Les mers en perte de contrôle
Les humains, qui semblent être en voie de dérégler le climat de leur planète, pourraient bien être en train de perdre aussi le contrôle de la pollution de leurs écosystèmes les plus importants, les mers, malgré les progrès accomplis sur plusieurs fronts depuis une décennie.
C'est ce qui ressort du Rapport sur l'état de l'environnement marin publié hier par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) dans le cadre du Programme global d'action (GPA/PGA) sur les mers. Ce rapport, divulgué hier au Havre, en France, sera débattu par la communauté internationale à Pékin du 16 au 20 octobre par les 60 pays associés à ce programme onusien.
Le rapport précise que, malgré des progrès souvent notables obtenus dans la lutte contre la contamination toxique des mers, plusieurs d'entre elles sont aujourd'hui aux prises avec des taux de contamination presque hors de contrôle, une situation à laquelle s'ajoute ce que le rapport onusien appelle la «marée montante» des eaux usées, qui menace non plus des cours d'eau, voire des fleuves, mais désormais «un nombre important d'océans et de mers à travers le monde». Cette situation de plus en plus critique s'explique par le fait que «dans de nombreux pays en développement, de 80 à 90 % des eaux usées déversées sur les côtes sont des effluents bruts» qui, de surcroît, contiennent souvent les rejets toxiques des entreprises branchées sur leurs égouts.
Selon ce rapport, la moitié des eaux usées de la Méditerranée ne sont pas traitées et un quart des villes de l'Europe de l'Est n'ont pas de système de traitement de leurs eaux usées. En mer Caspienne, les rejets non traités atteignent 60 % alors qu'en Amérique latine, dans les Caraïbes, en Asie de l'Est, en Afrique centrale et de l'Est ainsi que dans le sud-est du Pacifique, les pourcentages d'eaux usées rejetées sans traitement oscillent entre 80 et 90 %. Il en coûterait 56 milliards pour résoudre ce problème.
De nouveaux phénomènes apparaissent qui risquent d'aggraver la situation des mers en voie de détérioration. Il s'agit, par exemple, du débit de plus en plus réduit de certains fleuves en raison des barrages. En Méditerranée, les barrages ont réduit de 50 % le débit des rivières, ralentissant d'autant le transport des sédiments vers la côte. La diminution des apports de sédiments est catastrophique dans des régions comme La Nouvelle-Orléans, aux États-Unis. La baisse d'apports atteint 95 % sur l'Èbre, en Espagne, alors que sur le Rhône, en France, on a enregistré une diminution de 80 %.
Par contre, l'érosion des terres devient une menace pour les écosystèmes marins à d'autres endroits. Par exemple, 1,6 milliard de tonnes de sédiments sont déversées chaque année dans l'océan Indien alors que certaines rivières du Bangladesh peuvent y rejeter jusqu'à 2,5 milliards de tonnes par année. En Asie du Sud-Est, le transport des sédiments vers la mer est de trois à huit fois plus élevé que la moyenne mondiale. Dans les Caraïbes, en raison de la déforestation, les taux de sédimentation de la mer atteignent une gigatonne, ou 12 % du niveau mondial.
Les baisses draconiennes d'oxygène dans les grands cours d'eau — un phénomène d'anoxie, qui touche déjà le golfe du Saint-Laurent, comme le dévoilait Le Devoir il y a deux ans — se sont multipliées par deux à chaque décennie depuis 1960, principalement à cause des nutriments d'origine agricole et des eaux usées urbaines. Les mers subissent de plus un relèvement de leurs eaux en raison du réchauffement du climat et de la perte des milieux humides côtiers et fluviaux, qui approvisionnaient leur chaîne alimentaire en plus de l'épurer naturellement.
Par ailleurs, l'état de plusieurs mers et océans est aggravé par le fait qu'ils perdent de plus en plus leurs amortisseurs biologiques que sont les mangroves, les récifs coralliens, les herbiers marins et autres écosystèmes tout aussi importants pour les économies fragiles des pays hôtes.
Heureuse nouvelle cependant, les rejets pétroliers par les industries et les villes ont été réduits de 90 % depuis 20 ans. On a aussi enregistré — globalement — une baisse significative dans les mers des polluants organiques persistants (POP), comme les BPC, le DDT, les dioxines et les furannes notamment, ainsi que des effluents radioactifs.
Autre bonne nouvelle: en mer Baltique, les concentrations de contaminants toxiques, y compris les POP, ont diminué de 50 %. Les pesticides comme le DDT sont aussi de moins en moins présents dans les milieux marins des côtes est et ouest de l'Amérique du Sud. Mais dans le nord-est de l'Atlantique, certains contaminants comme les BPC dépassent encore les normes de l'Union européenne, y compris aux embouchures de la Seine, de la Scheldt et du Rhin entre la Belgique et les Pays-Bas ainsi que de l'Ems, en Allemagne. Mais peu de progrès ont été réalisés en Méditerranée occidentale et dans l'Arctique, où ces contaminants s'accumulent dans la chaîne alimentaire. Sans parler de la mer Caspienne, où les concentrations de DDT et d'endosulphane demeurent «très préoccupantes». De leur côté, les mers de l'Asie du Sud-Est et du Pacifique affichent des taux de contamination de plus en plus inquiétants. Des concentrations de DDT ont été détectées en Papouasie-Nouvelle-Guinée et dans les îles Salomon, où les services de santé continuent de lutter contre le paludisme avec ce toxique, ce qu'on fait aussi par souci d'économie dans plusieurs pays d'Afrique, faute de pouvoir se payer l'insecticide biologique BT, réputé pour être beaucoup plus sécuritaire.
Même si la Convention de Londres interdit depuis 1993 le rejet en mer de substances radioactives, les déversements d'effluents se poursuivent, affirme le rapport, à des endroits comme Sellafield (Grande-Bretagne), La Hague (France), Trombay (Inde) et Tokimura (Japon). Le démantèlement de la flotte nucléaire soviétique demeure «problématique» mais moins grave que les «sources naturelles de radioactivité».
La pollution par le pétrole a été réduite au tiers de ce qu'elle était au milieu des années 80, poursuit le rapport onusien, et les déversements accidentels ont baissé de 75 %, soit moins que les déversements opérationnels, qu'on a réussi à diminuer de 95 %. Mais la situation des rivières arctiques de la Russie, de la Baltique, du golfe Finlandais et du golfe Persique demeure «préoccupante», selon le rapport du PNUE, qui émet aussi des craintes au sujet de la possibilité d'accidents sérieux dans le nord du Canada si le passage du Nord-Ouest continue de s'ouvrir de plus en plus longtemps chaque année en raison du réchauffement du climat. Les déversements accidentels graves demeurent cependant une réalité au Bangladesh, en Indonésie, en Malaisie, au Nigeria et au Pakistan.
Le chapitre où la situation s'aggrave de plus en plus est celui de la contamination des mers par les métaux lourds toxiques, notamment le mercure, émis soit par l'industrie minière, soit par les énormes quantités de charbon brûlées pour produire de l'électricité dans les pays émergents. La situation de l'Arctique, qui n'utilise pas ce combustible, est particulièrement préoccupante, selon le rapport de l'ONU, qui cite des secteurs où les concentrations de ce métal lourd dans les phoques annelés et les baleines blanches se sont multipliées entre deux et quatre fois depuis 25 ans. On trouve même aujourd'hui dans les mers les plus reculées des métaux lourds comme le platine et le rhodium, deux métaux rares dont l'usage est multiplié par l'installation de plus en plus courante de convertisseurs catalytiques sur les voitures. L'impact de ces augmentations est inconnu pour l'instant.
Deux progrès remarquables ont néanmoins été enregistrés en mer du Nord, où les taux de plomb, de cadmium et de mercure accusent une baisse de 70 %. Les chercheurs ont aussi noté des diminutions notables de plomb, de cadmium et de mercure dans les moules et les poissons du Nord-Est atlantique et en Méditerranée. Mais la situation est désormais inquiétante en mer Caspienne, où on recense des rejets de 17 tonnes de mercure et de près de 150 tonnes de cadmium par année. Et la situation s'aggrave dans la mer d'Asie du Sud-Est en raison des rejets de déchets de l'industrie électronique, qui contiennent quelque 1000 toxiques différents. Jusqu'à neuf millions de piles y sont jetées chaque année.
C'est ce qui ressort du Rapport sur l'état de l'environnement marin publié hier par le Programme des Nations unies pour l'environnement (PNUE) dans le cadre du Programme global d'action (GPA/PGA) sur les mers. Ce rapport, divulgué hier au Havre, en France, sera débattu par la communauté internationale à Pékin du 16 au 20 octobre par les 60 pays associés à ce programme onusien.
Le rapport précise que, malgré des progrès souvent notables obtenus dans la lutte contre la contamination toxique des mers, plusieurs d'entre elles sont aujourd'hui aux prises avec des taux de contamination presque hors de contrôle, une situation à laquelle s'ajoute ce que le rapport onusien appelle la «marée montante» des eaux usées, qui menace non plus des cours d'eau, voire des fleuves, mais désormais «un nombre important d'océans et de mers à travers le monde». Cette situation de plus en plus critique s'explique par le fait que «dans de nombreux pays en développement, de 80 à 90 % des eaux usées déversées sur les côtes sont des effluents bruts» qui, de surcroît, contiennent souvent les rejets toxiques des entreprises branchées sur leurs égouts.
Selon ce rapport, la moitié des eaux usées de la Méditerranée ne sont pas traitées et un quart des villes de l'Europe de l'Est n'ont pas de système de traitement de leurs eaux usées. En mer Caspienne, les rejets non traités atteignent 60 % alors qu'en Amérique latine, dans les Caraïbes, en Asie de l'Est, en Afrique centrale et de l'Est ainsi que dans le sud-est du Pacifique, les pourcentages d'eaux usées rejetées sans traitement oscillent entre 80 et 90 %. Il en coûterait 56 milliards pour résoudre ce problème.
De nouveaux phénomènes apparaissent qui risquent d'aggraver la situation des mers en voie de détérioration. Il s'agit, par exemple, du débit de plus en plus réduit de certains fleuves en raison des barrages. En Méditerranée, les barrages ont réduit de 50 % le débit des rivières, ralentissant d'autant le transport des sédiments vers la côte. La diminution des apports de sédiments est catastrophique dans des régions comme La Nouvelle-Orléans, aux États-Unis. La baisse d'apports atteint 95 % sur l'Èbre, en Espagne, alors que sur le Rhône, en France, on a enregistré une diminution de 80 %.
Par contre, l'érosion des terres devient une menace pour les écosystèmes marins à d'autres endroits. Par exemple, 1,6 milliard de tonnes de sédiments sont déversées chaque année dans l'océan Indien alors que certaines rivières du Bangladesh peuvent y rejeter jusqu'à 2,5 milliards de tonnes par année. En Asie du Sud-Est, le transport des sédiments vers la mer est de trois à huit fois plus élevé que la moyenne mondiale. Dans les Caraïbes, en raison de la déforestation, les taux de sédimentation de la mer atteignent une gigatonne, ou 12 % du niveau mondial.
Les baisses draconiennes d'oxygène dans les grands cours d'eau — un phénomène d'anoxie, qui touche déjà le golfe du Saint-Laurent, comme le dévoilait Le Devoir il y a deux ans — se sont multipliées par deux à chaque décennie depuis 1960, principalement à cause des nutriments d'origine agricole et des eaux usées urbaines. Les mers subissent de plus un relèvement de leurs eaux en raison du réchauffement du climat et de la perte des milieux humides côtiers et fluviaux, qui approvisionnaient leur chaîne alimentaire en plus de l'épurer naturellement.
Par ailleurs, l'état de plusieurs mers et océans est aggravé par le fait qu'ils perdent de plus en plus leurs amortisseurs biologiques que sont les mangroves, les récifs coralliens, les herbiers marins et autres écosystèmes tout aussi importants pour les économies fragiles des pays hôtes.
Heureuse nouvelle cependant, les rejets pétroliers par les industries et les villes ont été réduits de 90 % depuis 20 ans. On a aussi enregistré — globalement — une baisse significative dans les mers des polluants organiques persistants (POP), comme les BPC, le DDT, les dioxines et les furannes notamment, ainsi que des effluents radioactifs.
Autre bonne nouvelle: en mer Baltique, les concentrations de contaminants toxiques, y compris les POP, ont diminué de 50 %. Les pesticides comme le DDT sont aussi de moins en moins présents dans les milieux marins des côtes est et ouest de l'Amérique du Sud. Mais dans le nord-est de l'Atlantique, certains contaminants comme les BPC dépassent encore les normes de l'Union européenne, y compris aux embouchures de la Seine, de la Scheldt et du Rhin entre la Belgique et les Pays-Bas ainsi que de l'Ems, en Allemagne. Mais peu de progrès ont été réalisés en Méditerranée occidentale et dans l'Arctique, où ces contaminants s'accumulent dans la chaîne alimentaire. Sans parler de la mer Caspienne, où les concentrations de DDT et d'endosulphane demeurent «très préoccupantes». De leur côté, les mers de l'Asie du Sud-Est et du Pacifique affichent des taux de contamination de plus en plus inquiétants. Des concentrations de DDT ont été détectées en Papouasie-Nouvelle-Guinée et dans les îles Salomon, où les services de santé continuent de lutter contre le paludisme avec ce toxique, ce qu'on fait aussi par souci d'économie dans plusieurs pays d'Afrique, faute de pouvoir se payer l'insecticide biologique BT, réputé pour être beaucoup plus sécuritaire.
Même si la Convention de Londres interdit depuis 1993 le rejet en mer de substances radioactives, les déversements d'effluents se poursuivent, affirme le rapport, à des endroits comme Sellafield (Grande-Bretagne), La Hague (France), Trombay (Inde) et Tokimura (Japon). Le démantèlement de la flotte nucléaire soviétique demeure «problématique» mais moins grave que les «sources naturelles de radioactivité».
La pollution par le pétrole a été réduite au tiers de ce qu'elle était au milieu des années 80, poursuit le rapport onusien, et les déversements accidentels ont baissé de 75 %, soit moins que les déversements opérationnels, qu'on a réussi à diminuer de 95 %. Mais la situation des rivières arctiques de la Russie, de la Baltique, du golfe Finlandais et du golfe Persique demeure «préoccupante», selon le rapport du PNUE, qui émet aussi des craintes au sujet de la possibilité d'accidents sérieux dans le nord du Canada si le passage du Nord-Ouest continue de s'ouvrir de plus en plus longtemps chaque année en raison du réchauffement du climat. Les déversements accidentels graves demeurent cependant une réalité au Bangladesh, en Indonésie, en Malaisie, au Nigeria et au Pakistan.
Le chapitre où la situation s'aggrave de plus en plus est celui de la contamination des mers par les métaux lourds toxiques, notamment le mercure, émis soit par l'industrie minière, soit par les énormes quantités de charbon brûlées pour produire de l'électricité dans les pays émergents. La situation de l'Arctique, qui n'utilise pas ce combustible, est particulièrement préoccupante, selon le rapport de l'ONU, qui cite des secteurs où les concentrations de ce métal lourd dans les phoques annelés et les baleines blanches se sont multipliées entre deux et quatre fois depuis 25 ans. On trouve même aujourd'hui dans les mers les plus reculées des métaux lourds comme le platine et le rhodium, deux métaux rares dont l'usage est multiplié par l'installation de plus en plus courante de convertisseurs catalytiques sur les voitures. L'impact de ces augmentations est inconnu pour l'instant.
Deux progrès remarquables ont néanmoins été enregistrés en mer du Nord, où les taux de plomb, de cadmium et de mercure accusent une baisse de 70 %. Les chercheurs ont aussi noté des diminutions notables de plomb, de cadmium et de mercure dans les moules et les poissons du Nord-Est atlantique et en Méditerranée. Mais la situation est désormais inquiétante en mer Caspienne, où on recense des rejets de 17 tonnes de mercure et de près de 150 tonnes de cadmium par année. Et la situation s'aggrave dans la mer d'Asie du Sud-Est en raison des rejets de déchets de l'industrie électronique, qui contiennent quelque 1000 toxiques différents. Jusqu'à neuf millions de piles y sont jetées chaque année.
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