrêt obligatoire qui vise à sensibiliser les militaires à un retour qui pourrait s'avérer difficile, notamment sur le plan psychologique.

Cette escale se nomme Décompression dans un tiers lieu. S'inspirant de concepts britanniques et danois similaires, les Forces canadiennes ont expérimenté la décompression pour la première fois en 2002, lors du retour à la maison des 750 hommes qui combattaient les talibans à Kandahar, sous les ordres des Américains et de leur opération Enduring Freedom. Les soldats avaient alors séjourné sur l'île de Guam, au milieu du Pacifique.

Fin 2005, lorsque les militaires canadiens retournent dans le sud de l'Afghanistan, cette fois sous l'autorité de l'OTAN, le haut commandement décide de remettre un arrêt de décompression sur l'itinéraire des soldats. Chypre, un endroit de villégiature qui offre des installations modernes, fait rapidement l'unanimité.

«Dans le passé, beaucoup de soldats se sont plaints d'avoir un retour à la maison pénible après des missions difficiles comme la Bosnie ou le Rwanda et voulaient plus d'aide», explique le major Michel Ouellet, qui a été commandant de la décompression à Chypre entre juillet et septembre dernier. «Quand la mission en Afghanistan est arrivée, on a décidé de tenter une nouvelle expérience pour faciliter le retour à la vie normale.»

Le Canada a toutefois mis sur pied son propre projet, devenu unique au sein de l'OTAN. L'accent mis sur les conséquences psychologiques de la mission est en effet beaucoup plus important qu'ailleurs. «La réalité est que les militaires vivent un important stress lors du déploiement pendant six à neuf mois. Ça change le soldat autant que la famille qui attend à la maison. Ce n'est pas vrai qu'au retour tout va être exactement comme avant le départ. Il faut s'adapter aux changements, et la décompression est le parfait endroit pour commencer», explique le Dr Bryan Garber, responsable du projet au sein de la Section de santé en déploiement des Forces canadiennes.

Sensibilisation et relaxation

Le séjour à Chypre mélange deux objectifs: relaxation et sensibilisation. D'abord, il faut que les soldats comprennent qu'ils ne sont plus dans un environnement militaire et que le retour approche. Ils sont donc hébergés dans des hôtels classés trois ou quatre étoiles, doivent s'habiller en civil et ont beaucoup de temps libre pour aller à la plage, faire des sorties, manger au restaurant, faire du sport, etc.

Les militaires peuvent ainsi prendre une douche de plus de cinq minutes, dormir seulement à deux dans une chambre et se promener sans leur arme, des choses impossibles en Afghanistan. Le séjour à Chypre coûte environ deux millions de dollars pour une rotation de 2500 militaires.

Ce retour progressif à la normale vise aussi à préparer les soldats à leurs deux séances de sensibilisation aux problèmes de santé mentale. «Les gars sont entraînés pour ne pas tenir compte des signaux de faiblesse, que ce soit les pieds qui font mal ou les conséquences psychologiques d'un attentat, explique le Dr Mark Zamorski, chef de la Section de santé en déploiement des Forces canadiennes. C'est vital sur le terrain d'oublier les faiblesses pour continuer à travailler. Mais une fois que les soldats reviennent, il faut briser cette habitude de refouler les problèmes. La décompression est une bonne occasion de leur faire comprendre que c'est terminé.»

Sur les 40 personnes qui assurent le bon déroulement du séjour, une douzaine sont des spécialistes de la santé mentale: psychiatres, psychologues, infirmières, travailleurs sociaux, etc. Ce sont eux qui animent les deux séances de sensibilisation obligatoires, dont l'une contient une vidéo de 35 minutes intitulée Battle Mind (www.battlemind.org). Ce document a été préparé par l'armée américaine pour les militaires qui reviennent d'Irak ou d'Afghanistan.

On y aborde des problèmes que peuvent rencontrer les soldats une fois de retour à la maison. Par exemple, on peut voir un soldat qui conduit agressivement, comme c'est la norme pour éviter les embuscades à Kandahar. Un soldat cherche son arme lors d'un pique-nique en famille, alors qu'un autre panique lorsqu'il entend un bruit qui ressemble à une détonation. «Ça montre que c'est normal de vivre des problèmes d'adaptation», dit Bryan Garber. Une séance de discussion suit la présentation du vidéo.

Les militaires peuvent aussi consulter des spécialistes en privé et doivent remplir un questionnaire qui vise à évaluer leur condition psychologique. Depuis que ce programme de décompression est en place, les médecins de l'armée estiment que les soldats consultent davantage et plus rapidement une fois de retour au pays. «Si les gars ne s'arrêtent pas à Chypre, ils reviennent au pays et on perd l'occasion de les sensibiliser rapidement parce qu'ils sont trop distraits à la maison. Là-bas, on leur explique toutes les ressources disponibles», dit Mark Zamorski.






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • Jean-Pierre Lusignan
    Abonné
    lundi 12 novembre 2007 06h45
    Enfin, on ouvre la "boîte de Pandore".
    « Lévis, ce 12 novembre 2007

    Il y a une année ou deux, l'Armée canadienne a envoyé quelques blindés légers à Rimouski. Il s'agissait alors de permettre à la population de les voir et d'échanger avec la population. J'ai alors été parlé à quelques soldats. M'adressant à l'un d'eux, j'ai évoqué les affligeants troubles mentaux consécutifs à la guerre, notamment en référant à un oncle décédé, grand blessé de guerre, rescapé de la seconde guerre mondiale et des batailles de Caën et de Hollande. Le soldat en question m'a alors dit qu'il y en a qui sont faits pour le combat et d'autres non. Sa réaction m'a estomaqué et je me suis dit qu'il apprendrait... J'espérais qu'on l'apprendrait à apprendre. Tant mieux si c'est commencé... »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 12 novembre 2007 08h38
    Le soldat visa le noir, tua le blanc et se démoralisa de ça
    « Je viens de lire que plusieurs soldats américains reviennent d'Irak en héros et finissent en clochards. Est-ce parce qu'ils prennent conscience qu'ils voulaient porter la démocratie et qu'ils y ont substitué les morts, les viols et le malheur aux Irakiens pour quelques litres de pétrole poue son char ?

    Est-ce mieux actuellement en Afghanistan ?

    Est-ce que la décompression comprend les danseuses pour se remettre encore plus dans la culture du Québec ? »

  • andré michaud
    Inscrit
    lundi 12 novembre 2007 08h44
    Militaire, un job de plus en plus difficile
    « Jamais la vie de militaire fut facile, cependant depuis la guerre dans l'ex Yougouslavie, la pression monte toujours. Ces conflits ne sont pas la guerre traditionnelle avec une armée chaque côté qui se tire dessus. Nos militaires dans l'ex-Yougouslavie, au Rwanda , à Haiti et en Afghanistan assitent, souvent impuissant, à des massacres TRÈS cruels et d'une barbarie qu'ils ne soupçonnaient pas.Des femmes violées et coupées à la machette, des talibans qui se servent d'enfants comme bombes vivantes, des femmes lapidées....chaque jour ils sont confrontés à des horreurs qu'ici en occident nous pouvons difficilement comprendre. Si ils vont au Darfour, ce sera encore une fois pour voir des barbaries inimaginables...fait par des gens non-civilisés et sanguinaires.Comment peut se sentir un jeune canadien dans la vingtaine qui n'a connu que le "paradis canadien" ou toute cette barbarie n'existe pas et ou la charte des droits a un poid réel?

    Cependant il faut des gens pour faire "la job" et aller aider ces pays ,avec le soutient moral de l'ONU, à se pacifier et à accéder à la civilisation, à la démocratie et à une société avec des droits pour les individus. Nous devrons donc appuyer sans réserve nos soldats
    qui reviennent de l'enfer de la barbarie. Ils ont beau être courageux, ce sont des humains qui sont nés dans un pays ou l'on n'est pas habitué à la barbarie sauvage qu'ils doivent confronter dans leur quotidien. Respectons et aidons nos soldats et dans leur missions, et à leur retour. »

  • Noureddine Charki
    Inscrit
    lundi 12 novembre 2007 10h20
    Les talibans se decompressent où eux autres ?
    « Je me demande souvent pourquoi les talibans ont pas de problemes psychologique? Est-ce parceque le fait qu'ils soient chez eux et que c'est une fierté de combattre l'innemi qui vient leur faire la guerre?? Est-ce la guerre est necessaire pour regler le probleme de l'ignorance des talibans? Si on envoyaient nos gens pour autre fin que la guerre aux talibans...est ce qu'ils reviendront aussi malade? Moi personnellement je suis choqué de voir mon impot servir à tuer des talibans et a bousier la santé mentale de nos chers militaires de cette facon. Je suis sur qu'il peut avoir d'autre solutions pour le probleme des talibans, mais est-ce aussi rentable que la guerre!!! »

  • andré michaud
    Inscrit
    lundi 12 novembre 2007 13h24
    L'angélisme et le jour du souvenir
    « Je suis toujours sidéré de voir de gens comme M.Charki croire en l'angélisme pour se débarasser des talibans. Ces barbares sanguinaires n'ont AUCUN respect pour la vie humaine, pour les arts, pour les sciences etc...il se servent des femmes et des enfants, ils lapident les femmes, coupent des membres à des enfants jouant au ballon (quel jeu satanique...), il sont encore 1,000 fois pire que les nazis!!!

    Penser éliminer ces odieux barbares sanguinaires par l'opération du St-esprit en se cachant bien loin...tient de l'absurde et de la couardise!! À l'angélisme qui ne résout RIEN je préfère le courage de nos soldats. Si nous n'avions eu que l'angélisme contre le nazisme nous vivrions sous leur botte depuis quelques décennies. À des problèmes démocratiques il y a des solutions démocratiques, pour éliminer le barbarisme sanguinaire il faut avoir le courage de se battre et risquer sa peau.

    Il est malheureux qu'en ce jour du souvenir, certains ont tout oublié du courage des soldats qui ont rendu possible un monde plus libre et démocratique que celui que nous aurait apporté le nazisme. Certaines personnes sont vraiment ingrates envers tous ceux qui ont sacrifié leur vie , ou qui maintenant risquent leur vie pour assurer la liberté que nous avons aujourd'hui. »

  • Noureddine Charki
    Inscrit
    lundi 12 novembre 2007 15h21
    @M. André Michaud, Votre discours est naïf.
    « Votre discours est naïf. Je ne sais pas d'où vous amener toutes ces images que vous coller au talibans, mais une chose est sûr, l'Afghanistan est loin d'être le seul endroit au monde où les êtres humains souffre de l'injustice et de la tyrannie des dictateurs. Vos descriptions sont celles que nos médias essayent de projeter afin que la population accepte cette guerre. Où sont les images des innocents civils tués par les militaires en Afghanistan et en Iraq? Pour quoi il n y a pas d'émission qui met la lumière sur toutes les violations commises par les militaires dans ces pays là? Qui sommes nous pour aller apporter la démocratie à des peuples qui ne la veulent pas? Si ces gens là ont des problèmes, nous autres aussi on a les notre. Nous aussi on a des enfants tué après avoir été violé. Nous aussi nous avons des femmes tuées parce qu'elles ne veulent plus être des danseuses nues... Une seule chose qui justifie l'action militaire, c'est de se défendre d'une attaque de l'extérieur. D'ailleurs c'est pour cette raison qu'on parle d'un ministère de la défense. Pour autre fins, il faut créer un autre ministère qui pourra s'appeler Le ministère de la démocratisation des pays voyous. De cette façon les choses vont être plus claires et le budget dédié pour ce ministère ne sera pas dissimulé dans celui de la défense nationale. »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    lundi 12 novembre 2007 15h29
    @André Michaud
    « Il y a toujours un lot de crédules qui croient dur comme fer tout ce que raconte le pays qui les utilisent pour leur guerre. genre : Nous sommes les bons A 1 et eux sont les méchants Z 100.

    Si vous n'êtes pas pour nous, vous êtes contre nous "Bush". Les Vietnamiens, les Allemands, les Russes, les Coréens du nord mais pas ceux du sud, les Talibans-Afghans mais par les Afghans ordinaires sauf ceux qui cultivent le pavot, les Irakiens, les Palestiniens, tous des méchants.

    C'était la même chose du temps des indiens et des cow-boys. Je gage que M. Michaud pense encore que les indiens étaient des méchants barbares sanguinaires qui battaient leurs femmes et les prêtaient à la visite et les cow-boys, des bons protecteurs d'enfants innocents, full fidèles à leurs épouses soumises et heureuses de l'être. Vous ne trouvez pas ça un peu étrange que nous soyons toujours le bon côté des bons dans les guerres ? Alors, tous les Talibans arrachent les bras de leurs enfants pour les manger au déjeuner ou pour jouer avec pour passer le temps. Wow la naïveté ! »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
7 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009