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    Visite à Liverpool, qui reste européenne malgré le Brexit

    30 décembre 2017 |Claude Lévesque | Voyage
    Liverpool a été nommée capitale européenne de la culture en 2008.
    Photo: Dave Thompson Associated PRess Liverpool a été nommée capitale européenne de la culture en 2008.

    Liverpool regorge de symboles de toutes sortes. On les trouve partout, depuis les austères bâtiments de brique entourant les vieux docks jusqu’à Penny Lane et à la grille de l’orphelinat Strawberry Field dans la banlieue sud, en passant par les vieux quartiers centraux comme Ropewalk, le secteur jadis réservé aux fabricants de cordages.

     

    Ces lieux de mémoire racontent, entre autres, que la ville des Beatles doit beaucoup au monde entier depuis des siècles, et à l’Europe en particulier depuis une dizaine d’années. Il n’est donc pas étonnant qu’elle ait voté contre le Brexit à une assez forte majorité l’an dernier, comme la plupart des villes de Grande-Bretagne.

     

    C’est grâce aux marchands de Liverpool que l’Angleterre a pu bâtir cet immense empire dont il ne reste aujourd’hui que des confettis dispersés aux quatre coins du globe. Liverpool a longtemps constitué le coeur de ce domaine, au même titre que Londres, parce que son port rivalisait avec celui de la capitale.

     

    Parcelle du monde

    Photo: Susan Gallagher Associated Press Le Merseyside Maritime Museum est installé dans l’Albert Dock Building, classé par l’UNESCO.

    La ville compte de vieilles communautés immigrées, dont la présence remonte à l’époque du commerce triangulaire (esclaves contre mélasse, contre produits transformés) pour ce qui est des Africains et des Antillais, et à celle des guerres de l’opium (1839-1842 et 1856-1860) pour ce qui est des Chinois. La présence des Irlandais remonte aussi au milieu du XIXe siècle. Chassés de leur île par la grande famine, ils sont venus en si grand nombre qu’ils ont complètement transformé l’accent du Lancashire pour donner naissance à un nouveau parler qu’on appelle le Scouse.

     

    On aura compris que le passé impérial n’a pas toujours été reluisant. Aujourd’hui, on a même l’impression que Liverpool fait son acte de contrition quand on visite les magnifiques musées qui ont été construits ou aménagés ces dernières années. Tout un étage du Merseyside Maritime Museum (c’est le nom du comté) est consacré, sans complaisance, au rôle que la ville et ses marchands ont joué dans la traite des Noirs. Même si cette dernière a été abolie en 1833, les négociants et les armateurs liverpooliens ont longtemps maintenu, après cette date, des relations étroites avec le Sud esclavagiste des États-Unis.

     

    Le musée est installé dans un imposant bâtiment de brique du vieux port, l’Albert Dock Building, aujourd’hui classé par l’UNESCO site du patrimoine de l’humanité avec plusieurs édifices voisins. La revitalisation du secteur a rendu ce dernier tellement attrayant que les autorités municipales et le milieu des affaires envisagent la construction de plusieurs gratte-ciel à proximité, avec pour résultat que l’agence onusienne menace de retirer l’an prochain la désignation accordée en 2004.

     

    Juste au nord, le Musée de Liverpool, à l’architecture ultramoderne, a ouvert ses portes en 2011. Il montre lui aussi les beaux et les moins beaux côtés de la course à la puissance et à la richesse. Des espaces importants sont consacrés aux guerres et aux trafics susmentionnés, mais également aux conflits ouvriers qui ont marqué la ville, dont la fameuse grève des débardeurs qui a duré plus de trois ans, de 1995 à 1998. Avec leur humour tout britannique, les responsables de l’établissement ont d’ailleurs baptisé sa section interactive The People’s Republic (« la République populaire »).

     

    La ville a été nommée capitale européenne de la culture en 2008. Entre autres bienfaits associés à cet honneur, la construction du nouveau musée a été rendue possible en partie grâce à des fonds provenant de l’Union européenne.

     

    Pionniers musicaux

     

    Liverpool a beaucoup pris, mais elle a également beaucoup donné. Elle ne se gêne d’ailleurs pas pour le rappeler. C’est surtout dans le domaine de la musique populaire qu’elle s’est montrée prodigue, comme ses nombreuses institutions culturelles se plaisent à le souligner. Sur le bord du fleuve Mersey, une statue particulièrement vivante semble braver les vents glaciaux venus de la mer d’Irlande. C’est celle de Bill Fury, un des pionniers du rock britannique. Il était un enfant de la région. Tout comme Gerry and the Pacemakers. Mais ce sont surtout les noms de John, Paul, George et Ringo que le monde a retenus. Les lieux habités par le souvenir des Fab Four sont innombrables.

     

    Les jeunes et les moins jeunes viennent par dizaines de milliers, de toute l’Europe et même de beaucoup plus loin, pour baigner dans cette ambiance nostalgique. Les plus fortunés atterrissent à l’aéroport John Lennon, puis font le plein de vêtements griffés dans le chic aménagement commercial appelé Liverpool One, avant de se rendre dans la célèbre cave de la rue Mathew.

     

    Avec un passé et un présent à ce point tournés vers le monde extérieur, on peut comprendre que les Liverpooliens aient voté dans une proportion de 58 % pour le maintien du lien avec l’Union européenne et le rejet du Brexit, probablement vu comme un mouvement de repli sur soi.


    La « caverne », Yesterday et aujourd’hui

    Photo: Paul Ellis Agence France-Presse

     

    Difficile de ne pas éprouver une bonne dose d’émotion en pénétrant dans ce temple de la musique populaire, avec ses arches de briques, où les Beatles ont fait leurs débuts en 1961. La célèbre cave de la petite rue Mathew, dans le centre-ville de Liverpool, fonctionne toujours à plein régime. Elle a rouvert ses portes en 1984, presque à la même adresse et avec la plupart des briques d’origine, après avoir été fermée pendant plus de dix ans, et pratiquement démolie pour faire place à un métro qui n’a jamais vu le jour.

    Aujourd’hui, le Cavern Club accueille quotidiennement, de 11 h du matin à un peu plus de minuit, des centaines de clients dont la mine réjouie se propage dans le cyberespace à la faveur des innombrables égoportraits qu’on y prend : mamies, papis, ados, jeunes adultes, très jeunes enfants, gros, minces, crânes rasés, tignasses blanches, tuques à pompons, vraiment tout le monde y est, écoutant la plupart du temps de jeunes musiciens interpréter les succès du célèbre quatuor. Mais la programmation ne s’arrête évidemment pas là.

    Au cours de la dernière année, plusieurs artistes connus, associés à diverses époques, ont occupé la scène de la « caverne », dont Mickey Dolenz, le chanteur des Monkees, le guitariste de blues Joe Bonamassa, des représentantes de l’étiquette Motown comme Martha Reeves des Vandellas et Mary Wilson des Supremes, pour ne nommer que ceux-là. « Oui, il y a encore des gros noms qui viennent se produire au Cavern Club », indique Jon Keats, le directeur de la programmation musicale de l’établissement. En remontant un petit peu plus loin dans le temps, on pourrait mentionner les Who, les Rolling Stones, Stevie Wonder, Adele… Les nombreuses photos accrochées aux murs, ainsi que les briques signées, témoignent toutes de leur passage.

    « Nous voulons aussi aider les nouveaux talents à se développer, ajoute Jon Keats. Il y a deux scènes à la “caverne”. Sur l’une d’elles, nous accueillons régulièrement de nouveaux groupes. […] Nous avons également une école de rock qui invite les nouveaux musiciens à se perfectionner à la guitare et aux claviers. »

    « Il y a beaucoup de jeunes qui passent par le Cavern Club. C’est important. Nous nous intéressons au passé, mais tout autant à l’avenir. Nous avons toujours fait ça », poursuit Jon Keats, pour qui la scène musicale de Liverpool est « probablement plus dynamique aujourd’hui qu’elle ne l’a été depuis des années ».

    Le directeur de la programmation musicale affirme que la « caverne » accueille plus de clients aujourd’hui qu’à toute autre période au cours de ses 60 ans d’histoire. « L’endroit a toujours été pertinent parce qu’il a toujours embrassé la musique de l’heure. En même temps, c’est une attraction touristique majeure. Il faut trouver l’équilibre. Si nous n’étions pas pertinents comme salle de spectacles musicaux, nous serions un musée. »

    « Il n’est pas nécessaire d’être un fan des Beatles pour visiter la “caverne”, parce que nous embrassons 60 ans de différents genres de musique », conclut Jon Keats.













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