Le G8 s'entend à rabais sur les GES
Photo : Agence France-Presse
«Les États-Unis n’ont pas bougé, ils continuent de résister à toute mesure et tout objectif concrets, mais leur intransigeance est apparue au grand jour»
Heiligendamm — C'est finalement d'une entente à rabais sur le climat qu'a accouché hier le G8 réuni en Allemagne. Les pays membres ont ainsi reconnu la nécessité de réduire substantiellement leurs émissions de gaz à effet de serre (GES), mais aucun objectif chiffré commun n'a été établi pour y arriver. Bien que très isolés face aux Européens, au Japon et au Canada, les États-Unis sont donc parvenus à bloquer tout objectif de réduction des GES qui soit chiffré et mesurable dans le temps. La volonté de certains pays de réduire ces émissions de 50 % d'ici 2050 a néanmoins été mentionnée hier.
Un proche conseiller de la Maison-Blanche a salué «un document de consensus pour aller de l'avant», justifiant l'absence d'objectifs chiffrés par le fait que «tous les acteurs-clés ne sont pas là». George Bush a refusé de ratifier le protocole de Kyoto au motif que des pays tels que la Chine et l'Inde ne sont tenus par aucune obligation. Le communiqué du sommet constitue tout de même l'engagement le plus ferme jamais pris par les États-Unis pour la limitation des émissions polluantes.
La chancelière allemande, Angela Merkel, qui misait sur un engagement du G8 à réduire de 50 % les émissions mondiales d'ici 205O pour contenir le réchauffement à pas plus de deux degrés supplémentaires, a évoqué «un grand succès», bien qu'elle n'ait obtenu qu'un engagement des huit «à considérer sérieusement» cette proposition.
Mme Merkell estime que le G8 «a adopté un langage clair [...] qui reconnaît que [la hausse des] émissions de CO2 doit être d'abord enrayée, puis suivie d'importantes réductions». Les pays membres du G8 produisent 40 % des émissions de GES de la planète. Les autres gros émetteurs sont la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Indonésie.
Le premier ministre britannique, Tony Blair, qui avait inscrit la question du climat au programme du sommet du G8 il y a deux ans, a salué l'accord comme un «grand pas en avant», tandis que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a souligné une «réelle souplesse» de la part de Bush.
Le premier ministre Stephen Harper a pour sa part dit croire que l'accord conclu par le G8 constituait une étape très importante en vue d'une entente internationale sur la réduction des GES. M. Harper a qualifié d'essentiel l'établissement de cibles obligatoires de réduction d'émissions. Il a ajouté qu'il avait fait valoir cette position à son vis-à-vis américain, George W. Bush, mais il s'est empressé d'ajouter qu'il comprenait que les États-Unis ne veuillent pas de cible obligatoire tant et aussi longtemps que les autres pays du monde n'en auront pas eux aussi.
Les dirigeants du G8 ont indiqué vouloir conclure d'ici à 2009 un nouvel accord sur les changements climatiques, qui entrerait en vigueur après l'expiration du protocole de Kyoto en 2012.
Les discussions sur ce prochain accord se dérouleront dans le cadre des Nations unies. Les ministres de l'Environnement du G8 disposent d'un mandat pour entamer des négociations lors de la conférence de l'ONU sur les changements climatiques prévue à Bali, en décembre, a déclaré Merkel.
L'ONU a accueilli favorablement la décision des membres du G8, tout en soulignant la nécessité d'associer à ce processus d'autres pays pollueurs non présents en Allemagne. «Je pense que c'est un résultat très satisfaisant. C'est de bon augure avant la conférence de Bali», a déclaré Yvo de Boer, secrétaire général de la Convention sur le climat de l'ONU.
«Il faut toutefois garder en tête qu'il s'agit d'une décision du G8 et que l'engagement d'un ou deux autres pays est nécessaire afin de lancer un processus à Bali», a-t-il ajouté.
Pas assez
Les défenseurs de l'environnement ont condamné l'incapacité du G8 à s'entendre sur des objectifs précis et contraignants. «S'accorder sur un objectif chiffré est une première étape importante et ne pas franchir cette première étape, c'est nous condamner à beaucoup de douleurs et de souffrances en ce qui concerne les conséquences des changements climatiques», a réagi Neil Adger, du Centre Tyndall pour la recherche sur les changements climatiques, basé en Grande-Bretagne.
L'organisation non gouvernementale Greenpeace a pour sa part critiqué le caractère limité de l'engagement des participants du G8 sur la question du réchauffement climatique. «Nous condamnons les chefs d'État présents au G8 pour leur incapacité à assumer leur responsabilité historique dans le processus de réchauffement climatique», a déclaré Daniel Mittler, membre de Greenpeace. «Cela reste clairement insuffisant», a-t-il ajouté.
L'organisation de défense de l'environnement WWF s'est montrée plus modérée. «C'est ce qui compte, qu'ils soient tous d'accord pour préparer la conférence de Bali», a estimé le directeur du programme Climat au WWF, Hans Verolme, en référence à la conférence des Nations unies sur les changements climatiques qui aura lieu en décembre.
«Les États-Unis n'ont pas bougé, ils continuent de résister à toute mesure et tout objectif concrets, mais leur intransigeance est apparue au grand jour», a remarqué de son côté Phil Clapp, directeur du National Environment Trust, basé à Washington.
De nouvelles manifestations ont aussi marqué cette deuxième journée du sommet du G8. Elles ont notamment pris un tour spectaculaire avec une course-poursuite en bateaux sur la mer Baltique, entre policiers et militants de Greenpeace. Des vedettes rapides et des canots pneumatiques d'assaut de la police ont fait des queues de poisson pour stopper les deux canots pneumatiques à moteur de Greenpeace qui avaient réussi à pénétrer dans la zone maritime interdite autour d'Heiligendamm. Les quatre occupants de l'un d'eux ont été jetés à la mer, à une centaine de mètres de la côte.
Selon un porte-parole de la police, huit canots de Greenpeace ont été saisis et 21 militants placés en garde à vue. Deux des militants ont été légèrement blessés, ainsi qu'un policier. Greenpeace, de son côté, a fait état de trois blessés, qui ont dû être hospitalisés.
À terre, plusieurs milliers de manifestants ont aussi poursuivi leur action de blocage des routes menant à Heiligendamm, pour tenter de gêner la logistique du sommet. Selon la police, un total de 257 personnes ont été interpellées au cours de la journée d'hier.
Des missiles en ex-URSS
L'autre gros événement de la journée est toutefois venu de la rencontre Bush-Poutine. Le président russe a ainsi fait une offre-surprise à George W. Bush pour tenter de régler leur différend sur le bouclier antimissile américain lors du sommet du G8. Le président russe a causé la sensation en proposant aux États-Unis d'utiliser, pour leur bouclier, des installations dans l'ex-Union soviétique plutôt que d'en créer de nouvelles en Europe.
Il s'agirait d'«une utilisation commune de la station de radar que nous louons en Azerbaïdjan», a-t-il déclaré à la presse à l'issue de son premier entretien en tête-à-tête avec M. Bush depuis novembre, en marge du G8 de Heiligendamm.
Un tel système, selon lui, permettrait aux Américains et aux Russes de détecter «immédiatement» un éventuel «essai de tir de missile à longue distance de la part de n'importe quel pays, y compris l'Iran».
Dans un langage martial, M. Poutine avait menacé de diriger de nouveau les missiles russes vers des cibles européennes, comme au temps de la guerre froide, au cas où Washington mettrait à exécution son projet de bouclier antimissile en Pologne et d'une station radar en République tchèque.
M. Bush a parlé de «suggestions intéressantes». Les deux pays ont mis sur pied un groupe d'experts chargé d'étudier la proposition russe. Washington assure que son projet vise uniquement des «États voyous» comme l'Iran, mais la Russie s'estime menacée et a vivement réagi cette semaine.
M. Poutine a aussi rencontré hier le premier ministre canadien, Stephen Harper, qui a soulevé la question des libertés démocratiques en Russie. M. Harper a indiqué que son vis-à-vis russe a un devoir démocratique de permettre la contestation. Un membre de la délégation canadienne a indiqué que M. Harper avait dit au président russe que leurs deux pays, à titre de membres du G8, sont des exemples pour les autres pays, d'où l'importance de permettre et d'écouter la critique et la contestation.
Vladimir Poutine s'est défendu d'être antidémocratique, malgré les arrestations et le passage à tabac de manifestants et les décès de politiciens qui lui étaient opposés. Au début de la rencontre, le président russe a tenté d'évacuer la tension en parlant de hockey, félicitant le Canada pour sa récente victoire aux Championnats du monde.
D'après l'Agence France-Presse, Reuters et la Presse canadienne
Un proche conseiller de la Maison-Blanche a salué «un document de consensus pour aller de l'avant», justifiant l'absence d'objectifs chiffrés par le fait que «tous les acteurs-clés ne sont pas là». George Bush a refusé de ratifier le protocole de Kyoto au motif que des pays tels que la Chine et l'Inde ne sont tenus par aucune obligation. Le communiqué du sommet constitue tout de même l'engagement le plus ferme jamais pris par les États-Unis pour la limitation des émissions polluantes.
La chancelière allemande, Angela Merkel, qui misait sur un engagement du G8 à réduire de 50 % les émissions mondiales d'ici 205O pour contenir le réchauffement à pas plus de deux degrés supplémentaires, a évoqué «un grand succès», bien qu'elle n'ait obtenu qu'un engagement des huit «à considérer sérieusement» cette proposition.
Mme Merkell estime que le G8 «a adopté un langage clair [...] qui reconnaît que [la hausse des] émissions de CO2 doit être d'abord enrayée, puis suivie d'importantes réductions». Les pays membres du G8 produisent 40 % des émissions de GES de la planète. Les autres gros émetteurs sont la Chine, l'Inde, le Brésil et l'Indonésie.
Le premier ministre britannique, Tony Blair, qui avait inscrit la question du climat au programme du sommet du G8 il y a deux ans, a salué l'accord comme un «grand pas en avant», tandis que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a souligné une «réelle souplesse» de la part de Bush.
Le premier ministre Stephen Harper a pour sa part dit croire que l'accord conclu par le G8 constituait une étape très importante en vue d'une entente internationale sur la réduction des GES. M. Harper a qualifié d'essentiel l'établissement de cibles obligatoires de réduction d'émissions. Il a ajouté qu'il avait fait valoir cette position à son vis-à-vis américain, George W. Bush, mais il s'est empressé d'ajouter qu'il comprenait que les États-Unis ne veuillent pas de cible obligatoire tant et aussi longtemps que les autres pays du monde n'en auront pas eux aussi.
Les dirigeants du G8 ont indiqué vouloir conclure d'ici à 2009 un nouvel accord sur les changements climatiques, qui entrerait en vigueur après l'expiration du protocole de Kyoto en 2012.
Les discussions sur ce prochain accord se dérouleront dans le cadre des Nations unies. Les ministres de l'Environnement du G8 disposent d'un mandat pour entamer des négociations lors de la conférence de l'ONU sur les changements climatiques prévue à Bali, en décembre, a déclaré Merkel.
L'ONU a accueilli favorablement la décision des membres du G8, tout en soulignant la nécessité d'associer à ce processus d'autres pays pollueurs non présents en Allemagne. «Je pense que c'est un résultat très satisfaisant. C'est de bon augure avant la conférence de Bali», a déclaré Yvo de Boer, secrétaire général de la Convention sur le climat de l'ONU.
«Il faut toutefois garder en tête qu'il s'agit d'une décision du G8 et que l'engagement d'un ou deux autres pays est nécessaire afin de lancer un processus à Bali», a-t-il ajouté.
Pas assez
Les défenseurs de l'environnement ont condamné l'incapacité du G8 à s'entendre sur des objectifs précis et contraignants. «S'accorder sur un objectif chiffré est une première étape importante et ne pas franchir cette première étape, c'est nous condamner à beaucoup de douleurs et de souffrances en ce qui concerne les conséquences des changements climatiques», a réagi Neil Adger, du Centre Tyndall pour la recherche sur les changements climatiques, basé en Grande-Bretagne.
L'organisation non gouvernementale Greenpeace a pour sa part critiqué le caractère limité de l'engagement des participants du G8 sur la question du réchauffement climatique. «Nous condamnons les chefs d'État présents au G8 pour leur incapacité à assumer leur responsabilité historique dans le processus de réchauffement climatique», a déclaré Daniel Mittler, membre de Greenpeace. «Cela reste clairement insuffisant», a-t-il ajouté.
L'organisation de défense de l'environnement WWF s'est montrée plus modérée. «C'est ce qui compte, qu'ils soient tous d'accord pour préparer la conférence de Bali», a estimé le directeur du programme Climat au WWF, Hans Verolme, en référence à la conférence des Nations unies sur les changements climatiques qui aura lieu en décembre.
«Les États-Unis n'ont pas bougé, ils continuent de résister à toute mesure et tout objectif concrets, mais leur intransigeance est apparue au grand jour», a remarqué de son côté Phil Clapp, directeur du National Environment Trust, basé à Washington.
De nouvelles manifestations ont aussi marqué cette deuxième journée du sommet du G8. Elles ont notamment pris un tour spectaculaire avec une course-poursuite en bateaux sur la mer Baltique, entre policiers et militants de Greenpeace. Des vedettes rapides et des canots pneumatiques d'assaut de la police ont fait des queues de poisson pour stopper les deux canots pneumatiques à moteur de Greenpeace qui avaient réussi à pénétrer dans la zone maritime interdite autour d'Heiligendamm. Les quatre occupants de l'un d'eux ont été jetés à la mer, à une centaine de mètres de la côte.
Selon un porte-parole de la police, huit canots de Greenpeace ont été saisis et 21 militants placés en garde à vue. Deux des militants ont été légèrement blessés, ainsi qu'un policier. Greenpeace, de son côté, a fait état de trois blessés, qui ont dû être hospitalisés.
À terre, plusieurs milliers de manifestants ont aussi poursuivi leur action de blocage des routes menant à Heiligendamm, pour tenter de gêner la logistique du sommet. Selon la police, un total de 257 personnes ont été interpellées au cours de la journée d'hier.
Des missiles en ex-URSS
L'autre gros événement de la journée est toutefois venu de la rencontre Bush-Poutine. Le président russe a ainsi fait une offre-surprise à George W. Bush pour tenter de régler leur différend sur le bouclier antimissile américain lors du sommet du G8. Le président russe a causé la sensation en proposant aux États-Unis d'utiliser, pour leur bouclier, des installations dans l'ex-Union soviétique plutôt que d'en créer de nouvelles en Europe.
Il s'agirait d'«une utilisation commune de la station de radar que nous louons en Azerbaïdjan», a-t-il déclaré à la presse à l'issue de son premier entretien en tête-à-tête avec M. Bush depuis novembre, en marge du G8 de Heiligendamm.
Un tel système, selon lui, permettrait aux Américains et aux Russes de détecter «immédiatement» un éventuel «essai de tir de missile à longue distance de la part de n'importe quel pays, y compris l'Iran».
Dans un langage martial, M. Poutine avait menacé de diriger de nouveau les missiles russes vers des cibles européennes, comme au temps de la guerre froide, au cas où Washington mettrait à exécution son projet de bouclier antimissile en Pologne et d'une station radar en République tchèque.
M. Bush a parlé de «suggestions intéressantes». Les deux pays ont mis sur pied un groupe d'experts chargé d'étudier la proposition russe. Washington assure que son projet vise uniquement des «États voyous» comme l'Iran, mais la Russie s'estime menacée et a vivement réagi cette semaine.
M. Poutine a aussi rencontré hier le premier ministre canadien, Stephen Harper, qui a soulevé la question des libertés démocratiques en Russie. M. Harper a indiqué que son vis-à-vis russe a un devoir démocratique de permettre la contestation. Un membre de la délégation canadienne a indiqué que M. Harper avait dit au président russe que leurs deux pays, à titre de membres du G8, sont des exemples pour les autres pays, d'où l'importance de permettre et d'écouter la critique et la contestation.
Vladimir Poutine s'est défendu d'être antidémocratique, malgré les arrestations et le passage à tabac de manifestants et les décès de politiciens qui lui étaient opposés. Au début de la rencontre, le président russe a tenté d'évacuer la tension en parlant de hockey, félicitant le Canada pour sa récente victoire aux Championnats du monde.
D'après l'Agence France-Presse, Reuters et la Presse canadienne
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