jeudi 26 novembre 2009 Dernière mise à jour 23h43


Chercher

Inscrivez-vous (gratuit)
Mot de passe oublié?
Abonné papier? Connexion
S'abonner au Devoir
Publicité

Les pouvoirs de la lieutenant-gouverneure

Norman Spector   31 mai 2007  Politique
On peut comprendre qu'il y ait une certaine confusion au sujet des pouvoirs de la lieutenant-gouverneure Lise Thibault, même chez les commentateurs les plus chevronnés, alors que le Québec est aux prises avec un gouvernement minoritaire, le premier depuis 1878. Il est également compréhensible que les experts constitutionnels examinent minutieusement les précédents qui se sont produits dans le reste du pays. En effet, même si M. Charest survit au vote de demain — ce qui est encore possible —, il est maintenant clair que son gouvernement restera soumis aux caprices d'un seul parti d'opposition qui détient la balance du pouvoir. En cela, sa position est bien différente de la situation relativement stable qui règne à Ottawa.

Malgré tout ce qui a été dit et écrit jusqu'à présent, les précédents sont en effet tout à fait clairs. Si son gouvernement est battu vendredi lors du vote sur le budget, M. Charest n'aura d'autre option que de soumettre sa démission à la lieutenant-gouverneure. Et si M. Charest demande la dissolution de l'Assemblée nationale dans ces circonstances, il n'existe aucun précédent au Canada pouvant justifier un refus de la part de Mme Thibault.

Le cas contraire, qu'on évoque et qu'on déforme aussi le plus souvent, concerne le processus par lequel les libéraux de David Peterson ont été portés au pouvoir en Ontario après les élections de 1985. Il est toutefois difficile de voir comment ce cas très pointu pourrait s'appliquer à la situation qui prévaut actuellement au Québec.

Quand les conservateurs ont été défaits après leur discours du Trône, M. Peterson a pu prendre le pouvoir à l'invitation du lieutenant-gouverneur de l'époque, John Aird. Ce dernier suivait ainsi le conseil du premier ministre sortant, Frank Miller, qui rejetait l'option d'un deuxième scrutin aussi rapide. Dans sa lettre de démission, M. Miller avait clairement signifié que le chef de l'opposition, M. Peterson, était en mesure de se gagner la confiance de la législature.

M. Aird avait rapidement pu confirmer sa conviction grâce à un processus de négociation entamé immédiatement après que les conservateurs eurent gagné seulement quatre sièges de plus que les libéraux lors d'un scrutin qui avait accordé la préférence populaire aux libéraux de M. Peterson (37,9 % contre 37 %). Ce résultat serré avait permis au chef du NPD, Bob Rae, d'offrir l'appui de son caucus de 25 membres aux deux partis, non sans y mettre le prix. Les conservateurs avaient refusé de marchander cet appui, mais M. Peterson avait retroussé ses manches et son parti avait fini par s'allier à celui de M. Rae. Les deux chefs avaient de surcroît présenté un programme conjoint détaillé tout en s'engageant à travailler ensemble pour une période de deux ans.

Un autre précédent retient l'attention au Québec ces jours-ci: c'est le cas du refus du gouverneur-général lord Byng d'accorder la dissolution de la Chambre au premier ministre Mackenzie King, en 1926. Mais il faut se rappeler que, dans ce cas, M. King n'avait pas été défait à cause de son budget ou de toute autre mesure. Il manoeuvrait plutôt pour éviter une motion de censure. Il espérait également court-circuiter pour la deuxième fois une invitation faite au chef de l'opposition pour former un gouvernement, ce qui avait d'abord été l'intention de lord Byng en voyant que le chef conservateur, Arthur Meighen, avait remporté la majorité des sièges aux élections de 1925.

Il ne s'agit pas ici de dire qu'un lieutenant-gouverneur ne dispose pas d'un pouvoir de réserve ou qu'il n'a pas le droit de refuser la demande de dissolution de la part d'un premier ministre. Il s'agit simplement de constater que le précédent Byng-King est beaucoup plus rare que certaines personnes le prétendent.

Il y a eu beaucoup de conjectures à propos des intentions de certains gouverneurs généraux d'évoquer le précédent Byng-King, mais je ne suis au courant que d'une situation où ce fut bel et bien le cas.

En 1991, le caucus du premier ministre Bill Vander Zalm, qui faisait l'objet d'allégations de corruption, avait commencé à réclamer sa démission. Afin de mettre un terme à cette agitation, M. Vander Zalm avait commencé — et pas toujours de façon très subtile — à menacer son caucus de rendre visite au lieutenant-gouverneur, ce qui lui permettrait de demander la dissolution de la Chambre et, du coup, de déclencher des élections. Pour le museler, les membres de son caucus avaient envoyé une lettre au lieutenant-gouverneur afin de démontrer qu'ils détenaient un nombre suffisant de voix pour se valoir la confiance de la législature si jamais leur premier ministre démissionnait.

Après avoir discrètement consulté les experts constitutionnels de Victoria et d'Ottawa, le lieutenant-gouverneur avait expliqué aux proches de M. Vander Zalm que, dans ces circonstances, il rejetterait n'importe quelle demande de dissolution. Ainsi piégé, M. Vander Zalm n'avait eu d'autre choix que de remettre sa démission quand on eut fait la démonstration qu'il avait bel et bien violé son propre code d'éthique.

Norman Spector est chroniqueur politique au Globe and Mail.

nspector@globeandmail.com






Envoyer
Fermer

Haut de la page
Cet article vous intéresse?
Partager
Digg Facebook Twitter Delicious
 

Vos réactions

Triez : afficher les commentaires 
  • J. Maurice Arbour
    Abonné
    jeudi 31 mai 2007 08h35
    Précédent et droit
    « Dans le contexte très particulier de la situation au Québec oû des élections générales viennent d'avoir lieu, je maintiens que la lieutenant-gouverneur du Québec serait parfaitement légitimée de refuser la dissolution parlementaire et d'inviter M. Dumont à agir comme Premier ministre, pour peu qu'il le veuille et que le PQ soit prêt à le soutenir pour un certain temps. Le fait qu'il n'existe pas de précédent au Canada sur ce point n'est certainement pas un obstacle juridique aux pouvoirs du lieutenant-gouverneur.Depuis quand faut-il démontrer l'existence d,un précédent avant d'agir? Et d'oû vient le premier précédent? Voici une occcasion en or où le lieutenant-gouverneur pourrait démontrer son utilité en nous évitant des élections générales.Mais au fait, pourquoi M. Charest ne recommanderait-il pas au lieutenat-gouverneur d'inviter M. Dumont à prendre sa place, si M. Charest est défait vendredi? »

  • Gilles Bousquet
    Inscrite
    jeudi 31 mai 2007 08h42
    Mauvais timing
    « Mme. Thibault ne nous quitte que la semaine prochaine et notre gouvernement est menacé d'être minorisé ce vendredi. Si la chose arrive, est-ce que ça va être Mme. Thibault ou son successeur plus ferré en ce genre de choses qui va avoir à prendre cette grave décision de 73 millions ? »

  • Sylvain Auclair
    Abonné
    jeudi 31 mai 2007 08h58
    Est-elle encore lieutenant-gouverneur?
    « N'a-t-on pas nommé, il y a quelques semaines, un nouveau lieutenant-gouverneur, un certain monsieur Duchesne?
    Ça a même été annoncé dans Le Devoir, non? »

  • rodolphe bourgeoys
    Inscrit
    jeudi 31 mai 2007 10h37
    Au-delà des querelles apparentes, la concorde règne !
    « Il me semble qu'au dernières élections, les québécois ont voté pour les deux tiers pour des partis qui proposent de réduire la part du PIB accaparée par l'État, l'une réduisant les impôts, l'autre en réduisant les dépenses à long termes au chapître du service de la dette. Les deux partis ainsi sortis favorisés du derniers scrutins tiennent pour une fois leurs promesses respectives. C'est à croire que les élus veulent enfin recouvrer notre confiance. Dans ces circonstance, l'institution du Lieutenant-Gouverneur, désuète, paraîtrait encore plus anti-démocratique si elle servait à dissoudre la chambre fondamentalement à cause d'un désormais tiers parti qui digère mal la perte de son ancien statut. D'autant plus que les sondages démontrent clairement que les électeurs désirent un congé. Dans ces cirsonstances, je pense que la Lieutenant-Gouverneure démontrerait un plus grand respect de la démocratie en refusant de dissoudre la Chambre et en négotiant plutôt un compromis entre le PLQ et l'ADQ sur les modalités de leur entente fondamentale : assainir l'économie. Peut-être le PLQ pourrait-il réduire ses baisses d'impôts de 900 à 450 millions et appliquer la différence au remboursement de la dette ?

    Rodolphe Bourgeoys »

  • Roland Berger
    Abonné
    jeudi 31 mai 2007 14h35
    De la haute voltige
    « Que vaut l'argument qui veut qu'on n'agisse que si un précédent justifie cette action ? Avant la création de ce précédent jugé nécessaire, il n'y avait pourtant pas de précédent.
    Roland Berger
    London, Ontario »

Déjà inscrit? Ajoutez votre commentaire ci-dessous

    Connexion




Cet article vous intéresse?
5 réactions
0 votes
 
Mots-clés de l'article
Recherche complète sur le même sujet


Abonnez-vous pour recevoir nos Infolettres par courriel
Choisir mes
infolettres
Publicité

Les blogues du devoir

Vos commentaires

 
Recherche



Exemples de recherche :
Robert Sansfaçon
"directeur général des élections"

S'abonner au Devoir
Abonnez-vous au journal papier Le Devoir ou à la version Internet.
Publicité
Vous souhaitez annoncer dans Le Devoir, contactez le service de publicité.

» En savoir plus
© Le Devoir 2002-2009